jeudi 6 janvier 2011
Battlestar Galactica, saison 4
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Je me faisais la remarque récemment : depuis quelques années, le concept de Saison est devenu commun et assimilé de tous. La tendance « feuilletonnante », et la vente des séries par coffret y sont évidemment pour beaucoup. De sorte que, les fans s’étripent aujourd’hui autour de la qualité non des séries, mais des saisons à l’intérieur de celle-ci. Je soutiendrai par exemple que la seule saison potable de 24, c’est évidemment la première. Ce qui nous amène à Battlestar Galactica.
Car saison après saison, le niveau ne se maintient pas : il s’améliore. Après une saison 1 (cheap mais tellement juste, coup de poing), une saison 2 mieux réalisée, plus aboutie, une saison 3 révolutionnaire, la Saison 4 – et dernière – place la barre encore plus haut. Bien sûr, je n’en suis qu’à la moitié, il y a encore des déceptions en vue (la fin ?), mais une série qui pose autant de bonnes questions ne peut être que louée.
Résumons : saison 1 : comment survivre à l’extinction en gardant ses valeurs ? Saison 2 : peut-on faire la guerre en démocratie ? Saison 3 : collaborer ou périr, tous les moyens sont-ils bons pour résister ? Et enfin, dans cette saison-ci, la paix est-elle possible avec un génocidaire ?
C’est sans compter les innombrables autre questions, plus quotidiennes – et plus classiques aussi – qui sont posées au cours des épisodes… Par exemple, dans cette dernière saison, les auteurs posent la question de l’émergence du Christianisme (au travers d’une métaphorique religion monothéiste), et de la destruction afférente du paganisme. Ne vous frottez pas les yeux, vous êtes bien en train de regarder Battlestar Galactica !
Malgré le manque de moyens, et la faiblesse ontologique des scénaristes (on a beau vénérer Battlestar Galactica, on reconnaît aussi que c’est loin des séries comme les Soprano en terme d’écriture, ou même de Lost), la série reste le véhicule parfait de ce genre de débat. On va ainsi revivre, en quelques épisodes, la Passion du Christ, la guérison des malades, les marchands du Temple, etc.
C’est le côté unique de Battlestar Galactica : comme les cons d’Audiard, elle ose tout.
mardi 4 janvier 2011
And the Winner is… Lady Gaga !!!
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens ]
C’est la fin de l’année, le début d’une nouvelle, et c’est donc l’heure des bilans. Qui a percé cette année, qui s’est gaufré, bref, votre best of de l’année… Ces petites discussions de comptoir sont beaucoup moins futiles qu’il n’y paraît, beaucoup moins en tout cas, que les Oscars, les Césars, et la Palme d’Or des Alpes Maritimes réunis… Car en faisant votre bilan, votre Topten, votre Bottom Five (on y revient bientôt), c’est de votre cœur dont il s’agit : qu’est ce qui nous a ému, fait rire, ou profondément énervé… de vrais goûts en somme… Et il y a beaucoup plus de respect à avoir dans les goûts du public, qui plébiscite Bienvenue chez les Ch’tis, dans la rétrospective 2010 du Cercle (l’excellente émission de Beigbeder), ou dans les coups de cœur de Télérama, ou du Masque et la Plume… Parce que ce sont de vrais goûts, les goûts des gens, qui peuvent être discutables, mais qui n’en restent pas moins de véritables élans du coeur… L’opposé, donc des cérémonies professionnelles susnommés, où l’éclairagiste récompense le meilleur acteur dans un second rôle, et où le meilleur acteur est chargé de trouver la meilleure coutumière…
Donc voilà.
J’ai vu 30 films cette année, c’est peu. J’ai lu 42 livres, ce qui est beaucoup. Je me suis mis à lire des BD, aussi… J’ai vu 18 films à la télé, ce qui est énorme… L’effet Canal+, ou l’effet âge… J’ai vu plein de séries aussi, et ça, ça prend du temps…
Tout ça revient quand même annoncer un déclin du produit « cinéma en salle », de moins en moins moins attirant pour moi…
Mais surtout, quand je cherche très clairement à identifier ce qui m’a marquée cette année, c’est… Lady Gaga !
Rappelons le contexte : il y a quelques mois, dans mon bar favori, retentit une étrange mélodie… P-P-P-Poker face… De la dance classique, mais avec un petit truc en plus… Mais quand la Professorinette m’a poussé à regarder sur Youtube « Telephone », de madame Gaga (vous savez que vous êtes vieux quand ce sont vos enfants qui se mettent à vous conseiller des choses !), c’est là que j’ai compris. Lady Gaga, la nouvelle Madonna, mais aussi le futur du cinéma… Pour reprendre la belle formule de Libé, citant Bowie : « Lady Gaga a compris que les yeux étaient plus affamés que les oreilles… » Tout est dit.
Lady Gaga, ses textes, ses provocs, mais surtout ses clips, ont balayé toute la concurrence. Ce n’est que du clip, mais pour obtenir un tel déferlement, il fait être sacrement douée ! Tout en piquant à droite et à gauche (Madonna, Marilyn Manson), mais aussi dans tous les arts (tableaux de Hopper, Néons façon Las Vegas, expressionnisme allemand), le tout au service d’une musique qui n’a rien d’original, pire, dont les références sont plutôt cheap (Queen, Boney M, le disco…) mais qui est incroyablement efficace.
Lady Gaga est l’artiste total, comme d’autres avant elle (Bowie, bien sûr, mais aussi Gwen Stefani plus recemment), elle ne propose pas des chansons, mais un univers. Et Lady Gaga, ce n’est pas l’album de l’année (qui achete encore des albums ?), c’est l’événement de l’année. Si elle maintient ce niveau, Stefani Germanotta deviendra une grande artiste, mais sinon, elle aura révélé les futurs Fincher des dix prochaines années. La perfection pop de Telephone, ou le glamour glacé et lynchien de Paparazzi (Jonas Åkerlund), l’esthétique décadence de Alejandro (Steven Klein), voilà de quoi piocher à Hollywood pour les prochains blockbusters…
Mais Hollywood n’est-il pas mourant ? Ce sera l’objet d’une prochaine chronique…
jeudi 30 décembre 2010
Skyline
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Il est des films qui laissent sans voix ; c’est le cas de Skyline, incroyable GCA que nous propose Hollywood en conclusion de cette année 2010. Les frères Strause – pourtant auteurs d’unAlien vs Predator Requiem de bonne facture – atteignent là un sommet qui ne sera jamais surpassé…
Le Professore se sent obligé de préciser qu’il s’agit bien d’un sommet de nullité, jusque-là jamais atteint. Skyline fait pourtant partie d’une chaîne montagneuse déjà très élevée : les grands 8 000 de la GCA, Independance Day, Invasion USA, et consorts ; en clair, Los Angeles est envahi par les aliens, une bande de pauvres clampins tente de survivre… Mais à côté de Skyline, Invasion USA c’est Citizen Kane, et Independance Day, c’est 2001, l’odyssée de l’Espace. Car Skyline est incroyablement con, mal écrit, mal joué, mal réalisé, bref c’est un film ridicule. S’il ne faisait qu’aligner les poncifs : « Everything’s gonna be alright » « Come on, let’s move » et autres « What the hell is going on!!?? », on serait dans la GCA.
Mais là, on est en dessous, très en dessous. Et l’idée qu’il y ait quelque chose en dessous de la GCA est une révélation très troublante pour le Professore, qui croyait que la GCA était la base de toute chose.
Dans Skyline, pas de second degré (on serait plutôt même légèrement en-dessous du premier degré, 0,7 ou 0,8 selon les estimations de James Malakansar), pas d’exercice artistique (La Guerre des Mondes), pas de background politique, à lire entre les lignes (à la Armageddon), pas de mélo sous-jacent (façon 2012 ou Deep Impact), pas d’action hard-boiled (Transformers) ou de sidekick rigolo (Independance Day)… Non, rien de rien, seulement la fin du monde… Mais pas La Route, non plus. Le monde est terminé, mais a) on part en petite jupette dans la Ferrari en oubliant de prendre des vivres et une couverture (venez pas vous plaindre quand il neige !) et b) il faut pas fumer parce que Madame est enceinte…
Tout ça se terminera à coups de poing dans la gueule de l’alien (qui fait pourtant 3m de large et vient de pêter une Mercedes), et… par l’Amour, toujours l’Amour !
Avec Skyline, c’est en fait un voyage dans le temps auquel on assiste, car c’est un film digne des débuts du cinéma : une lune en carton, des comédiennes déguisées en extraterrestres, et des pétards pour les explosions… Il est assez fascinant de voir Skyline juste après avoir vu Monsters, un film qui, lui, a assimilé toutes les leçons de la GCA, Cloverfield compris…on peut continuer de faire rêver les gens, mais il faut a minima intégrer notre héritage cinématographique…
jeudi 23 décembre 2010
Moon
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
« Check ignition… Put your helmet on, tell my wife I love her very much, she knows »: bon sang ne saurait mentir. En écrivant ces paroles en 1967, David Jones sait-il que quarante ans plus tard, son rejeton Duncan va réaliser Moon ? Sûrement pas. Mais voilà, la filiation est trop étonnante pour ne pas être notée. Si le fils d’un certain David Bowie nous relate lui aussi les aventures d’un astronaute, seul dans sa station lunaire, et un peu barré (Sam Rockwell, bon comme d’habitude), il y a comme des similitudes. Elles s’arrêtent là : David Bowie a révolutionné le rock, Duncan Jones fait un cinéma plutôt sage. Ce qui n’empêche pas son Moon d’être intéressant.
Le pitch : sur la Lune, on récolte un minerai miracle grâce à quatre moissonneuses automatiques baptisées (ironiquement ?) John, Luke, Paul et Matthew. Pour surveiller ce travail, Sam (Sam Rockwell) est seul, floating in a tin can, embauché pour trois ans. Ça tombe bien, il arrive en bout de contrat, il va retrouver femme et enfant, dès qu’une navette le ramènera sur Terre. C’est en tout cas ce que lui assure son robot à tout faire, GERTY. Max devrait se méfier, car son HAL 9000 à lui a la voix de Kevin Spacey… Et justement, les embrouilles commencent. Sam a des visions : une fille, puis son propre sosie envahissent la station. Que se passe-t-il ?
C’est à cette question que le film va répondre, en une petite heure et demie. Ne cherchez pas le chef d’œuvre, il n’y en a pas, sauf peut-être la performance époustouflante de Sam Rockwell. Moon, c’est juste un petit film de SF bien foutu, et avouons-le, ça ne court pas les rues.
jeudi 23 décembre 2010
Frost/Nixon, l’Heure de Vérité
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Ça commence pas mal, et le final est un peu plus faible ; mais vous pouvez regardez Frost/Nixon, l’Heure de Vérité !
Ron Howard est un grand cinéaste, le genre de type qui peut filmer trente minutes deux types assis dans des fauteuils (l’interviewer, l’interviewé) sans vous ennuyer. Ici, il ne s’agit pas de n’importe qui, puisque c’est l’interview de Nixon par David Frost en 1977. Historique ! Vous ne le saviez pas ? Moi non plus. Destitué en 74, Nixon devient l’homme le plus détesté des États-Unis, à cause du Vietnam, mais aussi du Watergate, l’immeuble où il fit espionner des démocrates.
Autre problème, Nixon ne voulut jamais reconnaître la moindre faute. C’est justement ce qui motive David Frost, une sorte d’Arthur seventies, un beau gosse anglais, animateur de jeux télévisés et de talk-shows en Grande-Bretagne, en Australie, et aux États-Unis. Il se met en tête d’interviewer Nixon, et de lui faire cracher sa Valda. Sauf qu’il ne sait pas sur qui il est tombé. Voilà le pitch de Frost/Nixon, l’Heure de Vérité.
Le film est passionnant de bout en bout, mais chute sur une trop petite fin. Oui, Frost arrive enfin à faire tomber Nixon, mais c’est tellement subtil que Ron Howard est obligé d’appuyer ses effets, par un commentaire d’un des journalistes de l’équipe. Probablement aussi, que cette histoire est beaucoup plus référentielle pour l’américain moyen que pour tout autre citoyen de la planète.
On retiendra néanmoins deux performances exceptionnelles Michael Sheen (Frost), déjà excellent Tony Blair dans The Queen ou The Deal, et Frank Langella en Nixon, qui ne cherche pas la ressemblance ou l’imitation : Langella est Nixon, tout simplement…
vendredi 17 décembre 2010
Michael Clayton
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
On devrait toujours écouter ses amis. Quand mon Phiphi à moi m’a dit « Michael Clayton, ouais, c’est pas mal. Ca te plairait ! » J’aurais dû l’écouter. Et y aller. Right away. Peut-être qu’il aurait du être plus dithyrambique, le Phiphi, à la façon des ados, ou donner une note sur dix à la façon des critiques de cinéma télé, mais, en fait, il a raison, on a passé l’âge.
Au final, je n’y suis pas allé ; trop de Djjjoordge, trop de bogossitude cool mâtinée de conscience sociale, trop de What else ?
Mais l’idée a fait son chemin, et quand Michael Clayton est passé sur la chaîne avec un +, je l’ai enregistré. Il traînait donc sur mon disque dur quand je suis passé à l’attaque avant-hier soir…
Eh bien, c’est très bien ! C’est une sorte d’Erin Brockovich à l’envers (décidément Soderbergh – qui produit – a un problème avec les multinationales !)
Ça commence donc par une grosse boite agrochimique qui a empoisonné des agriculteurs avec ses engrais, et qui fait face à une class action qu’elle est sûre de perdre. Un cabinet d’avocat, dirigé par le toujours génial Sidney Pollack (pourquoi n’a-t-il pas fait l’acteur dans plus de films !) essaie de leur sauver la mise. Mais un des avocats, et l’un des meilleurs, pète les plombs et se retourne contre ses employeurs, et son client.
C’est là qu’intervient Michael Clayton (George, bien sur !) : ancien flic, avocat freelance, qui intervient dans la zone grise pour gérer les mauvais coups. Le voilà chargé de ramener son collègue et ami à la raison.
Cette histoire, somme toute classique, Tony Gilroy* a le talent de la cacher dans une trame scénaristique complexe. Un scénario qui commence par la fin ; des images mystérieuses, un puzzle que le spectateur essaie de recomposer : Clayton jouant au poker, une femme en sueur dans les toilettes, un prêteur sur gages… Petit à petit, les pièces s’imbriquent, le sens prend forme, jusqu’à une conclusion qui reste classique, mais, de par ce traitement, se révèle brusque et inattendue.
Acteurs excellent, musique et cinématographie parfaite : on est sous le charme – doublement – de Michael Clayton. Et on peut reconnaît un bon réalisateur à son courage : celui, par exemple, de tout miser sur un plan séquence final, dans un taxi : sur le sourire énigmatique de George Clooney.
*Encore un monsieur qui a travaillé sur Armageddon (Adaptation du scénario)
vendredi 17 décembre 2010
Un Village Français, pour le pire et le meilleur
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
On a déjà dit ici, et répété, tout le bien que l’on pense de Un Village Français, le « Plus Belle La Vie chez les nazis ». Point de vue historique impeccable, histoires intéressantes, et tutti quanti.
Mais voilà, même les plus grands peuvent chuter. Rien de grave, vous pouvez rester à Villeneuve jusqu’à la fin de 1941, pas besoin de s’enfuir en zone libre, mais il faut le dire, quand ça ne va pas. Sur le banc des accusés : certains personnages, et une brusque montée, inexplicable même si elle est expliquée, de la dramaturgie.
Côté personnages, si certains se bonifient de saison en saison (Marcel, le militant communiste, Daniel, son frère le maire, Heinrich, le nazi terrifiant, qui l’espace d’un dîner, bascule dans l’émotion), il faut avouer que d’autres sombrent dans le ridicule. En premier lieu, Hortense, la femme du maire. Si on est ravi de découvrir la plastique irréprochable de la rouquine (Audrey Fleurot), on a du mal à accepter son soudain basculement en chaudasse qui couche avec les nazis. On aurait aimé un peu plus de subtilité, de tiraillements, qui font par ailleurs le sel de Un Village Français. Idem pour l’institutrice (Marie Kremer), dont l’amourette avec un soldat allemand tourne au grand guignol, avec une scène ridicule, ce qui nous amène au second point : l’augmentation brusque de la dramaturgie. Voulant conquérir un public plus jeune (sic Frédéric Krivine dans Télérama), la prod’ a rajouté des cliffhangers de ci, de là, oubliant parfois qu’un cliffhanger se place… à la fin !
De même, comme cette scène lors de la fête des Catherinettes, la série oublie parfois son réalisme foncier. Ici, le directeur de l’école accuse la directrice de la scierie, Madame Schwartz admiratrice du Maréchal, d’envoyer des lettres de dénonciation aux allemands. Pourquoi pas ? Mais le gag, c’est qu’il le fait en public, en criant très fort (« Voudriez-vous, madame, que tout le monde sache… ») : bon ben voilà, c’est fait…
Cette scène aurait été parfaite dans le huis clos d’un bureau, et encore plus intense et terrifiante, vu la réponse de ladite Madame Schwartz.
Enfin, ce n’est pas nouveau, mais la prod’ ne sait pas bien investir ses moyens là où il le faut. Par exemple, un très beau travelling arrière sur un groupe de résistants dans la forêt, et nous voilà tout tourneboulés ; y’a-t-il des allemands pas loin ? Non, rien. Ce plan étonnant, couteux, ne sert à rien. Par contre, à la fin du même épisode, quand résonne La Java Bleue, et que, prenant son courage à deux mains, l’institutrice invite son amant allemand à danser, la caméra aurait pu décoller là, figeant dans un même momentum les personnages face à leur destin, si opportunément réunis ; le préfet sombrant dans la collaboration, le mari volage au bord du gouffre, le directeur transi d’amour, et la chanteuse juive, dont la présence n’est plus la bienvenue, funeste présage de ce qui va suivre….
A la place, Un Village Français a opté pour un cliffhanger, qu’elle s’est empressée de détruire (façon Lost), dans la séquence générique, en révélant la suite : « La semaine prochaine, dans Un Village Français… »
lundi 13 décembre 2010
Monsters
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Je devais être dans un bon jour. Oui, un bon jour, parce que sur le papier, Monsters a tout pour m’énerver : scénario simpliste dans un emballage musical et cinématographique parfait.
Pire, Monsters fait partie des offres qu’on ne peut pas refuser, comme dirait Don Corleone. Qu’on en juge sur le pitch : des formes de vie extraterrestres ont été ramenées accidentellement sur Terre, par une sonde US qui s’est écrasée au Mexique. Depuis, des créatures ont envahi le nord du territoire, créant une zone infectée entre les deux pays. Un couple Hawksien (un photographe divorcé, une riche héritière) doivent traverser la zone pour rejoindre le pays du coca-cola. Un must-have pour CineFaster, mais aussi un risque exponentiel de se prendre une grosse claque sur ledit site.
Mais voilà, sur cette base ultra-simpliste (couple mal appareillé, grosses bestioles, touristes ricains chez les basanés…), Gareth Edwards (pas le plus grand rugbyman gallois de tous les temps, mais bien le réalisateur de Monsters) Gareth Edwards disais-je, brode une petite musique plus subtile qu’il n’y paraît. Le gnangnan rode, mais il est tenu à distance par l’excellence des comédiens (Whitney Able et Scoot McNairy, vrai couple à la ville).
De fait, on y croit, on est avec eux, et on est prêt à lire entre les lignes. A savoir : à quoi sert ce Mur (métaphore !) qui empêche les aliens (métaphoooore !) de rentrer chez les mangeurs de McDo ? Ces bombardements, ces armes de destruction massive (métaphooooore !!!!!!²), sont-elles obligatoires ? Le mal n’est-il pas déjà à l’intérieur ? Et Au final, qui sont vraiment les monstres ?
L’Invasion de la Guerre des Mondes des Profanateurs Cloverfield de Sépultures est un film à message : fallait oser.
lundi 6 décembre 2010
Morse
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
J’avais zappé Morse jusqu’à ce qu’une bonne âme ne m’éclaire sur son sujet ; ce que je ne ferais pas ici, de peur de vous gâter le plaisir. Sachez simplement qu’il s’agit d’un serial killer qui rode, pas loin d’une école, et notamment auprès d’un petit blondinet, tête de turc de sa classe.
Morse réussit la gageure de réunir intrigue simple (on pourrait même dire simpliste, voire amerloque si on est grossier), traitement complexe, et perfection stylistique.
Car si l’intrigue est effectivement basique, on ne s’en rend compte qu’à la fin. Entre-temps, on aura apprécié avancer de découverte en découverte, Tomas Alfredson, le réalisateur suédois, jouant avec nos nerfs (et nos réflexes cinéphilique) pour faire avancer l’histoire.
Et, cela ne gâche rien, Morse est beau, très beau : chaque plan, chaque mouvement semble étudié, épuré comme une photo. La musique est parfaite, les acteurs aussi. Que demande le peuple ?
mardi 30 novembre 2010
Un Village Français, Saison 3
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Que faut-il faire pour vous convaincre de regarder la meilleure série française du moment ? Il faut avouer qu’elle a peu d’atouts dans sa manche (pas de Président des Etats-Unis à sauver d’un complot islamique, pas de violence, pas d’hélico, pas de mafia, pas de sexe…)
Elle passe sur France3 (la hooooonte !), n’a pas d’acteur bankable ou de chaudasses à mettre dans Télé7jours. Même les habituels fans WW2 boudent leur plaisir : pas assez de porte-avions japonais, de Panzer IV, ou d’infirmière SS)
Non, Un Village Français, c’est juste la chronique la plus réaliste qui soit d’un village à l’heure allemande, ses petites compromissions (travailler, discuter, sympathiser, coucher avec des allemands) Des compromis qui, on le sait, deviendront de grandes fautes en 1944, quand le pays balaiera ses millions de lâchetés en tondant quelques femmes et et en épurant – quel joli mot – quelques milliers de collabos.
Comme le dit si bien François Delpla à propos de Marlene Dietrich dans son excellent Petit Dictionnaire Enervé de la Seconde Guerre Mondiale : on ne naît pas antinazi, pas plus qu’on ne naît nazi.
Un Village français parle très exactement de ça : la zone grise où tout le monde, oui, tout le monde, peut basculer, du communisme à la résistance, du commissariat de police à la collaboration, de la collaboration économique à la résistance.
Une leçon d’humilité à l’intention de ceux, à l’indignation souvent automatique, qui savent déjà ce qu’ils auraient fait dans de semblables circonstances.