mercredi 22 septembre 2010
Dans Ses Yeux
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Brèves de bobines -
Les films ]
Horreur ! Malheur ! Je viens de réaliser que j’ai oublié de vous parler de Dans Ses Yeux, Oscar du meilleur film étranger 2010 ! Et mon agent au Kremlin qui ne me dit rien ! C’est pourtant elle qui m’avait conseillé de voir ce film argentin !
Dans Ses Yeux est peut-être tout simplement le meilleur thriller de l’année, sans pour autant tirer un seul coup de feu.
Le pitch : un magistrat hanté par le meurtre, vingt ans plus tôt, d’une jeune femme. Un meurtre jamais élucidé, à cause de l’inertie de la justice, dans cette période grise de la dictature argentine.
Vingt ans après, comme chez Dumas, nos héros ont vieilli, qu’ont-ils fait de leur vie ? Blessé à plus d’un titre, notre héros veut reprendre l’enquête. L’occasion pour le spectateur d’apprendre petit à petit ce qui s’est réellement passé, mais on ne vous en dit pas plus.
Très classiquement filmé, malgré un plan séquence d’anthologie, subtil, dérangeant, il ne faut pas rater Dans Ses Yeux. Je sais que j’arrive après la bataille. Mais rien n’empêche de guetter les sorties DVD.
lundi 20 septembre 2010
Night and Day
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
La bande-annonce sentait le faisandé : deux acteurs vieillissants, aux premières rides de quadras (âge légal de la retraite à Hollywood), cherchant à renouer avec le succès via la comédie. En général, dans le schéma hollywoodien traditionnel, on associe pour ce faire un vieux beau à une jeunette (Six Jours Sept Nuits, par exemple, revigorant notre Harrison Ford national avec la petite Anne Heche).
Mais là, c’est pire : Tom Cruise essaie de remonter la pente, via la comédie, avec une femme de son âge, Cameron Diaz ! La bande annonce donnait envie de pleurer, mais bon, c’est le seul film qui nous branchait, la Professorinette et moi-même.
Et là, patatras, la surprise : le film est délirant, drôle, bien joué et bien écrit. Les premières scènes, sérieuses, montrent que Cruise est le meilleur acteur de sa génération, même dans une scène insignifiante de rencontre à l’aéroport.
Dix minutes plus tard, il défouraille, et ça passe aussi. Et ça dure tout le film, malgré les invraisemblances, ou plutôt, grâce aux invraisemblances. Car la force du film, c’est de choisir le parti-pris délirant, et comique, et de tenir en équilibre sur ce mince filin pendant 100 mn. Sans se prendre au sérieux, ni dans les gadgets façon James Bond, ni dans le Complot, ni dans la love story. Comme disait Ramon Pippin, Night and Day « frôle le bon goût sans jamais y sombrer ». Les américains ne s’y sont pas trompés : personne n’est allé voir le film.
Mais je gage que vous, vous le ferez ?
lundi 20 septembre 2010
La critique est facile, l’art est difficile
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
On me reproche souvent d’être trop dur, et de trop « raisonner » sur les films.
Deux raisons motifs à cela : d’abord, dire du mal, c’est beaucoup plus facile – et beaucoup plus drôle – que de dire du bien.
Ensuite, ces « lois » qu’on me reproche d’assener de mon petit rocher, et quoi qu’on en dise, elles existent ! Et elles sont parfaitement connues des « professionnels de la profession ». Enjeux, dramaturgie, cliffhanger, caractérisation : même le réalisateur débutant en court-métrage connaît et tente d’appliquer ces lois.
Mais il en va de l’art comme de la cuisine : aplliquer ces lois ne suffit pas, et, comme en cuisine, il ne suffit pas d’acheter les meilleurs ingrédients, voire d’être le meilleur des cuisiniers : même un grand Chef peut rater une mayonnaise.
Combien de films au scénario parfait, au casting mirifique, ont plongé au désastre ? Combien de chef d’œuvres accouchés dans la douleur et le chaos ?
Le cinéma n’est pas une science exacte, et c’est tant mieux…
dimanche 19 septembre 2010
Mad Men, The Wire, c’est reparti !
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Deux séries dont vous tannent le Professore depuis le début sont à nouveau à l’affiche ; branchez le magnétoscope !
Les pubards classieux de M. Weiner – devenu phénomène de mode (depuis le temps qu’on vous dit que les fifties sont trop classes pour ne pas revenir à la mode) – entament leur saison 3 sur Canal : femme enceinte, promotions, nouvel actionnaire : ca va charcler sec sur Madison Avenue.
Et la meilleure série de tous les temps, Sur Ecoute (The Wire) est entièrement rediffusee sur France O ! Au boulot, mofos !
Mad Men, le jeudi soir, 22h sur Canal+
The Wire sur France O
mardi 14 septembre 2010
The Pacific 4, 5, 6
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
The Pacific, c’est (enfin) parti. Avec l’assaut de Peleliu, petit atoll volcanique sans eau perdu dans les l’archipel des Palaos, la série-événement (sic) signé Spielberg-Hanks – a enfin tenu ses promesses. De l’info (et pas seulement des taratatatataaaaa interminables), du réalisme (la barbarie côté US, il était temps), mais tout ça reste des coups de baïonnettes dans l’eau, parce qu’à la fin, les américains ont toujours raison. Les marines méchants, les sadiques, les fous, ce ne sont pas les personnages principaux, ce sont des seconds rôles, qui entrent dans The Pacific pour faire leurs saloperies et ressortent, aussitôt leur forfait accompli.
Les héros, eux, font des bêtises (pipi dans la culotte par exemple, (re-sic)) mais bon, on les comprend : la guerre, c’est dur.
Ce qui nous ramène à notre conclusion de la semaine dernière : The Pacific, c’est la seconde guerre mondiale, non pas pour les enfants, comme nous l’avions écrit, mais pour les américains.
Dans l’excellent livre sur la Guerre de 14 « Retrouver la Guerre« , de Stéphane Audoin-Rouzeau et d’Annette Becker, les deux historiens rappellent « qu’il est plus facile d’accepter que son grand-père ait été tué au combat que d’admettre qu’il ait pu tuer lui-même. Dans la conscience mémorielle, mieux vaut être victime qu’agent de souffrance et de mort. Celle-ci, toujours reçue, toujours anonyme, n’est jamais donnée. On en est toujours la victime. »
C’est exactement qui se passe dans The Pacific. Les japs ne sont que des silhouettes nocturnes vociférantes, ou des corps ensanglantés au petit matin. Le GI n’attaque jamais en premier, où alors seulement la mâchoire serrée par l’émotion contenue. Il ne se laisse pas sombrer dans la violence aveugle, hormis quelques brutes sadiques ou pauvres types rendus fous par les japs.
Cher Steven, cher Tom, encore un effort pour regarder les choses en face…
mardi 14 septembre 2010
Fort Chabrol
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]
Un mystérieux message MMS* me somme de faire une chronique sur Claude Chabrol.
Comme je suis un être craintif, je m’exécute : en fait, je ne sais pas quoi dire sur Claude Chabrol, le cinéaste ; si j’ai toujours trouvé le type sympa, ça ne fait pas forcément un grand artiste.
Ce qui reste dans ce cas, c’est la technique Perec :
– Je me souviens de La Décade Prodigieuse à la télévision, parce que j’étais fan d’Orson Welles. Le film m’avait beaucoup plu, mais j’étais jeune à l’époque… Hier, sur Europe1, Chabrol expliquait que c’était un film raté.
– Je me souviens de Que la Bête Meure, un film qui m’avait terrifié enfant, et qui est sûrement très bien (pas revu)
– Je me souviens de Violette Nozières, et c’est probablement là que je suis tombé amoureux d’Isabelle Huppert
– Je me souviens du Docteur Petiot, le seul que j’ai dû voir au cinéma, et qui est très mauvais.
Mais voilà, devenu adulte, cinéphile, CineFaster, le cinéma de Chabrol ne m’intéresse plus ; les notables de provinces qui baisouillent entre eux et se battent pour l’héritage de Mamie, mouais… J’ai peut être accompagné la Professore à Betty, mais je ne me rappelle de rien.
Ensuite, le côté Jem’enfoutiste de Chabrol – qui peut paraître éminemment sympathique comparé aux pamoisons de certains « Créâââteurs » autoproclamés – me pose toujours un peu problème.
Chabrol faisait plein de films, sachant qu’un paquet était mauvais, et ça le faisait plutôt marrer… J’ai du mal à comprendre qu’on puisse se vanter de ses échecs… Pour tout dire, je trouve ça bizarre, pour ne pas dire suspect…
* « Alerte SFR Info : Mort du réalisateur Claude Chabrol à l’âge de 80 ans. A toi cinefast !!! »
jeudi 9 septembre 2010
La Playlist de septembre
posté par Professor Ludovico dans [ Playlist ]
Musique : Lady GaGa: Telephone
Série : Battlestar Galactica saison 3
Livre : Corine, Le Fil du Temps (un peu naïf mais très instructif sur Téléphone (pas Lady GaGa, l’autre…)
jeudi 9 septembre 2010
Tout Kubrick sur TCM
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les films ]
Payez 2,99€ et offrez-vous tout Stanley : c’est ce que nous offre TCM sur le câble la semaine prochaine. Grâce à notre agente au Kremlin, CineFast est en mesure de vous le révéler : l’intégrale Kubrick à la télé la semaine prochaine, dont une rareté (sacrilège !!) dont je n’avais pas entendu parler (The Seafarers, un doc en couleurs), mais aussi : ses deux premiers courts (Flying Padre et Day of the Fight), une version longue de Shining (kesako?), des documentaires (l’indispensable Stanley Kubrick, Archives d’une vie et le très dispensable post mortemLife in Pictures)…
Posez vos RTT…
jeudi 9 septembre 2010
The Pacific
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Patatras ! Catastrophe ! Et si le Professore avait tort ? Et si les séries d’aujourd’hui était inférieures au cinéma ? Et si Spielberg n’était pas infaillible ?
C’est en tout cas ce que semble démontrer The Pacific, dont les trois premiers épisodes lundi ont été très décevants, à tous points de vue : dialogues ringards, histoire classique, et même, effets spéciaux de seconde zone.
L’argument : suivre une bande de grunts dans l’enfer du pacifique, de Guadalcanal à Okinawa. Le Band of Brothers oriental. Mais comme son aîné, The Pacific est englué dans les bons sentiments, les soldats-américains-courageux-et-patriotes, le colonel-au-grand-cœur-sévère-mais-juste.
Ce qui était acceptable dans les années soixante ne l’est plus aujourd’hui : comment présenter les Marines comme des boys scouts évolués, alors qu’on a vu Full Metal Jacket ? La guerre comme une épreuve initiatique, depuis Apocalypse Now ou Les Sentiers de la Gloire ? La Bataille du Pacifique comme une grande épopée héroïque depuis La Ligne Rouge, Mémoires de Nos Pères ou le terrifiant documentaire The War ?
The Pacific, c’est la seconde guerre mondiale pour les moins de douze ans…
dimanche 5 septembre 2010
La Ligne Rouge
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
45ème minute. Le premier coup de feu est tiré dans La Ligne Rouge, le (seul?) chef d’œuvre de Terrence Malick. Signe que La Ligne Rouge n’est pas un film de guerre, mais assurément bien plus que ça : un des plus grands (si ce n’est le plus grand) film de guerre de tous les temps. Autant Apocalypse Now, est rock, un feu d’artifice qui éclaire la face fun de la guerre, hélicos, explosions et ski nautique, autant La Ligne Rouge est un requiem, la face sombre : peur, fatalité et destin.
Le génie de La Ligne Rouge, c’est de refuser de sortir la guerre des activités humaines. La guerre n’est pas une parenthèse, un épiphénomène, une aberration. La guerre fait partie de l’humanité, de la vie de tous les jours. Pire, dans La Ligne Rouge, c’est le quotidien qui envahit la guerre. Pour certains, la guerre est un métier, une carrière (le magnifique double monologue Nick Nolte/John Travolta), pour d’autres c’est le prix à payer pour l’amour (Ben Chaplin, qui perd ses galons pour l’amour de sa femme, et qui hante ses visions au milieu même de l’assaut) Pour d’autres, la guerre est un acte de foi (le capitaine grec, formidable Elias Koteas) ou au contraire un bordel athée dont il faut se démerder (Sean Penn, dans l’un de ses plus grands rôles). On peut y être un saint (Jim Caviezel), une ordure (Nick Nolte), un fou (John Savage) ou simplement une bête apeurée (Adrian Brody).
Car le casting de La Ligne Rouge, c’est aussi la grande réussite de Malick : des stars, rien que des stars, et pourtant, pas une grosse tête à l’horizon (voir les vingt secondes de Clooney à la fin, par exemple).
L’autre réussite, c’est l’adaptation du roman de fleuve de James Jones, auquel Malick ajoute ses obsessions personnelles : la nature édenique, le Bon Sauvage, et la cohabitation du Bien et du Mal dans ce contexte. Il est remarquable d’ailleurs que ce mélange est ici parfaitement réussi, alors qu’il est poussif ailleurs (Les Moissons du Ciel ou Le Nouveau Monde).
Dans ces films, Malick reste confus, phénomène amplifié par les faux raccords*, sa figure de style favorite. Mais ici, la confusion sert le propos : quelle plus grand désordre que la guerre ? Les pensées s’entrechoquent en voix off, les couchers de soleil de cartes postales se superposent aux boucheries hallucinantes, filmées au plus près des combattants, dans le glissé parfait des steadycam… Avec cette perfection des plans, à ce refus de la caméra portée, Terrence Malick refuse les conventions habituelles du film de guerre (camera portée, plans large au-dessus de la bataille) ; c’est la Nature elle-même qui regarde, comme les varans, les perroquets, le Désastre en train de s’accomplir…
A la fin, pourtant, on n’aura pas perdu le fil (la ligne rouge ?) : ni les messages philosophiques, ni le destin, tragique ou pas, de cette cinquantaine de personnages…
Mieux, on aura compris toutes ces pulsions qui les habitent, et il ne sera donné raison ou tort à personne ; le colonel hystérique avait tort moralement, mais raison sur le fond : en manipulant ses soldats, il obtient d’eux de prendre la colline. Après avoir agoni le capitaine protecteur de ses soldats, il le relève de son commandement et le décore cyniquement, probablement pour acheter son silence ; mais la colline est prise, sans trop de pertes, et son avancement garanti. Sublime ironie, la colline est prise grâce au courage d’un ex-officier (Ben Chaplin, l’amoureux transi), au saint déserteur et pacifiste (Caviezel)… il n’y a aucune logique dans la guerre, aucun sacrifice expiatoire, aucun courage inné qui expliquerait tout… juste des situations, et du chaos.
Mélangeant cette efficacité toute Hollywoodienne avec l’ambition européenne du propos, La Ligne Rouge est le chef d’œuvre définitif de Malick, un des quelques films de guerre qui doivent absolument être vus, même si l’on n’est pas familier du genre.
*en collant par exemple bout à bout deux séquences tirées de la même scène, ce qui ne se fait pas normalement