mardi 14 septembre 2010


Fort Chabrol
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]

Un mystérieux message MMS* me somme de faire une chronique sur Claude Chabrol.

Comme je suis un être craintif, je m’exécute : en fait, je ne sais pas quoi dire sur Claude Chabrol, le cinéaste ; si j’ai toujours trouvé le type sympa, ça ne fait pas forcément un grand artiste.

Ce qui reste dans ce cas, c’est la technique Perec :

– Je me souviens de La Décade Prodigieuse à la télévision, parce que j’étais fan d’Orson Welles. Le film m’avait beaucoup plu, mais j’étais jeune à l’époque… Hier, sur Europe1, Chabrol expliquait que c’était un film raté.

– Je me souviens de Que la Bête Meure, un film qui m’avait terrifié enfant, et qui est sûrement très bien (pas revu)

– Je me souviens de Violette Nozières, et c’est probablement là que je suis tombé amoureux d’Isabelle Huppert

– Je me souviens du Docteur Petiot, le seul que j’ai dû voir au cinéma, et qui est très mauvais.

Mais voilà, devenu adulte, cinéphile, CineFaster, le cinéma de Chabrol ne m’intéresse plus ; les notables de provinces qui baisouillent entre eux et se battent pour l’héritage de Mamie, mouais… J’ai peut être accompagné la Professore à Betty, mais je ne me rappelle de rien.

Ensuite, le côté Jem’enfoutiste de Chabrol – qui peut paraître éminemment sympathique comparé aux pamoisons de certains « Créâââteurs » autoproclamés – me pose toujours un peu problème.

Chabrol faisait plein de films, sachant qu’un paquet était mauvais, et ça le faisait plutôt marrer… J’ai du mal à comprendre qu’on puisse se vanter de ses échecs… Pour tout dire, je trouve ça bizarre, pour ne pas dire suspect…

* « Alerte SFR Info : Mort du réalisateur Claude Chabrol à l’âge de 80 ans. A toi cinefast !!! »




jeudi 9 septembre 2010


La Playlist de septembre
posté par Professor Ludovico dans [ Playlist ]

Musique : Lady GaGa: Telephone
Série : Battlestar Galactica saison 3
Livre : Corine, Le Fil du Temps (un peu naïf mais très instructif sur Téléphone (pas Lady GaGa, l’autre…)




jeudi 9 septembre 2010


Tout Kubrick sur TCM
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les films ]

Payez 2,99€ et offrez-vous tout Stanley : c’est ce que nous offre TCM sur le câble la semaine prochaine. Grâce à notre agente au Kremlin, CineFast est en mesure de vous le révéler : l’intégrale Kubrick à la télé la semaine prochaine, dont une rareté (sacrilège !!) dont je n’avais pas entendu parler (The Seafarers, un doc en couleurs), mais aussi : ses deux premiers courts (Flying Padre et Day of the Fight), une version longue de Shining (kesako?), des documentaires (l’indispensable Stanley Kubrick, Archives d’une vie et le très dispensable post mortemLife in Pictures)…

Posez vos RTT…




jeudi 9 septembre 2010


The Pacific
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Patatras ! Catastrophe ! Et si le Professore avait tort ? Et si les séries d’aujourd’hui était inférieures au cinéma ? Et si Spielberg n’était pas infaillible ?

C’est en tout cas ce que semble démontrer The Pacific, dont les trois premiers épisodes lundi ont été très décevants, à tous points de vue : dialogues ringards, histoire classique, et même, effets spéciaux de seconde zone.

L’argument : suivre une bande de grunts dans l’enfer du pacifique, de Guadalcanal à Okinawa. Le Band of Brothers oriental. Mais comme son aîné, The Pacific est englué dans les bons sentiments, les soldats-américains-courageux-et-patriotes, le colonel-au-grand-cœur-sévère-mais-juste.

Ce qui était acceptable dans les années soixante ne l’est plus aujourd’hui : comment présenter les Marines comme des boys scouts évolués, alors qu’on a vu Full Metal Jacket ? La guerre comme une épreuve initiatique, depuis Apocalypse Now ou Les Sentiers de la Gloire ? La Bataille du Pacifique comme une grande épopée héroïque depuis La Ligne Rouge, Mémoires de Nos Pères ou le terrifiant documentaire The War ?

The Pacific, c’est la seconde guerre mondiale pour les moins de douze ans…




dimanche 5 septembre 2010


La Ligne Rouge
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

45ème minute. Le premier coup de feu est tiré dans La Ligne Rouge, le (seul?) chef d’œuvre de Terrence Malick. Signe que La Ligne Rouge n’est pas un film de guerre, mais assurément bien plus que ça : un des plus grands (si ce n’est le plus grand) film de guerre de tous les temps. Autant Apocalypse Now, est rock, un feu d’artifice qui éclaire la face fun de la guerre, hélicos, explosions et ski nautique, autant La Ligne Rouge est un requiem, la face sombre : peur, fatalité et destin.
Le génie de La Ligne Rouge, c’est de refuser de sortir la guerre des activités humaines. La guerre n’est pas une parenthèse, un épiphénomène, une aberration. La guerre fait partie de l’humanité, de la vie de tous les jours. Pire, dans La Ligne Rouge, c’est le quotidien qui envahit la guerre. Pour certains, la guerre est un métier, une carrière (le magnifique double monologue Nick Nolte/John Travolta), pour d’autres c’est le prix à payer pour l’amour (Ben Chaplin, qui perd ses galons pour l’amour de sa femme, et qui hante ses visions au milieu même de l’assaut) Pour d’autres, la guerre est un acte de foi (le capitaine grec, formidable Elias Koteas) ou au contraire un bordel athée dont il faut se démerder (Sean Penn, dans l’un de ses plus grands rôles). On peut y être un saint (Jim Caviezel), une ordure (Nick Nolte), un fou (John Savage) ou simplement une bête apeurée (Adrian Brody).
Car le casting de La Ligne Rouge, c’est aussi la grande réussite de Malick : des stars, rien que des stars, et pourtant, pas une grosse tête à l’horizon (voir les vingt secondes de Clooney à la fin, par exemple).
L’autre réussite, c’est l’adaptation du roman de fleuve de James Jones, auquel Malick ajoute ses obsessions personnelles : la nature édenique, le Bon Sauvage, et la cohabitation du Bien et du Mal dans ce contexte. Il est remarquable d’ailleurs que ce mélange est ici parfaitement réussi, alors qu’il est poussif ailleurs (Les Moissons du Ciel ou Le Nouveau Monde).
Dans ces films, Malick reste confus, phénomène amplifié par les faux raccords*, sa figure de style favorite. Mais ici, la confusion sert le propos : quelle plus grand désordre que la guerre ? Les pensées s’entrechoquent en voix off, les couchers de soleil de cartes postales se superposent aux boucheries hallucinantes, filmées au plus près des combattants, dans le glissé parfait des steadycam… Avec cette perfection des plans, à ce refus de la caméra portée, Terrence Malick refuse les conventions habituelles du film de guerre (camera portée, plans large au-dessus de la bataille) ; c’est la Nature elle-même qui regarde, comme les varans, les perroquets, le Désastre en train de s’accomplir…
A la fin, pourtant, on n’aura pas perdu le fil (la ligne rouge ?) : ni les messages philosophiques, ni le destin, tragique ou pas, de cette cinquantaine de personnages…
Mieux, on aura compris toutes ces pulsions qui les habitent, et il ne sera donné raison ou tort à personne ; le colonel hystérique avait tort moralement, mais raison sur le fond : en manipulant ses soldats, il obtient d’eux de prendre la colline. Après avoir agoni le capitaine protecteur de ses soldats, il le relève de son commandement et le décore cyniquement, probablement pour acheter son silence ; mais la colline est prise, sans trop de pertes, et son avancement garanti. Sublime ironie, la colline est prise grâce au courage d’un ex-officier (Ben Chaplin, l’amoureux transi), au saint déserteur et pacifiste (Caviezel)… il n’y a aucune logique dans la guerre, aucun sacrifice expiatoire, aucun courage inné qui expliquerait tout… juste des situations, et du chaos.

Mélangeant cette efficacité toute Hollywoodienne avec l’ambition européenne du propos, La Ligne Rouge est le chef d’œuvre définitif de Malick, un des quelques films de guerre qui doivent absolument être vus, même si l’on n’est pas familier du genre.

*en collant par exemple bout à bout deux séquences tirées de la même scène, ce qui ne se fait pas normalement




mercredi 1 septembre 2010


Les Tudors Saison 3
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Malgré la baisse de régime, on continue de regarder les Tudors. Plus d’argent, moins d’idées, moins de travail, c’est le lot des séries, mais comme on apprend en s’amusant, pourquoi décrocher ?

Ce qui est dommage, c’est qu’en script doctor amateur, on voit bien ce qui cloche : le complot anti-Cromwell, faudrait l’expliquer plus en amont ; et ce nouveau personnage, il vient d’où ?

Mais bon, le cast joue toujours aussi bien, malgré des dialogues faiblards, et le final est bien.

Poursuivez donc, maître…




mercredi 1 septembre 2010


Elitisme, Football, et CineFasterie
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Cela n’a rien à voir avec le cinéma, et pourtant si.

Je viens de terminer le très court livre* de Jean-Claude Michéa (Les Intellectuels, le Peuple et le Ballon Rond). L’auteur y fustige le mépris des intellectuels pour le football. Par intellectuels, il comprend les quelques idéologues qui pérorent régulièrement à la télévision, mais aussi les cadres, la très vaste élite qui encadrent la classe moyenne au quotidien.

Bien sûr, le propos est un peu fort, un peu exagéré, mais la moindre conversation de bistrot vous prouvera qu’il suffit de cracher sur le foot pour se distinguer du vulgum pecus à peu de frais.

Le rapport avec CineFast ? Et bien c’est la même chose, ma bonne dame ! Encenser le dernier Blier, s’intéresser à la Palme d’Or, acheter le dernier Goncourt, préférer le rugby ou le tennis, voilà des attributs qui vous classent tout de suite dans la classe dirigeante.

S’intéresser à The Wire plutôt qu’à 36 Quai des Orfèvres, prétendre qu’il y a plus de scénaristes à la télé américaine que dans le cinéma français, préférer Seinfeld aux frères Dardenne, voilà qui ne vous aide pas à gravir l’échelle sociale.

Tant pis. Nous ferons avec.

* Extraits :

« [Ce livre] a toutes les chances d’apparaître comme une provocation déplacée à une époque où le mépris des sentiments et des passions populaires est devenu un métier, et passe pour une vertu.

Le public qui s’estime cultivé, – disons, pour fixer les idées, qui lit Télérama et regarde Nulle Part Ailleurs -, et prend au sérieux le Festival de Cannes – ne sait-il pas, d’avance, que le football est une activité parfaitement futile (22 individus en short qui courent après un ballon) et qu’il ne doit son regrettable succès qu’à sa fonction évidente de nouvel opium du peuple ?
(…)

Si les intellectuels haïssent le football, c’est que ce dernier incarne le sport populaire par excellence (…) Ces derniers ont en effet l’habitude, historiquement bien établie, de représenter l’activité dont ils vivent comme un combat, obstiné et épuisant de la Vérité (…) contre les illusions tenaces et toujours recommencées du « vulgaire » et du « sens commun »

Le « populisme » – ce pavillon commode suis lequel circulent les plus diverses marchandises – apparaît par conséquent comme l’ennemi métaphysique héréditaire de l’intellectuel dans la mesure même où celui-ci ne peut asseoir sa légitimité qu’en travaillant sans fin à se différencier des gens ordinaires. »

Les Intellectuels, le Peuple et le Ballon Rond, de Jean-Claude Michéa




dimanche 22 août 2010


Inception
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Et voilà ! On part en vacances avec Inception dans la tête, et on oublie de faire la chronique. Après des vacances compliquées (pour faire simple, on dira que le Professore a fait à la fois Mort À Venise, 300, Le Grand Bleu, et Bosna!), il est temps de se remettre au travail.

Travail inutile, car, à l’heure qu’il est, vous avez déjà tous vu Inception, le nouveau pensum de Christopher Nolan.

J’aime beaucoup la phrase de mon ami Philippe, qui disait – à propos d’un autre film, Dans la Peau de John Malkovitch – que c’était « un film qui avait une tête, mais qui n’avait pas de cœur ».

On peut dire la même chose d’Inception. C’est un film brillant, intelligent, passionnant. Trois raisons d’aller au cinéma, trois qualités qui ne courent pas les rues des films Hollywoodiens aujourd’hui.

Mais, pour ma part, j’ai eu du mal à me passionner pour les aventures de nos amis explorateurs de rêves, et de leur chef (Di Caprio), en premier. Sa tragédie personnelle, censée emporter notre adhésion, ne marche pas. En tout cas, moi, je ne marche pas.

Ce qui n’était pas le cas de la salle, qui réagissait au quart de tour…

Inception est de toutes façons un film incontournable, le film qu’il faudra avoir vu à l’heure du bilan 2010. Je ne saurais trop donc vous conseiller d’aller le voir. Ne serait-ce que pour l’exercice pyrotechnique, qui, lui, est parfaitement réussi.




vendredi 30 juillet 2010


Millenium 2
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Millenium, c’est une sorte d’inverse de James Bond, un film d’action (mais de gauche), un truc de blondes, (mais pour brunes), une Grosse Connerie Américaine (mais Suédoise).

Millenium, c’est comme toute cette vague de polar « de gauche », qui essaie de faire du Manchette sans jamais y parvenir, qui prétend dénoncer plein de trucs super dégueulasses, comme la corruption, les sales magouilles des services d’espionnage, ou les violences faites aux femmes. Mais au final, tout ça n’est qu’un alibi.

Car, comme je l’ai déjà expliqué ici avec 24, ces films font preuve d’une grande complaisance vis-à-vis de ce qu’ils prétendent dénoncer.

Dans Millenium 2, par exemple, on dénonce le viol (mais on remontre deux fois la scène de l’épisode 1), on dénonce la corruption des riches, et leurs fantasmes sexuels débridés (mais on filme à nouveau une scène de sexe bondage), on dénonce la violence, mais on filme de la baston, de la baston, de la baston. Mais de gauche.

Tant pis si c’est complètement irréaliste, si on a du mal à comprendre les motivations de Lisbeth Salander, si le sempiternel refrain de la police-incompétente-et-corrompue semble un peu passée d’âge, on y retourne.

Je sais pourquoi je n’ai pas voulu lire les bouquins, je ne sais pas pourquoi je vais voir les films…




jeudi 29 juillet 2010


Les Beaux Gosses
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

Les Jeunes. A-t-on jamais vu minorité plus maltraitée au cinéma ? Entre la vision idyllique, Spielbergienne, de l’enfant-roi, et la caricature façon American Pie, il y a pourtant de la marge. On compte sur les doigts d’une main les bons films sur l’adolescence. Quelques Truffaut, les films de Larry Clark ou Gus Van Sant (et encore, pas tous), les John Hughes…

Et aujourd’hui, Les Beaux Gosses ! Riad Sattouf réussit à maintenir l’équilibre, probablement parce qu’il est suffisamment empathique, suffisamment proche de ses personnages, pour ne pas être dans l’approbation totale. Ses ados sont montrés tel quels : boutonneux, racistes, violents, bêtes et moches… Mais on les aime quand même !! Parce qu’on les voit, à la fois avec le regard des adolescents que nous fûmes, et celui des parents d’ados que nous sommes devenus.

Ses héros sont réalistes (fringues, musique, tics de langage), donc ils sont émouvants, face à l’immuabilité de l’expérience humaine : le premier amour, l’expérience de la sexualité, la séparation nécessaire avec les parents…

Derrière la comédie, derrière un apparent amateurisme, Riad Sattouf dit des choses profondes et vraies.