dimanche 18 octobre 2015
Orange is the New Black, saison 1
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Si l’on cherche un exemple de tragi-comédie, Orange is the New Black fait très bien l’affaire. Le Cid (version lesbiennes en prison), on aurait bien aimé ça pour le bac français de 1982.
Qu’a-t-on appris de la tragi-comédie à Louis Bascan, Rambouillet,YV ? Ce qu’était une litote (« Va, je ne te hais point ! ») Mais encore ? Que la tragi-comédie, c’est une tragédie qui se termine bien. Comme le Cid. Pourtant, Orange is the New Black, ça commence mal, comme une mauvaise sitcom un peu niaise, avec petit couple sympa, et gentille blonde, conne de service.
Mais tout ça est fait exprès, une tactique pour tromper le pauvre spectateur : si tout est rose au début, c’est pour mieux voir comment la série vire au noir ensuite. Après le couple rose bonbon, la prison, le new black.
Ce splendide effet de contraste permet d’esquisser le propos d’Orange is the New Black ; la description d’un univers, la prison, sans en faire des tonnes. « On n’est pas dans Oz » prévient un des personnages dès le pilote*. La prison, ce n’est pas l’enfer, mais c’est un cauchemar. Le passage d’une vie normale (copain gentil, parents pas affectueux, courses bio) à l’univers carcéral (copines pas très sympas**, gardiens trop affectueux, jambon-purée)…
C’est ce qui est remarquablement rendu, notamment par Taylor Schilling qui joue l’héroïne WASP, gentille petite blanche moyenne qui tombe au milieu de cette triste réalité américaine où la plupart des détenus sont noirs.
Ensuite la deuxième couche d’Orange – et probablement la plus intéressante – c’est cette grande fresque de la féminité. La plupart des personnages sont féminins, les seuls hommes étant des gardiens et le chéri de l’héroïne.
Le portrait de ces femmes aux destins très divers – de la restauratrice russe à la transsexuelle noire -, montre la diversité de la population carcérale, du délit mineur (blanchiment) au crime le plus abject. Mais il montre aussi toutes les manières d’être une femme : précieuse, coquette, autoritaire, butchy, grosse, mince, effrayée, amoureuse, manipulatrice, patronne, servile, born again christian, bouddhiste, hétero, lesbienne, ou ne-sait-plus-trop…
Dans un univers souvent loin du test de bechdel et le plus souvent péniblement politiquement correct, ce simple portrait, cru et frontal, sérieux et drôle, et servi par des dialogues excellents, est extrêmement rafraîchissant …
* Une série qui cite Oz et Mad Men dans ses deux premiers épisodes ne peut pas être totalement mauvaise…
** Il y aussi le grand plaisir de retrouver Laura Prepon, la Donna de That 70’s Show…
jeudi 15 octobre 2015
3D, la lente chute
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Pour en finir avec ... ]
Vous le savez, CineFast ne cesse de se réjouir des déboires de la 3D. Non pas parce que CineFast est méchant, mais parce qu’il dénonce depuis le début cette plaie cinématographique. Une plaie qui affecte à la fois la forme du septième art, détruisant les couleurs, la netteté, le confort du spectateur et son porte-monnaie, mais aussi le fond, car la frénésie 3D qui s’est emparée d’Hollywood a modifié son business model, transformant les blockbusters chers en blockbusters ultra chers.
Certes, les profits s’envolent aussi, mais la 3D oblige à concentrer l’énergie des studios sur 2 ou 3 tentpoles, ces « piquets de tente » qui font tenir debout le cirque du studio pendant toute l’année. En obligeant à produire des films extrêmement onéreux qu’il faut absolument rentabiliser, la 3D castre toute l’industrie ; aucun sujet un tant soit peu clivant ne peut alors éclore ; les histoires, les héros doivent rassembler non pas seulement l’Amérique, mais le monde entier. C’est donc la mort à petit feu d’un cinéma spécifiquement américain et la naissance d’un cinéma mondialisé sans saveur. Des blockbusters au bon goût de burger comme USS Alabama (qui passe en ce moment sur TCM, à ne pas rater !) sont impensables aujourd’hui. Nous voilà condamnés à Divergente, Hunger Games et aux sempiternelles aventures manichéennes de superhéros en short moulant bleu et rouge.
Mais pour combien de temps encore ? Voilà que la 3D est en soldes. Au Gaumont Aquaboulevard, une pub offre la 3D gratuite à la séance du dimanche. La fameuse innovation qui devait tout révolutionner dans le cinéma (dixit Jeffrey Katzenberg) ne se vend pas si bien que ça, comme le témoigne les mentions « disponible en 2D également ».
Rappelons que le western, genre obligé des années soixante comme le sont les superhéros d’aujourd’hui, devint soudain obsolète sous les coups de boutoir des ragings bulls des seventies, Coppola, Scorcese et autres Denis Hopper.
Patience, donc.
samedi 10 octobre 2015
Dans la Brume
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Le cinéma russe est-il indissociable de la politique ? En tout cas, le cinéma a rapport avec la psychologie d’une nation. Il y a un cinéma américain, un cinéma français, un cinéma russe. Nous pensons ici, ce n’est pas un scoop, que c’est la psyché slave qui exprime dans le pénible Dans la Brume.
Nous avons ici un problème avec le cinéma russe ; tout nous sort par les yeux : Stalker, Il Est Difficile d’Etre un Dieu, Requiem pour Un Massacre, Dans la Brume. Pourtant nous avons adoré Alexandre Nevski. Mais là…
A la base, c’est plutôt un problème avec l’âme slave. Les cris, les pleurs, les femmes en colère aux portes des moulins, tout ça nous est assez insupportable*.
Certes, et comme d’habitude, Dans la Brume est traversé d’éclairs de génie cinématographiques. Comme ce premier plan séquence sur ce village de Biélorussie, où en quelques minutes, on présente le village, le marché, la gare, et qu’on y pend, presque subrepticement, quatre partisans. A plusieurs reprises, on aura droit à ces plans séquences, majestueux, complexes, et très impressionnants.
Mais l’histoire ? Où est l’histoire ? Distribuée sous forme de fragments (cette idée esthétique n’ayant aucun support, si ce n’est le snobisme de tenter de rendre une intrigue simple extraordinairement complexe**). Si à la fin, on aura compris les grandes lignes et le sous texte (la guerre est une zone grise), on se sera prodigieusement ennuyé.
Et on a autre chose à faire.
*Y a-t-il des comédies russes ? On ne sait.
** Tout le contraire de 71 Fragments d’une Chronologie du Hasard, le grand film de Haneke, qui faisait la même chose dans un but précis, montrer que le drame naissait de l’enchaînement de causes sans rapport entre elles.
jeudi 8 octobre 2015
Fast and Furious 7
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Le cinéma en avion vous fait faire des choses étranges ; par exemple regarder Fast and Furious 7 parce que a) ce n’est pas grave de le regarder en VF, b) ce n’est pas grave de le voir monté, découpé haché, c) parce que, à vrai dire, F&F, on s’en fout un peu.
On a déjà vu Fast and Furious : Tokyo Drift (le 3), et on avait bien rigolé, à l’heure de la COP21, devant ce gâchis de pneumatiques et d’essence à haut degré d’octane. Las, on apprit que c’était un spin-off, et que l’intrigue ne fait pas partie du background, qu’elle n’est pas lié à la storyline globale de Fast and Furious. Essayez de relire sérieusement ces deux dernières lignes ; en cas de succès, écrire à CineFast.
Bref, on n’a pas de mal à retrouver le fil de FF7, puisqu’il y a de gros flashbacks pour les nuls aussi baraque que les deltoïdes de Vin Diesel, qui vous rappelle la storyline de l’amour-éternel-qui-renait et le background du retour-de-la-vengeance-qui-est-très-en-colère.
Même si le scenario est rédigé par des ados, ce sont des ados qu’on aime bien ; Vin Diesel (Pitch Black), Michelle Rodriguez (Lost, Girlfight), Tyrese Gibson (Transformers), etc.
Et comme en plus on passe un bon moment à voir des explosions dans tous les sens, des coups de fusils partout, des voitures qui sautent en parachute, et qui traversent la tour Burj al khalifa, etc.
Ca va pas chier loin, mais ça fait le plat pour saucer…
mardi 6 octobre 2015
L’Odyssée du Sous-Marin Nerka
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Dans ce sous-genre fétiche du Professore qu’est le film de sous-marin, il reste des pépites inconnues comme celui-ci, L’Odyssée du Sous-Marin Nerka, titre français minable de Run Silent, Run Deep Le film de Robert Wise (1958) était passé sous le sonar du Professore.
Ce Nerka est pourtant excellent, avec un scénario qui a probablement influencé Quentin Tarantino quand il a écrit un bout d’USS Alabama*. En effet, on retrouve dans Run Silent, Run Deep l’affrontement entre un commandant de sous-marin obsessionnel (Clark Gable) et son second, professionnel aimé de l’équipage (Burt Lancaster).
Le commandant Richardson en effet déjà perdu un sous-marin contre un destroyer japonais dans le détroit de Bungo, entre l’île de Shikoku et celle de Ky?sh?. Depuis, il est sans mission et ressasse des idées de revanche. Quand il apparait que le commandant du Nerka va prendre sa retraite, Richardson intrigue pour subtiliser le sous-marin à Jim Bledsoe (Burt Lancaster), le second qui attendait le poste. Celui-ci s’incline mais reste aux aguets.
Deux histoires se superposent alors, faisant l’originalité du film : l’affrontement entre deux commandants aux personnalités antagonistes, et un péril plus grand, à la Moby Dick, la chasse à l’Akikaze, le destroyer japonais/baleine blanche qui a arraché non pas la jambe, mais une partie de l’âme du Commandant Richardson.
L’Odyssée du Sous-Marin Nerka propose un étrange mélange de maquettes ringardes très fifties** et de vraies prises de vues de sous-marins, à la limite du reportage journalistique, mais ce n’est pas l’intérêt de Run Silent, Run Deep. Sans véritable happy end, les deux capitaines se réconcilieront face à l’ennemi commun.
Robert Wise mettra vingt ans à refaire un film de sous-marin : Star trek***.
* Le scénario de Crimson Tide est signé Michael Schiffer et Richard P. Henrick, deux spécialistes du récit militaire, mais, non crédités au générique, il y a trois vrais pros du scénario (Robert Towne (Chinatown , Mission Impossible), Steven Zaillian (La Liste Schindler, Gangs of New York, Le Stratège) et Quentin Tarantino…
** Et des images d’archives qui piquent les yeux de l’amateur : des dauntless bombardant un sous-marin américain !
*** Relire la note 2 d’USS Alabama
samedi 3 octobre 2015
Dheepan
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
A-t-on encore espoir que Jacques Audiard rate un film ? Bien sûr que oui, car rien n’est parfait en ce monde. Mais ce ne sera pas Dheepan, qui atteint encore la perfection après Regarde les hommes tomber, Un Héros Très Discret, Sur Mes Lèvres, Un Prophète, De Rouille Et D’Os…
Pourtant tous les manuels de scénario vous le diront : Dheepan est le sujet casse gueule pour excellence ; on n’est censés écrire en effet que sur ses expériences personnelles (même quand il s’agir d’invasion extraterrestre). Ne se baser que sur son propre vécu, sa propre expérience, ses propres émotions pour être sûr d’être authentique, vrai, et ne pas tomber à côté.
Comment fait Audiard alors ? Comment peut-il se mettre dans la peau d’un tigre tamoul en rupture de ban ? Dans celle de sa fausse épouse, prête à tout pour gagner l’Angleterre et qui, comme tant d’autres, échouera en France ? Dans celle de cette fillette de neuf ans, improvisée fille du couple ?
Il n’y a qu’une réponse : le travail, beaucoup de travail. On se plaît à penser que Jacques Audiard travaille comme les américains, en immersion. Quand Alan Ball a voulu faire Six Feet Under, il a passé un an dans un funérarium. On imagine donc Audiard traîner dans les cités pour faire ses repérages, discuter avec les habitants, rencontrer des tamouls, leur raconter son histoire et vérifier qu’elle est viable. Ça se sent dans la précision des détails, du décor de l’appartement en ruine à celui du dealer, de la façon de parler des personnages, mêmes annexes. Autant dire qu’on est très loin de la fainéantise des frères Dardenne sur le même sujet, et ce Gamin au Vélo, pour ne pas le nommer.
Parce que, pour le reste, Dheepan tient la route, même dans sa si décriée séquence finale ; le film est impeccable de bout en bout, avec des comédiens parfaits (et pourtant débutants), et, comme d’habitude, une grande attention portée à la partie visuelle et musicale du film…
Du cinéma, quoi.
mercredi 30 septembre 2015
Utopia, saison 1
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
J’ai longtemps renâclé devant Utopia. Pourquoi ? Parce que le Professore Ludovico est raciste : il a un très fort préjugé contre les films esthétiques. La beauté formelle cache souvent le vide de la pensée. Or c’était l’argument principal de vente d’Utopia. De très belles images, aux couleurs acidulées, cadrées arty, et une ambiance à nulle autre pareille… Sous l’amicale pression de l’Homme à la Barbe, qui m’a d’abord laissé, tel le dealer lambda de The Wire, un échantillon de la came Utopia « Regarde juste un épisode, tu me diras si tu veux la suite… » Ah, le ladre !
Mais, as I say, après avoir renâclé pendant des mois, j’ai fini par insérer le premier DVD dans le lecteur. Et là, surprise, surprise, Utopia est un délicieux mélange de terreur sucrée et d’humour glacé, le tout arrosé de la sauce à la menthe chilienne de Cristobal Tapia De Veer, dont le tango deep house sert de thème musical…
Le pitch, in two words : cinq personnes qui ne se connaissent absolument pas échangent sur un forum au sujet d’Utopia, leur bédé conspirationniste préférée (grippe aviaire et expériences génétiques), et la sortie imminente du tome 2 : un trader, un enfant pauvre, une jeune femme gironde, un survivaliste pakistanais et un timide informaticien. Mais cette BD a l’air toute particulière, car elle est aussi activement recherchée par un duo de tueurs étranges et ultraviolents : un rocker à chaussures bicolores qui semble sortir d’Eraserhead et un gros apathique informe (qui, lui, sort de Trainspotting) et ne fait que répéter la phrase culte : « Where is Jessica Hyde ? »
On le voit, on n’est pas dans Esprits Criminels, mais plutôt chez Twin Peaks et Danny Boyle, dans une Angleterre aux forts accents cockney. Mais avec une couche de Lost, car il y a non seulement une idée désopilante par plan, mais aussi un rebondissement énorme par épisode.
Et comme c’est court (2 saisons de 6 épisodes), on a non seulement pas le temps de s’ennuyer, mais encore moins de se poser les questions habituelles de réalisme qui plombent, au hasard, Wayward Pines.
Highly recommendable, donc, you fucking twats!
samedi 26 septembre 2015
Happy Birthday Rocky Horror !
posté par Professor Ludovico dans [ Brèves de bobines ]
Le 26 Septembre 1975, le Rocky Horror Picture Show commençait sa carrière aux Etats Unis (il avait été lancé en août en Angleterre). Ça ne marchait pas trop au début, jusqu’à ce qu’on découvre le culte qui entourait le film aux séances de minuit.
La grande saga du Rocky allait commencer. Quarante ans plus tard, Frank’n’Furter est toujours là.
Bon anniversaire Rocky !
NB Il sera fêté comme il se doit Samedi 31 octobre 2015 au Centquatre, 5 Rue Curial, 75019 Paris, à partir de 19h a? 2h
Infos sur www.weezevent.com/rocky-horror-picture-show-party
vendredi 25 septembre 2015
Howard Hawks
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]
Qui n’a jamais vu un film de Howard Hawks ? Personne, en vérité. HH fait partie du club discret des cinéastes dont on a vu les films, mais dont on ne sait pas (ou plus) qu’ils ont été réalisé par le grand homme. Pas comme Hitchcock, Spielberg ou Pialat, mais plutôt comme Kubrick ou Yves Boisset.
Pourtant Howard Hawks c’est l’homme de Rio Bravo, Hatari, mais aussi La Chose Venue d’un Autre Monde, La Rivière Rouge, La Captive aux Yeux Clairs, L’Impossible Monsieur Bébé. Ou encore Scarface, Le Port de l’Angoisse, Le Grand Sommeil, Les Hommes Préfèrent les Blondes. C’est-à-dire l’homme qui a découvert Bacall, Rita Hayworth, Montgomery Clift.
Une paille.
Howard Hawks fait aussi partie de la catégorie de ces réalisateurs longtemps considérés comme de simples faiseurs comme Hitchcock, comme Spielberg, comme, aujourd’hui, Michael Bay.
C’est tout l’intérêt de l’immense biographie (941 pages) que lui a consacré Todd McCarthy, qui permet de suivre le parcours de cet homme énigmatique, au regard bleu acier, ce renard gris qui a fait plier les plus terrifiants moguls et les plus belles femmes d’Hollywood. Et qui a réalisé une série de films, en apparence disparates, qui ont finit par ressembler absolument à une œuvre.
Qui furent les premiers à le signaler au monde ? Les français de la Nouvelle Vague, une fois de plus. Rivette, Godard, Truffaut et de plein d’autres ont théorisé, sous le regard rigolard des américains, ce qu’était une comédie Hawksienne, une héroïne ou couple typiquement Hawksien.
Dans cette biographie longue et passionnante, quoiqu’un peu répétitive (film par film : le salaire, le scénario, le tournage, la sortie !), on apprend ce qu’on sait déjà : Hollywood est une rude industrie tournée vers le profit, qui massacre les génies (Welles…), et où seules les fortes têtes survivent ; les fortes têtes comme Howard Hawks.
Hawks aurait pu être ingénieur ou diriger des entreprises ; il venait d’une famille qui avait déjà fait fortune dans le midwest. Il a préféré s’amuser – beaucoup – à faire du cinéma.
Il aura tout vécu, au travers d’une industrie qui n’a cessé de se métamorphoser, du muet des années 20 au triomphe du cinémascope couleur des années 60. Il a résisté à tous les grands patrons de studios*, de Jack Warner, Harry Cohn, Howard Hughes, ou Selznick, à qui il interdisait d’apparaître sur le plateau. Ils venaient pourtant pour une bonne raison : Hawks était toujours hors budget et hors délai. Comme dans la vie, où il aurait pu finir absolument riche, mais où il fut toujours endetté, par les chevaux, les cartes, et les divorces.
Mais surtout, Howard Hawks a imposé une forme qui lui est propre, même si son cinéma est un cinéma grand public et commercial. Hawks n’a pas fait que des chefs-d’œuvres, loin de là, mais il n’a fait que des succès. A Hollywood, hier comme aujourd’hui, une seule chose compte : make money. Et bon film ou mauvais film, HH a fait gagner beaucoup d’argent à l’usine à rêves. Il s’est essayé dans presque tous les genres, avec succès, en signant souvent des classiques du genre (Scarface, Rio Bravo, La Chose d’un Autre Monde …) Il a créé quelques figures archétypales encore en vigueur qu’on appelle encore aujourd’hui « couple hawksien » ; une jeune femme mince, courageuse, sexy et pointue et un homme viril dont les véritables qualités se révèlent dans des conditions exceptionnelles. Le tout dans une ambiance aux forts sous-entendus érotiques, comme Bacall à Bogart dans Le Port de l’Angoisse : « You know how to whistle, don’t you, Steve? You just put your lips together and… blow. »
La carrière de Howard Hawks se juge aussi à l’aune de l’influence qu’il a laissé sur ses collègues réalisateurs, de John Carpenter, de Palma, Tarantino, Godard, Truffaut, et les nombreux remakes qu’il a su inspirer. Authentiques comme The Thing, ou Scarface. Ou remakes cachés sous influence : Alien (La Chose d’un Autre Monde), Assaut (Rio bravo)… Mais son plus bel héritage reste ce fameux couple Hawksien, de Vivian et Edward (Pretty Woman) ou Elizabeth et Will (Pirates des Caraïbes)…
*Il en a même découvert une, la très belle Sherry Lansing, qui a commencé comme actrice (dans Rio Lobo, seins nus !) et a préféré – au grand dépit de Hawks – devenir directrice à la Paramount (Proposition Indécente, Black Rain, Liaison Fatale…)
dimanche 20 septembre 2015
Wayward Pines, season finale
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
C’est l’heure de faire le point sur ces presque dix heures de Wayward Pines à l’heure où son producteur, M. Night Shyamalan, avoue n’être pas sûr qu’une saison 2 existe et qu’en même temps, la fin de la saison 1 laisse à croire qu’il y aura une suite. Ou pas.
C’est ça Wayward Pines, à moitié brillant et à moitié foiré et complètement à l’ouest. C’est réussi parce qu’il y a une vraie idée, très originale, derrière ce show et un sous-texte qui pose les bonnes questions : doit-on, pour son bien, cacher la vérité au peuple ? Toute forme de répression est-elle envisageable contre le terrorisme ? Et plutôt raté, parce que, comme d’habitude dans la SF US, littéraire ou cinématographique, les idées très originales ont du mal à tenir debout.
Sans rien révéler, on peut simplement se demander comment le postulat qui tient derrière le village de Wayward Pines peut simplement exister. Comment se ravitaille-t-on en essence, par exemple ? Comment répare-t-on les véhicules ? Et pourquoi cette petite banlieue américaine dans les circonstances où se déroule la série ? Est-ce possible techniquement ? Il est évident que non. Et c’est sur cet unique défaut que tout l’édifice Wayward Pines s’écroule.
Car malgré ce que dit Hitchcock sur ce qu’il appelle avec mépris « nos amis les vraisemblants », il ne faut pas interrompre dans une œuvre la suspension consentie de l’incrédulité, ce tour de magie qui permet au spectateur de croire aux hobbits ou à Mary Poppins.
Ici toute l’attention du spectateur était concentrée sur l’intrigue, les personnages ; là voilà soudain distraite par cette impossibilité ontologique. Une fois que le spectateur a compris, il ne pense plus qu’à cela : comment est-ce possible ? Et évidemment, si ce n’est pas possible, comment croire aux autres aspects de l’histoire, qu’ils soient d’ordre sentimental, familial ou social ?
C’est bien dommage car si les créateurs de la série ne s’étaient pas comportés comme des escrocs, en proposant par exemple une solution un peu plus réaliste, un peu plus cohérent avec le postulat de base, on se serait volontiers accroché.
En l’occurrence, c’est confirmé : il n’y aura pas de saison deux est notre prédiction initiale était exacte : si Canal programmait Wayward Pines à la fin de l’été, c’est que ça ne valait pas tripette, et il n’y avait pas que les français pour le penser…