mardi 15 septembre 2015
True Detective saison 2
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
« The war was lost, the treaty signed.
I was not caught, I crossed the line.
I was not caught, though many tried.
I live among you well disguised.
I had to leave my life behind;
I dug some graves you’ll never find.
The story’s told, with facts and lies.
I had a name. But never mind.»
Et voilà, la petite musique de True Detective va encore traîner dans la tête pendant quelques années encore… Intrigue béton, quoiqu’un peu compliquée (mais a-t-on jamais reproché cela au Grand Sommeil ?), quatuor d’acteurs Farrell-Vaughn-McAdams-Kitsch extraordinaires (sauf Kelly Reilly, vraiment en-dessous), mise en scène au cordeau, générique qui tue, et photographie parfaite, prenant une nouvelle fois à rebrousse-poil les clichés d’une région tout en l’esthétisant à mort : cette fois-ci, la Californie, comme True Detective première itération avait arraché les costumes folkloriques de la Louisiane.
Ce qui est étonnant dans cette série, c’est sa capacité à frôler la faute de goût tout en se rattrapant à chaque fois à quelques millimètres du précipice. On se dit que cette réplique-là ne va pas passer, que cette intrigue-là ne sert à rien ; que cette scène d’action est too much pour être crédible (c’était déjà le cas du drug bust de la saison 1), mais à chaque fois, Nic Pizzolatto retombe sur ses pieds.
La fin (ratée car trop rapide en saison 1) est mieux cette fois-ci, mais ce n’est pas pour cela que l’on regarde True Detective. L’intrigue on s’en fiche, ce qu e l’on veut c’est des personnages faits de chair et de sang comme on en voit rarement dans le séries. Des trajectoires de vie esquissées sur deux décennies, avec les désillusions et les tragédies que cela implique. C’est pour ce qui semble être l’obsession fictionnelles de Nic Pizzolatto que nous attendons de pied ferme True detective 3. Et tout autant l’adaptation de son très bon polar Galveston par Janus Metz.
lundi 14 septembre 2015
Baron Rouge
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
On n’a pas besoin de voir la fin de Baron Rouge pour écrire sa chronique. Bien sûr, on va regarder le film jusqu’au bout, et ce pour deux raisons. 1, nous ne sommes pas des escrocs chez CineFast. 2, le fameux théorème de Rabillon nous oblige à regarder les maigres films qui sortent sur nos sujets fétiches, légionnaires romains, templiers en goguette et autres aviateurs de la première guerre mondiale…
Mais voilà ; après avoir subi une heure de Baron Rouge, on sait à quoi s’en tenir. Une dénonciation des horreurs de la guerre qui tombe dans le panneau habituel, c’est à dire le plus parfait romantisme guerrier.
Et c’est parti pour l’usine à clichés. Ces chevaliers du ciel, de nobles jeunes gens qui ne font pas la guerre comme les autres. Et la gentille infirmière qui ouvre les yeux de ce grand benêt de Baron Rouge sur les horreurs de la guerre. Quand on sait que l’infirmière en question c’est Lena Headey, Dame Cersei Lannister en personne, on regarde jusqu’au bout.
Évidemment, le Baron connaîtra la rédemption. Et malheureusement, il se fera tuer, ce que tout le monde sait déjà. Entre-temps, on aura vu de jolis avions, de très beaux combats, et Lena Headey qui promène son regard triste et son sourire mutique. Tout cela est très esthétique. Finalement, que la guerre est jolie !
CineFast préfère les cinéastes qui disent cela frontalement et essaient d’expliquer que c’est justement pour cela qu’on la fait : Apocalypse Now !, Full Metal Jacket, Enfants de Salauds. Ou au contraire, que la guerre est horrible et que malheureusement, on ne peut s’en empêcher : Voyage au Bout de l’Enfer, Fury, La Ligne Rouge…
Mais pour ce genre de film qui est exactement ce qu’il prétend dénoncer : berk ! Dommage, les deux acteurs (Matthias Schweighöfer et Lena Headey) sont très sexy.
vendredi 11 septembre 2015
La Famille Bélier
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
On a du mal à démêler ce qui nous a plu dans La Famille Bélier. La nostalgie, camarade ? Le portrait empathique de la campagne ? Des comédiens qu’on aime bien (Viard, Damiens, Elmosino) et une révélation, Louane, qui chante et joue parfaitement ? Ou bien, évidemment, Michel Sardou ?
N’est-ce pas, tout simplement, de la très bonne mise en scène et un excellent scénario ? En effet, La Famille Bélier respecte à la lettre les consignes du mélo familial. Chaque personnage est clairement identifié avec un enjeu précis et qui tient la route. L’intrigue est plausible, et les retournements de situation ne sont pas délirants.
Ainsi quand Paula (Louane) décide de devenir chanteuse, il est logique que sa mère (Karin Viard) ne veuille pas voir partir sa fille, la seule passerelle pour cette famille de sourds vers le monde extérieur.
Mais tout autant, on comprend le renversement de situation, quand Viard découvre, malgré sa surdité – et via une très belle scène muette -, le talent de Paula. La mère laisse alors la fille partir à Paris.
Ces scènes sont classiques dans le mélo (français ou américain), mais leur réussite dépend essentiellement de la capacité des acteurs à incarner ces figures de style. Ici, tout le monde est parfait. Cette perfection est d’autant plus évidente quand on peut la comparer à une des rares mauvaises scènes (la visite chez le gynéco au début, d’un goût douteux). La faute n’incombe pas aux acteurs, mais bien au texte.
Il y a en plus une spécificité à cette Famille Bélier ; faire jouer des sourds par des non-sourds (Viard, Damiens, Louane, qui « signent » tous correctement la langue des sourds) et arriver à transmettre de l’émotion sans le support habituel du texte. Ce qui, on en convient, n’était pas gagné d’avance.
Mais le tour de force principal d’Éric Lartigau et de Victoria Bedos, sa scénariste, c’est d’adapter un film à partir de Je Vole, la chanson de Sardou, et d’en faire un film d’une heure quarante-cinq. Et d’avoir le courage de dépasser les précautions germanopratines autour du chanteur le plus à droite qui soit, et sa ringarde absolue. Le film fait d’ailleurs un sort à cela pendant la séance d’audition à Radio France.
Si c’est aussi réussi, c’est que le film monte à la perfection la pente raide qui débouche sur ce climax, et Lartigau s’est bien gardé de sortir la chanson avant, alors qu’on y pense pendant tout le film. Le spectateur l’attend, mais patiente avec La Java de Broadway, et autres Je Vais T’aimer. Quand la chanson déboule, les chiens sont lâchés et comme dit Hitchcock, le spectateur est prêt à « réagir et devenir émotionnel ».
mardi 8 septembre 2015
Love
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Gaspar Noé a tout d’un frère. Il a notre âge, il aime les mêmes choses que nous, et partage grosso modo le même point de vue libéral sur la techno, le sexe, les drogues. Sur la sexualité, il se pose la question que nous nous posons depuis toujours : pourquoi le sexe est aussi mal représenté à l’écran ? Dans le cinéma américain, en effet, il semble n’y avoir que deux itérations possibles : la position du missionnaire pour le couple amoureux, et la fille plaquée debout contre la porte pour la passion fougueuse. Tout le reste du kama sutra semble réservés aux personnages damnés, comme expliqué ici.
Au contraire, dans le cinéma français, tout est bon pour montrer des filles nues, souvent jeunes, avec des vieux beaux qui ont systématiquement vingt ans de plus.
Gaspar Noé a donc décidé de prouver le contraire. En montrant une histoire d’amour avec la sexualité, crue, à l’écran. Ce parti pris-là, au moins, est réussi. Le problème de Love n’est pas là. Le problème de Love, c’est que Noé n’a rien à dire au-delà de ce postulat de départ. Et c’est peu pour faire un film, parce que le reste de l’histoire est très faible : un jeune homme se retrouve marié trop tôt, père trop tôt. Il maudit sa compagne tombée enceinte et regrette son amour perdu… c’est beaucoup pour 2h14.
Love est donc constitué essentiellement de flash-backs : comment s’est-on rencontrés ? Comment s’est-on aimés, puis engueulés ? Ponctué, comme un banal film pornographique, de toutes les situations sexuelles possibles. C’est là, évidemment, que le projet de Gaspar Noé devient beaucoup moins intéressant ; ces personnages sont en carton, n’ont aucune épaisseur psychologique ; le petit branleur américain (Karl Glusman), et sa laborieuse voix off, sa pénible épouse, obligatoirement chiante (Klara Kristin), et la vraie femme (Aomi Muyock), brune et ténébreuse comme il se doit. On ne sait pas s’ils jouent mal, car les scènes de sexe sont une performance en soi et les dialogues faiblards les desservent énormément.
Et comme souvent chez Gaspard Noé, c’est trop long partout, il y a trop de scènes de sexe, longues et ennuyeuses et répétitives. Il ne suffit pas de vouloir choquer le bourgeois, il faut un peu le titiller… au final, ces personnes mal joués n’ont pas de personnalité ; on ne les aime pas et c’est bien le paradoxe de Love.
Il reste comme d’habitude chez Gaspar Noé des fulgurances graphiques (cadrages, stroboscopes, …), mais ça n’a jamais suffi à faire un film.
vendredi 4 septembre 2015
Wayward Pines
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Voilà donc la fameuse séééériééévéénement, bizarrement lancée par Canal fin août ; ça doit pas être si bien que ça. Mais bon, le cocktail est dosé pour le CineFaster : M. Night Shyamalan aux commandes, ambiance Twin Peaks et Lost mâtinée de Prisonnier, avec, en prime, une ancienne sweetheart : Carla Gugino, ex girlfriend de Michael J. Fox dans Spin City, ex Spectre Soyeux dans les Watchmen. Plus le beau ténébreux Matt Dillon, ça doit faire le plat pour saucer.
La première couche est cependant un peu bizarroïde car dans ce premier épisode, tout sonne faux, à commencer par le décor de la petite ville proprette de Wayward Pines. Mais on se dit que soit c’est raté, soit c’est fait exprès.
Et le fait est que le pilote ne fait pas de chichi sur les mystères de l’intrigue : Ethan Burke (Matt Dillon) est agent des services secrets, et il a eu un grave accident de voiture. Il se retrouve hospitalisé dans un étrange village de l’Idaho, Wayward Pines, où les habitants se comportent bizarrement. Pendant ce temps, les services secrets cherchent activement leur agent. Mais on comprend vite que quelque chose ne tourne pas rond, entre les précédentes crises d’amnésie du personnage principal, les tons de comploteurs des villageois, sans parler des paradoxes temporels qui pointent leur nez. De plus, la solution de l’enquête de Burke est là devant ses yeux ; il cherchait son collègue disparu, le voici en cadavre dans une maison abandonnée. Tout ça en 41mn.
M. Night Shyamalan se la joue donc postmoderne ; on ne va pas passer une saison à vous expliquer tout ça, on vous le dit tout de suite. Evidemment, la vérité doit être ailleurs, comme dirait l’autre.
Le problème, c’est plutôt Shyamalan lui-même. Le réalisateur wonderboy s’est enfermé tout seul depuis quinze ans dans le-film-à-twist. Après le coup de génie Sixième Sens, le très bon Incassable, la carrière du Spielberg de Pondichéry n’a fait que décliner : Signes, Le Village (qui montre des similitudes avec Wayward Pines, par ailleurs) et le désastre Phénomènes. Au-delà de la faiblesse d’une partie de ces films, c’est plutôt le réflexe pavlovien de guetter la « surprise » Shyamalanienne finale qui a gâché ces films. Savoir qu’il y a toujours une surprise, ce n’est plus de surprise du tout.
Evidemment, tout cela est dans la tête du spectateur à l’orée de Wayward Pines. Mais pour le moment on est suffisamment accroché à l’originalité du personnage principal, formidablement campé par Dillon, pour une fois loin de ces rôles de bellâtre qui ont fait sa fortune. Il est ici aussi à rebours des habituelles victimes du ce genre de conspiration (le Jack de Lost, pour n’en citer qu’un). Au contraire, Ethan est un flic hardboiled, prêt à te péter la gueule si tu ne le laisse pas téléphoner. Il rappelle à cet égard les meilleures scènes de Patrick Mc Goohan dans le Prisonnier.
Donc on va s’accrocher un peu, même si on guette le twist.
mardi 1 septembre 2015
L’Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Andrew Dominik, Brad Pitt, Nick Cave, Ridley et Tony Scott (à la production), Roger Deakins (le chef op’ de Prisoners, O’Brother, Passion Fish), Casey Affleck, Sam Rockwell, Marie-Louise Parker ; le rassemblement d’autant de talents peut faire peur. Ou tout simplement produire un film parfait, comme L’Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford.
Comme dans son chef d’œuvre à venir (Cogan, Killing them softly) Andrew Dominik explore – ici en mode western – les sombres mythologies américaines.
Le film débute par un procédé bizarre : voix off narrative sur des images mal mises au point, comme si l’on utilisait une vieille caméra. On va comprendre en cours de route ce processus ; l’histoire de Jesse James, tous les américains la connaissent*. Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil, c’est ce que dit ce ton pontifiant de docudrama. Dominik, lui s’intéresse à autre chose : le mythe.
Si le réalisateur néo-zélandais tue d’entrée le suspense, c’est bien littéralement pour « s’attaquer » à cette histoire en prenant – règle numéro 1 du biopic – le point de vue d’un personnage annexe : Robert Ford : l’homme qui tua Jesse James : le « lâche ».
Très lentement (2h33), le réalisateur va détruire son personnage principal (Brad Pitt, une fois de plus extraordinaire) en faisant sombrer le pseudo Robin des Bois sudiste dans la folie. Jesse James n’est pas un gentil bandit, c’est un homme violent, paranoïaque, qui se débarrasse de ses associés quand il a perdu confiance, et les deux frères Ford vivent dans cette terreur. Dans le même temps, il va construire Robert Ford (Casey Affleck), de benêt servile imbibé du Mythe Jesse James, en homme adulte.
Et de s’interroger au passage sur notre étrange passion romantique pour les bandits (Jesse James, Mesrine…) et notre commun mépris pour ceux qui nous en débarrassent, juges, policiers, et autres Robert Ford.
La dernière partie est peut-être même la plus intéressante, métaphore du cinéma violent dont l’Amérique s’est fait la spécialité. Robert Ford devient une star de théâtre, contraint de rejouer ad libitum son coup de pistolet dans le dos, son frère (Sam Rockwell, bon comme toujours) interprétant sur scène le rôle de Jesse James, et répétant, comme le veut le mythe, les fameuses dernières paroles, « ce tableau est bien poussiéreux », avant de s’écrouler, une balle dans l’oreille.
Le Spectacle a ingéré le Mythe.
*Les français aussi : « Vous connaissez l’histoire de Jesse James, comment il a vécu, et comment il est mort. Vous en voulez encore ? »
jeudi 20 août 2015
Atlantique, latitude 41°
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les films ]
La cinéphilie est un éternel recommencement. On retombe par hasard sur Atlantique, latitude 41°, dont le vrai titre n’est autre qu’A Night To Remember,c’est à dire le récit de Walter Lord d’un certain 14 avril 1912, la naufrage du Titanic.
Atlantique, latitude 41°, énième itération du Titanic, le mythe au cent films ? Pas sûr. Parce qu’à la revoyure, on est fasciné par les similitudes avec le chef d’œuvre de Cameron. Évidemment, les deux films racontant la même histoire, et il est normal que l’on retombe sur les clichés du mythe : la partie de foot avec les glaçons, la trahison d’Ismay, Guggenheim sans son gilet de sauvetage, etc.
Mais là, ce sont plus que des similitudes. C’est la même façon de raconter ces clichés, cadrés pareil, et montés à l’identique. Ainsi la scène où l’architecte Andrews remet une pendule à l’heure et donne les derniers conseils à Jack et Rose devient en 1958 une scène où l’architecte, dans la même position, filmé du même côté, contemple la pendule et donc l’heure du naufrage, et donne les mêmes conseils à un autre jeune couple, qui ne sont pas, cette fois ci, les héros du film.
Le cinéphile part alors en chasse, et trouve plein d’autre similitudes : la scène de l’iceberg, celle des télégraphistes, l’eau qui envahit la salle des machines, les gens qui fuient dans les coursives, qui montent dans les bateaux, filmé avec les mêmes contre-plongées. Jusqu’au casting où les acteurs (anglais) de Atlantique, latitude 41° semblent avoir inspiré, quarante ans plus tard, le casting du film de tous les records.
La morale de cette histoire, au-delà du procès en plagiat, c’est qu’un grand film ne sort jamais de nulle part. Cameron a vu Atlantique, latitude 41°, et ce qui était bon dans le film a impressionné sa rétine.
Ça n’enlève rien au Titanic de 97, ça l’humanise même un peu.
mercredi 12 août 2015
La Isla Minima
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Nous crions suffisamment dans ces colonnes l’insuffisance crasse du cinéma, notamment américain, en matière d’intrigue, de réalisme, en clair, de chair et de muscles pour des projets le plus souvent squelettiques, pour signaler une pépite bien taillée quand on en trouve une. Cette pépite, c’est La Isla Minima, le polar glauque de l’été.
Il y a d’abord le pitch, True Detective en diable : deux flics que tout oppose enquêtent sur une affaire sordide de disparition dans le sud de l’Espagne ; nous sommes à la fin du franquisme ; l’un est vieux et a forcément servi Franco, l’autre est jeune et rêve de faire le ménage façon Dewaere.
Il y a ensuite l’intrigue, classique mais efficace : deux jeunes filles à la réputation facile ont disparu, on imagine le pire.
Et puis enfin le contexte, le delta du Guadalquivir, au sud de Séville, formidablement filmé dès le générique. Un monde selon la pluie sec ou boueux, parfaite métaphore des remugles internes qui agitent ses habitants.
Cette histoire, ce sujet, ces personnages, on les a vus cent fois. Et comme toujours, le génie d’un film ne peut résider que dans le vrai travail cinématographique, qui ne consiste pas à trouver ce sujet, mais bien à le mettre en scène.
C’est donc dans les personnages, leurs enjeux, et leur traduction cinématographique (montage, cadrage) que La Isla Minima triomphe, et son metteur en scène avec, Alberto Rodríguez. Il est parfait à la manœuvre. Il s’attache à utiliser l’intelligence du spectateur et la met à son service. Il ne mâche pas le travail, et laisse le cerveau combler les trous. Ainsi, la fin du film reste floue, laissant le spectateur finir le puzzle, et évitant ainsi une fastidieuse explication en détail.
Entre-temps, Rodríguez aura livré quelques scènes mémorables, nous aura fait trembler et ému, et aura impressionné notre rétine d’une série d’images que l’on est pas prêts d’oublier.
Que demander de plus ?
samedi 8 août 2015
The Gospel According to Saint Alfred#10 : Sex should be a surprise
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
C’est la fin des entretiens Hitchcock-Truffaut, et Hitch se lâche. Il a fait le boulot durant toute cette semaine de 1962, nous expliquant, en vrac, que Gregory Peck n’est pas vraiment crédible en avocat anglais, que le seul véritable art du cinéma, c’est le montage, qu’il faut économiser les plans larges, qu’une star ne peut pas faire le méchant, qu’il ne faut pas adapter de chefs d’œuvres, qu’il faut parler la même langue que les comédiens,
qu’il faut que les décors aient l’air vrai, et qu’il faut faire attention à ne pas créer de confusion chez le spectateur.
Mais voilà, poussée par Hélène Scott – la femme qui sert d’interprète à Truffaut – on retourne au sujet de prédilection de Hitch : le sexe.
« Si l’on veut mettre du sexe à l’écran, il faut qu’il y ait du suspense. Je ne crois pas qu’il faut que ça soit trop frontal. D’où mon choix de femmes, le genre « Grace Kelly ». On voudrait que les femmes soit des dames au salon et des putes au lit, malheureusement ce n’est pas comme ça. »
Truffaut rechigne, non sans arguments : c’est contraire aux goûts du public masculin, qui veut voir des femmes très charnelles à l’écran, genre Jane Russel, Marilyn Monroe, Brigitte Bardot.
Mais Hitchcock prend l’exemple de La Main au Collet, où il filme Grace Kelly de manière glaciale, mais quand Cary Grant monte à sa chambre, elle l’embrasse soudainement : « Je pense que le sexe doit être une surprise. Si on montre tout, il n’y a pas de scène possible ».
Le CineFaster ne saurait que partager ce constat. Le dernier Conseil s’est déroulé Rue de Buci, avant de se conclure par une projection privée de Love, avec Laetitia Casta et Louis Garrel (à qui Michel Vaillant offrit négligemment du feu). Malheureusement, le film de Gaspar Noé (chronique à venir), n’a fait que valider ce commandement Hitchcockien.
Après 134 minutes de sexe frontal, nous étions épuisés, et fort peu excités. Mais un verre délia bientôt nos langues et nous échangeâme nos rêveries érotico-cinématographiques ; la petite culotte blanche de Miss Ripley dans Alien, les seins de Charlotte Rampling dans Un Taxi Mauve, ou l’apparition, pendant une demi-seconde, de ceux de Salma Hayek dans Frida nous firent bien plus d’effet que la beauté – pourtant incontestable – d’Aomi Muyock exposée à longueur de Love.
C’est l’effet de surprise, l’inattendu, qui déclenche l’érotisme d’une scène ; pas son exposition par trop évidente.
Que l’on ne se sente pas pour autant obligés de partager l’obsession monomaniaque de Hitch pour les blondes anglaises, suédoises, scandinaves, germano-septentrionales.
Voir ci-dessous…
« Putting sex on the screen, I think it should suspenseful. I don’t think it should be obvious. Hence my choice of women. The Grace Kelly type. In other words, what are were after? We’re after ladies in the drawing room who becomes whores in the bedroom! But they don’t do it that way. (…) Poor Marilyn Monroe, she had it hanging all over. Like Brigitte Bardot: not very subtle. »
« I think the most interesting women – sexually – are the english women. The Swedish women, the North German women, the Scandinavians, are much more interesting than the Latins. The Italians, and to some degree, the French women, having it hanging all over: the sex is all there! But these English women, who looks like a school teacher, they get in the taxi with you and, to your surprise, they tear your pants open! (…)
I think it should be a surprise; laying everything out, there is no scene to be got from it, no discovery of the sex, you know!
For example, look at the opening of To Catch A Thief, I delibaterely photographed Grace Kelly cold, and I kept cutting her in profile, looking classy, looking beautiful, looking icy, and when she gets upstairs, and Cary Grant reaches the door of her room, she plunges her lips onto him. »
« Si l’on veut mettre du sexe à l’écran, il faut qu’il y ait du suspense. Je ne crois pas qu’il faut que ça soit trop frontal. D’où mon choix de femme, le genre « Grace Kelly ». Dit autrement, que cherche-t-on ? On voudrait que les femmes soit des dames au salon et des putes au lit, malheureusement ce n’est pas comme ça. Prenez la pauvre Marilyn Monroe : elle affichait tout cela en vitrine. Pareil pour Brigitte Bardot: pas très subtil.
Je pense que les femmes les plus intéressantes – sexuellement parlant – ce sont les Anglaises. Les Suédoises, les femmes d’Allemagne du Nord, les Scandinaves sont plus intéressantes que les latines. Les Italiennes, et jusqu’à un certain point les françaises, elles affichent tout : le sexe est là, partout ! Mais les Anglaises, qui ressemblent à des maîtresses d’école, elles montent dans le taxi avec vous, et à votre grande surprise, elles vous arrachent la braguette ! (…)
Je pense que le sexe devrait être une surprise : en affichant tout, il n’y a plus de scène possible, il n’y a plus aucune possibilité de découvrir du sexe.
Dans l’ouverture de La Main au Collet par exemple, j’ai choisi délibérément de filmer une Grace Kelly froide, de profil, très classe, belle, l’air glaçant. Mais quand elle monte à l’étage et que Cary Grant atteint la porte de sa chambre, elle plonge ses lèvres sur lui. »
lundi 3 août 2015
Maestro
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Certains films vous font attendre la dernière seconde pour en comprendre le sens. Et donc pour décider qu’ils sont réussis. C’est le cas de Maestro, tiré des véritables aventures de Jocelyn Quivrin avec Éric Rohmer. L’acteur français ne rêvait en effet que de voitures et de films d’action ; mais le voilà embarqué en 2007, dans Les Amours d’Astrée et de Céladon, dernier film de d’Eric Rohmer.
Quivrin s’avouera totalement bluffé par sa rencontre avec Rohmer, une véritable rencontre humaine, et il rêvera toujours d’en faire un film. Il écrit même le scenario. Malheureusement, il meurt au volant de son roadster, en 2009, dans le tunnel de Saint Cloud.
Sur la volonté de sa femme, d’Alice Taglioni, son amie Léa Fazer, reprend le scénario et tourne le film : Maestro. Le rêve de Quivrin enfin réalisé, avec Pio Marmaï dans son rôle, et Michael Lonsdale en Rohmer sentencieux.
Évidemment, au départ, (et malgré les recommandations du Seigneur d’Avalon), le CineFaster sort les pop-corn et le Coca, espérant assister à une bonne parodie des Nuits de la Pleine Lune, L’Ami de Mon Amie, L’Arbre, le Maire et la Médiathèque. Films que le Professore Ludovico a vu, au quatorzième degré, avec quelques connaisseurs…
Mais petit à petit, comme le personnage principal, nous voilà sous le charme de Lonsdale/Rohmer. Oui, Rohmer est un vieux monsieur, avec des goûts bizarres (Shakespeare, la littérature française du XVI°…), mais ce sont des goûts d’un homme de son âge… peu à peu, nous voilà pris sous le charme d’un tournage foutraque, dans une extrême économie de moyens, jusqu’à la réplique finale. Maestro séduit par son humour léger, subtil, et tendre pour tous ses personnages. Et au bord de se convertir au cinéma rohmerien, pourtant simpliste et artificiel.
Par la magie du romantisme des tournages à petit budget, perdus dans la campagne : la magie du cinéma, tout simplement.