dimanche 7 février 2016
Hitchcock/Truffaut, le doc
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films -
Les gens ]
L’idée était très excitante a priori : mettre en image le chef d’œuvre de Truffaut sur les chefs d’œuvres d’Hitchcock. On avait le texte, les photos, et – miraculeusement retrouvé – la bande son. Illustrer les grands principes du Maître à base des séquences cultes de ses films, voilà qui allait avoir de la gueule. Et en plus, sous le haut patronage de réalisateurs connus et respectés : James Gray, Martin Scorsese, Paul Schrader, Wes Anderson, David Fincher, Arnaud Desplechin, et Olivier Assayas.
Malheureusement, le résultat est assez convenu. Seules quelques séquences sont illustrées (Vertigo, Les Oiseaux) et pas très analytiques, pas très pédagogiques. Par contre les stars parlent beaucoup, comme dans le moindre making of du marché, pour dire que Hitch était un génie.
Ce n’est pas toujours inintéressant, mais malheureusement, Hitchcock est plus passionnant.
vendredi 5 février 2016
Topten 2015
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -
Playlist ]
Triste Topten.
Chaque année, depuis vingt ans, l’ami Philippe réunit quelques camarades pour que l’on s’écharpe sur les films de l’année. Force est de constater que la belle équipe s’étiole de plus en plus. Nous étions vingt, nous voilà six. L’humain est un animal social, qui vieillissant, se désocialise. Le couple, les enfants, PSG – St-Etienne, un marathon à préparer : toujours les mêmes excuses pour réduire les occasions de se réunir en commun. Mais du point de vue cinéphilique, est-ce vraiment le problème ? Les gens qui ne vont plus au cinéma voient-ils vraiment plus de films à la télé ? Y a-t-il une séance de rattrapage ? Je ne le crois pas.
C’est tout simplement l’évolution du cinéma auquel nous assistons en direct. Récemment, mon fils que j’ai emmené voir Alien a avoué ne venir « que pour me faire plaisir » car s’il adorait voir des films, il préférait les voir tranquillement chez lui, devant la télé. Où l’on peut se lever, répondre à Snapchat, et revenir avec un Oreo dans la bouche, et un verre de lait à la main. Autre témoignage concordant, le stagiaire de Philippe, qui travaille pourtant dans l’Industrie, préfère aussi voir les films en streaming, à commencer pour de basses raisons financières. Il y a vingt ans, où il était déjà sacrilège de voir les films à la télé, le pauvre stagiaire n’aurait pas fait long feu dans une PME du court métrage. Mais aujourd’hui que tout est accessible en un clic, la tentation est grande, même pour le meilleur des cinéphiles, de rester à la maison.
En clair, qu’est-ce que ça veut dire? Est-ce que la prédiction de Lucas/Spielberg en 2013, sur la broadwaytisation du cinéma, est en route ? C’est à dire le cinéma comme super-industrie produisant quelques mégafilms à 500M$ en 3D soundsurround et fauteuils qui tremblent comme au parc d’attraction, à 50$ la place ? une somme que les spectateurs seraient prêts à payer pour un spectacle extra-ordinaire impossible à rendre sur une tablette Surface ? Et que justement, le reste du marché, les fictions normales, les comédies, les drames intimistes seraient réservés à votre télé ou à votre tablette ?
Le Topten de cette année révèle cela : pour ma part, je suis allé voir des films extrêmes. Je suis allé voir des oeuvres qui, je l’espérais, arriverait à me surprendre, ou qui seraient de toute façon difficiles à voir ailleurs : Pulp – a Film about Life, Death & Supermarkets, Dear White People, The Duke of Burgundy, Cousin Jules, Back Home, Il est Difficile d’être un Dieu…
De leur côté, mes petits camarades sont plutôt spécialisés dans le film français. Mais, de toutes façons, nous étions tellement dispersés qu’un classement ne veut plus rien dire. Telles des galaxies s’éloignant sous l’effet du Big Bang, nos goûts s’écartent à grande vitesse. Et quand nos tickets de cinéma se croisent (Seul sur Mars) c’est pour découvrir avec horreur que l’un l’a mis dans son Topten tandis que l’autre l’a balancé dans la poubelle de son BottomFive.
Mais trêve de ratiocinations : voici mon Topten 2015 :
1 Pulp – a Film about Life, Death & Supermarkets
2 Joy
3 Le Fils de Saul
4 Foxcatcher
5 Dear White People
6 The Duke of Burgundy
7 Trois Souvenirs de Ma Jeunesse
8 La Isla Minima
9 Dheepan
10 Le Pont des Espions
Et mon BottomFive :
1 Il est Difficile d’être un Dieu
2 Seul sur Mars
3 Mia Madre
4 Girls Only
5 Imitation Game
Quant au Topten de mes petits camarades, pas si français que leur fréquentation cinéma :
1 Nous 3 ou Rien
2 Marguerite
3 Star Wars VII – Le Réveil de la Force
4 la Loi du marché ex aequo avec :
5 Vice et Versa
6 Mustang
7 Mon Roi ex aequo avec les trois derniers :
8 Mad Max Fury Road
9 American Sniper
10 Snow Therapy
Et leur Bottom unanime :
1 On Voulait tout Casser
Les autres, comme expliqué ci-dessus, n’étant pas départageables…
mardi 2 février 2016
Mia Madre
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
On a beau aimer Moretti, Mia Madre était un peu sa dernière chance. On s’était ennuyés à mourir à Habemus Papam, et on s’ennuie aussi très fort à Mia Madre.
Le thème est séduisant et, paraît-il, autobiographique : une réalisatrice doit tourner son film tandis que sa mère est mourante. On comprend que Moretti, à qui c’est arrivé justement sur Habemus Papam, veuille prendre un peu de distance avec le sujet, en se donnant un autre rôle, à l’opposé de son personnage public. En l’occurrence, celui du frère de la réalisatrice, calme et posé, et clairvoyant face au décès qui s’annonce.
Mais ni l’un ni l’autre ne sont crédibles. Moretti est bien meilleur quand il fait son numéro d’excité narcissique, énervé après tout le monde. Et Margherita Buy, qui a de beaux yeux verts tout tristes, est bien peu crédible en metteuse en scène. Molle tout le temps, elle s’énerve soudainement contre son équipe, à leur surprise comme à la nôtre. On reconnait bien sûr Moretti ; c’est donc lui aurait dû jouer le rôle, ou quelqu’un qui aurait pu « faire du Moretti ».
Quant au « film dans le film », qui est en général une bonne idée, c’est là aussi une idée toute molle. Les incidents de tournage sont faibles et étirés au possible (le gag de la caméra qui cache le parebrise !) Et John Turturro, acteur vénéré ici, n’a pas un rôle de star-connard US à sa (gigantesque) mesure. Et c’est sans parler de la mourante, qui semble en meilleure santé que ses enfants et petits enfants… Le tout filmé comme une dramatique de France3.
Moretti l’avait dit lui-même dans une interview très clairvoyante à Libé : « Quand j’étais jeune,[…] je me forçais parfois à aimer tel ou tel film. Aujourd’hui, si je vois un film qui ne me plaît pas, même si c’est celui d’un cinéaste que j’admire, je ne me mens plus sur mes goûts. »
Et bien nous en sommes au même endroit, cher Nanni : nous n’allons pas nous fatiguer à voir des films qui ne méritent pas d’être vus.
samedi 30 janvier 2016
The Gospel according to Saint Alfred : Les 10 leçons d’Alfred Hitchcock
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens ]
lundi 25 janvier 2016
Joy
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Je n’aime pas Jennifer Lawrence. Je n’aime pas David O’Russell (j’avais trouvé Les Rois du Désert pas très drôle et I love Huckabees insupportable). Je ne supportais pas non plus, à vrai dire, le matraquage publicitaire sur Europe 1. Tout cela faisait trois bonnes raisons d’aller voir Joy.
Pourquoi va-t-on au cinéma ? Ça reste toujours mystérieux. Dans ce cas précis, la télé était prise par madame, je n’avais pas envie d’aller très loin et en même temps j’avais vu mon programme de vacances (Star Wars VII, Le Pont des Espions, Back Home, Mia Madre) Et il me restait un chèque Ciné MK2 en limite de péremption. Et ce que passait le MK2 Bastille c’était Joy. Et derrière la pub d’Europe1, résonnait, comme sur la bande annonce, le Fa et le Do, chanté à choeurs d’enfants, l’intro céleste de You can’t always get what you want…
Donc on va voir Joy. Et le début du film ne nous rassure pas : Joy est comme les autres films d’O’Russell : bavard, intello et pas forcément intelligent, trop de texte, trop de dialogues, trop de voix off, et encore une famille de cinglés virevoltants : De Niro en père irresponsable, Edgar Ramirez en ex fainéant, Virginia Madsen (notre princesse Irulan !) avec cinquante kilos de trop, abonnée aux Feux de l’Amour.
Tout cela semble en terrain trop connu. Mais quelque chose déjà nous attire l’œil : Jennifer Lawrence. Elle joue bien très bien, la petite. Et De Niro aussi, qui n’a pas eu d’aussi beau rôle depuis au moins quinze ans.
Et puis on se laisse gagner par cette histoire. Cette femme qui veut réussir, mais sans l’aide d’un prince charmant, comme l’annonce Joy enfant. Cette femme a déjà tout sacrifié ; sa jeunesse, ses études, sa carrière, son couple, pour aider les hommes (et les femmes) qui l’entourent. Son père garagiste dont elle tient pour la comptabilité, son ex-mari qui pense toujours percer dans la chanson, mais qui vit à ses crochets, chez elle. Sa mère, droguée de télé, dont il faut gérer les moindres faits et gestes. Et son travail pour joindre les deux bouts.
Seul horizon : une grand-mère qui croit en elle et en son esprit incroyablement inventif. Une grand-mère. Pas un homme. Elle est là, l’originalité du film. Un conte de fée qui réussit haut la main le test de Bechdel.
Car c’est un conte de fée, pour sûr, un conte de fée américain, bien sûr ; Cendrillon inventera une serpillère magique, gagnera des millions de dollars au Pays des Opportunités et de la Libre Entreprise… et rencontrera quelqu’un qui correspond beaucoup à l’idée d’un Prince Charmant, car il ressemble à Bradley Cooper.
Mais ce qui est si précieux dans ce film, ce qui est si inouï, c’est que Joy réussit seule, sans ce Prince Charmant justement. Grâce à elle-même, sans amant, compagnon affectueux, conseiller brillant, mentor bienveillant…
Si vous trouvez un film qui propose un personnage féminin comme Joy, écrivez à la rédaction, qui transmettra.
vendredi 22 janvier 2016
Jodorowsky’s Dune
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -
Les films -
Les gens ]
Par les mystères d’Internet, et les sombres affiliations RSS qui nous ont fait, un jour, nous abonner à un forum consacré à l’univers de Dune, nous apprenons la projection fortuite de Jodorowsky’s Dune, le documentaire tant attendu sur le mégafilm mort-né qui précéda la version de Lynch.
Comme chacun le sait, Arrakis, a planet also known as Dune, a été créée pour éprouver les fidèles. Donc l’attente, la frustration fait partie du chemin de croix fremen. Mégafilm planté, adaptation lynchienne ratée, série kitchissime, et maintenant documentaire qui n’arrive pas à sortir : le fremen est habitué à l’attente.
Mais le voici. La tempête. Notre tempête. Tout beau, tout chaud, à L’Etrange Festival*. La salle est pleine pour l’événement. Après une petite pique sur la veuve Moebius qui aurait ralenti la sortie (on ne voit pas bien pourquoi), le présentateur lance la projection. Et le doc est passionnant, pas seulement pour les fans de Dune, mais pour tous ceux qui s’intéressent au cinéma, notamment à la mécanique Hollywoodienne.
Car Dune avait tout pour plaire : un intérêt naissant pour la SF (Star Wars est dans les starting blocks), un livre best-seller, un casting d’enfer (Jagger, Dali, Welles), des concept artists au top (Moebius, Chris Foss, Giger). Et pour la première fois, un storyboard complet du film. Celui-ci circule largement à Hollywood. Les grey suits sont impressionnés : on n’a jamais vu un tel travail de préparation. Mais Dune a juste un petit problème : Alejandro Jodorowsky. Beaucoup de studios sont prêts à faire le film, mais sans Jodo, l’Orson Welles bourré aux amphétamines, vibrionnant 24 heures sur 24, un brin dictatorial**. Hollywood repère les génies à cent mètres, mais veut pouvoir les maîtriser. Sans l’argent US, Michel Seydoux renonce à y aller seul.
Alors que ce terrible échec fait sombrer la fine équipe dans une immense déprime (Dan O’Bannon fera ainsi un séjour en hôpital psychiatrique), Jodo, tout à sa philosophie zen, en tire une leçon de vie : Dune ne sortira jamais, mais Dune – tel l’esprit de Muad’Dib – inondera la pop culture de son influence. A commencer par L’Incal, et Les Metabarons, deux BD où Moebius et Jodorowsky recycleront leurs idées. Et ensuite, évidemment, Star Wars, dont on retrouve des plans issus du fameux storyboard. Mais aussi Alien qui récupère Moebius, Chris Foss, Giger pour produire qui produira le chef d’oeuvre shocker, véritable libération psychanalytique de l’immense frustration d’O’Bannon. Comme si Dune était cette créature tapie dans le ventre d’O’Bannon, et qu’elle ne demandait qu’à jaillir dans l’espace, où – comme chacun sait – personne ne vous entend crier.
Reste une question, entêtante, posée dès l’entrée du documentaire, et qui tourmente le Professore depuis 1977 : quel cinéma de SF aurions-nous aujourd’hui si ce Dune-là était sorti avant Star Wars ?
Poser la question, c’est y répondre.
* Le film sortira le 16 mars 2016 en salles.
** Il faut voir les scènes où il raconte comment il a forcé son fils de 14 ans à un entrainement intense de ju-jitsu pour tenir le rôle de Paul Atréides. Avec le fils (50 ans) à côté de lui. Et aussi celle où il conseille à Dan O’Bannon de « tout vendre » pour venir s’installer à Paris faire le film. Ce que le scénariste fera, à ses dépens.
mercredi 20 janvier 2016
Ettore Scola
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens ]
« Je ne crois pas qu’un film puisse changer quelque chose, qu’il puisse faire la révolution. Mais si un spectateur sort d’un film avec une idée neuve, même une seule idée, je crois que c’est un bon film. »
C’était Monsieur Scola, scénariste du Fanfaron, et réalisateur de chefs d’œuvres comme Le Bal, Une Journée Particulière ou Nous Nous Sommes Tant Aimés, qui nous a quittés hier.
dimanche 17 janvier 2016
Le Cousin Jules
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Le Cousin Jules est un film étonnant. Ce doc, réalisé en 1972, ne sort vraiment qu’aujourd’hui (avant l’été en fait, mais on a du retard à CineFast).
Dominique Benicheti, enfant, allait en vacances chez son cousin Jules, un vieux paysan bourguignon. Devenu cinéaste, il lui demanda (entre 1969 et 1972) l’autorisation de le filmer.
Le résultat, c’est ce Cousin Jules, un documentaire sur un monde disparu : la France éternelle, qui n’existe plus et qui pourtant continue de faire fantasmer les français. Une France rurale dans laquelle rien n’a changé depuis le Moyen Âge. Dans cette ferme, vivent en effet Jules et sa femme : deux octogénaires qui doivent s’occuper des travaux de la ferme. Ils n’ont pas d’enfants ni d’ouvriers. Dans ce monde-là, on ne va pas chez Conforama acheter un lit; on le fait. On a besoin d’une ferronnerie ; on la forge. On mange une nourriture que l’on a élevé ou fait pousser, tuée ou épluchée, et cuisinée soi-même.
Le film tourne donc autour de cela. Cela pourrait être ennuyeux, c’est sublime. Par un montage très simple (mais très rigoureux), par des images magnifiques de la campagne environnante, Le Cousin Jules reconstitue parfaitement la vie de ces vieillards, et leur tragédie.
Il passera sûrement un jour à la télévision, ne le ratez pas.
jeudi 14 janvier 2016
Alan Rickman
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]
Never give up, never surrender.
lundi 11 janvier 2016
David Bowie
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]
Vous rappelez-vous de ce type
Qui chantait cette vieille chanson ?
Il y a une rumeur qui vient du Contrôle au Sol
Oh non, ne me dis pas que c’est vrai…