samedi 11 février 2012
A propos d’Elly à la télé
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
A ne pas rater sur Arte mercredi, à 20h35, le premier chef d’œuvre de Asghar Farhadi, A propos d’Elly.
Une bande de copains monte une cabane à un copain célibataire, et comme l’enfer est pavé de bonnes intentions, les petits mensonges tournent au drame, comme dans Une Séparation.
Aucune excuse ne sera acceptée.
jeudi 9 février 2012
Take Shelter
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Take Shelter, c’est un film sur la dépression. La grande dépression économique américaine, l’histoire d’une hyperpuissance qui doute d’elle même. Crise du crédit, crise économique, crise du couple, la crise tout court.
La tornade qui menace l’Ohio ne zèbre pas seulement le Grand Ciel Bleu Américain d’éclairs, mais aussi les synapses de Curtis. Curtis, qui a « une bonne vie » comme le complimente son meilleur ami, une jolie femme et une gentille petite fille, mais qui voit des éclairs, et suspecte (ou espère) qu’une immense tornade va tout emporter … pour cela, il va se construire un abri et risquer de tout perdre…
Impeccablement photographié (chaque plan semble avoir un sens caché (« exit », « sparkle », panneaux d’autoroute…), excellemment joué, Take Shelter prend son temps pour naviguer entre deux eaux : fantastique ou réalité. Curtis est-il fou, a-t-il des visions, la tornade est-elle réelle ? peu importe : c’est un monde qui s’écroule devant nos yeux, lentement, mais sûrement…
lundi 6 février 2012
J. Edgar
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Mauvaise nouvelle. Notre Agent au Kremlin a été retournée. Notre meilleur fournisseur d’info ultra-confidentielles (Dans Ses Yeux, Une Séparation) a été identifiée, et retournée par les communistes, les anarchistes et le KGB (Katastrofik Grose Bouze) qui veulent tous détruire le Pays de la Liberté et de l’Opportunité. Ses informations sont désormais à traiter avec la plus grande circonspection.
Certes, J. Edgar n’est pas une KGB, c’est même un film extrêmement bien fait (époques entrelacées, performance Di Capriesque hallucinante, habile plaidoyer à charge et à décharge), mais ce n’est PAS un film : pas de début, pas de fin, pas d’histoire, mais seulement l’Histoire, avec un grand H. Mais dans ces cas-là, on préfère un bon documentaire sur Arte.
Car avec J. Edgar, on est devant une sorte d’ovni, qui fournirait à Clint Eastwood beurre et argent du beurre. Si on lui demande si la secrétaire a vraiment détruit les Archives Hoover, comme le laisse entendre le film, il sort le beurre : son Joker « fiction ». Si l’on trouve, au contraire, que la relation homosexuelle n’est pas vraiment traitée, il sort l’argent du beurre : la sacro-sainte « Réalité » : en vérité, on ne sait pas si Tolson et Hoover ont eu des relations.
Mais justement, un conteur, c’est un type qui décide, qui raconte une histoire, vraie ou fausse. Pas un gars qui se cache derrière une prétendue « réalité ».
En jouant à cache-cache avec les deux, Clint nous ennuie (depuis un certain temps déjà…)
jeudi 2 février 2012
Jesse Eisenberg
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]
IMDb, comme chacun sait, c’est la base. Je zappais sur le Star Trek de Monsieur Abrams (c’était ça ou les efforts grotesques de Terra Nova, ou la daube de Gladiator), quand j’ai voulu vérifier que Spock était joué par Jesse Eisenberg, le formidable Marc Zuckerberg de The Social Network ; raté, c’est Zachary Quinto, un acteur de 24 et de Heroes.
Mais sur IMDb, on surfe et on ne s’arrête plus. Surtout quand ça permet de découvrir que Jesse Eisenberg est Walt Berkman, dans ce merveilleux film qu’est Les Berkman se Séparent. Il interprète le fils aîné, un mytho qui prétend – lors d’un examen d’anglais -avoir écrit un très beau poème qui n’est autre que le Hey You des Pink Floyd. Les chats ne font pas les chiens : aussi bon en 2005, toujours bon en 2012…
dimanche 29 janvier 2012
Back at Twin Peaks 2
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Comme depuis 1991, on sait qui a tué Laura Palmer, on peut se contenter de regarder Twin Peaks comme un objet d’études cinématographiques : en clair, chercher les racines du chef d’œuvre. Pour faire simple, il y a tout simplement beaucoup de talent.
C’est extrêmement bien écrit, et dialogué, alors que la plupart du temps, les personnages semblent dire des banalités. Ainsi les diatribes anti pèquenot du Spécial Agent Albert (Miguel Ferrer) sont non seulement drôles, mais apportent un contrepoint piquant à la mièvrerie – assumée – de Twin Peaks (la ville, et la série).
Ensuite, c’est très bien joué, au delà des 2/3 premiers rôles. Chacun est parfait, dans le cliché incarné qu’on lui demande de jouer, auquel chaque comédien apportent pourtant une subtilité de tous les instants (Wendy Robie, dans la femme au bandeau, Peggy Lipton, la jolie tenancière du Double R, Kimmy Robertson, la standardiste écervelée, etc.) Enfin, c’est malignement monté : ainsi dans, l’épisode 4, alors qu’on craint le retour de l’affreux Leo derrière cette porte blanche à l’arrière plan, c’est le bruit d’une autre porte que l’on entend, celle du Double R, car Lynch est déjà passé à une autre séquence.
C’est fait avec tellement de subtilité qu’on ne se rend pas compte à la première lecture, mais cela participe à l’ambiance de paranoïa qui irrigue toute la série. Car il ne s’agit pas de savoir qui a tué Laura Palmer, mais bien ce qui va arriver à tous ces personnages dont nous sommes tombés amoureux, Dale, Lucy, Josy, Shérif Truman, Bobby, Norma, Hawk…
Tomber amoureux, n’est-ce pas la vocation du cinéma ?
jeudi 26 janvier 2012
Topten 2011
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les films -
Playlist ]
Il est parfois des Topten consensuels, et l’édition 2011 est de ceux-là : il suffit de comparer le classement du Professore :
1 Une Séparation
2 Drive
3 L’exercice De L’état
4 Melancholia
5 Shame
6 Sucker Punch
7 Source Code
8 Scream 4
9 Morning Glory
10 Faites Le Mur
Bottom Five
1 Les Tuche
2 Battle For L.A.
3 Le Gamin Au Vélo
4 A Dangerous Method
5 Les Adoptés
Versus celui de mes petits camarades :
1 Une Séparation
2 Drive
3 La Piel Que Habito
4 Le Discours D’un Roi
5 Polisse
6 The Artist
7 Et Maintenant On Va Où ?
8 Incendies
9 Melancholia
10 Le Cochon De Gaza
Bottom Five
1 Mon Père Est Femme De Ménage
2 Ex-Ae : Tree Of Life
3 Ex-Ae : Black Swan
4 Ex-Ae : Tous Les Soleils
5 L’exercice De L’état
3 films en commun, c’est déjà pas mal.
Point d’étonnement : L’Exercice de l’Etat, qui a déclenché des torrents de critiques pour le moins inattendus chez des pro-cinéma français.
Pour le reste, on est plutôt d’accord : l’affaiblissement formulaïque du cinéma yankee, la consternante constance du cinéma français, et les séries, les séries, toujours les séries : Game of Thrones, Mad Men, Les Tudors…
Mais ça ne nous empêchera pas d’aller voir quelques films en 2012…
mardi 24 janvier 2012
Terra Nova
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
C’est marrant. Une minute de Terra Nova, et on sait déjà à quoi on a affaire. C’est le désavantage de la passion : après des années passées à regarder des écrans, on finit par avoir tout vu, et tout compris. Il est rare d’être surpris. Mais le Professorino se régale, donc je regarde…
Avec Terra Nova, on est devant un programme de pure SF américaine, c’est à dire, de la daube en tube. Des gars bien proprets, dents blanches et maquillage L’Oréal, qui compose cette famille nucléaire US un peu lassante : un homme, une femme, un ado, une ado, et la petite-maline-espiègle-mais-charmante.
Ils ont beau reconstruire la civilisation au milieu de la jungle, ils ont des lodges familiales d’enfer (il manque quand même une chambre pour la petite, c’est dire si les conditions sont précaires !), et se baladent tous en T-shirt Uniqlo. On trouve de tout sur le marché, même une guitare ou une casquette de baseball. En 2149, il y a encore une querelle Red Sox-NY Yankees. Pareil côté décor : tout est emprunté à droite ou à gauche (Blade Runner, Starship Trooper). Le réalisateur reproduit même, plan pour plan, une scène de Jurassic Park dans le 3ème épisode. Bref, cette SF cheap à laquelle la TV américaine nous a habitué, oublieuse de toute réalité historique ou sociologique, et sans cerveau. Il est paradoxal d’ailleurs qu’Hollywood ait produit autant de bouses, alors que le pays publiait en même temps les meilleurs livres de SF…
Bref, ne reste que le pitch, rigolo, de Terra Nova : la terre se meurt, mais ouf, on a trouvé une faille spatio-temporelle vers un passé parallèle, qui nous renvoie 85 millions d’années en arrière, au temps des dinosaures. Je résume : Terra Nova = Jurassic Park + Blade Runner + Starship Trooper + Marié, Deux Enfants.
dimanche 22 janvier 2012
Back at Twin Peaks
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Séries TV ]
Il aura suffi que la musique retentisse, et que le visage de Laura Palmer apparaisse, pour que les larmes se mettent à couler. Bien sûr, Twin Peaks est un drame, et un mélo, mais c’est également une nostalgie. 1991, La Cinq, tous les lundis soir scotchés devant notre télé à écran pas plat, le répondeur débranché (pour les plus jeunes, le répondeur était une sorte de Facebook des nineties) et 50 mn de bonheur intégral, sans compter les heures de discussion le lendemain : qui a tué Laura Palmer ? Bobby ? Leo ? Josie Packard ? Catherine Martell ? Et qu’est-ce qu’il y a dans cet escalier à ventilateur ? Pourquoi les lampes clignotent ? Qu’y a-t-il exactement dans la Red Room ? Et quelle Twin Peaks girl préfères-tu ? Donna ? Audrey ? Norma ?
La professorinette a bientôt 16 ans : elle a l’âge de découvrir Twin Peaks. Une histoire d’ado, mais qui parle à tout le monde, n’est-ce pas la définition du chef d’œuvre ? En tout cas, le pilote est magnifique : la découverte du corps de Laura, et ce que cela implique pour toute un chacun, est une leçon de mise en place : ce moment crucial, qui en une heure, doit placer dans la tête du spectateur les enjeux principaux de la série, les personnages, les lieux, mais aussi le ton.
Le ton, c’est sûrement ce qui distingue Twin Peaks de tout ce qui suivra (X-Files, Lost…), car ce ton si particulier est placé sous l’influence géniale de David Lynch : un mélange inédit de drame et de comédie, de fantastique et de réalisme provincial, mélangeant, à l’instar de l’agent du FBI Dale Cooper, ironie et thriller dans la même phrase.
C’est aussi une brochette de comédiens et de comédiennes tous plus sexy les uns que les autres, utile contrepoint à l’horreur qui rode (meurtre, drogue, prostitution et affairisme…) On reconnaîtra l’auteur de Blue Velvet précisément ici : sous les tulipes jaunes vif, une oreille coupée se fait dévorer par des fourmis…
mardi 17 janvier 2012
Fair Game
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
On oublie parfois à quel point Naomi Watts est une très grande actrice. Géniale dans Mulholland Drive, parfaite dans King Kong, elle vole ici la vedette à Sean Penn dans Fair Game, le film de Doug Liman sur l’affaire Valerie Plame.
On oublie (et on a eu du mal à s’en rendre compte à l’époque) à quel point cette affaire fut un des plus grands scandales de l’Amérique de Bush. Comment un gouvernement pouvait se permettre de dénoncer ses propres agents secrets, voilà qui était absolument inouï.
Mais en période de guerre, nos consciences s’étiolent. L’Amérique en en Irak, en Afghanistan… Les boys qui reviennent en body bags, et les irakiens qui meurent par dizaines de milliers… On ne va pas s’apitoyer sur une belle blonde qui perd son emploi !
Pourtant, l’affaire Plame reste une ignominie incroyable, même au sein de l’ère Bush. Des gouvernants ont souvent sacrifié leurs serviteurs, mais toujours au nom de la raison d’état, et souvent face à l’ennemi. Mais là, donner le nom d’un agent secret pour discréditer politiquement son mari démocrate, c’est inouï.
Rappelons les faits : le mari de Valerie Plame, Joseph Wilson, ancien ambassadeur des États-Unis, accepte une mission au Niger. Objectif : trouver les preuves d’un trafic de Yellowcake, un composant des bombes nucléaires. Il revient sans ces preuves, et la CIA fait son travail : elle le dit dans son rapport à l’administration Bush.
Mais celle-ci a tellement besoin d’une bonne raison d’envahir l’Irak qu’elle passe outre, et profite du caractère secret de ces rapports pour écrire sa propre version dans le discours du Président Bush sur l’état de l’Union, en janvier 2003. Le sénateur Wilson sort de ses gonds. Dans une interview au New York Times, il révèle être l’auteur de l’enquête au Niger, que celle-ci a fait chou-blanc, et donc que l’administration Bush se sert de mauvais prétextes pour envahir l’Irak. Les républicains contre attaquent par un déluge de calomnies, en révélant notamment l’identité de l’épouse de Wilson, Valerie Plame, et sous-entendant qu’elle a intrigué pour que l’on confie cette mission à son mari.
Beaucoup de biopics se sont cassés les dents sur ce genre de sujet, soit parce qu’ils étaient trop empathiques avec leur(s) sujet(s), soit parce qu’ils étaient lourdement démonstratifs. La force de Fair Game, c’est d’éviter ces deux écueils ; d’être submergé par une dramaturgie trop lourde, et d’éviter une empathie lourdingue en ayant deux comédiens subtils à sa disposition. Penn et Watts sont plein de légèreté, de finesse, ils ne sont pas parfaits (elle est engluée dans son respect de la parole donnée, il est incapable de faire des compromis), mais ils incarnent tous les deux cet idéal américain, pétri de patriotisme et de valeurs familiales, cette sainte horreur du mensonge.
Mais ils arrivent aussi à incarner une idée : la conviction américaine très forte : la Démocratie est l’œuvre de tous, et pas seulement des dirigeants, ou de l’opposition. Pour le rappeler, un très beau plan circulaire sur Sean Penn à bout de nerfs sortant d’un taxi, se termine sur le Sénat. The House on the Hill, cette Jérusalem céleste que les colons s’étaient jurés de ne pas bâtir au ciel, mais bien ici et maintenant, sur ce nouveau monde dont ils prenaient possession.
mardi 17 janvier 2012
La Playlist de Janvier
posté par Professor Ludovico dans [ Playlist ]
Musique : Tron legacy OST, par Daft Punk
Série : Twin Peaks, De la Terre à la Lune
Livre : American Ground : Déconstruire le World Trade Center, de William Langewiesche