On avait pris un peu de haut La Taupe à l’époque. Ça arrive, que le Professore prenne les films de haut… C’est devenu depuis un film chéri. On ne se lasse pas de le revoir, soit par bouts (chacune des scènes est culte), soit intégralement, comme hier.
Ce qu’on prenait pour de la complexité était de l’art. Oui, l’art de l’artisan qui polit avec amour le merisier dont il fera une belle table. L’histoire de La Taupe n’est pas simple ? Mais Ludovico, on est chez John le Carré, pas chez Ian Fleming ! Ce n’est pas clairement raconté ? Mais il a rien compris le Ludovico, ou quoi ? C’est justement ce que veut Tomas Alfredson : une ambiance paranoïaque, comme celle des sixties Cold War.
Les personnages et leurs acteurs sont tous fantastiques, émouvants de bout en bout. On frissonne au début de chaque scène – c’est le plaisir de la revoyure que d’anticiper les émotions à venir ! Le Jour de Noël, où le MI-6 entonnent l’hymne soviétique, la cuisine où Guillam révèle à la fois sa vie intime et comment s’en débrasser, cet aérodrome où un avion menaçant fait craquer Esterhase. La Taupe fait partie de ces films impossibles à lâcher… Tout est parfait, l’image (signé par Hoyte van Hoytema*), le son, la déco, la musique (Julio Iglesias !)
Frissonner à chaque fois qu’on s’approche de l’être aimé, n’est-ce pas la définition même de l’amour?
* révélé par Tomas Alfredson dans Morse mais qui a enchainé les master class de chef’op chez Christopher Nolan, James Gray, Jordan Peele : Interstellar, Spectre, Dunkerque, Ad Astra, Tenet , Nope, Oppenheimer et bientôt L’Odyssée !
