mardi 21 juillet 2026


We Own This City
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Est-ce une bonne idée de retourner bêcher ses propres œuvres ? Une question que l’on s’est posée pendant quatre ans (en tant que spectateur) avant de retourner dans le Baltimore de M . Simon.

On a pu dire sans méchanceté que ses dernières œuvres n’étaient pas à la hauteur des sommets précédents : The Deuce, évocation en demi-teinte du milieu porno New-yorkais, ou le très raté Complot contre l’Amérique, comme le livre de Philip Roth d’ailleurs. Alors oui, allons nous ressourcer à l’angle de Calhoun & Fayette, dans l’espoir absurde de croiser Marlo, Stringer Bell ou Wee-Bey*…

Simon a choisi pour une fois une histoire vraie (même si The Wire était basé sur nombre d’histoires vraies). En 2015 Freddy Gray un afro-américain meurt en garde à vue, ce qui déclenche d’importantes émeutes à Baltimore. Et détériore, si ce n’était déjà le cas, les relations des citoyens noirs avec la police. Ils se mettent à filmer systématiquement les arrestations. Cercle vicieux qui conduit les policiers à éviter d’en faire, de peur d’annuler la procédure en cours. Seuls quelques flics courageux continuent néanmoins d’opérer et d’obtenir des résultats, dont le Sergent Wayne Jenkins.

We Own This City prend Jenkins comme personnage principal, pivot autour duquel tourne, comme à son habitude, une galaxie de personnages. Simon est à son affaire dans ce genre de roman russe qui mélange flics, narcos et politiciens, mais il y ajoute une complexité supplémentaire, raconter l’histoire sur quinze ans : un mélange de personnages, et d’époques particulièrement audacieux.  

Et c’est un Jon Bernthal hallucinant qui incarne ce gros con qui veut bien faire, sans réaliser « qu’à n’importe quel prix » n’est pas une option. Jouer la bêtise à ce niveau, c’est de l’art !** Pourquoi remonter en arrière ? C’est l’essence même du fatum de la tragédie. Jenkins est essentiellement un bon gars, qui croit en son job de flic. Mais voyant que tout le monde se sert, il se sert lui-même. On le note sur les chiffres, il agira pour les chiffres. Et entraine avec lui de vrais salauds comme Hersl (Josh Charles), ou des flics méticuleux comme Suiter (Jamie Hector). Corrompu, il se met lui-même à corrompre.

Simon revient, sous une autre forme, à son obsession : la Guerre contre la Drogue est perdue depuis le premier jour comme l’explique le professeur de la Police Academy (Treat Williams). La drogue détruit tout, les junkies et les flics, les narcos et les politiques.

Même resassé, un message utile, sous une forme artistique passionnante.  

*Marlo, on va le croiser, mais métamorphosé en flic intègre. Simpson a la malignité de recaster quelques alumni The Wire dans des rôles qui n’ont rien à voir. 

** Jon Bernthal ne cesse de nous étonner. De petits rôles de-ci de-là dans les années 2010 (World Trade Center, The Pacific, Le Loup de Wall Street…) , il explose grâce à The Walking Dead et devient un acteur A-List…