lundi 13 juillet 2026


Sam Neill, une présence
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens ]

Ce n’était pas le meilleur acteur de sa génération, loin de là… Il a souvent interprété des personnages falots, mais sa simple présence dans une forte proportion de notre panthéon cinématographique suffit à signifier la perte.

C’est une raison bien anecdotique (il y a d’autres malheurs dans le monde) mais voilà, c’est comme ça, un seul être vous manque et tout est dépeuplé : L’Antre de la Folie La Leçon de Piano, À la poursuite d’Octobre Rouge, Event Horizon, Calme Blanc, Jurassic Park, Les Tudors…

Sam Neill est mort ce lundi, et on est triste.




lundi 13 juillet 2026


Brion Gysin, final cut
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens ]

Vient de se terminer au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris une expo un peu mineure sur l’œuvre de Brion Gysin, poète, écrivain et peintre américano-canadien des années 50*. Mineure mais importante aux yeux du Professore. Brion Gysin était un des artistes phares de la Beat Generation, dont le Ludovico admire le Grand Prêtre, William Burroughs, auteur du Festin Nu souvent cité ici. Le héros du Ludovico était l’ami de Gysin, et il bénéficia de sa plus grande invention, le cut-up.

Une méthode qui consiste à découper des pages dans le journal du jour, une pièce de Shakespeare, ou les résultats du foot, et de les coller ensemble pour voir le résultat. Cela fascina Burroughs. Au « Beat Hotel », hôtel miteux mais accueillant de la rue Git-Le-Cœur, il termina ainsi son Naked Lunch.

L’influence de cette anecdote est secrète mais immense. De nombreuses chansons ont été écrites avec cette technique, de Bowie à Radiohead en passant par les Stones**. L’expression Heavy Metal vient aussi de cette association d’idée, tout comme Soft Machine, qui donna le nom d’un groupe. Mais surtout, cette libération du langage (dont Burroughs pensait que l’humanité était esclave***) allait porter des libérations bien plus grandes, celles de Mai 68.  

Pour le cinéma, l’influence est moins claire. L’art du cinéma consiste déjà à couper et coller des scènes qui ne se ressemblent pas. Le collage, qui vient aussi des Surréalistes, Lettristes et autres Dadaïstes, a eu pour première influence leurs héritiers : les Situationnistes de Guy Debord, et notamment l’adaptation cinématographique de La Société du Spectacle. Dans le cinéma plus « commercial », d’autres réalisateurs s’en sont emparés, au moins ponctuellement : Nicolas Roeg (Performance, L’Homme qui Venait d’Ailleurs), Antonioni (Zabriskie Point), et bien sûr Godard (Pierrot le Fou,  One+One, son cut-upissime doc mélangeant enregistrement des Stones et Black Panthers).

Le cut-up, c’est la métaphore même de la culture. Pas la culture avec un Grand A, mais bien la culture de chacun, qui fonctionne par association d’idées. On se promène d’influence en influence, de héros en héros. Le Ludovico a commencé avec Pink Floyd, Bowie et les Stones, trois chemins qui puisaient à la même source, William Seward Burroughs. Le lire menait à d’autres recommandations : Shakespeare et Paul Bowles, Hassan ibn al-Sabbah et les Maîtres Musiciens de Jajouka, et aussi… à Brion Gysin.

Pour payer ses dettes, Ludovico se rendit à l’expo. La boucle était bouclée…

*Brion Gysin, Le dernier musée
**Moonage Daydream, Scary Monsters, Kid, Casino Boogie…
*** « …To travel in space, you must learn to leave the old verbal garbage behind. God talk priest talk mother talk family talk party talk country talk. You must learn to exist with no religion no country or no allies. You must learn to see what is in front of you with no preconceptions. If you want the world you could have in terms of discoveries and resources now in existence, be prepared to fight for that world… To fight for that world in the street… »
William S. Burroughs « Academy 23 »