mardi 8 avril 2014
Her
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Sur Spike Jonze et son Dans la Peau de John Malkovich, le Seigneur d’Avalon avait eu cette phrase magnifique, qui a beaucoup resservi depuis : « un film avec une tête, mais pas de cœur ».
C’était donc notre angoisse numéro un en pénétrant dans la salle, qu’est-ce que Her avait dans le ventre.
Beaucoup, en fait. Un acteur toujours plus extraordinaire (Joaquin Phoenix, plus vrai que nature dans ce personnage de cadre timide et coincé). Scarlett Johansson, présence intense, alors qu’elle ne joue qu’une voix. Amy Adams, encore dans un rôle secondaire, même si elle a tout d’une grande. Et un futur proche fabuleusement reconstitué dans un décor aux petits oignons.
Il reste l’histoire, très originale et fort bien traitée. Un homme sort d’une rupture difficile, et tombe amoureux d’une intelligence artificielle. Ce conte voltairien pourrait être lourdingue, il est léger comme une plume, en slalomant discrètement pour éviter tous les poncifs.
Reste que le film est un peu long. Her ralentit, se répète comme si Spike Jonze cherchait à dérouler toutes les implications de son idée de départ.
Et Her s’apitoie un peu trop sur son personnage, ce qui finit par le rendre inutilement larmoyant. Dommage, on n’était pas loin de la perfection.
dimanche 6 avril 2014
Flight
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Quel étrange film que voilà ! Un film qui commence mal, finit mal, mais est passionnant le reste du temps. Bien fait, bien joué, et profondément américain dans sa façon de voir les choses, tout en proposant une étonnante ambiguïté.
Dès le début, pourtant, on s’inquiète voir Denzel Washington en commandant de bord, fumer, boire, sniffer un rail de coke en compagnie d’une hôtesse de l’air complètement à poil, oui, full frontal, vous avez bien lu le Professore. Le lecteur habitué de ces colonnes sait qu’il y a quelque chose qui cloche. Denzel, notre Denzel, Mr USS Alabama, Coach Boone du Plus Beau des Combats, Malcom X chez Spike Lee, Mister Right en personne, fidèle à sa femme au point de refuser d’embrasser ses partenaires, protestant dévot (Le Livre d’Eli), pris en pleine fornication et abus de boisson ? Hypothèse immédiatement avancée par la Professora : rédemption puissance 10 garantie à la fin du film. Surtout qu’on enchaîne avec un deuxième personnage (interprété à la hache par Kelly Reilly, débarquant de chez Klapisch) : une photographe devenue junkie, qu’on imagine, par on ne sait quel revers de fortune, rencontrer notre Denzel.
Bref, notre commandant de bord prend son envol, reprend un petit coup de bibine (visiblement tout le monde est au courant) et décolle en plein tempête. L’avion, mal entretenu, perd alors une pièce. Part en vrille. Mais Denzel, tout bourré qu’il est, manœuvre comme un chef. Tandis que tout le monde est pris de panique, se met à prier et à appeler la petite famille pour lui faire ses adieux, Denzel redresse l’avion, le fait voler sur le dos, l’écarte des zones habitées et finit par le crasher sans trop de dégâts (2 morts quand même).
Et c’est là que le film devient passionnant : car au lieu de débiter l’habituel film de procès, Zemeckis dessine le portrait d’un homme rebelle, pas du tout en lutte avec lui-même (du moins en surface), très pragmatique, voire hautain. Je n’ai rien à me reprocher, j’étais saoûl, certes, mais j’ai sauvé l’avion et la plupart des passagers, et l’avion était défaillant. Et je n’ai pas peur d’un procès, car il me donnera raison.
Mieux, quand la compagnie, le syndicat des pilotes, les amis, tentent le damage control, Denzel se rebiffe. Il n’a peur de rien. Là où l’on s’attendait à une figure classique de la rédemption : de rédemption, point.
A partir de là on bascule dans un autre film, et un personnage rarement vu dans le cinéma US grand public. Un noir, alcoolo, absolument pas en quête de rédemption, et convaincu de son bon droit. Et même si ce personnage va subir une évolution toute prévisible, celle-ci n’intervient qu’en toute dernière fin, laissant à Zemeckis le temps de développer confortablement ce personnage étonnant, interprété magistralement par Washington. Car s’il est capable du pire (Training Day, Déjà Vu, Le Livre d’Eli) mais aussi de performances extraordinaires.
Rien que pour lui, il faut jeter un œil à Flight.
samedi 5 avril 2014
True Detective, avant-goût sans spoiler
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Puisqu’on ne peut rien dire de True Detective sans risquer le moindre spoil, (et que Game of Thrones saison 4 arrive à grand pas), on se glisse dans l’interstice.
Vous avez bien cinq minutes entre la H-Cup, Chelsea-PSG et nos amis Lannister, pour jeter un œil à ce générique incroyable, qui dit tout ce qu’il faut savoir sur l’ambiance de True Detective. La Louisiane, ses friches industrielles, ses églises et ses meurtres rituels, et ses deux flics au bout du rouleau…
C’est tout, et c’est déjà beaucoup. Et c’est là…
mercredi 2 avril 2014
True Detective
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
C’est l’histoire d’un déplacement en Suisse, et d’une demi-heure perdue à trouver une chaîne pour regarder les petits gars de Manchester résister à l’ogre de Bavière (1-1, match retour dans une semaine). C’est aussi histoire de dire qu’on a notre PC avec nous. Et un disque dur, qu’un trimballe depuis des années, sans jamais rien regarder. Parce que cinéphile un jour, cinéphile toujours. Un film ça se regarde au cinéma. Ou sur une bonne télé. En HD.
Donc on a beau télécharger (ou avoir des amis qui téléchargent), on ne regarde que l’indispensable : Game of Thrones, parce qu’il est hors de question d’attendre. Ou Sands of Iwo Jima, parce qu’on ne sait pas comment le trouver en DVD. (Et puis on veut pas payer pour non plus).
Mais là, il n’y a rien à faire. Le match se termine. Et pas envie de dormir. Donc on fait l’impensable : regarder Chansons du Deuxième Etage, le film culte de papa Ostarc, sur un écran 14″. Une promesse qu’on doit honorer depuis 1999 au moins.
Pire on laisse le match sur la télé, au cas où les allemands marqueraient. Et d’ailleurs, ils marquent. Furieusement post moderne, l’Age du Double Ecran promis par le marketing d’Apple et de Samsung prend son envol. Un œil sur le match, un œil sur le film, un œil sur la bio de Roy Andersson sur Wikipedia. Oui, ça fait trois yeux : le triomphe de Steve Jobs, la honte de la cinéphilie.
Mais au bout d’un moment, la fatigue finit par s’installer. La loufoquerie du cinéma de Roy Andersson mérite mieux que ça, et mon petit doigt me dit qu’on n’ira pas au bout du film ce soir.
Et là, un désir diffus, présent depuis le début de l’après-midi, commence à se faire jour. Sur le fameux disque dur, il y a la saison 1 de True Detective. La série hyperbuzzée d’HBO. 58 minutes, dit le petit diable sur l’épaule, cinquante-huit petites minutes, on va bien tenir jusque-là, non ?
Et là, la claque. Une heure d’intensité absolue, un trip qui va nous hanter toute la nuit. Un coup de pelle dans le visage, le genre qui assomme ou qui réveille. Mais sans explication.
Ce ne peut pas être l’intrigue de True Detective. Deux flics classiques, l’intello et la baraque, façon Seven qui enquêtent sur un meurtre rituel : déjà vu dix fois. Le cadre, la Louisiane crapoteuse : déjà vu aussi. Le traitement ? Rien que de bien classique, hormis l’enquête de 1990 s’interlaçant avec de nouveaux meurtres en 2010. Les acteurs ? Certes, c’est la crème de la crème que nous a dégoté HBO. Matthew McConaughey, qui revient doublement d’entre les morts (l’acteur et le personnage), Woody Harrelson toujours aussi immense, toujours aussi méconnu, mais aussi Michelle Monaghan (Gone Baby Gone), et plein d’autres. Qualité HBO.
Non, True Detective propose quelque chose de neuf, quelque chose d’impalpable. Un débat philosophique entre le Mal congénital du monde et l’espoir proposé par la religion. La destinée manifeste de l’humanité de régner sur cette planète, ou l’erreur, dans l’évolution darwinienne, de lui avoir donné une conscience.
Rarement une série n’a volé aussi haut dès le pilote. Plus dure sera la chute ? On ne sait. En tout cas, CineFast envoie immédiatement ses meilleurs journalistes sur place, en Louisiane, pour enquêter.
Stay tuned.
lundi 31 mars 2014
Good Bye Lenin
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Brèves de bobines -
Les films ]
C’est toujours amusant de voir un film longtemps après la hype. Good Bye Lenin faisait partie des films qu’on m’avait violemment conseillés à l’époque, que je n’avais pas refusé de voir, mais bref, ça n’a s’était pas fait. Il est depuis passé à la télé plusieurs fois, et je l’ai raté à chaque fois. Le signe – quand même – d’une très faible volonté de la part du Professore.
Mais voilà la Professorinette passe le bac, et considérant que le meilleur des profs d’allemand, c’est encore le cinéma, décide de bosser sa compréhension orale en visionnant quelques films. Immédiatement, le Professore suggère La Chute et Das Boot, mais bizarrement la jeune fille préfère Good Bye Lenin.
Bon, ben, c’est bien, sans plus. Après toutes ces années, il ne reste que les souvenirs de la hype : des scènes soi-disant très drôles d’une RDA reconstituée. Il ne reste qu’une forme de nostalgie de la chute du Mur, mélangée à une forme d’empathie distanciée pour ces ossies qui voyaient le rêve socialiste s’effondrer.
Tout cela semble bien loin maintenant.
vendredi 28 mars 2014
The Grand Budapest Hotel
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Au début – et pourrait-on dire – pendant une grande partie du film, on se demande ce qu’on est venu faire dans ce Grand Budapest Hotel. Trop rococo, trop chargé, trop poli pour être honnête… Mais n’est-ce pas le sort de tous les films de Wes Anderson ? Depuis que nous nous sommes rencontrés, famille Tennenbaum, Commandant Cousteau et autres Trains indiens, nous sommes dans une forme d’embarras gêné.
Car nous avons bien le sentiment d’entrer dans la tête d’un grand maniaque, collectionneur de maisons de poupées, amateur de trains électriques et expert en musique traditionnelle hongroise. D’être, à chaque film, face à un enfant dans un corps d’adulte. Le petit cousin texan, comment dire… différent.
De fait, on met un peu de temps à entrer dans le film, avec ses habituels plans perpendiculaires, et ses non moins obligatoires travellings parallèles. Ce sens incroyable de la composition de l’image. Cette minutie graphique des costumes et des décors (avec, par exemple, des chaussettes accordées aux enjoliveurs des voitures…) Ce casting all star, la famille Anderson (Adrien Brody, Harvey Keitel, Bill Murray, Edward Norton, Jason Schwartzman). Plus un jeu de cache cache à découvrir les invités de ce film-ci… Oh, mais ça ne serait pas la petite Seydoux ?
Encore un qui n’a pas lu l’Evangile selon Saint Hitchcock. Car tout ce parasitage n’aide pas à s’intéresser aux personnages.
Mais bon, petit à petit, l’univers du Grand Budapest Hotel s’installe, et on commence à s’intéresser à cette rocambolesque histoire de captation d’héritage, de fils proto nazi, et de maître d’hôtel gigolo. Et de s’enthousiasmer devant les innombrables défis que s’est fixé Wes Anderson : parodie de James Bond, parodie de La Grande Evasion, parodie de Scarface : tout y passe.
Mais là, n’est pas le génie de Wes Anderson. Si c’est un grand formaliste, un obsédé du détail graphique, comme Tati, le texan parisien est aussi un amoureux de l’humanité. Qu’il dénonce les troubles familiaux, qu’il moque gentiment des institutions (le Scoutisme ou le Commandant Cousteau), il y a toujours un cœur qui bat dans les films de Wes Anderson.
Comme il avait su nous prendre avec Bill Murray dans La Vie Aquatique, marchant avec un enfant sur les épaules, tandis que retentissait un tonitruant Life on Mars, c’est à la toute fin que The Grand Budapest Hotel nous assène son coup de grâce. Après avoir aimablement moqué une avant-guerre d’opérette, avec ses royaumes Mitteleuropa de pacotille, et ses nazis en toc, Anderson nous ramène soudain à la réalité avec un hommage à Stefan Zweig, rappelant au passage que ces événements s’étaient vraiment déroulés, quelque part au cœur de l’Europe, il y a soixante-dix ans.
Magnifique.
mercredi 26 mars 2014
Pompei
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Déjà quinze jours de passés et on réalise qu’on n’a pas eu le temps, le courage, l’énergie, de chroniquer Pompéi. Peut-être parce que c’est une bouse, peut-être qu’on y est allés à cause du Théorème de Rabillon, mais c’est une bouse quand même. Même si ça a plu au Professorino, Constante de Ludovico oblige (Chronique à venir prochainement.)
Pompéi, c’est juste Conan le Barbare + L’homme qui Murmurait à L’oreille de Chevaux + Spartacus + Titanic. Bref une GCA qui essaie d’appliquer un (des) modèle(s) illustre(s) mais qui ne sait pas y faire. Une Grosse Connerie Américaine, sans américaine dedans.
Bref si vous avez vu un peu de films dans votre vie, passez votre chemin.
mardi 25 mars 2014
Le Juge Fayard dit le Shérif
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Ça faisait des années que je voulais revoir le biopic d’Yves Boisset, Le Juge Fayard dit le Shérif. Aussi bizarre que ça puisse paraître dans une famille UDF, mes parents m’avaient laissé voir le film à la télé. Peut-être parce que, de droite mais pas gaullistes, ils n’appréciaient guère les magouilles du SAC de Charles Pasqua.
Aujourd’hui, pour la première fois à la télé, on entend le mot SAC. Car à l’époque, c’est un bip qu’on entendait : le SAC avait gagné en référé le droit de ne pas apparaître dans le film. Mais il y avait toujours un type pour le révéler aux Dossiers de l’Ecran, pour hurler que la télé de droite censurait les artistes, immédiatement démenti par un représentant du ministère le traitant de gauchiste irresponsable.
La force du film de Boisset, ce n’est pas sa forme qui, contrairement au Police Python 357 d’Alain Corneau, est très classique. C’est avant tout l’intrigue, très bien faite, pleine de suspens (l’évasion, le braquage) et son casting de révoltés fracassants (Patrick Dewaere, sa copine Aurore Clément, le flic intègre Philippe Léotard). Ils sont en très bonne compagnie, une flopée de seconds rôles incarnant cette France rancie (Michel Auclair, le gangster, Jean Bouise, le Procureur Général, Jean-Marc Bory, le type arrogant du SAC, Marcel Bozzuffi, l’ancien de l’OAS) et évidemment le magnifique Jacques Spiesser, ange blond de la vengeance.
Ensuite, si le film est un brûlot engagé, il est loin d’être gentillet. Fayard est un personnage sympathique, mais en demi-teinte. Face à sa copine prof, évidemment anti flic, Fayard est un républicain, un type qui croit lui aux institutions, et qui n’a pas, selon ses propres termes, renoncé à changer le monde.
Mais petit à petit, Fayard va se prendre au jeu de faire tomber ces notables. Obsessionnel, menacé, mais confronté à son impuissance, il devient un type odieux, capable de secouer un suspect sur son lit de mort. Sans parler du rôle trouble du Syndicat de la Magistrature, incarné par Spiesser, qui instrumentalise Fayard jusqu’à sa perte.
Le Juge Fayard, c’est aussi le sentiment d’assister à la fin d’une époque, illustré par la destruction finale de l’usine Camus (sic) : un monde qui implose sur les ruines du gaullisme, de l’Indochine, et de l’Algérie.
Bozzuffi en est le vivant emblème, soldat perdu de l’OAS mis au service d’intérêts particuliers qu’il méprise. En en prenant conscience, il préfère mourir en duel à mort face à Philippe Léotard, comme dans un western, plutôt que d’être pris. Quant à Dewaere, il meurt abattu comme un chien, pour n’avoir su lâcher du lest au bon moment.
Bozzuffi/Dewaere, deux idéaux opposés, mais qui se rencontrent dans la mort… Un final de rêve pour un film cauchemardesque.
lundi 24 mars 2014
« Il faut qu’on se fasse un résumé de la saison 2 »
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Séries TV ]
Il a bien raison le Professorino. Il est encore loin d’entrer à UCLA, mais il se rapproche de la section Super8 du collège Jean-François Oeben. Avant d’attaquer la saison 3 de Friday Night Lights, il a souhaité, comme on le fait autour de la machine à café, se remémorer les grandes lignes de la saison 2 de la série footballo-texane de Mister Berg.
Las ! Une fois cet exercice terminé, nous avons inséré le DVD dans le lecteur, et c’était parti pour « Chacun sa Chance* », l’épisode S03e01 de Friday Night Lights.
Dans cet épisode, on déroule en effet tout ce qu’il ne faut pas faire. C’est-à-dire, oublier de repartir là où la série avait laissé ses spectateurs.
Un personnage devait partir à la fac ? Il se casse une jambe et veut quitter le foot (on l’apprend dans un flashback de trois secondes). Machine aimait Bidule et détestait Truc ? Elle est maintenant avec Truc, et Bidule a disparu**. Un autre personnage a soudain obtenu une promotion. Comment ? pourquoi ? On ne sait. Un couple s’est séparé. Sans parler des playoffs de l’an dernier, dont on ne sait s’ils ont été gagnés ou perdus.
Quelques jours plus tard, par la grâce du Chevalier Bayard, on eut un début d’explication. La saison 2 s’était terminé dans le sang, c’est à dire dans la fameuse grève des scénaristes en 2007-2008, qui nous priva également d’une saison de Battlestar Galactica.
La preuve en creux qu’un scénariste, ça sert à quelque chose …
*Oui, ils sont nuls les titres français (ou québécois ?) des Nuits du Vendredi Soir
** Au 5ème épisode toujours pas de nouvelle de Bidule…
samedi 22 mars 2014
300 – la Naissance d’un Empire
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Plus con. Encore plus mal joué. Mal écrit. Parfois ridicule. Toujours plus à droite. Voilà comment on pourrait résumer ce nouveau 300, sans Zack Snyder aux commandes, mais produit (heureusement) et écrit (malheureusement) par notre cinéaste républicain préféré.
Mais on pourrait dire aussi : historiquement correct (même si mythifié larger than life), formidablement filmé, usant merveilleusement de l’ignoble 3D pour produire des images magnifiques et particulièrement, d’incroyables scènes de combat.
Car on ne peut regarder 300 à l’aune critique habituelle. 300 – La Naissance d’un Empire est un divertissement décérébrant, parfaitement bushiste, dont on pourrait résumer l’argument ainsi : pendant que les 300 Spartiates (les hommes, les vrais, même outrageusement huilés) se couvrent de gloire aux Thermopyles, les pédés d’Athènes discutent et ergotent, comme ces salopards de démocrates à la Chambre des Représentants. Ils finissent quand même, devant le danger irakien… euh, perse, par confier au meilleur d’entre eux, Thémistocle, la marine grecque (tous des pédés) pour aller casser du Perse, tout aussi inverti. Après quelques batailles homériques en Mer Egée, qui feraient passer Transformers pour un film d’Alain Resnais, Thémistocle affronte enfin son véritable ennemi, l’Amiral de la flotte perse : une FEMME.
Selon le bon vieux paradigme US, si Artemisia, cette traîtresse, est grecque, c’est qu’elle a gagné le combo Loi du Talion dès la naissance (famille massacrée + ado violée). Assoiffée donc très logiquement de revanche, elle s’est mise au service du Perse Xerxès*.
Eva Green est pas mal en Artemisia, princess warrior visiblement très frustrée sexuellement : son grand chef est une drag queen, et ses officiers, elle les balance à la flotte avec une belle constance. A la moindre défaite, ils vont découvrir le fond de la Méditerrané lestés de quinze bons kilos de plomb.
Difficile de bâtir un foyer chrétien dans de telles circonstances. Notre guerrière gothique, réalisant l’impasse dans laquelle elle se trouve, finit par inviter l’amiral adverse, Thémistocle, pour une partie de jambes en l’air, dans le but de le retourner, et pas que sur la table.
De là, deux hypothèses : soit Eva Green n’a pas bien lu le scénario, parce que depuis le début notre pâtre grec ne jure que dans la Grèce Eternelle. A côté, John Rambo est un marxiste internationaliste.
Soit elle n’a pas inventé le feu grégeois, ce qui est également plausible.
Cela finit par donner une scène assez étonnante de sexe sur la table des cartes, la seule minute olé olé de la franchise.
Bref, vous l’aurez compris, 300 – La Naissance d’un Empire… ne plaira qu’à ceux qui croient dans le plaisir régressif du cinéma, comme ceux qui avaient jubilé à la sortie de son modèle : 300. Si vous voulez enfin voir des vrais combats, qui relèguent les récentes et pathétiques tentatives hobbitiennes au rang d’aimables courts métrages amateurs, si vous voulez entendre le son des épées vibrer dans l’éther de Salamine, si vous voulez voir 80% d’Eva Green, si vous voulez retrouvez les sensations jubilatoires de l’esprit peplum facon Dernière Séance, courrez voir 300 – La Naissance d’un Empire…
Sinon, passez votre chemin…
* Ce qui est drôle, dans ce film rarement touché par la grâce du second degré, c’est que dans la réalité c’est Thémistocle qui a trahi les grecs, quelques années plus tard, en se mettant au service du fils de Xerxès.