lundi 8 septembre 2014


Game of Thrones saison 4
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Ça devait arriver : la meilleure série du moment a un petit coup de mou. Ou en tout cas, elle finit sur un petit coup de mou. Les fans, comme le Professore Ludovico, parleront de transition. Les autres prédiront la chute annoncée. Tous auront tort, car une série est un work in progress, et tant qu’on n’a pas vu le dernier épisode, difficile de crier au chef d’œuvre. Battlestar Galactica, Six Feet Under, A la Maison Blanche ont connu des passages à vide avant de finir en beauté.

Ce qui atteint Game of Thrones, c’est ce qu’on pourrait appeler le défaut congénital. La série repose sur une certain ADN, qui peut devenir fatal, si on en abuse.

Depuis le début, la série de David Benioff et D. B. Weiss s’est construite sur trois piliers : la violence, le sexe, et une assez grande fidélité au texte originel. C’est l’abondance de ces trois éléments qui gâche la fin de cette quatrième saison. Trop de morts, trop de gore, trop de prostituées, trop de personnages importants qui disparaissent pour respecter la timeline de George Martin.

On se lasse pourtant, pour la première fois, de ces rebondissements à répétition. Toute comme la supernova Lost s’est écroulé sous son propre poids de contraintes, la série qui a révolutionné la fantasy court le risque de devenir systématique, et donc, ennuyeuse.

GoT n’en est pas là, évidemment. Cette saison 4 était grandiose, mais elle n’était pas géniale. Des personnages ont eu leur heure de gloire (Oberyn, Arya, Joffrey). Les dialogues étaient toujours étincelants* sans parler des exceptionnelles (et pourtant habituelles) performances d’acteurs.

Il y a donc de la marge.

* – You can kill a king, lose a hand, fuck your sister, You’ll always be the golden son.
– Be careful. With the few that’s left.




dimanche 7 septembre 2014


Rétrospective Whit Stillman
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Plus d’excuses. Vous aviez raté les films de Whit Stillman – et pis c’est pas facile à voir en salles, et pis je trouve pas les DVD, alors la VOD n’en parlons pas ! – mais là, TOUS les films de Stillman sont disponibles EN SALLE grâce à une rétrospective magique*.

Vous vouliez tout savoir du désarroi de la jeunesse dorée de la Côte Est (Metropolitan), suivre leurs aventures d’expat’ dans la vieille Europe (Barcelona), vous souvenir des Derniers Jours Du Disco, ou fondre d’amour devant Greta Gerwig, Damsel in distress, tout en attendant la série TV du Maître (The Cosmopolitans) ?

As I said : no more excuses.

* L’Archipel – Paris Ciné
17 bd de Strasbourg
75010 Paris




jeudi 4 septembre 2014


Les Combattants, le retour
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il aura fallu une rencontre de trois minutes avec la Jennifer Garner de la Rue des Boulets pour que nous soyons illuminés de la lumière divine. Oui, il y avait un sens à la tragi-comédie survivaliste de Thomas Cailley, Oui, il y avait un message.

Solidarité.

Les Combattants est un film sur la solidarité, la nécessité de la solidarité. En fait, cette idée irrigue toute le film, et le Professore ne l’avait pas vu.

Dès le début des Combattants, les fils Labarède se serrent les coudes : hors de question de mettre ce charpentier dans un cercueil en mélaminé, on lui fera un cercueil nous-même. Et on va se mettre au travail tous les deux pour maintenir l’entreprise à flot. Plus tard, on reproche à un copain de nous laisser planter là, pour aller draguer. Puis à l’armée, il y ceux qui veulent passer la fosse du parcours du combattant tout seul, et ceux qui s’entraident.

C’est en fait la première indication de Thomas Cailley sur l’éventail des possibles : Madeleine veut le faire toute seule (contre le système) et y arrive, à la force des poignets. Arnaud aide les autres, et il sera bientôt récompensé : on lui donne le commandement de la section. Car le système qu’est l’armée repose entièrement là-dessus ; pas par la performance unique, mais bien par la force du collectif. Et tout le travail des classes (coupage de cheveux, uniforme, marche au pas) est bien la destruction systématique de l’individualisme au profit de la création d’un esprit de corps.

L’épisode de la grenade est tout aussi symbolique. Le lieutenant explique que lorsqu’une grenade explose, quelqu’un doit se jeter dessus : il faut qu’un périsse pour que tous survivent. Madeleine raille l’idée : qui serait assez bête pour faire cela ? Quand on veut survivre à tout prix, c’est la logique même. Mais si l’on veut survivre en tant que civilisation* (et c’est bien l’enjeu traditionnel de la guerre : conserver sa liberté, son territoire, son mode de vie), c’est le groupe qui doit survivre, et pas un seul. L’anecdote, filmée sur le ton de la comédie, semble anodine. Quelques minutes plus tard, trois conscrits se jettent sur la fausse grenade pour faire plaisir au lieutenant. Mais dans les vrais guerres, c’est un fait connu : les hommes se sacrifient, non pas pour l’honneur du drapeau, mais pour le copain d’à côté, comme dans la formidable scène de Woody Harrelson dans La Ligne Rouge.

C’est ainsi, sous la grâce d’une solidarité personnifiée par Arnaud, que Madeleine va s’ouvrir petit à petit. Via l’amour (cet abandon à l’autre), et via une scène apparemment anodine avec des aiguilles de pin, où le garçon soigne l’hyperactivité de la fille en lui apprenant l’ennui.

A la fin du film, réunis tous les deux dans un même plan inondé de soleil, Arnaud et Madeleine ont grandi, et sont prêts face à l’adversité. Les survivante sont devenus des combattants.

*Dans un mouvement semblable, La Route, le chef d’oeuvre de Cormack McCarthy, le père apprend au fils à survivre dans un monde post apocalyptique. A survivre, mais pas à n’importe quel prix. Renoncer à la dignité, à la décence, oui. Mais pas à l’humanité. Il expliquera à son fils de sept ans comment le tuer puis à se suicider si jamais il venait à être pris par deux qui justement ont renoncé à cette humanité. Le fils tentera, lui, de lui apprendre la confiance, en vain.




jeudi 4 septembre 2014


Cinéphilie 80’s
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Ce sont des petits signes, qui n’ont l’air de rien, mais qui ont le goût et l’odeur du changement. Passant ce matin devant l’Action Ecoles, le temple de la cinéphilie du Quartier Latin, où l’on adore quotidiennement les dieux anciens du cinéma américain (Borzage, Lubitsch, Hitchcock, Michael Curtiz, Fritz lang et bien d’autres), quel ne fut pas mon étonnement de voir l’affiche de… Die Hard.

Ce cinéma, notre cinéma – nous les quadra-quinquas, ados des eighties – enfin mis à l’honneur de la cinéphilie.

Confirmant là une intuition ce que j’ai depuis toujours : nous devons assumer notre cinéphilie. Nous devons être les exégètes de cette période. A nous d’être les Francois Truffaut de Michael Bay, les Jacques Rivette de David Lynch, les Godard de Peter Jackson.

C’est en tout cas pourquoi CineFast existe.




lundi 1 septembre 2014


Les Combattants
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

C’est la bonne surprise de l’été du cinéma français : Les Combattants est un film bien joué, bien filmé, et qui filme le peuple sans mépris. Trois qualités assez rares pour qu’on s’y attarde.

C’est l’histoire d’une jeune fille qui pense – comme le Professeur Philippulus – que la fin du monde est proche. La solution : s’engager dans l’armée pour y apprendre la survie, comment dépiauter un lapin avec les dents ou s’orienter au nord avec la mousse des arbres… C’est aussi l’histoire d’un garçon amoureux, un peu paumé, qui la suit.

La description de cet univers, c’est ce qui est très réussi dans Les Combattants. La jeunesse qui s’ennuie, le boulot qui manque, la crise, et l’armée comme dérivatif. On pense au Polichinelle de Pierrick Bailly, qui décrivait ces errances dans l’est de la France. Ici on est dans les Landes, mais l’ennui est le même.

La Préparation Militaire Spéciale, sorte de stage de sélection avant l’engagement définitif, occupe tout le milieu du film, et c’est son morceau de bravoure. A la fois réaliste et parodique, elle met les personnages principaux face à leurs contradictions. Madeleine (Adèle Haenel) et Arnaud (Kévin Azaïs) ne veulent pas vraiment s’engager dans l’armée, ils veulent seulement survivre.

Le dernier tiers est moins réussi, comme si Thomas Cailley ne savait pas trop quoi faire de son film, de ses personnages, ou de ses acteurs. Avec Haenel, il a une future grande comédienne, mais une fois qu’elle a joué toute sa gamme, où est la mélodie ? On peine à décrypter le message. Les jeunes d’aujourd’hui sont des survivants ? Ou des idiots ? Le film ne tranche pas. Reste la performance : comme disait la pub : Adèle Haenel, elle a tout d’une grande.




dimanche 31 août 2014


The Gospel According to Saint Alfred#8 : Save the long shot!
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

On dit en anglais qu’un plan large sert à établir (establish) une scène. C’est à comprendre dans le sens charpentier du terme. Un plan large de New York: on est à New York. Un plan d’un immeuble de nuit à New York, on est dans l’appartement des Friends. Mais pour Hitch, le plan large est là pour dramatiser. En élargissant la perspective, le plus souvent en la soulignant d’une musique un tant soit peu inquiétante, vous dramatisez, explique-t-il à Francois Truffaut. Et faut pas gâcher, ajouterait notre Guy Roux anglais du cinéma.

Prenez les films d’action par exemple. Première scène de Pacific Rim (c’est tout ce que j’ai vu) : après la grosse baston entre le kaiju et le jaeger, le dernier plan est un travelling qui part d’un gros plan sur un détail (la tête en sang d’un pilote de jaeger, en s’écartant doucement, puis en montant de plus en plus vite, pour aboutir à un plan large sur les deux carcasses qui enfin, nous donne la taille (gigantesque) des deux bestioles qui viennent de s’affronter, le tout sur une bonne musique pompière signée Ramin Djawadi. Vue d’ensemble sur le champ de bataille, et sentiment de désolation.

Dans le film d’horreur, c’est pareil. Quand tout danger semble écarté au milieu, ou à la fin du film, un plan large d’une petite rue résidentielle fait soudain craindre que Ghostface/Freddy/Jason rôde encore dans les parages. C’est d’ailleurs le dernier plan du Silence des Agneaux : Hannibal Lecter marchant à la suite de sa future victime, dans les rues d’une île des caraïbes.

D’ailleurs, film d’horreur ou pas, la grande majorité des films américains se termine ainsi : plan large d’une rue, la caméra s’élevant tandis que le générique débute.

Façon de dramatiser une dernière fois, et de laisser le spectateur dans l’émotion générale du film, que ce soit la peur, le mélo, ou l’action.

Comme tout plan élaboré dont on espère qu’il va marquer le spectateur, il faut en user avec parcimonie (n’est-ce pas monsieur Jeunet ?)

Sinon, c’est gâcher.




samedi 30 août 2014


Halt and Catch Fire
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

C’est l’heure du bilan pour Halt and Catch Fire. La série qui vise à remplacer Mad Men sur AMC a-t-elle réussi son départ ? Il semblerait que non, puisque AMC « réfléchit » à une seconde saison. Pourtant cette série ne manque pas d’intérêt. D’abord son sujet, l’éclosion de l’informatique personnelle dans au début des années 80. Et en particulier, l’arrivée des clones d’IBM PC qui va révolutionner l’industrie informatique (et nos vies, puisque vous êtes en train de lire cette chronique sur le petit-fils de ces machines). C’est le talent d’AMC, que de mettre en scène un sujet apparemment ridicule (la publicité) et d’en tirer une saga d’époque, profonde et riche.

La volonté ici est évidente : un Mad Men des années 80, la pub remplacée par l’informatique, les Directeurs Artistiques par des geeks, et Joe MacMillan en Dan Draper tout aussi mystérieux, mais écrit par Bret Easton Ellis… Et si l’argument est faible (une success story in the making), Halt and Catch Fire va s’attacher à en tirer une intrigue convenable sur la difficile mais nécessaire coopération entre les visionnaires du marketing et le cerveau des ingénieurs.

Mais ce qui les intéresse les créateurs de la série (Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers, qui n’ont même pas une page Wikipedia, les pauvres), ce sont les personnages. Quelle motivation pousse trois personnes à affronter IBM ? Un ingénieur, qui a raté son premier PC et failli ruiner sa famille ? C’est le formidable Scoot McNairy (Monsters, Killing them Softly, 12 Years a Slave et Gone Girl, le prochain Fincher) qui l’interprète. Un beau ténébreux visionnaire et passionné, au passé trouble (Lee Pace, Lincoln, The Hobbit 2) ? Ou encore la femme du premier (formidable Kerry Bishé) ou la maitresse du second (Mackenzie Davis, excellente mais peu crédible en punkette-codeuse) ?
En tout cas, ce sont les personnages et leurs acteurs qui sont la grande réussite de Halt and Catch Fire. Il reste néanmoins qu’il manque un petit plus, qu’on aurait du mal à expliquer. Aux dernières nouvelles, AMC aurait signé pour une deuxième saison malgré des résultats faibles (500 000 spectateurs par épisode).

La saison 1 se suffit de toute façon à elle-même car elle a l’intelligence de fournir à la fois un cliffhanger pour une éventuelle saison 2 et une fin acceptable si jamais la série s’arrêtait. C’est-à-dire aucun regret à ceux qui auront le courage de regarder tout.

PS Le pilote (qui définit, comme chacun sait, l’esthétique d’une série pour toujours) est signé Juan José Campanella, l’immortel auteur de Dans Ses Yeux. Ceci expliquant cela : Halt and Catch Fire est aussi formidablement filmé dans une esthétique eighties, que l’était Mad Men dans ses sixties resplendissantes.




samedi 30 août 2014


Pop Rédemption sur Canal
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

Séquence copinage bis : la comédie métalo-liverpudienne passe sur Canal+. Retrouvez nos Dead MaKabés (menés par Julien Doré, excellent) sur la route du Hellfest, contraints de reprendre des chansons des Beatles à la Fête de la Fraise à Saint-Peperac, alors qu’ils sont poursuivis par le meilleur de la Police Française (Alexandre Astier), et de la Gendarmerie Nationale (Audrey Fleurot)…




mercredi 27 août 2014


Le Rôle de ma Vie
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Dans une scène de Scrubs, J.D., tout content d’avoir sauvé un patient, se met à chanter à tue-tête 99 Luftballons, tout en shootant dans des ballons multicolores subitement apparus dans la chambre d’hôpital. Depuis ce jour, on est tombé amoureux de Zach Braff, son petit sourire en coin, et ses angoisses qui pourraient être les nôtres. On a vu Garden State, son très bon premier film, et on se rue donc sur Le Rôle de Ma Vie.

Zach Braff s’est donné un premier rôle à son image, celle d’un petit gars sympa, mais taraudé par le doute. Aidan est un acteur raté qui, la quarantaine approchant, écume les castings. Son épouse Sarah (Kate Hudson) tient la baraque tandis que son père (Mandy Patinkin) paye l’école religieuse pour ses enfants. En effet, Aidan est loin d’être juif orthodoxe, au grand désespoir du père.

Mais justement, le père arrête de payer. Pour une bonne raison : son cancer a repris et il a décidé de mettre toutes ses économies dans un traitement expérimental. C’est là que le film devient intéressant. A rebours d’une tendance lacrymale convenue, le film va s’attacher à faire le procès du père plutôt que celui du fils. Car le père a beau être malade, il est odieux, et l’on comprend que ce manque de tendresse n’est pas pour rien dans l’échec d’Aidan et de son frère Noah (Josh Gad), geek célibataire sans emploi.

Certes, les frangins Bloom sont à la ramasse depuis bien longtemps, mais pour que les fils changent, encore faut-il que peu que les pères soient là. La rédemption du père (et la prise de conscience des fils) sera donc la voie du salut.

On a vu des mélos plus cliché. Le film est une délicate surprise de la fin de l’été, en tout cas pour ceux qui ne connaissent pas monsieur Braff. Les autres, qui l’aiment déjà, seront un peu plus exigeants. Le cinéma de Braff est à son image : gentil et foutraque. C’est son charme de Zach Braff, c’est aussi sa faiblesse.

Il est temps, mon petit Zach, d’abandonner cette forme de légèreté qui t’habite. Tu fais ici un film sérieux et important, sur le couple, la famille, le temps qui passe. Enlève ces petites musiques d’illustration, chaque fois que tu veux faire ressentir quelque chose. Ne te force pas à faire le comique, alors que tu es dans la tragédie. Ne te crois pas obligé d’être original : ce que tu dis l’es déjà. La maturité est à portée de main, et là, tu pourras faire ton grand film.




dimanche 24 août 2014


Game of Thrones, premier accroc
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Séries TV ]

C’est un détail, mais c’est là parfois que le signe que les séries s’apprêtent à Jump the shark. Dans cet épisode de la saison 4, on voit un slogan révolutionnaire, peint sur un mur… en anglais ! tout d’un coup, nous voilà décrochés de Port Réal, Winterfell, et autres royaumes de Westeros. La magie disparait soudain, comme si le magicien venait de nous montrer l’as qui était dans sa manche.

C’est d’autant plus étrange que la série s’est acharnée à créer des langues spécifiques, et que les comédiens rament pour assurer des scènes entières en dothraki sous-titrées (une hérésie outre-atlantique). Quelle mouche dornienne a donc piqué nos scénaristes pour commettre un tel impair ? L’abus de boissons, de décapitations et de scènes de fesses ?

On vous pardonne pour cette fois-ci, mais attention…