jeudi 19 mars 2015
Playlist de Mars
posté par Professor Ludovico dans [ Playlist ]
Musique : Starman, Heroes, Life on Mars, V-2 Schneider, par David Bowie
Série : Breaking Bad Saison 1, Boardwalk Empire saison 1
Livre : Contrée Indienne, les nouvelles western de Dorothy Johnson (L’homme qui Tua Liberty Valance…), Friday Night Lights, l’essai de H.G. Bissinger qui a inspiré le film et la série
BD : Asgard de Dorison et Meyer
dimanche 15 mars 2015
Il est Difficile d’Etre un Dieu
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Le cinéma peut aussi être un plaisir sadomasochiste. Par exemple vouloir absolument voir Il est Difficile d’Etre un Dieu, sous le fallacieux prétexte que c’est tiré d’un livre des frères Strougaski. Quand nous lisions de la SF, nous avions apprécié Stalker. Et nous avions détesté le film de Tarkovski. Voilà un indice qui aurait dû nous prévenir contre l’envie brûlante d’aller voir une nouvelle adaptation d’auteurs russes par le cinéma russe.
Il semble qu’il y ait un problème avec le cinéma russe. Autant les livres des Strougaski sont clairs, autant les films sont ténébreux. Celui-là, signé Alexeï Guerman, fait deux heures et 50 minutes insupportables. Dans ces 170 minutes, les acteurs ne font (authentique) que se cracher dessus, marcher dans la merde, et se recouvrir le visage de boue (cf. l’affiche). Tout cela est filmé de manière admirable, en noir, blanc, et surtout gris : chaque plan est une photo.
Quant à l’histoire, elle est incompréhensible (il faut se replonger dans Wikipédia pour se rappeler qu’il s’agit de terriens envoyés sur une planète à la civilisation médiévale, qui décident de se rebeller contre les religieux locaux, violant par là-même la loi de non-ingérence qu’ils se sont édictée.
Critique du colonialisme et de la religion, on serait bien à mal de l’avoir compris en regardant le film.
Ami cinéphile, passe ton chemin.
PS Ce livre avait déjà été adapté par Jean-Claude Carrière et Pierre Christin en 1989 sous le titre Un Dieu Rebelle. Les décors étaient de Mézières, avec un casting international improbable : pas sûr que cette version-là soit un chef d’œuvre non plus.
mercredi 4 mars 2015
Le Héros du Pacifique
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Drôle de film, découvert par un pitch très vendeur sur TCM. La vie de l’Amiral Halsey, qui, comme chacun sait, est le vainqueur de Guadalcanal. Un film de guerre, mais… sur la stratégie. C’est à dire un film de guerre dans lequel on ne tire pas un seul coup de feu. Bref un truc qui n’existe pas. Tout se passe dans la cabine de l’amiral sur l’USS Enterprise (pas celui de Spock). On y assiste aux dilemmes du commandement : envoyer les hommes se faire tuer au combat, sur la base d’un simple bout de papier….. Faire tuer son fils, ses amis, sans jamais subir le feu soi-même. Deviner les pensées d’un ennemi qu’on respecte et pourtant le tuer. N’en tirer aucun plaisir, alors que c’est la guerre…
Voilà un mélange très étonnant et pour tout dire unique dans le cinéma de guerre…
Bien sûr, comme son nom l’indique, Le Héros du Pacifique est très hagiographique, un film à la gloire de l’amiral, et à celle de la coolitude généralisé du soldat US (face à des japs secs comme des coups de triques, évidemment tirés à quatre épingles (c’est-à-dire des allemands du Jour Le Plus Long deux ans plus tard) …
Mais en fait c’est le James Cagney (qui produit le film et interprète l’Amiral) qui tient ce Héros du Pacifique de bout en bout et le rend si passionnant.
A découvrir….
vendredi 27 février 2015
Fascinant
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]
Carnet de bord du capitaine, coefficient espace-temps 27.02.20.15 Nous apprenons à l’instant même le décès de Leonard Nimoy, Mr Spock lui-même.
Même s’il fut l’homme d’un seul personnage, malgré de nombreux rôles à la télé (Mission Impossible, Colombo…) et quelques réalisations personnelles (dont Star Trek III et IV), il reste à Leonard Nimoy le mérite d’avoir créé le plus fascinant personnage de Vulcain de la galaxie. Une race extraterrestre censée n’avoir aucun sentiment et qui pourtant, grâce à son interprete, en exsudait à chaque scène.
Au revoir Mr Spock. Peut-être nous retrouverons nous dans une quelconque boucle du temps…
mercredi 18 février 2015
La littérature, les bons sentiments, les scénarios gentillets, et tout ça…
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
« C’est l’histoire d’une jeune fille très vertueuse qui vient au confessionnal. Le prêtre l’écoute. Mais elle ne dit rien.
– « Je vous écoute, mon enfant. Qu’avez-vous à confesser ? »
– « Mais rien mon Père, je n’ai rien fait de mal ! »
– « Et bien revenez quand vous aurez quelque chose à raconter… » »
C’était au Masque et la Plume, la semaine dernière.
dimanche 8 février 2015
Foxcatcher
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Pour une fois on est d’accord. Foxcatcher est d’ores et déjà l’un des meilleurs films de ce début d’année. On avait oublié d’aller voir Le Stratège en salle, malgré Brad Pitt, malgré Aaron Sorkin. Et notre dernier film sur la lutte gréco-romaine, c’était Le Monde Selon Garp.
Mais on court voir Foxcatcher, malgré le consensus critique et la Palme des Alpes Maritimes.
Et on n’est pas déçu. Foxcatcher est fin et subtil. C’est un BOATS réussi parce qu’on ne connait pas cette histoire et aussi parce que Bennett Miller a choisi de décentrer son histoire. C’est le biopic de John E. du Pont, l’héritier des Dupont de Nemours, l’une des plus grosses fortunes des USA* grâce a la chimie. Mais Miller fait mine de s’intéresser aux deux frères Schultz, Mark et Dave, champions olympiques de lutte que du Pont veut prendre sous sa coupe (formidables Mark Ruffalo et Channing Tatum)
Petit à petit, le réalisateur du Stratège et de Truman Capote révèle son jeu. Le personnage principal, c’est évidemment ce Houellebecq dégénéré et fin de race (Steve Carrell) qui règle ses comptes personnels au travers de ce curieux mécénat. La face obscure du rêve américain, again and again. Ce que l’argent permet d’obtenir (tout), ce que l’argent pousse à faire (à peu près n’importe quoi), ce que l’argent n’achète pas (l’amour, la reconnaissance, la rédemption…)
Steve Carrell est impérial là-dedans, même si le maquillage est trop énorme pour être honnête, même si le comique joue trop au tragédien. Il décrochera l’Oscar, on avait compris la manoeuvre.
Quand aux deux frères, plus subtils, ils sont incroyables. Mark Ruffalo s’enlaidit pour jouer l’aîné, mais c’est surtout Tatum qui – sans prothèse – délivre la prestation la plus convaincante. Lui, l’ancien chippendale qui jouait quasiment son propre rôle dans Magic Mike, semble tout droit issu du monologue de Richard III (« Moi qui suis démuni de cette harmonieuse proportion, privé d’avantages par la trompeuse nature« ). Primate, autiste, des jeans trop grands pour lui, le front constamment plissé : Mark Schultz. Il faut beaucoup de talent pour faire ça.
On finira sur une séquence nostalgie : Anthony Michael Hall joue dans Foxcatcher ; on vous laissera deviner quel rôle, car on ne l’a pas reconnu. Aussi bizarre que cela puisse paraître, la star de Breakfast Club avait dix-sept ans en 1985 et en a facilement quarante-six aujourd’hui.
Time waits for no one.
* On ne paye pas de taxes dans le Delaware parce que Dupont les paye déjà ; information courtesy of Mrs Ludovico, en direct de Wilmington, Delaware.
vendredi 6 février 2015
Veep
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Comme on aime beaucoup Julia Louis-Dreyfus, notre foldingue d’Elaine Benes de Seinfeld, on jette un œil à Veep ; la série HBO sur une vice-présidente tout aussi foldingue mais pas aussi drôle.
Dans le traitement, c’est la mouvance d’Arrested developpement, ce style caméra portée, monté à l’arrache qui ne me sied guère. Mais le problème n’est pas là. Là, ça ne me fait pas rire. C’est bien joué, on voit où sont les gags mais bon, ça marche pas avec moi.
Tant pis, je ne reverrai pas Julia de sitôt…
lundi 2 février 2015
Welcome to the jungle (of Endor)
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
On vous l’avait dit, le rachat de la licence Star Wars est une bonne nouvelle pour vous, les fans du space opera wagnérien de George Lucas, ses princesses en slip et ses épées qui brillent, ses combats au firmament, et ses amiraux de la flotte recrutés chez les escargots*…
Une bonne nouvelle, oui, parce que votre série fétiche est enfin entre les mains de professionnels : scénaristes, monteurs, réalisateurs diplômés.
Et qu’est-ce qu’on apprend cette semaine ? George « 12 milliards de dollars » est déçu. Oui, vexé, même. Disney n’aurait pas retenu ses idées. Il aurait volontiers réalisé Star Wars VII, et Disney a refusé. Eh oui, George, c’est des pro, on te dit ! Disney, ils savent faire des films. Et ils préfèrent confier la franchise à la pire feignasse d’Hollywood, J-J. « Je ne finis jamais un film » Abrams, plutôt que te faire travailler, toi.
Peut-être qu’ils ont regardé tes autres films avant de te répondre ? peut-être ont-ils essayé de lire les scenarios de la première trilogie ? peut-être n’ont ils pas été convaincus par ta direction d’acteur sur ces pauvres Liam Neeson et Ewan McGregor.
Désolé George. Welcome to the jungle.
*L’amiral Ackbar serait, selon nos informations, de la race des Helix Pomatia. Comment est-il arrivé de Bourgogne, nul ne le sait…
jeudi 29 janvier 2015
Newsroom, saison 2
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Le Professore Ludovico aime bien critiquer, c’est plus rigolo que de dire du bien. Il abreuve la plupart du temps ces colonnes de commentaires acerbes sur le montage, le scénario, et la dramaturgie bancale des films et séries qui ont le malheur de croiser son œil acerbe.
Mais si on veut prendre une leçon, il suffit de regarder The Newsroom. Une dizaine de personnages principaux. Des intrigues multiples et emmêlées. Des personnages hauts en couleur, drôles et émouvants. Et des sujets faciles, comme le nombre de langues parlées en Afrique, la com de l’armée américaine, le gaz sarin au Peshawar, la vie sexuelle compliquée des journalistes suivant la campagne du républicain Mitt Romney, le type de médicament à prendre en cas de forte dépression, le manque criant de leaders d’Occupy Wall Street. Le tout évidemment en un seul épisode*. En cinquante-deux minutes.
Vous l’aurez compris, ce genre de bijou sort forcement de la Cristallerie Royale de Monsieur Sorkin, garantie de qualité depuis 1992.
Bien sûr, on dira que c’est très américain, gentillet, el toutim. Mais qu’attendent les scénaristes pour faire une version dure, ou française, des œuvres de Mr Sorkin ? Il y a une version noire, c’est House of Cards. C’est plaisant, accrocheur, fincherien en diable, mais un peu putassier aussi. Ça accroche le spectateur par ses plus mauvais sentiments : ces méchants qui nous gouvernent, Washington qui complote sur le dos des contribuables, etc.
Aaron Sorkin est un libéral engagé. Il défend quelques idées simples, (et françaises, ce me semble) comme la démocratie, la liberté d’expression, et aussi les outils pour maintenir ces libertés durement acquises : l’armée, la police, les gouvernements, les parlements, et dans Newsroom, les medias. Outils sur lesquels il est plus facile de cracher que de louer. Sous une coque feelgood, Aaron Sorkin défend ses idées âprement. Tout comme son personnage principal, Will McAvoy (Jeff Daniels) défend une certaine conception libérale du journalisme, lui le vieux ronchon républicain. McAvoy, l’avatar fictionnel de Aaron Sorkin lui-même.
Au delà du message de Newsrooom, on ne peut que s’émerveiller devant cette magnifique technique d’écriture, ces intrigues, compliquées au début et merveilleusement limpides à la fin, ces dialogues brillants, pédagogiques et drôles. On ne savait pas, avant Sorkin, que tout ça pouvait exister.
Il y a quelques années une pub Nike vantait les mérites d’une chaussure tout terrain avec un Footballeur américain, Bo Jackson, qui jouait aussi bien au Baseball : « Bo knows football. Bo knows baseball. Bo knows basket ball…”
Comme Bo, Aaron Sorkin sait tout faire.
Aaron knows cinéma.
*The Newsroom S02e04, en ce moment sur Canal+
dimanche 25 janvier 2015
Les Quatre Cents Coups
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Toutes les motivations sont bonnes pour regarder un film. Même les plus mauvaises. Je ne m’intéresse pas beaucoup – à tort – au cinéma de François Truffaut. J’en ai pourtant vu quelques-uns, et ils m’ont tous plu : La Femme d’à côté, Le Dernier Métro, La Mariée était en Noir, La Nuit Américaine…
Mais là, c’est encore une fois l’écoute du fabuleux podcast des entretiens Hitchcock Truffaut qui m’incite à voir Les Quatre Cents Coups.
Truffaut y analyse, sous l’œil sévère du maître, le découpage de la scène où Antoine découvre l’adultère de sa mère.
Truffaut est fier, car pour la première fois, c’est Hitchcock qui s’intéresse à son travail et non l’inverse. Mais, las ! « J’aurais préféré que rien ne soit dit… » : Truffaut fait dire aux personnages (cette maladie française) ce qui aurait du rester silencieusement filmé.
Peu importe, on regarde Les Quatre Cents Coups avec un grand plaisir, et on comprend l’influence qu’a pu avoir le film sur le Nouvel Hollywood. Filmé dans un style reportage (particulièrement instructif d’ailleurs sur les conditions de vie des enfants parisiens, et du niveau de vie des employés dans les années cinquante.)
Mais surtout, Les Quatre Cents Coups c’est une intense liberté scénaristique, à l’image du personnage fétiche de Truffaut, Antoine Doinel, cet autre lui-même qu’il promènera de film en film. Le film lancera la Nouvelle Vague, et changera le cinéma français à tout jamais, pour le meilleur et pour le pire.