jeudi 24 mars 2016
The Newsroom, season finale
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Nous avons eu peur. Peur en effet que The Newsroom ne soit pas une grande série d’Aaron Sorkin… Peur qu’on ne soit pas dans la bonne veine Sorkinienne : plutôt La Guerre selon Charlie Wilson que Des Hommes d’Honneur, Steve Jobs que Social Network…
Aaron Sorkin, le Janus de la télé américaine (démocrate feelgood bon teint et fumeur de crack en rehab), nous présentait en effet un bien mauvais visage dans la première saison de The Newsroom : le gentil idéaliste pontifiant, et évidemment démocrate. Une leçon de morale assez insupportable, à l’image de MacKenzie McHale (Emily Mortimer), la très énervante rédac’ chef angliche d’une rédaction boboifiée à l’extrême (composée uniqument de jeunes garçons et filles intelligents, sympas comme tout, et même un indien rescapé de Slumdog Millionnaire)… La coupe était pleine. Nous étions prêts à sauver Jeff Daniels, le seul réac de l’affaire, républicain, buveur, fumeur et womanizer … Mais avec Sorkin il faut être patient, et écoutant les sages conseils du Prince d’Avalon, nous patientâmes…
En effet, The Newsroom décolla, malgré sa grosse surcharge de bon sentiments, vers la fin de la saison 1.
Pour patienter, outre la contemplation furtive d’Olivia Munn*, nous avions le savoir-faire habituel des usines Sorkin : scénarios brillants, intrigues architecturales et dialogues fuselées…
Puis la saison deux représenta une immense avancée. Elle noirci le propos, et notamment plusieurs de ses personnages, elle gagna en réalisme, elle nuança son discours.
La troisième saison, raccourcie**, ne fit que confirmer. De vrais rebondissements, un peu plus d’innovations dramaturgiques : The Newsroom pouvait intégrer les plus hautes marches du Panthéon télévisuel.
Mais elle confirme également la règle qui veut qu’une bonne fin vaut mieux qu’une mauvaise saison. Car les derniers épisodes de The Newsroom sont extraordinaires, tant du point de vue de la forme que celui du fond.
Certes, on aura un peu grossi le trait ici, et un peu trop affiné le trait là. On nous aura un peu trop bassinés sur l’idéal journalistique, son impérieuse nécessité démocratique, et sur la mauvaise foi du fric qui finance ces Don Quichotte modernes. On aura frôlé la ringardise sur la critique d’Internet. Mais avec son final grandiose, digne de celui d’A la Maison-Blanche, Sorkin nous scotche une fois de plus devant notre téléviseur.
The Newsroom est une très grande série, et Aaron Sorkin est son prophète.
* The most beautiful and funny woman in the world, so far.
**Malgré les progrès, HBO a jeté l’éponge.
dimanche 20 mars 2016
Ave, César!
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
On reproche souvent au Professore Ludovico de vouloir absolument que les films disent quelque chose. Comme si « intellectualiser » était devenu le pire gros mot de la langue française.
Pourtant, il suffit d’aller voir le dernier film des frères Coen pour en faire la démonstration. Voilà deux cinéastes que l’on vénère, qui nous ont toujours fait rire, ou ému. De vrais cinéastes, qui produisent une œuvre, sur la base d’un cinéma total : belles images, bonne musique, bons scénarios, grands acteurs. On a vu tous leurs films (seul Ladykillers résiste encore) ; on ne va donc pas rater Ave César !, dont le pitch nous est clairement adressé, un film d’Hollywood sur Hollywood. Pas n’importe quel Hollywood, non, l’Usine à Rêves des années 50, Hitchcock et Louis B. Mayer, Howard Haws et Gene Tierney, L.A. Confidential et Hollywood Babylon.
Le pitch en question : un acteur de péplum pas très malin est enlevé par une étrange bande de gangsters. Le fixer du studio, le gars chargé de résoudre les problèmes, qui a pourtant d’autres choses à faire (transformer un cowboy en acteur et arrêter de fumer, entre autres), doit le retrouver.
Entre temps, on aura assisté à des performances d’acteurs protéiformes à qui auront eu toutes les possibilités d’exprimer leurs (multiples) talents ; un fixer catholique rongé par le devoir (Josh Brolin), un acteur de péplum idiot (George Clooney), une actrice sublime mais irascible à voix de crécelle (Scarlett Johansson), un cowboy plus doué pour le lasso que pour Douglas Sirk, deux jumelles foldingues de la presse hollywoodienne (Tilda Swinton et Tilda Swinton), un géant blond au charme trouble qui danse comme un dieu (Channing Tatum), un réalisateur suédois qui ne veut pas se marier à la crécelle, même pour arranger les patrons du studio (Christophe Lambert !), sans oublier une bande de scénaristes cryptocommunistes, un pasteur, un prêtre, et un rabbin*.
Tout cela fait rire pendant le film, mais tout cela ne suffit pas, car on ne voit pas où les frangins veulent en venir. En fait, nulle part, juste se marrer à enchaîner ces scènes incroyables, pastiches des plus grands films de l’époque (Ben Hur, La Première Sirène, Un Jour à New York), et ça devrait suffire aux tenants du fameux cinéma-distraction évoqués au début de cette chronique.
Mais, non, ça ne suffit pas de nous amuser ; il manque un petit quelque chose d’indéfinissable, un fil conducteur. Une bonne histoire, des performances d’acteurs, ça ne suffit pas. Il y a un creux, là, dans le ventre.
Il manque pour tout dire un cœur à cette histoire. Le désespoir tranquille de Llewyn Davis, un chanteur qui n’aura jamais de succès, les désarrois 70’s de Larry Gopnik, père de famille « serious man », le racisme du Sud (O’Brother), ou la stupidité des services secrets post-11 Septembre (Burn After Reading).
La nuance est subtile, mais c’est ce qu’il fait le tri entre un bon film des frères Coen est un chef-d’œuvre des frères Coen. Et, à vrai dire, c’est ce qui fait le tri entre un bon film et un mauvais film. Quoi qu’on en dise, on ne veut pas juste se distraire. On veut un sujet à tout cela ; quelque chose qui touche un peu plus profondément. Et plus ça me touche profondément, plus on rira, ou plus on pleurera. C’est la raison d’être du spectacle depuis toujours.
Et pour toujours.
* Plus un gars de Girls, une fille de Newsroom, le Sergent Zim, un postier de Seinfeld et Dolph Lundgren…
samedi 19 mars 2016
Roger Deakins
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]
Et si mon cinéaste favori était un chef op’ ? En préparant la chronique de Hail Caesar!, la dernière œuvre des frères Coen (hé oui, le chef est de sortie), on se penche sur la filmographie du chef opérateur quasi attitré de nos frères de Minneapolis, et qu’est-ce qu’on trouve : le gratin de la filmo du Professore Ludovico, depuis 1980. Jugez plutôt :
1984, Sid et Nancy, Sur la route de Nairobi, Homicide, Cœur de Tonnerre, Passion Fish, Les Évadés, Dead Man Walking, The Big Lebowski, O’Brother, Intolérable Cruauté, Le Village, L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Dans la Vallée d’Elah, No Country for Old Men, A Serious Man, Prisoners…
Sans parler des films peu appréciés ici, mais dont la virtuosité cinématographique ne fait aucun doute : Barton Fink, Jarhead, WALL-E, Les Noces rebelles, True Grit, Skyfall, Sicario…
Voilà un homme qui a du goût.
jeudi 17 mars 2016
Bonnes résolutions
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Pour en finir avec ... ]
On a décidé, parce que ça suffit, de ne plus s’ennuyer à regarder ce qui ne nous plaisait pas. Suivant en cela les conseils de Nanni Moretti : « Aujourd’hui, si je vois un film qui ne me plaît pas, je ne me mens plus sur mes goûts». J’ai donc décidé de laisser tomber Breaking Bad, qui pourrit sous ma télé en attendant que j’ouvre le coffret de la saison 2 prêté depuis des années par Notre Dame l’Ardéchoise. Je ne vais pas lui rendre pour autant, puisque la Professorinette veut se plonger dans le meth dès qu’elle aura une seconde entre The Originals, Hart of Dixie et Parks & Recreation.
Mais moi, c’est fini. L’idée de me forcer à regarder cette saison 2, tout en sachant que la 3 et la 4 ne sont pas bien (parait-il) pour finir en beauté saison 5 ne tient pas le bout.
J’ai autre chose à faire de ma vie de cinéphile.
Voir :
• Treme
• Show me a Hero
• The Knick
Tenter le coup avec :
• Black Sails
• Vinyl
• Deadwood
• The leftovers
Finir :
• Louis CK
• Boardwalk empire
• Girls
• Game of Thrones
Revoir
• le pilote de Cosmos 1999
• et mon intégrale San Ku Kai…
mardi 15 mars 2016
American Sniper
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
American Sniper, c’est le genre de film qui pose problème. Pas complètement réussi, mais au propos (très) ambigu. Et qui le rend le film illisible.
American sniper est en effet à la fois une dénonciation de ce que la guerre fait aux hommes (stress post traumatique, « addiction » à l’adrénaline, impacts familiaux), à la fois un plaidoyer pro domo pour les hommes, les vrais, qui la font. A la fois, l’apologie d’une forme de justice immanente (tu me tues, je te tue), et à la fois, le réquisitoire contre cette guerre-là. Eastwood est un libertarien, c’est à dire quelqu’un qui considère que les Etats-Unis ne devraient s’occuper que d’eux-mêmes. C’est un peu ce qu’exprime Taya, la femme du héros (Sienna Miller) quand elle lui rétorque que s’il veut s’occuper de USA, il ferait bien de commencer par elle, et ses enfants…
On l’a vu dans ses derniers films, Eastwood est de moins en moins subtil dans la réalisation. American Sniper sera donc très loin de Mémoires de nos Pères ou d’Un Monde Parfait, mais il propose quelques moments de bravoure. La scène de la tempête de sable, par exemple.
Et si le rôle-titre est formidablement joué par Bradley Cooper, c’est au service de dialogues un peu trop direct pour être honnêtes. Quant à son antagoniste, le sniper irakien Mustafa (Sammy Sheik), il est réduit à un grand méchant façon Inspecteur Harry, alors que son personnage aurait pu être extrêmement intéressant (c’est un ancien champion olympique)… Ce qui faisait le génie de Lettres d’Iwo Jima n’intéresse visiblement plus Eastwood.
Mais surtout, c’est la fin – ou plutôt le générique – qui rend le film terriblement troublant. On y montre les images de l’enterrement du vrai Chris Kyle, avec démonstrations patriotiques afférentes (sirènes de pompier, bannière étoilée, minute de silence dans les stades de foot)
Qui est donc Chris Kyle ? Un vrai héros américain ? Un tueur en uniforme ? Un type bien, détruit par la guerre ? L’ambiguïté ne fait qu’obscurcir le message d’un film déjà pas très clair.
dimanche 13 mars 2016
The Newsroom, saison 3
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Pendant qu’Orange is the New Black se casse la gueule, une autre série relève la tête. On a regardé le pilote de la saison trois de The Newsroom et on s’est d’abord trouvé consterné – comme d’habitude, direz-vous – par la gentillesse dégoulinante de l’usine à Marshmallow Sorkin.
Évidemment au bout de cinquante minutes, on était totalement conquis et prêt à partir pour six épisodes. Ce qu’on va faire dès ce week-end.
vendredi 11 mars 2016
Orange is the New Black, saison 3
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Quoi de pire que l’agonie d’une série, si tant est qu’on l’ait beaucoup aimée ? Orange is the New Black est en train de mourir sous nos yeux, dans une agonie de treize heures, lors de cette troisième saison interminable. Le Professorino et la Professorina, complètement scotchés devant les prisonnières de Lichtfield, tentent d’expliquer qu’une série est condamnée naturellement à décliner. C’est tout simplement qu’ils n’ont pas encore vu une Grande Série.
Tout ce qui faisait le talent de la première saison a disparu : cette finesse féministe, des intrigues fortes, et des personnages passionnants, notamment via ces flashbacks, principe tiré directement de Lost, qui amenait le spectateur à tout vouloir savoir du passé de ces femmes.
Mais arrivés en saison 3, Orange is the New Black a succombé à la drogue fatale des séries : les rebondissements. En supprimant quelques personnages attachants, en transformant bizarrement son personnage principal (même si la cause de cette transformation est réaliste), Orange is the New Black s’est perdu en chemin. Cliffhanguer à tout va, c’est se retrouvé dans le vide, accroché à la falaise. La série est aujourd’hui bien en peine de trouver de nouveaux personnages, et de nouvelles intrigues.
Son propos est la plupart du temps affligeant (le roman de Crazy Eyes, le théâtre d’improvisation), ou étendus à l’extrême, comme le rachat par le groupe privé MCC. Ou encore cette histoire d’adoption de bébé : le talent de la comédienne (qui est immense), ne suffit pas à masquer la vacuité de ces rebondissements artificiels.
On a la désagréable impression – comme dans les dernières saisons de Lost – qu’Orange is the New Black a été confié des scénaristes juniors, pendant que Jenji Kohan encaisse l’argent aux Bahamas et prépare sa nouvelle série. Bizarre, car on vient d’apprendre que c’est re-signé pour trois ans de plus.
Pas sûr qu’on les regarde.
mercredi 9 mars 2016
Les sœurs Wachowski
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -
Les gens ]
L’incroyable feuilleton transgenre Wachowski se poursuit après la révélation de changement de sexe opéré par Andy Wachowski. Une information toute chaude, aux bons soins de Maitre Fulci.
Andy devient donc Lilly. Rappelons que son frère avait déjà changé de sexe en 2012, pour devenir Lana, après une love story, et un ménage à trois SM, très, très compliqués.
Une histoire incroyable, mais si hollywoodienne, racontée ici par votre serviteur.
A côté, Le Voyeur, c’est Candy.
vendredi 4 mars 2016
Le Voyeur
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Film mythique.
Sorti en même temps que Psychose, le Peeping Tom de Michael Powell causa la ruine de son réalisateur tandis que Psycho assurait la fortune d’Alfred Hitchcock.
Pourtant, les films sont très semblables. Précurseurs des slasher movies, les deux films sont aussi des performances graphiques. Mais là où réside une forme d’humour distancée chez Hitchcock, il y a une empathie glaçante chez Powell. Assez mal interprété par Karl Heinz Böhm*, le tueur est à l’image du film, un pur produit de l’ambiance puritaine de l’Angleterre des 50’s. Le propos (en dehors des meurtres) est parfaitement gnangnan ; sombres histoires de logeuses, de fifilles à sa maman et de gars vraiment bath’. Mais c’est pour mieux établir le contraste avec Mark Lewis, petit blond propre sur lui, mais à l’enfance traumatisée qui cherche sa revanche sur les prostituées avec une caméra bien étrangement bricolée.
C’est tout autant pour son propos incroyablement pervers et que pour ses innovations graphiques que Le Voyeur est un film séminal. Ses couleurs saturées préfigurent le giallo, et le film contient quelques plans séquences qui vont marquer le jeune Scorsese pour toujours**.
De plus le final est totalement pervers, ce qui n’est pas forcément le cas de Psychose.
Bref, c’est à voir.
* Oui, celui de Sissi Impératrice, et par ailleurs, fils du grand chef d’orchestre Karl Böhm.
** Le cinéaste le lui rendra bien, sortant le film de l’oubli par une ressortie en salles en 1978.
lundi 29 février 2016
Seuls les Anges ont des Ailes
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Quand un film vous émeut encore quatre-vingt ans après, quand un film vous fait toujours rire ou pleurer, c’est que vous avez affaire à un vrai chef-d’œuvre*. Seuls les Anges ont des Ailes est de ceux-là ; un classique, en vérité, et le premier véritable film Hawksien du renard argenté d’Hollywood, comme le surnomme Todd McCarthy.
Seuls les Anges ont des Ailes, c’est la fin des brouillons, le début d’une œuvre. Une histoire qui aurait pu être inspirée par Saint-Exupéry, si l’auteur de Vol de Nuit avait consenti à glisser un peu d’humour à son anxiogène chronique de la Cordillère des Andes. Dans Seuls les Anges ont des Ailes, on suit ces casse-cous des années trente, cette époque glorieuse et hautement périlleuse de l’aviation, où des hommes risquent leur vie jour et nuit pour transporter du courrier (et de la dynamite !) sous les ordres d’un chef cynique et désespéré, Geoffrey Carter (Cary Grant), dans la petite ville portuaire de Barranca (Baraka ?)
Arrive alors Bonnie Lee, une jeune fille qui fait escale. Immédiatement draguée par les pilotes, mais ignorée par leur chef. Pourtant, c’est Jean Arthur, et on a connu Cary Grant moins regardant. Mais on sait qu’on vient d’entrer dans le modèle Hawksien : Je te kiffe mais je te méprise, dirait la Jean Arthur d’aujourd’hui. Ou va, je ne te hais point, celle de 1637. Celle de 1939 ne dit que ça : Je t’aime, mais je veux que ce soit toi qui me désire**.
Quand cet enjeu a bien été créé, et qu’on a joué des astuces du casting à contretemps (Bonnie Lee est dragué par deux acteurs beaux mais inconnus ; où est donc la star masculine, se demande le spectateur), Hawks fait entrer… Rita Hayworth. La future Dame de Shanghai, la future Gilda, est l’explication de la dépression grantienne. Elle est partie, et il l’a laissé partir… Elle revient avec Bat (Richard Barthelmess), son mari, pilote au lourd passé.
Ces deux histoires d’amour contrariés vont se superposer au récit d’aventure proprement dit : les convoyages chaque jour plus dangereux, et une pression financière qui s’accroit sur la petite compagnie aérienne.
Des hommes courageux confrontés à des situations extrêmes, des femmes fortes qui n’ont pas leur langue dans la poche, on est donc dans le prototype du film Hawksien, le premier qui réussit son vol inaugural… Des hommes en danger, comme dans Tiger Shark (Le Harpon Rouge, 1932), des pilotes au bord de la crise de nerfs, comme dans La Patrouille de l’Aube (1930, déjà avec Richard Barthelmess), des femmes courageuses, dans un port noyé dans la brume, comme dans Ville sans Loi (Barbary Coast, 1935), mélangé à un peu de screwball comedy (L’Impossible Monsieur Bébé, 1938, avec Cary Grant). Et déjà des vieux, grincheux mais courageux, comme dans Rio Bravo.
Tous les acteurs sont excellents, mais c’est le dialogue, drôle, ciselé, mitraillette***, qui met le film largement au-dessus du lot de la production Hollywoodienne. Mais surtout qui l’inscrit dans une forme d’éternité, car ces anges-là volent encore.
* « Je ne dis pas que le cinéma soit un art, je ne l’ai jamais dit, mais parfois une œuvre cinématographique est suffisamment réussie pour que l’on puisse la considérer comme œuvre d’art. C’est rare. Il faut un Wilder, un Wyler, un Ford, un Hawks. Il ne fait pas de doute que Seuls les anges ont des ailes est une œuvre d’art. » Jean-Pierre Melville
**« I’m hard to get, Geoff. All you have to do is ask me »
***dont le fameux « he wasn’t good enough » pour parler du premier mort, qui restera dans les mémoires