lundi 17 janvier 2022


Une intuition… sur le film à message
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

En conversant il y a quelques mois avec le Framekeeper (oui, le Professore Ludovico est lent à la détente), nous nous posions la même question. Pourquoi tant de films « à message » ? Les migrants, la question du genre, la situation au Proche-Orient, le terrorisme, le monde paysan, les banlieues, … pourquoi ces films sont à la mode, pourquoi se font-ils et pourquoi rencontrent-t-ils (au moins) un petit succès ?

La Bande Dessinée est frappée du même syndrome : la théorie quantique, la bombe H, la Guerre d’Espagne, la vie d’Olympe de Gouges… tout ce qui est abusivement requalifié de roman graphique, et qui n’a de roman que le nom. Comme si ces deux arts populaires s’étaient mis soudainement au docudrama.

Eh bien, notre intuition cinefastienne, c’est qu’il s’agit de la même chose : du prêt-à-penser à peu de frais. Car se renseigner sur ces sujets est complexe : lire un livre de 400 pages sur le Franquisme : huit heures de travail. Lire un BD ou regarder un film sur le Franquisme : 2 heures. J’ai lu une bédé sur la Bombe H, je peux en parler. J’ai vu un film sur les migrants, je peux en parler.

Car la fonction principale de loisirs, c’est de tisser des liens avec nos semblables. Le PMU, le cinéma, la belote, le foot, la littérature, tout cela n’est que prétexte pour discuter avec un autre homo sapiens. En soi, on pourrait même dire que les loisirs n’existent pas réellement. Ils ne sont là que pour nous permettre de trouver des gens à qui parler, d’affirmer nos valeurs, et de garantir une certaine appartenance sociale*.

Un exemple : en allant voir Welcome, le film de Philippe Lioret sur le drame des migrants**, on envoie toute une série de messages à son interlocuteur. On n’est pas du peuple, parce qu’on n’est pas allé voir Avengers ou Les Tuche***. On est cultivé, puisqu’on suit les recommandations de l’élite, qui signale le côté « éducatif » du film (voir ci-dessous)****. On a du cœur, puisqu’on se préoccupe des migrants. On est capable, à la sortie, de formuler à une théorie sur la question : les errements de l’Europe, l’inaction des gouvernements. Voilà déjà de quoi lancer une conversation.

L’autre option est difficile, et compliquée à mettre en œuvre : elle suppose avoir lu des articles (si possible contradictoires) sur le sujet : Le Monde, Libération, Le Figaro, tous les jours, de les avoir digérés et analysés. Peut-être même avoir lu un livre ou deux sur le sujet.

Ici, tout est réglé en deux heures, quoi de plus simple ? Il n’y a pas de mal à cela, tant qu’on n’en tire pas une posture définitive : j’ai vu Welcome et j’ai compris le problème des migrants*****…

*Pour se faire une idée du phénomène, rien de mieux que d’écouter Le Masque et la Plume, où s’affronte le cinéma tradi de papa (Eric Neuhoff), l’école Hollywoodienne (Michel Ciment) et le cinéma Normale Sup-néo godardien (Jean-Marc Lalanne). On peut non seulement déduire les valeurs – et donc les opinions politiques de chacun -, et se sentir plus ou moins proche de l’un ou de l’autre. Mais aussi, on y entend souvent dire « je ne savais pas que la situation des femmes en … était à ce point compliquée… », « je ne connaissais pas la persécution des … » « je n’avais jamais envisagé le handicap sous cet angle… » etc., etc.

** « Pour impressionner et reconquérir sa femme, Simon, maître-nageur à la piscine de Calais, prend le risque d’aider en secret un jeune réfugié kurde qui veut traverser la Manche à la nage. » (source Allociné)

*** On envoie d’ailleurs le même type de messages en faisant le contraire. « Je suis allé voir Avengers » = j’ai moins de soixante ans, « Je suis allé voir Les Tuche » = je suis du peuple.

****20 Minutes, par Caroline Vié : Le calvaire de migrants clandestins est décrit avec minutie, sensibilité et réalisme dans une histoire d’amitié pudique. (…)

Elle, par Florence Ben Sadoun : (…) C’est la force de Philippe Lioret: rendre visible l’invisible, sans surligner, tout en réussissant à imbriquer le tragique d’une séparation au drame de l’émigration.

Marianne, par Clara Dupont-Monod : Un chef-d’oeuvre engagé, politique, dérangeant, (…) En un mot : indispensable !

Télé 7 Jours, par Julien Barcilon : (…) bien plus qu’un drame intime doublé d’un manifeste humaniste bouleversant : le plus beau film du moment.

Le Parisien, par Hubert Lizé : (…) Tout, ici, sonne vrai.

***** Pour l’anecdote, le Professore a conseillé Stateless, et qui traite du même sujet. Il n’a pas eu beaucoup de succès. Les raisons, probablement : trop long (6h), pas prestigieux (Netflix), hors sol (Australie), sans acteurs français (mais avec l’excellente Yvonne Strahovski)




samedi 15 janvier 2022


Jean-Jacques Beineix
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films -Les gens ]

Jean-Jacques Beineix est mort, et le Professore se sent vieux.

Bien sûr, il ne faut pas revoir les films de Beineix. La cinéphilie, c’est beaucoup plus compliqué que ça. La cinéphilie, ce n’est pas un cerveau qui analyse, mais un cœur qui bat. Un cœur qui a battu très fort entre 1980 et 1987 pour les trois meilleurs films (les seuls* ?) de Jean-Jacques Beineix. Diva. La Lune dans le Caniveau. 37°2 le Matin. Trois films qui parlent directement au cœur adolescent : amours impossibles, désespoir tranquille et mort qui rôde. Mieux, trois films qui inventaient une nouvelle poésie, désormais la nôtre. Pas celle des profs, des parents, du Lagarde et Michard ou de Marcel Carné. Non, notre poésie eighties, rock, pour nous. Contre le monde.   

Diva était un choc esthétique, sentimental, le petit postier amoureux de la grande cantatrice noire**. Musique classique et polar. On voulait tartiner zen avec Gorodish et habiter dans le loft au néons bleus d’Alba.

La Lune dans Le Caniveau était un film raté ; nous le savions, mais c’était notre film maudit. Un port stylisé en studio, une maison sur la colline et une lune gigantesque. Et Nastassja Kinski dans sa Ferrari rouge, et Victoria Abril en robe orange sur sa balançoire. C’était nos Enfants du Paradis à nous, en couleurs : rouge rouille, rouge sang.  

Et puis vint 37°2 le Matin, LE film, NOTRE film. L’amour jusqu’à la folie, Béatrice Dalle, ses seins, ses dents écartées, et son regard perdu. Yves Duteil et un piano sur une remorque. Un chili con carne renversé sur la tête de Jean-Hugues Anglade. Et la belle Annie (Clémentine Célarié), en mal de sexe, en mal d’amour.

On le voit : il n’est ici pas question de cinéma, pas question de dramaturgie, pas question d’esthétique pubeuse, ou non. On est bien au-delà.

L’amour est aveugle.

*Roselyne et les Lions, IP5 : L’île aux Pachydermes, Mortel Transfert

** Banalité aujourd’hui, rareté à l’époque




vendredi 14 janvier 2022


Les Tontons Flingueurs
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films -Pour en finir avec ... ]

Dire du mal des Tontons Flingueurs ? Difficile exercice… Le film de Georges Lautner dialogué par Audiard est l’œuvre patrimoniale s’il en est, vénérée de génération en génération. Pour autant, il faut en finir avec l’idée que ces Tontons sont un chef-d’œuvre du 7ème art. Bourré de répliques culte, certes, mais un film très mal fait.

On ne passera pas trop de temps sur le côté totalement anachronique des Tontons Flingueurs. Les colères de Fernand Naudin (Lino Ventura) nous semblent totalement incompréhensibles aujourd’hui, et surtout, totalement surjouées. Idem sur les dialogues connus par cœur, mais qui ont définitivement popularisé des mots aujourd’hui familiers : canner, défourailler, plombe, valoche, came, vioque

Mais côté cinéma, c’est autre chose. La construction du film est bancale et manque de rythme. Le film est long, très long, et très très lent. Les scènes d’action sont cheap, et le plus souvent ridicules, ce qui n’est pas toujours volontaire.

Mais c’est dans les détails que les Tontons pèchent. Si l’on admet l’idée générale de l’ancien gangster, fidèle au Mexicain au point de s’occuper de sa nièce, il y a beaucoup d’incohérences dans les détails. Par exemple, on a du mal à suivre le personnage de Tomate, dont on finit par comprendre qu’il fait partie des bouilleurs de cru. Sur le mode viril-mais-correct, Ventura donne des ordres à tout le monde, mais est prêt à conduire lui-même le camion de son ennemi (chargé de pastis frelaté) plutôt que de le confier à un sous-fifre. Les Volfoni sont présenté comme une grande famille du jeu, qui « œuvre à Vegas », mais en réalité ce sont deux branques dans une péniche. Etc., etc.

Donc oui, il y a un patrimoine Tontons Flingueurs, éparpillé façon puzzle dans la culture française. Mais ceux qui viendront me dire que c’est un chef d’œuvre finiront au Terminus des Prétentieux…




dimanche 9 janvier 2022


American Crime Story: Impeachment
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens -Séries TV ]

Ryan Murphy est le plus fort. Une fois de plus, l’homme de Nip/Tuck, Glee, American Horror Story, Scream Queens, Feud, Hollywood, Ratched fait mouche avec sa troisième saison de American Crime Story, dédiée à l’affaire Clinton-Lewinsky.

Pourtant, il y a plein de raisons de renoncer. Clive Owen en Bill Clinton et Edie « Carmela Soprano » Falco en Hillary, vraiment ? Un gros nez en maquillage pour Bill et Paula Jones ? Une histoire qui ne touche pas forcément les Français ? Et le filmage très académique, la Murphy’s touch ?

Mais voilà, Ryan Murphy sait qu’une bonne histoire commence avec de bons personnages. Et ça, il sait faire. Au lieu du biopic traditionnel, (les-faits-rien-que-les-faits, puisqu’on vous dit que c’est-réellement-arrivé), Murphy commence par motiver ses personnages. Pourquoi Paula Jones dénonce-t-elle Clinton ? Parce qu’elle a un mari arriviste… Pourquoi Kenneth Starr s’entête sur le couple présidentiel ? Parce que les Républicains ne peuvent supporter ces jouisseurs de gauche au pouvoir… Pourquoi Linda Tripp, une employée du Pentagone décide de faire copine-copine avec une petite stagiaire rondouillette ? Pour se venger de sa carrière en pente douce…

Alors que le spectateur ne pense qu’à une petite robe bleue, le showrunner ne la sortira (et encore, furtivement) qu’à la cinquième heure…  Parce que Ryan Murphy est un formidable conteur, qui aime ses personnages et veut vous les faire aimer…  Et il les aime tellement qu’il prend toujours les mêmes acteurs, quel que soit la série, le genre, le rôle…

Mais au fait, où est Sarah Paulson, sa chérie, sa muse ? En fait elle est devant nous depuis quatre heures, métamorphosée en Linda Tripp, quinqua épaissie et gauche, et on ne l’a même pas reconnue !  L’immense Sarah Paulson, capable de tout jouer. Se pliant aux fantasmes de Murphy, elle a déjà incarné dans American Horror Story une journaliste, une sorcière, une freak bicéphale, une junkie, une actrice, une mère paranoïaque… Dans American Crime Story, la Procureure Marcia Clark, dans Ratched une infirmière folle…  

Mais dans un Murphy, tout le monde est bon, car tout le monde a quelque chose à jouer… Il semble d’abord que ACS:I tourne autour de Tripp, mais à mi-parcours, Monica grandit, sort de son rôle de jewish american princess et devient l’héroïne, avant d’être supplantée par Hillary. Si tous ces personnages sont chargés (assoiffée de vengeance, nunuche sentimentale, cocue résignée), elles sont aussi mises en valeur (Tripp utilisée puis rejetée dans les poubelles de l’histoire, Lewinsky petit bout de femme capable de redresser la tête, Clinton lancée dans la course politique)…

Il en va de même pour tous les rôles annexes, de l’agent du FBI (Colin Hanks), à la journaliste ultra-droite Ann Coulter (Cobie Smulders), ou la mère de Monica (Mira Sorvino)… La véracité des personnages permet d’envisager tous les points de vue, tout en permettant à Murphy de soutenir le sien : la sexualité ne devrait rien avoir à faire avec la politique…

Continuez, Mr Murphy. On en redemande…




vendredi 7 janvier 2022


Bad Luck Banging or Loony Porn
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Une vraie sextape, une citation du Mahabharata, une chanson de Bobby Lapointe : voilà les deux premières minutes de l’improbable Bad Luck Banging or Loony Porn. Le film de Radu Jude est un OVNI comme le cinéma n’en a pas produit depuis longtemps.

Au milieu de son film, le cinéaste invoque la métaphore de la Méduse. Personne ne devait croiser le regard de la gorgone, sous peine d’être transformé en pierre. Persée réussit néanmoins à la tuer, en ne l’observant qu’à travers le reflet d’un bouclier. Aujourd’hui, dit Radu Jude, la réalité est notre Méduse, trop atroce pour être regardée en face. Et le cinéma, notre bouclier de Persée…

C’est tout le programme des 106 minutes de Bad Luck Banging or Loony Porn : regarder l’atrocité du monde au travers d’une fable, et au travers du cinéma. La fable, c’est le repentir obligé d’une institutrice, dont ne saura jamais si elle a intentionnellement ou pas publié la sextape du début. Les images sont crues, le contenu est pornographique, mais est-ce vraiment cela l’atrocité du monde ?

Alors voilà. Cette femme marche dans Bucarest. Première originalité, un nouveau type de travelling. La caméra suit la comédienne, puis s’arrête sur un détail (une église, une enseigne, un 4×4…), puis revient sur elle. Ce procédé inédit a un but très clair : montrer autre chose. Autre chose que l’héroïne. Montrer l’univers. 4×4 surdimensionnés, cartables fluos, jouets en plastique, enseignes criardes, gens qui s’insultent… la véritable vulgarité, dans le vacarme de Bucarest.

Ex abrupto, Radu Jude insère alors un intermède situationniste, intitulée Aphorismes. Une vingtaine de séquences philosophiques sur des sujets extrêmement variés (religion, sexe, pollution, tourisme, armée, éducation, fascisme, …) traitées comme des anecdotes, sous forme de gags provoquants*, de citations, ou d’images d’archive ou tirées du net.

La troisième partie est bâtie sur une situation artificielle qui rappelle Prova d’Orchestra, le film où Fellini utilise un orchestre symphonique comme métaphore de la société. Ici, l’institutrice est convoquée dans la cour de l’école, où elle est sommée de s’expliquer devant une assemblée de parents d’élèves. Echantillon caricaturé de la bien-pensance roumaine : un pilote de ligne moralisateur, une femme voilée, une bourgeoise corrompue, un militaire crypto-fasciste, un vieillard lubrique…

L’institutrice tente néanmoins de défendre son point de vue (et celui du cinéaste). La sextape était privée, elle s’est retrouvée sur les réseaux, les enfants l’ont vu. Où est la responsabilité des enfants, de l’école, des parents ? Celui qui publie, ou celui qui regarde ? Quel est le rôle des parents ? Quel est le rôle de l’éducation ? Le film révèle alors son vrai sens philosophique, et sa charge politique. Mais ce dispositif, qui pourrait être un pénible pensum 70s, devient une farce rigolote, avec un final parfaitement barré.

Fellini, réveille-toi, tu es revenu.

*Une partie du public a quitté la salle à ce moment-là…




jeudi 6 janvier 2022


Léa Seydoux (défense et illustration)
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens -Pour en finir avec ... ]

La France aime se tirer dans le pied. Qu’a fait Léa Seydoux pour mériter un tel mépris ? De la part des cinéphiles (« J’irais bien, même s’il y a la Seydoux »), et de la critique (« Y’a-t-il un film sans Léa Seydoux ? »*)

Mais que lui reproche-t-on exactement ? Elle est jeune et belle, mais d’une beauté particulière, masculine. Premier défaut. Elle n’a pas le charme rassurant, maternel, d’une Deneuve, ou d’une Efira. Au contraire, c’est ce regard perçant, intimidant, qui fait peur aux hommes et énerve les femmes, qui la met plutôt du côté d’Isabelle Adjani.

C’est la fille de son père ? Erreur commune. Le père travaille dans la hitech (il fabrique des drones). C’est son grand père, Jérôme, qui co-dirige Pathé. Pour autant, Léa Seydoux n’est pas la première fille à papa qui travaille dans le secteur. Le Professore peut en citer un paquet qui n’ont pas son talent (Lou Doillon, Marylou Berry, Nicolas Bedos), et, tout autant qui se débrouillent plutôt bien (Charlotte Gainsbourg, Eva Green, Louis Garrel…)

Mais pour juger, restons factuels. Qui a aujourd’hui la filmographie de la Seydoux, a fortiori à son âge (36 ans) ? Quelle actrice française a joué dans deux James Bond et un Mission Impossible ? Qui a travaillé pour Ridley Scott, Arnaud Desplechin, Abdellatif Kechiche, Wes Anderson, Quentin Tarantino, Woody Allen ? Qui a interprété des rôles aussi différents que Belle dans La Belle et la Bête, Karole de Grand Central,  Sidonie Laborde dans Les Adieux à la Reine, Tanya Kalekov dans Kursk, et Emma dans La Vie d’Adèle ?

Personne.

La France méprise le talent, et le vrai succès.

*Sempiternelle blague de Jérôme Garcin au Masque et la Plume




lundi 3 janvier 2022


Hello Geekette, la série animée
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films -Séries TV ]

C’est le retour de la Geekette, cette fois-ci sous forme de dessin animé. 5 épisodes très courts (quatre minutes chacun) qui explorent les facettes de la Geek Nation : Japan Expo, Rétro gaming, Gothic girls, you name it ! 

La série de Julien Pichard, Nicolas Ramade et Jérôme Gallioz est toujours aussi drôle, toujours aussi bien vue et tire partie de sa conversion en animé avec sa musique 8-bit et ses génériques originaux !

Séquence copinage : le Professore décerne une mention spéciale pour l’épisode Full Metal Japan Expo où James Malakansar fait une excellente imitation (un talent qu’on ne lui connaissait pas !) du Sergent Hartmann : « Sors de ta connerie, sacré de bon Dieu, sinon moi je te dévisse la tête et je te chie dans le cou !« 

Hello Geekette est là et en plus c’est gratuit !




samedi 1 janvier 2022


Grichka Bogdanoff
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens ]

C’est un temps (X) que les gens de vingt ans ne peuvent pas connaître : 1978, rien à la télé, à part les éternelles série policière des années 60 (Cannon, Mannix, L’Homme de Fer, Les Incorruptibles…) Et puis voilà, par un beau matin d’avril 1979, l’OVNI Temps X débarque sur TF1. En sortent deux beaux extraterrestres dans leurs combinaisons métalliques, qui nous invitent à monter à bord.

Au programme, plongée dans l’hyperespace, et initiation à tout ce qui fait la SF. Les jumeaux Bogdanoff nous racontent des séries bien plus excitantes (La Quatrième Dimension, Star Trek, Cosmos 1999, Au-delà du réel, Doctor Who, Les Envahisseurs…) qu’ils essaient de faire diffuser ou rediffuser*… mais aussi diffusion de making of de Dune, Shining, Alien, Star Wars

Ils initient ainsi à la science-fiction des centaines de milliers de gens, et qui découvrent le programme totalement par hasard, au beau milieu de CHIPS, Les Mystères de l’Ouest, Garcimore et Denis Fabre, et « le Kaléidoscope ou l’Image ». Et en même temps, les frères métalliques vulgarisent (à coup de fictions en super8) des grands concepts scientifiques comme l’intelligence artificielle, le Test de Turing, les trous noirs, les manipulations génétiques, la robotique, etc.

Alors on pourra dire tout ce qu’on veut : faux scientifiques perchés, addicts à la chirurgie esthétique, mythomanes égarés à la télé, mais on n’oubliera pas qu’Igor et Grichka Bogdanoff furent de sacrés passeurs**.

*Déja mythomanes, ils annoncent ainsi l’arrivée prochaine de Star Trek sur TF1. Ce sera Battlestar Galactica.

**Le Professore Ludovico en profite pour signaler leur extraordinaire biographie, signée Maud Guillaumin, Le Mystère Bogdanoff, sur fond de russes blancs, de grand-mère mythomane, de mère abandonnée puis absente…




vendredi 31 décembre 2021


Tromperie
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

En 2006, le tribunal de Grande Instance de Paris déboutait Marianne Denicourt, ancienne compagne d’Arnaud Depleschin, qui lui réclamait 200 000 euros de dommages-intérêts pour atteinte à la vie privée. En cause, Rois et Reines, un film de 2004 où l’on voyait – entre autres – un homme faire une chute mortelle d’une fenêtre. Pour l’actrice, Desplechin avait utilisé sans son accord de nombreux fragments de sa vie personnelle. « Madame, si vous ne voulez pas que ça arrive, il ne faut pas être à la compagne d’un artiste », aurait déclaré la juge dans sa conclusion.

Visiblement, Desplechin veut encore régler ses comptes et mettre les points sur les « i » : un artiste et un homme, ce n’est pas la même chose. C’est la conclusion de Tromperie, un projet qui remonte justement … à 2006.  

Adapté du roman de Philip Roth, le nouveau film du cinéaste de Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) raconte l’histoire d’un écrivain qui couche les femmes dans son lit, puis sur le papier.

En particulier, une jeune et jolie anglaise (Léa Seydoux) dont les conversations alimenteront son futur roman, Tromperie.

Si l’on peut aisément imaginer le fort message autobiographique du film, Arnaud Depleschin n’est jamais à son meilleur quand il travaille sur sa propre vie :  Rois et Reine, Un Conte de Noël, Trois souvenirs de ma jeunesse… Mais ici, on sent trop Philip Roth à chaque plan. Le cinéaste, toujours l’un des plus inventifs du cinéma français, colle au texte original. Il respecte la trame du livre (entièrement composé de dialogues), avec ses répétitions, ce qui fait que tout est trop long. Et qu’il y manque la distance habituelle qu’on trouve dans ses films, ironie souvent incarnée par Mathieu Amalric ou Emmanuelle Devos.

Et le cinéaste a beau sortir ses autres Ferrari (Seydoux, Podalydès), ça ne décolle pas… Trop peu de cinéma dans Tromperie. Ce qui fonctionnerait sur la scène de l’Odéon ne marche pas au MK2 Bastille… Tromperie est trop théâtral, trop littéraire, même pour un Arnaud Depleschin.




jeudi 30 décembre 2021


The Card Counter
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Ça faisait longtemps qu’on n’était pas allé voir un Paul Schrader. Ce n’est pas l’offre qui manque, mais hier, on n’avait pas le cœur à aller voir le Desplechin, qui nous fait un peu peur. Le gars Arnaud n’est jamais meilleur que quand il parle de lui, mais cette fois, il adapte son héros, Philip Roth. On ira quand même, et on vous racontera.

Paul Schrader, donc. Monsieur American Gigolo et La Féline, amis surtout scénariste de Yakuza, Taxi Driver,  Raging Bull, La Dernière Tentation du Christ… et The Card Counter, une éternelle rédemption Schraderienne.

Ici, William Tell (sic), ancien militaire sort de prison et s’entiche d’un jeune homme dont il a bien connu le père en Irak. Pour lui, pour combler ses dettes et peut-être plus encore, Tell accepte de se remettre au poker sur les conseils d’une autre joueuse, La Linda (excellente Tiffany Haddish) qui n’a d’yeux que pour lui.

Voir un Paul Schrader, c’est évidemment accepter un cinéma traditionnel, inscrit dans la lenteur, avec des rebondissements parfois un peu faciles. Mais voilà, The Card Counter est porté par un des plus grands comédiens de sa génération (et peut-être le meilleur) : Oscar Isaac. Qu’on en juge : Agora, Robin des Bois, Drive, Inside Llewyn Davis, A Most Violent Year, Ex machina, Star Wars, Show Me a Hero, Dune… rien de moins qu’Alejandro Amenábar, Ridley Scott, Nicolas Winding Refn, Joel et Ethan Coen, Denis Villeneuve, David Simon…

Une fois de plus, Isaac délivre une performance exceptionnelle, en toute humilité. Il crée ainsi une démarche un peu gauche pour son personnage, dont on ne se rend pas compte au premier coup d’œil. Son personnage semble en retrait, sous-joué, mais sa performance devient explosive quand la caméra de Schrader se rapproche insidieusement, dévoilant fêlures et folies.

On n’a jamais aussi bien filmé une cocotte-minute.