jeudi 15 septembre 2022
God save The Crown
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens -
Pour en finir avec ... -
Séries TV ]
Il se passe en ce moment quelque chose de très étonnant. Une très vieille dame, très honorable au demeurant, vient de mourir. Les hommages affluent, ce qui est normal. Ce qui l’est moins, c’est la béatification. Elisabeth aurait paraît-il sauvé l’Empire Britannique, unifié son peuple, renforcé le Commonwealth, etc.
Un simple coup d’œil à votre journal favori suffira à vous indiquer le contraire. Brexit, enfoncement de l’Angleterre dans une insularité dangereuse, Commonwealth qui part en morceaux, sans parler des dominions (Ecosse, Irlande du Nord) qui veulent la quitter. Et que dire de sa famille, du divorce de la Princesse Anne, à la couleur supposée du bébé du Prince Harry, en passant par Andrew/Epstein ou Diana Spencer, qui fournit depuis soixante-dix ans un feuilleton à rebondissements.
C’est justement le point qui permet à ce fait divers de se retrouver dans CineFast. Ce que vend la monarchie britannique (comme d’ailleurs la plupart des monarchies occidentales), c’est un feuilleton. Les Sex Pistols l’avaient compris : « notre figure de proue n’est pas ce que l’on croit* ». La reine, la royauté sont des produits touristiques qui font affluer les touristes par millions, en particulier ceux qui se sont débarrassés le plus violemment de l’aristocratie. La Monarchie Britannique est un musée, une exposition à ciel ouvert sur notre passé, tout comme Versailles, ou Chambord. Nous oublions, l’espace d’un instant, que dans ce monde-là, nous étions dans les champs, et pas en train de lire CineFast.
Quand le Professore Ludovico tient ce discours oralement, il est symptomatique de constater que la plupart du temps, on lui cite The Crown. « En voyant la série, j’ai compris ce qu’avait vécu cette femme, ce qu’elle avait fait ! » Une fiction, voilà notre référence historique. Et c’est normal, on voit toujours plus de films qu’on ne lit de livres d’histoire. Pour ma part, j’ai adoré The Crown parce que ses créateurs avaient créé de formidables personnages. Aucune vérité historique là-dedans, même si Peter « Based on a True Story » Morgan prétend contraire. Si l’Angleterre a remonté la pente d’après-guerre, c’est qu’elle avait un gouvernement, une administration, un peuple. Si le Commonwealth a perduré, c’est parce que ces pays y voyaient un intérêt, pas parce que la reine saluait de sa petite main gantée le peuple australien. Si le peuple est uni, c’est parce qu’il croit que Britannia will rule again. S’il ne l’est pas, c’est qu’il n’y croit plus.
À titre de comparaison, Anne Hidalgo ou Valérie Pécresse ont plus fait pour l’humanité qu’Elisabeth. Qui n’a jamais rien fait, rien dit, tout simplement parce que c’était son rôle.
*God save the queen
The fascist regime
They made you a moron
A potential H bomb
God save the queen
She’s not a human being
And There’s no future
And England’s dreaming
Don’t be told what you want
Don’t be told what you need
There’s no future
No future
No future for you
God save the queen
We mean it man
We love our queen
God saves
God save the queen
‘Cause tourists are money
And our figurehead
Is not what she seems
Oh God save history
God save your mad parade
h Lord God have mercy
All crimes are paid
Oh when there’s no future
How can there be sin
We’re the flowers
In the dustbin
We’re the poison
In your human machine
We’re the future
Your future
God save the queen
We mean it man
We love our queen
God saves
God saves the queen
vendredi 9 septembre 2022
Tout le Monde Aime Jeanne
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Ce film, on va le voir pour Blanche Gardin et c’est toujours une erreur. Un film ne peut jamais être sauvé par son seul comédien, il faut une bonne histoire, un scénario. Et évidemment, on est déçu, car ce n’est pas une Blanchegardinerie, un pamphlet contre les dérives du temps, comme La Meilleure Version de Moi-Même. Ce n’est pas non plus la terrifiante Blanche de ses stand-ups, même si le début peut le laisser accroire, en Jeanne Mayer quadra lessivée, seule et couverte de dettes, sans parents ni compagnon.
Sa seule échappatoire financière : vendre l’appartement familial à Lisbonne. Sur le chemin elle rencontre Jean (Laurent Lafitte), ex-collégien de son enfance lisboète. Un peu lourd, un peu foufou, Jean lui colle aux basques. Sur place, Jeanne retrouve un ex, son frère, et bientôt le fantôme de sa mère (Marthe Keller) qui flotte sur ce vidage d’appartement. Sans oublier sa conscience, qui, tels les anges et les diables sur l’épaule de Tintin, joue les Jiminy Cricket*
Deuil, souvenirs d’enfance, coup d’un soir ou amour de toujours, le film dessine différentes pistes. Mais voilà, la petite musique gagne en profondeur, la conscience de Jeanne se fait plus discrète et on se surprend à monter dans ce petit train. Il est rare en effet de voir un film qui s’améliore de minute en minute. Le film est longuet au début, et semble de plus en plus court, de plus en plus musclé. Laffitte déroule une des extraordinaires performances, à mi-chemin entre la loufoquerie et la folie, mais tout en retenue. Tout le Monde Aime Jeanne devient alors plus profond, plus subtil, plus léger, jusqu’à son superbe dénouement.
On était allé voir Blanche, on a découvert Céline…
* C’est d’ailleurs la partie la moins réussie du film : Celine Devaux vient de l’animation et a voulu absolument écrire, dessiner, et interpréter elle-même cette conscience. Ce n’est pas toujours ni bien écrit ni bien joué.
mardi 6 septembre 2022
OVNI(s)
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
« Tout ce qui monte redescend », comme disait Shakespeare dans Pif Gadget, en tout cas dans une BD qui s’appelait Les Aristocrates.
OVNI(s) première saison jetait un coup de fraîcheur dans la production hexagonale. Fin des années 70, un ingénieur gaffeur du CNES est recasé au GEPAN, et finit par prendre à cœur la mission de traquer les petits hommes verts. Mais la deuxième et dernière saison est affublée des qualités et des défauts habituels de la fiction française. Côté qualité, une direction artistique irréprochable, (costumes, décor, musique…), un casting aux petits oignons*, et un très beau générique.
Qu’est-ce qui pêche ? Comme d’habitude ce qui coûte le moins cher, le scénario. Des dialogues indigents, ultra explicatifs, et des intrigues loufoques aussitôt amenées, aussitôt oubliées. On voit bien les scénaristes s’autocongratuler devant l’audace : « Pour cette deuxième saison, on pourrait faire apparaitre une gigantesque barbe-à-papa dans une centrale nucléaire ? ; Génial ! ça ferait des dialogues bien barrés, du style : « Eh, Didier, ce n’est pas moi qui aie volé la barbe à papa pour la redonner au shaman inuit ! » A ce stade, on voit qu’on a perdu Alice Taglioni…
OVNI(s) se contente en fait de sa loufoquerie, de son idée géniale et de la nostalgie 1975-1980. Le GEPAN, Temps X, Jean-Claude Bourret, Coup de Tête et Jean-Michel Jarre, Steven Spielberg et Rencontres du 3e type, Village People et Michel Sardou…
Tout ça ne fait pas une série. Dommage, c’était faisable.
*Melvil Poupaud, Michel Vuillermoz, Géraldine Pailhas, Quentin Dolmaire, Daphné Patakia…
mardi 6 septembre 2022
Les Magnétiques sont sur Canal+
posté par Professor Ludovico dans [ Brèves de bobines -
Les films ]
Le meilleur film français de l’année dernière est disponible sur Canal, qu’est-ce que vous attendez ? Le parcours de deux frères au début des années 80, entre Service Militaire et radio libre, mais une seule fille…
Comédie française, puis tragédie grecque, avec comme musique de fond le meilleur du post-punk… Il ne passera jamais sur TF1, dépêchez-vous…
dimanche 4 septembre 2022
Key Largo
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Brèves de bobines -
Les films ]
Dès les premières minutes de Key Largo, on sait qu’on est dans la production hollywoodienne, qualité Triple A. Noir et blanc marmoréen, couple mythique Bogart/Bacall, John Huston et la Warner. La Warner, peut-être le seul studio hollywoodien qui ait tenu une forme de ligne éditoriale tout au long de sa longue existence (99 ans au compteur) : des films méchants, mauvais esprit, immoraux, de William Wellman aux sœurs Wachowski en passant par Kubrick…
Key Largo, c’est la ville au début des Keys, cet archipel magnifique au sud de la Floride relié malheureusement par une horrible highway lardée de supermarchés. Il faut chercher la beauté derrière l’anarchie immobilière, ou revoir Bloodline. Mais là, on est en 1948, les Keys sont encore sauvages, et c’est l’hiver, l’ouragan gronde. Bogart débarque dans un hôtel ; il est venu dire au propriétaire quel héros son fils était pendant la guerre. Mais traine dans l’hôtel une bande patibulaire, en fait le gang d’un mafieux revenu en Floride, le terrible Johnny Rocco (Edward G. Robinson) qui va rapidement prendre tout le monde en otage.
Première audace, le bad guy n’apparait qu’au bout d’une demi-heure. Ce qui laisse le huis clos s’installer, les personnages (ambigus) se découvrir, et la tension monter jusqu’à l’explosion finale. En 1h40, Huston extrait l’essence même du film noir : des conflits moraux (qu’est-ce que le courage ?), le désespoir moral de l’après-guerre qui voit les profiteurs revenir sur le devant de la scène, et bien sûr, l’amour impossible. Voir Bacall qui regarde Bogart (ils sont en couple depuis quatre ans) suffit à donner des frissons dans le dos…
vendredi 26 août 2022
America Latina
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Les cinéphiles sont des gens bizarres. On décide d’aller voir Rashomon, le chef d’œuvre d’Akira Kurosawa pour enfin savoir ce qu’est un film-aux-multiples-points-de-vue-et-narrateurs-peu-fiables, et on finit au Reflet Médicis pour voir America Latina, un néo-Giallo.
Pourquoi ? Après de multiples atermoiements (faut-il préférer la séance de 19h10 plutôt que celle de 20 heures ? Ou au contraire voir le jap aujourd’hui et le rital demain ?) Manger un bout avant ? ou après ? Questions fondamentales de la cinéphilie…
Bref, nous voilà dans le noir à regarder un film uniquement recommandé par un pitch. Un pitch très excitant, en vérité : un chirurgien-dentiste à qui la vie sourit (épouse aimante, ados charmantes, très belle villa avec piscine et chiens) descend à la cave chercher du vin. Il y découvre, stupéfait, une adolescente bâillonnée. Qui est cette jeune fille ? Comment s’est-elle retrouvée là ? Mais surtout… pourquoi ne la libère-t-il pas ?
Pendant 90mn, les frères D’Innocenzo déroulent ce questionnement étrange et absurde, qui fait penser à la meilleure littérature fantastique, d’Edgar Allan Poe à Barbey d’Aurevilly. Mais en utilisant toutes les ressources du cinéma : images léchées et sanguines, champs/contrechamps bizarres (profil contre profil, contrairement aux face-à-face habituels), plans très rapprochés claustrophobiques, et bande-son extrêmement travaillée, aux sons anormalement amplifiés. Si la cadre est luxueux, l’ambiance est délétère.
On reprochera simplement à America Latina un final hyper explicatif dont on aurait pu se passer, car on avait déjà compris.
Que ça ne vous empêche pas d’aller voir ce petit diamant noir…
jeudi 25 août 2022
RIP Leon Vitali
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]
Comme le faisait remarquer l’ami Fulci, sourire carnassier aux lèvres as always, « CineFast en ce moment, c’est l’actualité RIP-ils-nous-ont-quitté-cette-semaine, non ? ».
Certes, cher Ludo, mais l’actu c’est l’actu ! Et pas de chance, cette semaine, Leon Vitali n’est plus. Son histoire est intéressante à plus d’un titre, pour les fans de Kubrick comme pour ceux qui s’intéressent – un tant soit peu – au cinéma. Dans les années 70, Vitali est un jeune comédien de télévision. Repéré par Kubrick, celui-ci lui confie le rôle complexe de Lord Bullingdon, le fils d’un précédent mariage de Lady Lyndon, et Némésis de Barry Lyndon.
Leon Vitali n’aurait pu être qu’un des jeunes acteurs consommés par Kubrick, destiné à être jeté à la poubelle dès qu’un nouveau projet verrait le jour. Sue Lyon, Malcolm McDowell, Mathew Modine en ont fait l’amère expérience. Au contraire, Kubrick lui proposa de devenir son assistant sur Shining. Il le restera jusqu’à sa mort, chargé du casting de Full Metal Jacket et d’Eyes Wide Shut, et y interprètera même l’Homme à la Cape Rouge, l’ordonnateur de soirées très privées…
C’était cela le système Kubrick, un réseau très resserré, très familial, de collaborateurs (sa femme, sa fille, son beau-frère Jan Harlan… ) qui avaient son entière confiance. Vitali participa ainsi à la dernière partie – et pas la moindre – de l’œuvre du Maître.
Mais comme il est dit la fin de Barry Lyndon, « C’est sous le règne du roi George III que vivaient et se disputaient ces personnages ; bons ou mauvais, beaux ou laids, riches ou pauvres, ils sont tous égaux maintenant… »
mercredi 24 août 2022
Wolfgang Petersen
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens -
Pour en finir avec ... ]
C’est la tragédie classique d’Hollywood, qui – telle Kali – dévore les petits enfants. C’est l’histoire d’un cinéaste qui réussit brillamment dans son pays : L’Échiquier de la Passion (un beau téléfilm sur les échecs avec Bruno Ganz) et bien sûr, son chef d’œuvre, Das Boot, (Le Bateau, aka le plus grand film de sous-marin jamais réalisé*) ou L’Histoire sans Fin (joli conte pour enfants capable de tirer une larme aux adultes…)
Et puis là, c’est le drame, Wolfgang Petersen fonce à Hollywood et réalise des nanars : Enemy, Troubles, Alerte !, Poséidon… C’est le triste destin de nombreux artistes étrangers, mangés par l’Usine à Rêves, et recrachés comme ouvriers consciencieux et disciplinés. Si quelques fortes têtes ont réussi (Billy Wilder, Fritz Lang, Paul Verhoeven, Michel Gondry…), d’autres sont devenus de simples techniciens (Renny Harlin, Mathieu Kassovitz, …) ou finirent broyés par Hollywood (Erich von Stroheim)
Dans le cas Petersen, surnagent néanmoins une GCA (Air Force One), un bon thriller (Dans la Ligne de Mire) et un péplum honorable (qui vaut surtout grâce à Brad Pitt, Troie). C’est peu et c’est beaucoup, car rien que pour Das Boot, Wolfgang Petersen est la preuve que Dieu existe.
*et le Professore Ludovico en connait un rayon…
jeudi 28 juillet 2022
RIP Michel Schneider
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens -
Pour en finir avec ... ]
Michel Schneider est mort, et nous sommes tristes. L’homme est surtout connu pour son livre sur Marilyn*, qui lui fit gagner l’Interallié. Mais pour le Professore, Michel Schneider est l’homme d’une émission, Apostrophes, et d’un livre, La Comédie de la Culture. Venu dans la première promouvoir le second, il lutta, seul contre tous, pendant près d’une heure contre les thuriféraires de Jack Lang et Pierre Boulez. Une heure qui changea à jamais Ludovico, qui courut acheter le livre et, douze ans plus tard, partit fonder CineFast.
Son brûlot dénonçait l’imposture d’un ministère de la Culture mécène plutôt que passeur. Un monde que connaissait bien Michel Schneider, lui qui avait été, sous Jack Lang, Directeur de la Musique et de la Danse.
Sa thèse était simple, et, malheureusement, toujours d’actualité. Dans l’Ancien Régime, les artistes vivaient au gré du goût (bon ou mauvais) du Prince. Si les Médicis aimaient les statues, on faisait des statues. Si Louis XV aimait la peinture, on peignait. C’était le goût d’un homme. Mais dans une démocratie, l’Etat est une communauté, il n’a pas de goût. Et il n’a pas à en avoir. Le rôle des fonctionnaires n’est pas de choisir les artistes, mais d’assurer leur diffusion : salles de spectacles, médiathèques, salles de cours et de répétition. C’est évidemment l’inverse que constate, de 1988 à 1991, Michel Schneider. La Comédie de la Culture s’attaque en fait à deux vaches sacrées : Jack Lang, ultra charismatique et indéboulonnable Ministre de la Culture, et Pierre Boulez. Le musicien contemporain a certes du talent, mais vit depuis Georges Pompidou de la commande publique : Éclat/Multiples, …Explosante-fixe…, Répons sont des œuvres payées par les deniers de l’état. Comment puis-je, explique Schneider, moi l’énarque formé à la Cour des Comptes, savoir ce qu’est de la bonne musique ? Sur quels critères dois-je décider de subventionner, ou non, Pierre Boulez ?
En 1993, Boulez est le pape de la Musique Contemporaine en France ; il a la mainmise sur un orchestre spécialisée (l’Ensemble Inter Contemporain), un centre de recherche (l’IRCAM) et bientôt une salle de spectacle (la Cité de la Musique). Ce quasi-monopole empêche la diffusion d’autres musiciens contemporains qui n’ont pas l’heur de lui plaire (Steve Reich, Philip Glass, John Adams). Et ce monopole absorbe une grande partie des ressources (900 millions de francs à l’époque) soit l’équivalent du budget de la Danse en France, ou celui de toutes les bibliothèques.
Quel rapport avec le cinéma ? Même si le fonctionnement est différent (c’est le cinéma américain, taxé, qui finance le cinéma français), la même thèse s’applique. Pour faire un film, il faut souvent passer par les fourches caudines de l’Etat (le CNC), qui juge ce qui est bien ou pas. Et déclenche ensuite les financements télé. C’est-à-dire un droit de vie ou de mort sur les films qui ne sont pas de grosses productions populaires…
Depuis, Schneider a fait des émules dans la musique (Requiem pour une Avant-Garde, Benoit Duteurtre) ou au cinéma (la charge assassine Vincent Maraval en 2012).
Qu’il en soit remercié.
« Il y a en France un ministère de la Culture, singularité dans une démocratie. Depuis 1981, ses interventions se multiplient : événements, marchandises, consommations, la culture semble diverse et vivante. N’est-ce pas l’inverse ? La fièvre indique un malaise. Au-delà d’une critique de la culture de cour, avec ses mœurs, grimaces, travers et ridicules, il faut analyser les tensions qui toujours existent entre art et politique, culture et pouvoir. Car, menée par la gauche ou la droite, la politique culturelle recèle des risques. Les arts ont peut-être le ministère qu’ils méritent, et le ministère les artistes qui le justifient. Que l’art divorce d’avec le sens, la forme, le beau, qu’il ne dise plus rien à personne, qu’il n’y ait plus d’œuvres ni de public, qu’importe, du moment qu’il y a encore des artistes et des politiques, et qu’ils continuent de se soutenir : une subvention contre une signature au bas d’un manifeste électoral. Le rideau tombe, il faut juger la pièce. Ministère de la Culture ? Non, gouvernement des artistes. Mais on ne gouverne pas la culture, et elle n’est pas un moyen de gouvernement. Rien n’est pire qu’un prince qui se prend pour un artiste, si ce n’est un artiste qui se prend pour un prince. »
lundi 25 juillet 2022
La Mort de Staline
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
En son temps, le signore Fulci nous avait signalé La Cour du Tsar Rouge, l’excellente chronique de Simon Sebag Montefiore sur Staline et son entourage. En deux volumes écrits serrés, Montefiore décrivait l’incroyable mafia – bien pire que celle des Sopranos – qui dirigea l’URSS de 1924 à 1953. Un exercice du pouvoir totalement paranoïaque, ayant causé la mort de millions de soviétiques.
Il existe d’ailleurs un jeu de société très drôle, Kremlin, où l’on s’amuse à lancer des procès staliniens, à purger ses collègues et les envoyer au Goulag, pour saluer – si la santé le permet – à la Parade d’Octobre. Si la santé ne le permet pas, on meurt, le Ministre des Affaires Etrangères est chargé d’organiser vos funérailles. La Mort de Staline, pourtant tiré d’une BD de Fabien Nury, semble pourtant directement sortir d’une partie de Kremlin…
Le film d’Armando Iannucci (par ailleurs auteur du moins fin Into the Loop) est pourtant une fidèle reconstitution des derniers jours de Staline et, en même temps, une farce hilarante mettant en scène ses obéissants affidés qui s’empressent de lui succéder, dans le respect de la pensée du Petit Père des Peuples.
Le casting (réel et fictionnel) est immense : Malenkov (Jeffrey Tambor), le successeur officiel, est une poule mouillée qui écoute le dernier qui a parlé ; c’est souvent Beria (Simon Russell Beale), le Ministre de l’Intérieur, qui peut mettre n’importe qui dans les caves de la Loubianka ; tandis que Nikita Khrouchtchev (Steve Buscemi) attend son heure. On croise un Joukov version Tartarin de Tarascon (Jason Isaacs) ou les enfants (gâtés et hystériques) de Iossif Djougachvili…
Une comédie très rafraîchissante, d’autant plus drôle et plus effroyable que tout y est en grande partie vrai.