dimanche 2 mars 2008


La Môme
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

Mon ami Eric (eh oui, celui de Joy Division), a inventé une jolie expression, un beau jour de 1984, alors que j’allais voir Paris, Texas : « Ah oui ? Tu vas pointer au chef d’œuvre, comme tous les autres ? ». Qui peut se vanter en effet de n’avoir jamais lu un livre, ou vu un film, parce que toute le monde le recommandait ? Après César, Oscar, avis d’amis, je suis donc allé « pointer au chef d’œuvre » La Môme, afin de vérifier par moi-même la performance Cotillard, et de me plonger dans cette partie cachée de l’identité française qu’on appelle Edith Piaf.

Car Piaf, c’est la France, et Piaf c’est Paris. Oublier cela, c’est s’oublier soi-même. Toutes les chansons de la Môme courent sur nos lèvres, et on se met immédiatement à chanter le refrain. Je ne suis pas plus fan que ça, mais je suis français, et aucun français n’y échappe, pas même les américains : ils ont couronné – à l’évidence – une vision très américaine de la France (Paris ! La bibine ! L’hystérie !)

Pourtant, rien n’empêchait de revisiter le mythe. Soit en le frôlant amoureusement, de loin, soit en dynamitant de l’intérieur. Ce ne fut évidemment pas le choix de Dahan (et surtout pas de TF1, son producteur). Avec La Môme, on est donc dans le biopic à l’américaine, juste retour des choses.

Et c’est donc raté.

Raté, le biopic l’est par essence. Comment s’intéresser à la suite d’un film dont on connaît la fin ? La jeune Piaf deviendra une grande chanteuse, Howard Hughes (The Aviator) un héroïnomane, Johnny Cash (Walk The Line) trouvera la rédemption. De chaque scène, on peut déduire la fin. Piaf entre sur scène, toute tremblante : ce sera un triomphe. Marcel Cerdan prend l’avion : il va mourir. Piaf entre sur scène, toute tremblante : elle va s’évanouir.

C’est pour cela que le réalisateur de biopic se doit de botter en touche. Dahan met toutes ses qualités là-dedans : esthétique irréprochable, comédienne incroyable, images léchées. Mais à force de faire valser la caméra pour montrer l’hystérie piafienne, et l’alcoolémie ambiante, il nous saoule nous aussi. Il enfile les grands moments Piaf, et enchaine les poncifs : « la petite fille abandonnée », « l’alcoolique pauvre », « la star capricieuse ». Ce n’est pas vraiment désagréable, mais juste ennuyeux, comme une séance diapo de copains revenant de Marrakech.

Qu’aurait-il fallu faire, alors ? Rien, en fait. D’abord, ne pas faire de biopic : ÇA NE MARCHE PAS ! Ensuite, botter en touche, mais autrement. Raconter la vie de Piaf par quelqu’un d’autre, comme Todd Haynes raconte la vie de Bowie au travers d’un journaliste dans Velvet Goldmine. Eviter de raconter une histoire, travailler de manière impressionniste, comme Anton Corbjin pour Control. Parler d’autre chose (de la boxe, par exemple), comme Scorcese pour Raging Bull.

Surnage néanmoins de ces deux heures, il faut le souligner, l’incroyable prestation de Marion Cotillard. Il est vrai qu’on a toujours beaucoup d’indulgence pour la bombasse qui s’enlaidit, et qui en général gagne un oscar (Charlize Theron pour Monster, ou Daniel Day-Lewis pour My Left Foot), mais ici, il y a une véritable, invraisemblable performance. Cotillard joue incroyablement bien Piaf : jeune ou vieille, drôle ou en colère, haineuse ou aimante.

Bravo Marion.




samedi 1 mars 2008


Arrested Development
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Cette série a connu un très grand succès aux USA, avant de périr au bout de trois saisons. Diffusée confidentiellement en France, elle est disponible en DVD. Elle vaut vraiment le coup d’œil, par son originalité, son mauvais esprit, et son extraordinaire inventivité. Le pitch est simple : au moment où le héros, Michael Bluth, pense que son père va lui confier les rênes de l’entreprise familiale de Construction Immobilière, celui-ci est arrêté pour malversations.

Le voilà obligé de gérer l’entreprise dans de bien mauvaises conditions, surtout entouré d’une famille de redoutables et oisifs charognards : sa sœur (Portia de Rossi), pinup canon délaissé par un mari homosexuel refoulé, un frère agicien qui rate ses tours, et un cadet retardé maqué avec… Liza Minelli. Les acteurs sont excellents (on les a revu depuis au cinéma, notamment dans Juno ou The Kingdom), mais il manque quelque chose pour être complètement convaincant. Comme si Arrested Development était trop malin pour être honnête…




vendredi 29 février 2008


Le Pianiste
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD ]

Cruel dilemme : regarder Pharaon ou revoir Le Pianiste, le chef d’œuvre de Polanski ? J’opterai pour Pharaon, rare à la télé, alors que Le Pianiste doit pouvoir se rattraper en DVD. Et puis, pour le dimanche soir, on évitera ce Pianiste anxiogène, qui aura du mal à passer entre la météo, le résultat des courses, et une pub pour Yoplait.

Car Le Pianiste est un monument brut, terrifiant, qui ne fait rien de moins que de vous mettre au cœur de l’extermination des juifs polonais. Vous êtes Adrian Brody, jeune pianiste polonais doué. Vous subissez les premières humiliations comme lui. Lentement Varsovie sombre, et vous avec. Vous assistez, impuissant, aux exactions des SS. Sans rien faire, comme le pianiste. Parce que tout simplement, vous ne pouvez rien faire. On a rarement aussi bien traité ce sujet.

Dimanche 2 mars, 20h40, France 2




vendredi 29 février 2008


Pharaon
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Vous allez dire que ca va pas fort en ce moment, mais si, je vous recommande cette semaine un film polonais. Pire, un peplum polonais ! Pharaon est un très grand film, peut être le meilleur peplum jamais tourné : un peplum réaliste. Loin des americaneries sur le sujet, et de l’ethnocentrisme judéo-chrétien révisionniste sur l’antiquité, Jerzy Kawalerowicz arrive à nous immerger complètement dans l’Égypte antique, aussi éloignée de nous que pourrait l’être une civilisation extraterrestre. A ne pas rater.

Dimanche 2 mars, 20h40, Arte




vendredi 29 février 2008


Playlist du Professor Ludovico
posté par Professor Ludovico dans [ Playlist ]

Livre : William T Vollman (Central Europe), et donc MP3: Chostakovitch (Opus 110); Série : Arrested Development




vendredi 29 février 2008


La Graine et le Mulet
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Euuhh ? La Graine et le Mulet, n’y aurait-il pas comme une erreur quelque part ? La Graine et le Mulet, le film français multi-césarisé, dans CineFast ?? Ça sent le camp de rééducation Professor Ludovico !

En fait, chaque année, pendant les vacances scolaires, sous la pression de madame la Professore, le Signore Ludovico remplit son quota d’obligations envers le cinéma français (2%) et va voir UN film français. Pour le meilleur (Le Fils de l’Epicier) et ou pour le pire (Lady Chatterley).

Cette fois-ci, animée des meilleures intentions (elle est amoureuse d’Abdel Kechiche), nous sommes donc allé voir La Graine et le Mulet. Et là, (demie) surprise : c’est un très bon film. Demie, parce que L’Esquive, c’était déjà bien. La Graine et le Mulet, c’est bien aussi, parfois beaucoup mieux, parfois beaucoup moins bien.

D’abord, c’est trop long. On enchaîne des scènes qui ne sont pas inintéressantes, mais par souci de cinéma vérité, sont poussés jusqu’à leur intégrale langueur (le dîner en famille, la conversation sur les couches, la poursuite finale). Ensuite, c’est filmé à la française, monté au sécateur, et bien sûr, joué par des comédiens amateurs. On voit bien que l’on est en train de proposer le parfait repoussoir à CineFaster !

Mais chez Kechiche, il y a trois différences, et de taille. Un, c’est un raconteur d’histoires. Derrière une technique (volontairement ?) hésitante, il y a une histoire. On veut savoir ce qui va arriver à ces personnages. Un père d’abord, que l’on croit timide, parce qu’il vit le schéma classique du vieil ouvrier maghrebin, mis sur la touche de son chantier naval. Mais qui va redresser la tête : il veut monter un restaurant. Mais qui va aussi se révéler un monstre d’orgueil, incapable d’affronter sa double vie. Il en paiera, chèrement, les conséquences.

Ensuite, il y a un propos, très fort, sur l’immigration, la communauté, la famille. Enfin, un film où il n’y a pas l’angélisme, la condescendance habituelle des films sur les immigrés. Ici, les personnages ne sont pas différents de nous, ils ne sont ni bons ni mauvais, ni particulièrement oppressés ni particulièrement choyés. Ils n’ont pas d’excuse, pas de justification, pas de révolte romantique.

Un exemple, parmi d’autres. Au début du film, l’aîné de la famille baise une bourgeoise sur un bateau. Scène plutôt drôle. Au milieu du film, changement de ton, on comprend que l’aîné est aussi père de famille, et qu’il délaisse sa femme (russe) et son bébé. Celle-ci refuse de se joindre au déjeuner dominical. Mais la sœur de l’aîné, maternante, la console, et l’incite à « faire un effort ». On résoudra ça après. Plus tard, la jeune russe découvre que les maîtresses de son mari appellent sans vergogne chez la mère, que ses belles-sœurs sont au courant, mais couvrent leur frère. Et vers la fin, lors d’une hallucinante scène d’hystérie, la russe explose littéralement, démontant d’un seul coup le complot familial, et donnant ainsi un sens peu reluisant au mot « communauté », tout en bouclant l’intrigue…

Et si c’était ça, la force de Kechiche ? En avançant ainsi discrètement, sans manichéisme, il fait cent fois plus pour l’égalité que tous les plaidoyers du monde pour cette population invisible, qui, comme il est dit dans Fight Club « cuisinent vos plats, vident vos ordures, conduisent vos ambulances, gardent vos immeubles ». S’impose alors un des plus beaux plans du films : caché dans le noir, à l’intérieur de leur bateau-restaurant, les maghrébins attendant leur premiers clients sétois (ennemis pour la plupart). Mais soudain, au moment où l’on ouvre les portes, les voilà illuminés…




mercredi 20 février 2008


Si même Télérama s’y met !
posté par Professor Ludovico dans [ Brèves de bobines ]

Couverture de notre dernier programme télé : « Faut-il vraiment fêter le cinéma français ? » Qui, de CineFast, a noyauté le premier des trois Piliers de la Sagesse (Télérama-Libé-Inrocks) ? Hein, qui ?

Vous vous en doutez, j’éviterais personnellement d’assister à l’autocongratulation annuelle de George Cravenne* (véritable sujet de cet article faussement provocateur) ; mais bon, je veux bien lire l’article de Télérama…

*Les équivalents US n’ont pas plus droit de cité, je précise




jeudi 14 février 2008


Ca promet !
posté par Professor Ludovico dans [ Brèves de bobines ]

A CineFast, on est toujours prudent sur les bandes annonces, mais on peut faire quelques exceptions : Star Trek 11, récemment, et là, la bande annonce que nous offre gentiment les gars qui ne veulent pas se faire racheter par Microsoft.

C’est tout bonnement Indy 4, (et le Royaume des Crânes de Cristal). Bon, en un mot comme en cent, ça promet. On se fiche comme d’une guigne des Crânes de Cristal, des extra-terrestres, et de l’intrigue en général. la seule vue de l’homme au fouet devrait nous suffire, accompagné de ses blagues à deux balles.

Espérons simplement que tout n’est pas dans la bande-annonce, mais de toute évidence, on se ruera plus facilement sur le mauvais esprit d’Indiana Jones que sur la niaiserie benête d’un Star Wars 7.

Encore un peu de patience, donc…




jeudi 14 février 2008


R.I.P. Roy Scheider
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]

Roy Scheider, c’est le genre de type dont on se rappelle toujours le visage, mais jamais le nom. Shérif dans Les Dents de la Mer, pilote d’hélico dans Tonnerre de Feu, il n’a pas laissé de souvenirs impérissables, et ce n’est pas une star hollywoodienne… Pourtant, il avait une gueule et c’était un sacré bon acteur. Il vient de mourir. Il faut donc, en sa mémoire revoir son chef d’œuvre, (et celui de Bob Fosse) : All That Jazz.




dimanche 10 février 2008


Gone Baby Gone, part two (révélation)(Attention, spoilers !)
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Comme promis, la chronique complète promise depuis le 20 janvier…

John Ford disait toujours qu’un film, c’est un début et une fin. Et il ajoutait : « Mettez toujours 50% du budget dans le début et la fin, le début pour accrocher le spectateur, et la fin, c’est qu’il va retenir de vous… et qui le fera revenir au cinéma. »

Ben Affleck a retenu la leçon pour Gone Baby Gone : une intro qui n’a l’air de rien (images volées des quartiers pauvres de Boston), et à la fin, 10 dernières minutes qui valent allégrement le reste du film.

Parce que pour le reste, on est en terrain connu. Un couple de jeunes détectives privés (Casey Affleck et Michelle Monaghan) est engagé pour retrouver la petite Amanda, qui a disparu depuis trois jours. Ces détectives se retrouvent à travailler avec la Police de Boston, dirigée par Morgan Freeman, et un « vieux de la vieille », interprété par Ed Harris.

Comme de bien entendu, ça se passe mal, puis les rookies montrent que leur connaissance du quartier peut aider la police, en découvrant un lien avec un deal de drogue qui a mal tourné. Négociations secrètes avec les ravisseurs, embrouille, petite fille qui tombe à l’eau… La négociation tourne au scandale et force Morgan Freeman à démissionner. Jusque là, on est dans le thriller assez classique, voire faiblard. Faiblard parce que la réalisation, à la fois stylée et réaliste, impeccable en un seul mot, s’opposent aux dialogues qui oscillent entre le très bon et le très mauvais. Et puis l’histoire finit par ressembler à tous les Mystic River de la terre : enfance maltraitée, pédophiles bons à tuer, et bons sentiments mélo, par paquets de 5kg.

On est là à divaguer, regarder sa montre, et préparer sa petite critique CineFast, quand déboule la fin du film. Et là, paf ! Ben Affleck enchaîne les révélations. Le polar insignifiant se transforme en fable morale, fable qui devrait être projetée à tous les pieds nickelés de l’Arche de Zoé de la terre. Rien de moins qu’une réflexion sur l’appartenance à une communauté ou à la famille, l’amour parental, et la filiation.

Des révélations ? Quelles révélations ? Amanda est en fait bien vivante, enlevée par une « Conspiration des Justes », mêlant beau-frère alcooolo, flic ripoux, et super-flic en manque de paternité. Le tout dans le dos de la mère indigne (Amy Ryan).

Que faire alors ? Nos deux détectives héros face au dilemme de Salomon : dire la vérité et remettre la petite fille à sa mère, white trash qui ne s’en occupe pas bien, où mentir, et la laisser dans les bras d’une famille aimante, aisée, mais seulement adoptive ?

Le génie d’Affleck, ce n’est pas de poser le débat, mais contrairement au film américain moyen, de prendre tout son temps pour étudier ces deux propositions. S’il a choisi son camp (la vérité plutôt que le mensonge), Ben Affleck laisse le beau rôle au camp d’en face : la détective sexy, et Morgan Freeman défendent l’adoption plutôt que la mère indigne. Au héros, le mauvais rôle, celui de défendre cette option : Amanda a été enlevée à sa mère, on lui a volé sa vie. Et puis l’histoire n’est pas encore écrite : la mère peut changer, se racheter. Notre héros opte finalement pour cette option, brisant par là même son couple.

On serait toujours dans le commun (version haut du panier), si Ben Affleck n’avait pas rajouté une conclusion à cette happy end. Bien sûr qu’Amanda rentre chez sa mère, et bien sûr que celle-ci est folle de bonheur. Mais ce retour est filmé de manière distante, un peu ridicule : la happy end s’enrichit d’une petite touche amère.

Et puis il y a cette scène finale : quelques mois plus tard, le détective -désormais célibataire- revient voir la mère, qui se prépare à sortir en boîte. On comprend alors que rien n’a changé, que la mère indigne restera indigne, et qu’il n’y a pas de rédemption possible, ni même de possibilité d’intervenir…

Nous sommes donc à la fois dotés d’une conclusion morale, et privés de la happy end censée récompenser ce « bon choix » ! A l’instar de cette dernière image, sublime* : Casey Affleck, improvisé baby sitter, regarde la télé avec la petite Amanda. Mais qui ne peut que rester à distance, en étendant le bras, sans jamais la toucher.

* et absente du roman…