vendredi 12 août 2011
Pirates des Caraïbes IV, La Fontaine de Jouvence
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
C’est mystérieux le cinéma, c’est souvent une affaire de contexte. Qu’est-ce qu’on vous a dit de ce film ? Qu’est-ce que vous avez lu ? Lors d’un voyage décevant au Canada, un Bed and Breakfast nous avait ouvert les yeux : « Qu’est-ce que vous êtes venu chercher ? Un voyage réussi, c’est quand vous trouvez ce que vous êtes venu chercher… »
Le cinéma, c’est pareil.
Ludo Fulci, Le Beauf avaient beau nous avoir violemment découragé, on est allés voir Pirates des Caraïbes IV, La Fontaine de Jouvence. Il faut dire qu’après Le Gamin au Velo, Les Tuches, Les Femmes du 6ème étage, Switch, nous étions en forte demande de GCA.
Ceci expliquant cela : ce Pirates-là n’est pas très bon, mais il n’est pas déshonorant par rapport au 2 et 3 qui se prenaient un peu le melon. De toutes façons, aucun n’égalera l’heureuse surprise que fut le premier opus.
Ici, plus de Kheira Knightley, dommage. Mrs Cruz est pas mal, l’intrigue ne tient pas forcément debout (trois équipes cherchent au même moment la légendaire Fontaine de Jouvence !), il y a beaucoup de trous dans le scénario, mais on sait qu’on est chez McDo : on a demandé un Double Cheese Bacon, et c’est exactement ce qu’on a : duels rigolos, magie, et pirates super size (mention toute particulière à Geoffrey Rush)… On notera également, qu’une fois de plus, nos amis anglais s’en prennent plein la tronche : ridiculisés pendant les vingt premières minutes, et une petite couche vers la fin : « Ça va marcher ? Je ne sais pas, ça a été fabriqué par des anglais… »
On ne s’est pas ennuyés, c’est déjà ça…
jeudi 11 août 2011
Les Femmes du 6ème Étage
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Que dire d’un film comme Les Femmes du 6ème Étage ? Qu’il est pétri de bonnes intentions ? Soit. Qu’on ne peut être que touché par cette histoire de nanti (Luchini), qui découvre l’existence misérable des femmes de ménage espagnoles ? Également.
Mais bonnes intentions ne veut pas dire bon film. Les Femmes du 6ème Étage est trop gentil, trop mièvre, trop peu crédible pour que son message passe… On s’interrogera peut-être dans vingt ans sur cette étrange propension au conformisme qui envahit le cinéma français des années 2000. Cette impression tenace de se retrouver devant une dramatique de France 2… A part Desplechin, Amalric, qui secoue le cinéma hexagonal aujourd’hui ? Quelque soit le type de cinéma, comédie, ou drame (à part peut être celui du film de genre (Horreur, zombies et action)), on a l’impression tenace de se trouver devant les Dossiers de l’Ecran
Philippe Le Guay a lui l’intelligence de déplacer l’intrigue en 1962, quand l’avant-garde de l’immigration était féminine et espagnole. Malin, car on ne peut s’empêcher de transposer la situation, vers celle, actuelle, des maghrébins, africains, et autres chinois en situation irrégulière… Mais contrairement à Mad Men, il ne profite pas de ce décalage pour accentuer son récit, vers plus de drame ou plus de comédie.
Un film qui ne comblera pas notre appétit de CineFaster… Pirates des Caraibes IV remplira peut-être ce rôle ce soir, qui sait ? On nous a bien prévenus de ne pas y aller, mais rappelons que nous sommes à l’Ile d’Aix…
mercredi 10 août 2011
Woody, Paris-New-York, New-York-Paris
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -
Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les films -
Les gens ]
Dans le TAL (Trucs à Lire) qui traîne aux pieds du lit vacancier un Nouvel Obs de juillet. Vieux réflexe d’attaché de presse, je lis tout, même le magazine bobo moralisateur à demeures de charme …
Et là, p.21, l’info toute crue qui ravit le Professore. Midnight in Paris*, le dernier Woody Allen, est devenu le plus gros succès du cinéaste New-Yorkais, dépassant Hannah et ses soeurs : 4 millions de dollars de recettes.
Que d’infos en une si petite brève ! D’abord, parce qu’on nous signale au passage que Woody, enchaînant les flops, était obligé de trouver ses financements à l’étranger, d’où sa période anglaise (Match Point), espagnole (Vicky Cristina Barcelona) et francaise… Grâce aussi aux déductions fiscales que propose la vieille Europe… Quoi ? L’Amérique, Land of Opportunity, serait odieusement taxatrice ??? Cela ne surprendra que les contempteurs habituels des impôts-qui-écrasent-l’initiative-individuelle, et qui me connaissent les fonctionnements US en la matière.
Ensuite, on notera qu’un succès de Woody aux USA, ce n’est que 400 000 personnes…
Enfin cela vient corroborer notre théorie des amours contrariés franco-americains : si les américains privilégient Midnight in Paris, c’est probablement parce que le Woody y livre une vision carte postale de la capitale, tout comme le plus gros succès français de Woody en france est évidemment… Manhattan.
*J’ai failli y aller, selon le syndrome aixois, mais j’ai renoncé, grâce à une belle fièvre.
lundi 8 août 2011
Les Tuche
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
No comment.
Restons dignes.
vendredi 5 août 2011
Le Gamin au Vélo
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -
Les gens -
Pour en finir avec ... ]
Allez, ça continue ! Malgré la Fatwa lancée par Faram el Keeper, St Jérôme, dit « le Serpent du Tout-Puissant » Michel le Vaillant, Maître du Temple de Saint-Jean d’Acre depuis 1213, je brave l’interdit : je vais voir mon premier Dardenne.
Que les choses soient bien claires :
– Je n’ai rien contre le cinéma français ; malgré les chroniques comminatoires, injustes, à charge, vachardes, méprisantes, condescendantes dont j’ai pu l’affubler ici, j’aime le cinéma français. Celui de l’Age d’Or des années 30-40, (Quai des Brumes, Les Enfants du Paradis, Le Jour se Lève, …), celui des classiques des années 50 (Les Diaboliques, La Traversée de Paris…) Ou pas classiques (Godard and co…), celui des années 60-70 (Rappeneau, Boisset…), des années 80, ou d’aujourd’hui (Desplechin, Audiard, Klapisch…)
– J’aime le cinéma d’auteur : Fellini, Antonioni, Welles, Kubrick, Despleschin, Lynch, Fincher…
– J’aime la Belgique : Hergé, Brel, Simenon, Poelvoorde, Eddy Merxcx…
Mais voilà, il faut le dire, le cinéma des frères Dardenne (sur la base d’un seul film, je le reconnais) est proche du degré zéro de la performance artistique.
Prenons un exemple extérieur, pour mieux nous faire comprendre; imaginons que l’on demande à des artistes de nous représenter un vélo. Oui, un vélo.
Gainsborough* magnifierait la campagne anglaise en posant le vélo le long d’un chemin du Sussex. Roger van der Weyden ne peindrait que sept rayons au vélo, voulant symboliser par là même les Sept Vertus Cardinales, tandis que Georges de la Tour les peindrait tous, pour montrer comment le reflet d’une bougie les affecte chacun différemment. Picasso dessinerait des roues carrées, pour montrer l’absurdité de la vie, et Damien Hirst détruirait au bulldozer un vélo par jour, pour dénoncer la société de consommation…
Tout ça, que vous l’aimiez ou non, c’est de l’Art. C’est un message, une position face à la vie.
Et les frères Dardenne, dans tout ça ? Les deux belges achètent un jetable chez l’épicier du coin, prennent le vélo en photo devant l’épicerie et se barrent avec la caisse en hurlant « Nous filmons la réalité !!! »
Ce qui prouve qu’ils n’ont rien compris à leur devoir d’artiste. Si on filme la réalité, c’est qu’on fait du documentaire, ce qui est un autre – et noble – métier. Comme le disait Emmanuel Krivine, le créateur du Village Français, «On ne va pas au cinéma voir comment les choses se sont exactement passées. ».
Aucun point de vue, aucun message, aucune espèce de travail sur l’image, le son, le cadrage, le jeu d’acteur : le cinéma des Dardenne, c’est en fait une ode à la fainéantise. Je déteste habituellement cette phrase, mais ici elle s’applique parfaitement : « N’importe qui pourrait faire pareil ». Essayez ! Prenez votre iPhone, trois-quatre copains, un vélo, un gosse, je vous jure que vous faites le même film.
Il y a pourtant de quoi faire dans le sujet : l’abandon d’enfant, le désir maternel, le recrutement des petites mains par les caïds des banlieues… Il y a aussi des pointures (Cécile de France, Jérémie Régnier) mais non, les frangins posent leur caméra, ça tourne, elle est bonne…
Ce cinéma de l’inutile que nous propose les frères Dardenne ne vise en réalité qu’un seul public, celui du cinéma lui-même, celui qui s’accorde des subventions (« banlieue »-« enfance »-« rédemption » étant les mots de passe pour accéder à l’Avance sur Recettes), et qui s’autocongratule dans le monde clos des célébrations professionnelles (César des Ours de la Mostra des Alpes Maritimes)… Un monde où l’on peut donner deux palmes déjà aux frères Dardenne, mais zéro à Kubrick, zéro à Welles, Bergman, Truffaut, etc.
Pas de quoi s’énerver, donc, car justice est déjà faite : les films des frères Dardenne n’ont jamais rencontré de succès public, ne passent pas à la télé (odieux complot contre la Culture), et seront vite oubliés comme de mauvais jambon-beurre de supermarché…
Les artistes officiels finissent toujours à la poubelle…
*Je sais, Gainsborough n’avait pas de vélo…
mardi 2 août 2011
Switch
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
C’est l’été, on se lâche, finies les contraintes (VO obligatoire, CinéCité pas moins, et, oui, je voudrais bien cette place au centre, là, non pas celle-là, l’autre !!!) C’est les vacances et on va voir n’importe quoi n’importe comment.
A l’Ile d’Aix, miracle ! Il y a un cinéma installé dans la caserne des pompiers. C’est la fille (13 ans) du patron qui est à la caisse (billetterie façon Dernière Séance) et à la fin, la gamine demande deux hommes forts pour changer les bobines. le cinéma à l’ancienne, quoi…
On va donc voir n’importe quoi : Switch, par exemple. La tentative schoendoerferio-grangerienne de faire un polar hitchcockien, ça ne sa rate pas, pour six euros.
Et si on rit bêtement pendant la première demi-heure, devant les efforts poussifs de Mademoiselle Vanasse, et la diction approximative du King de Manchester (« Bclez meu toulperimet’ ! » « Feuillez meu toutlazon’ ! »), on finit par s’accrocher, par la magie de ce principe tout Hitchcockien qui veut que si l’on s’intéresse un tant soit peu au personnage – et c’est le cas de miss Vanasse, dont le jeu devient moins caricatural dès qu’elle s’énerve un peu – et que l’on oublie le ridicule de la situation : pourquoi ne fait-elle pas confiance à la Police ? Parce que disait le Grand Hitch, « un Personnage, c’est quelqu’un qui agit au contraire de ses intérêts« .
Bref une heure trente plus tard (et une très jolie poursuite dans Rueil-Malmaison, si, si !), les gentils gagnent et les méchants se font péter la gueule dans un décor grandiloquent et achtement symbolique, alors que ça aurait été plus simple dans la salle de bains, non ?
Une bonne Grosse Connerie Américaine… Euh francaise !
mercredi 27 juillet 2011
Le Clan des Siciliens
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Cela fait deux/trois fois que Le Clan des Siciliens passe à la télé, et là, j’arrive enfin à le scoper, et à le regarder. Mais je m’interroge toujours : ai-je déjà vu le chef d’œuvre d’Henri Verneuil ? Ma base de données à tableaux croisés dynamiques me dit que oui, et ma tête me dit que non.
Mais maintenant, je sais, j’ai vu Le Clan des Siciliens, et c’est cette fameuse scène sexuelle qui me l’a rappelé. Je devais avoir six ou sept ans, il n’y avait qu’une télé noir et blanc chez mes grands parents, et le dimanche soir on regardait Guy Lux, ou le film du dimanche. Et là, je revois ma mère disant : « Ce n’est pas vraiment pour les enfants ! » Aujourd’hui, je comprends pourquoi. Je ne sais plus si on m’a fait sortir, ou si la scène a disparu aussitôt, mais oui, j’ai vu Le Clan des Siciliens.
Posons déjà le décor : Sartet (Alain Delon) est un tueur sans scrupules, qu’a fait évader la famille Manalese. Le chef du clan Manalese, Vittorio (Jean Gabin) héberge Sartet dans l’appartement de son fils. Pas de bol, le Luigi en question est marié à une chaudasse, Jeanne (Irina Demick, la jolie résistante du Jour Le Plus Long). Jeanne s’habille trop court (enfin, selon Gabin ! Trop court, c’est quand on voit les genoux…), et Jeanne est fascinée par les bad boys. Quand c’est Delon, on la comprend ! Elle asticote donc notre Alain national, aligne sa poitrine opulente dans la ligne de mire de son gros pistolet (ATTENTION, METAPHORE !!!) jusqu’à ce que Delon siffle la fin de la plaisanterie : « Ça fait deux ans que je n’ai pas vu de femme, donc tu ferais mieux de partir ! » : ça, c’est un mec !
Deuxième boulette des siciliens : on charge Jeanne de convoyer le beau ténébreux à Menton, tandis que les fils Manalese préparent un casse en Italie. Comme le dit le proverbe portugais, c’est ce qui s’appelle mettre la bûche un peu trop près du feu… Et là, paf, LA Scène !
Imaginez Delon, tueur à gages qui s’ennuie à cent sous de l’heure au bord de la plage. Qu’est-ce qu’on fait dans ces cas-là, quand on est un tueur sans scrupules ? On va à la pêche ! Fringues impeccables, mais bottes en caoutchouc, Alain Delon tue le temps en tenant bien droite sa gaule dans la main (METAPHORE n° 2) Derrière, on aperçoit Jeanne qui se déshabille, version bronzage intégral : vue imparable sur le fessier de Madame (je rappelle qu’on est en 1969, et pas dans Hair mais dans un film sévèrement burné Delon-Gabin-Ventura)
Contrechamp : Delon vient de pêcher une anguille. Longue, noire et visqueuse, elle se tortille dans tous les sens (METAPHORE n°3). Champ : Jeanne replie langoureusement sa jambe. Contrechamp : Delon prend l’anguille et l’assomme, en la frappant violemment sur un rocher (METAPHORE n°4) puis rejoint Jeanne, l’anguille toute molle à la main.
– « Je n’ai jamais vu quelqu’un tuer une anguille comme ça… »
– « Alors c’est que vous n’avez rien vu !», réplique Delon, et il l’embrasse…
Pour ceux qui trouvent que j’exagère, l’extrait est là.
En dehorsde cette scène surréaliste, Le Clan des Siciliens est évidemment un très bon film, basé sur son trio d’acteur AAA (Delon-Gabin-Ventura). Mais c’est aussi un scénario béton (José Giovanni), et une mise en scène ambitieuse signée Verneuil, qui joue admirablement des silences et des non-dits, la musique d’Ennio Morricone venant rythmer le tout. Et surtout, il y a ce fatum qui semble flotter au-dessus des personnages ; la fin, à ce titre, est magnifique…
L’autre plaisir du film, c’est de retrouver ce monde disparu que sont les années 60. Un monde sans téléphone portable, où il faut demander à une opératrice de vous passer l’Italie. Un monde aussi, où on peut emmener des pistolets dans un avion de ligne sans se faire prendre, et où la police peut tabasser sans vergogne les types qu’elle interroge… Ah ça, existe toujours, ça ? Ah, pardon…
mardi 26 juillet 2011
The Box
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
J’ai honte.
Par fainéantise, je ne suis pas allé voir The Box en salle. The Box, oui, le film de Richard Kelly, Mr Donnie Darko himself.
A l’opposé de beaucoup de cinéastes aujourd’hui, Richard Kelly a confiance dans le cinéma. Mieux, il croit en notre capacité à rêver, il a confiance dans l’intelligence du spectateur. C’est pour cela que dans ses films, il laisse des trous partout : dans les dialogues, les situations. Et nous laisse, pauvre spectateur déjà au bord de l’apoplexie, trouver des réponses par nous-mêmes.
Car The Box fait peur, très peur même, de cette peur purement intellectuelle, cet effroi qui troue le cœur, au milieu d’une nouvelle de Lovecraft ou à la conclusion d’un épisode de La Quatrième Dimension, influence évidente de The Box. D’ailleurs, Richard Matheson, scénariste de certains épisodes de la série, mais aussi du Duel de Spielberg, de L’Homme qui rétrécit ou de Je suis une Légende, est l’auteur ici de la nouvelle-titre Button, Button qui sert de base au scénario de The Box.
Mais qu’y a-t-il dans cette fameuse boîte ? un bouton justement. Appuyez dessus, et vous toucherez un million de dollars… et quelqu’un que vous ne connaissez pas mourra, quelque part dans le monde… Vous avez 24h pour vous décider, demain, la boîte sera proposée à quelqu’un d’autre. Et à qui la propose-t-on, cette boite ? A un couple de Monsieur-tout-le-monde : Norma Lewis, prof de philo spécialiste de Jean-Paul Sartre (Cameron Diaz) et Arthur, son mari, ingénieur à la NASA (James Marsden). Evidemment, on peut donner toutes sortes de réponses à ce dilemme, en utilisant l’existentialisme (que faire de ma vie avec cette boîte ?) ou le retro-engineering (qu’est-ce qu’il y a dans cette boîte ?). A l’évidence, rien. La réponse et en nous. La réponse, c’est nous.
Quand on est un gentil petit couple qui vit au-dessus de ses moyens, peut-on résister à un million de dollars ? Sûrement pas. Ce qu’il adviendra d’eux, et à quoi sert The Box, c’est évidemment le sujet du film, mais pas son principal attrait.
Non, la force du film, c’est son univers, c’est son ambiance : nous sommes en 1976, la sonde Viking vient de se poser sur Mars, et Richard Kelly joue de cela, dans ce monde familier, mais étrange également, nappée d’une photo féérique et d’une musique délicieusement hitchcockienne. Un mélange de Mulholland Drive et de 2001. Tout à l’air normal, mais tout est bizarre : l’alignement des flûtes de champagne, le miroir du bar, la piscine du motel, le Père Noël…
On pourrait invoquer David Lynch, mais on voit tout de suite que Kelly a son propre univers. Qui est capable, sinon lui, de rendre plausible la présence d’un lapin géant et monstrueux dans Donnie Darko ? Sa production est rare (3 films : Donnie Darko, The Box et le maudit Southland Tales) : Richard Kelly est donc précieux.
On va donc chercher l’œuvre maudite… Et on s’efforcera de ne pas rater le prochain Kelly… En salles !
lundi 25 juillet 2011
Adieu Poulet
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Suite à Coup de tête, j’avais enregistré Adieu Poulet, que j’ai regardé hier. Ça se mange sans faim, à vrai dire. C’est drôle, il y a de l’action, et surtout le duo Ventura/Dewaere, le premier passant la main au second. Le film, réalisé par Pierre Granier-Deferre, et écrit par Francis Veber, semble jouer à fond de ce choc des titans, le vieux contre le jeune, l’anar de droite contre l’anar de gauche. Film dans le film, le Commissaire Verjeat passe la main à son jeune adjoint Lefèvre, tout comme la vieille garde (Lino Ventura) semble passer la main à l’avant-garde (Dewaere), … malheureusement, il ne reste à Dewaere que sept ans à vivre…
Si les péripéties sont parfois peu vraisemblables, l’intrigue de fond tient la route ; c’est l’histoire de Lardatte, un jeune député carriériste (Victor Lanoux, dans l’un de ses meilleurs rôles) qui couvre un de ses nervis colleurs d’affiche. Portor (Claude Brosset, vu aussi dans OSS 117 : Le Caire, Nid d’Espions), a tué un flic. Malgré toutes les protections dont Lardatte semble faire l’objet, le Commissaire Verjeat (Lino Ventura) ne l’entend pas de cette oreille. Il veut la peau de Portor. Et malgré les conseils à la modération de son jeune adjoint Lefèvre (Dewaere), Verjeat finira par entraîner Lefèvre dans cet imbroglio politico-criminel.
Ce qui fait merveille ici, c’est que c’est un film d’acteurs ; Adieu Poulet ne serait pas du tout le même film avec deux autres comédiens. Dewaere et Ventura transpercent l’écran, tout comme les seconds rôles (Pierre Tornade, Julien Guiomar, Claude Rich …). Il était intéressant d’ailleurs de faire la comparaison en zappant sur Les Valseuses. Le film de Blier est une merveille de texte, portés par trois comédiens à fond la caisse (Dewaere, Depardieu, Miou-Miou), mais pas tenue par une intrigue serrée…
Dans Adieu Poulet, les acteurs portent le film. Et c’est l’histoire qui prime : nos deux petits poucets de la Maison Poulaga feront-ils tomber le politicien RPR, euh, pardon Parti Républicain Unifié, c’est la question…
Notre Commissaire bottera en touche, du 100% Lino : « Verjeat, il est à Montpellier ! »
vendredi 22 juillet 2011
L’Affaire Rachel Singer
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Un film réussi, c’est difficile. Il y a des films qui frôlent le chef d’œuvre, et, qui à vingt centimètres du but, ratent l’objectif. C’est le cas de L’Affaire Rachel Singer.
Problème : expliquer l’échec du film serait en dévoiler tout le charme. Car L’Affaire Rachel Singer est un très bon film d’espionnage, comme il y en a si peu cinéma : réaliste, glauque, psychologique. John Le Carré en 35mm.
On ne dira rien, donc, sauf ce qui est déjà dans la bande-annonce : l’histoire de trois agents du Mossad chargé d’enlever le chirurgien de Birkenau pour le faire juger en Israël. On suit deux époques : Berlin Est 1965, et Israël 1997, quand la fille d’un des agents publie avec succès un livre sur cette aventure.
L’Affaire Rachel Singer est un très beau film sur la vérité et le mensonge, cette zone grise de l’espionnage et de la politique internationale. Cette zone si indispensable qui permet d’éviter la guerre, et qui a son lot d’exploits méconnus et de morts secrètes.
L’Affaire Rachel Singer aurait été une vraie réussite si elle était restée là : réalisation millimétrée, acteurs excellents, dont la révélation Tree of Life Jessica Chastain. Mais le film de John Madden (Shakespeare in Love) a beau être un remake de film israélien (The Debt), se passer en Israël et en Europe, c’est un film indubitablement américain. Avec cette obsession toute américaine de la vérité. La Vérité avec un grand V. Comme on le voit avec une affaire récente, aux États Unis, il vaut mieux violenter que mentir. The truth, nothing but the truth, so help me god.
Dès lors, L’Affaire Rachel Singer ne pouvait finir autrement que cette fin programmée. En deux minutes, John Madden chasse toute l’excitante ambigüité du film pour nous assnéer cette très morale « Vérité ».
Il reste un film tout à fait visible, mais plus l’indispensable chef d’œuvre qu’il aurait pu être.