jeudi 20 juin 2013


Get yourself a gun…
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]

James Gandolfini est mort. Si vous n’avez jamais vu les Sopranos, ça ne vous dira pas grand’ chose. Pourtant, vous avez déjà vu James Gandolfini, la plupart du temps dans des rôles de connard odieux. Où il était parfait : le lieutenant raciste d’USS Alabama, c’est lui. Le tueur dépressif, amateur de putes de Cogan, c’est lui aussi. Le directeur de la CIA de Zero Dark thirty, le général US d’Into the Loop, c’est encore lui. Une tripotée de films où James Gandolfini a joué les utilités.

Mais le grand rôle de sa vie, et peut-être le plus grand rôle de l’histoire de la télé américaine, c’est Tony Soprano.

Quand la série débarque sur HBO en 1999, c’est tout de suite un immense succès, et pour cause. Ce gangster de banlieue qui se met à la thérapie, ce n’est rien de moins que le portrait de l’Amérique que David Chase se met à peindre. Une Amérique obèse, sûre d’elle-même, dominatrice, à la limite du gangsterisme Bushiste, mais une Amérique qui se met soudain – après deux cent ans d’optimisme béat limite naïf – à douter d’elle-même.

Derrière des histoires simples (les petits trafics des Sopranos, les histoires d’amour et de cul, les problèmes du quotidien), c’est le tableau implacable de la corruption du pouvoir, de la déliquescence de la famille, de la décadence de la société consumériste. La mafia (à front renversé de l’opéra en 3 actes qu’est Le Parrain), n’est qu’un accessoire dans Les Sopranos : un simple décor pour d’autres aventures. La Famille, métaphore de la famille. On ne verra dans Les Sopranos que peu de coups de feu, et encore moins de morts. Mais s’y installe une violence bien plus terrible : l’intimidation quotidienne, née de quelques coups de poings ou de simples menaces. La vérité, tout simplement.

Bien sûr, les scénarios étaient excellents, le cast , absolument incroyable (jusqu’aux enfants, qui ont grandi pendant six ans devant nos yeux ébahis). Bien sûr, la série, c’est avant tout un sans-faute, pas un seul épisode à jeter, et une fin grandiose, ce qui caractérise la série chef d’œuvre, comme nous l’expliquions ici.

Mais pour le spectateur, la série restera celle de Tony, et James Gandolfini, un immense acteur qui a su offrir à David Chase une palette extraordinaire de sentiments, de nuances, de la déprime à l’exaltation, de la bonhomie à la violence la plus brutale, de l’abjection pure à un sens rural de la justice.




dimanche 16 juin 2013


Star Trek Into Darkness
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Ce qui est bien avec JJ Abrams, c’est qu’on n’est pas déçus. On sait à quoi s’attendre : il foirera le truc, quoiqu’il arrive. Et en matière de plantade, JJ delivers, comme on dit de ce côté de l’Atlantique. Alias, Lost, Super8, Star Trek : Jay-Jay est le plus grand gâcheur de bonnes idées à l’ouest du Pecos.

Ici, on ne s’attendait à rien (le reboot ayant implosé, from day one) et c’est ce qu’on obtient : pas grand’ chose. Des blagounettes Kirko-Spockiennes. Des combats de boxe pour sauver le monde (un gimmick imposé par la franchise depuis 1966), des combats spatiaux, des phaseurs, des boucliers. Bref, le service minimum.

Côté scénario, on mixe trois tranches de Blade Runner avec un bol de La Revanche de Khan* et ça fera le plat pour saucer.

De ce qui aurait suffit à un épisode de cinquante deux minutes (mais sûrement pas à un film de deux heures), deux ou trois idées viennent nous tirer du coma, car il est vrai que les paupières sont lourdes devant Star Trek Into Darkness : la plongée dans l’espace façon chute libre, la course dans les couloirs avec la pesanteur inversée, la bagarre finale sur les camions poubelles rouges…

Que d’argent et de talent gâché dans une si petite enterprise

* Avec une petite inversion scénaristique : cette fois-ci c’est Kirk qui se sacrifie au lieu de Spock. Cette précision, qui nous avait échappée, nous en remercions le Dr Malakansar, diplômé en Trekkie Studies à l’Université de Vulcania. Accompagné de son assistant, il m’a tiré du confort intellectuello-bobo du Passé Asgharfarhadiesque du XII°, pour me plonger dans les Halles de la GCA, into deep space…




samedi 15 juin 2013


Nostalgie de la forme
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Voilà une chronique exceptionnelle : elle sera publiée conjointement ici, et sur Planet Arrakis, le site Jeu de rôle/Jeu de Plateau de Paul Moud Ubid, un lointain cousin du Professore.

Car cette chronique se situe à la croisée des chemins scénaristiques, un problème qui intéresse tout autant les rôleux que les cinéphiles.

La semaine dernière, donc, je dirigeai une partie de Donjons & Dragons old school. C’est à dire, comme en 1974, quand Gary Gygax se mit à commercialiser la drogue ultime de l’entertainment occidental : le Jeu de Rôle. A l’époque, c’était bien peu de chose : une porte, un monstre, un trésor. Le fameux PMT. Pour les non-pratiquants, ce qu’on trouve le plus souvent dans le jeu vidéo aujourd’hui : on ouvre une porte, on tue un monstre, on empoche un trésor.

Depuis le JDR a considérablement évolué, dans les eighties, cela suffisait à nos nuits blanches.

Sur un coup de tête, il y a deux mois, cette nostalgie s’est emparée de moi, immédiatement boostée par l’enthousiasme de mes vieux joueurs (plus une nouvelle recrue). La simple idée de ressortir leur Players Handbook et autre Dungeon Master Guide, leurs dés vintage et leurs figurines de plomb a permis de trouver rapidement une date. Le contrat était clair : jeu à l’ancienne, règles à l’ancienne : pas d’univers chiadé, pas de profil psychologique du personnage, pas d’intrigue, pas de metaplot. Toutes ces leçons apprises par le JDR en trente ans des séries et des films, et peu à peu intégrées, étaient ici bannies.

Mais rien ne se déroula comme prévu…

Malgré l’experience, malgré ce contrat tacite, rapidement, mes joueurs ajoutèrent peu à peu de la chair scénaristique à ce squelette PMT sommaire. Quel était donc ce mystérieux Ordre de Feu qui possède l’Œil de Feu, ce diamant gigantesque ? Pourquoi ces moines cohabitent avec des hommes-lézards ? Où dorment-ils, d’ailleurs ? Pas dans la même pièce, quand même, que les hommes-lézards ? Et cette mystérieuse rune, que signifie-t-elle ?* Nous fûmes obligés, de part et d’autre, d’improviser. Et de créer de truculents personnages, comme ce prisonnier orc, finalement bien sympathique et fort accommodant.

Que tirer de cette experience ? D’abord, notre insatiable besoin de fiction. Jouer aux échecs, pourquoi pas, mais pour jouer des aventuriers dans un souterrain, il faut une histoire. Ensuite, une histoire bien construite, qui se tient, qui ait un sens même dans un monde où des prêtres elfiques réaniment des hommes-lézards morts-vivants pour leur faire tester des pièges…

Mais surtout, dans l’histoire des genres, une nouvelle forme se substitue toujours à une autre plus ancienne, au cinéma ou ailleurs. Trente ans après, il n’est tout simplement plus possible de jouer à Donj’. Aujourd’hui cette forme d’art (indubitablement c’en est une, fusse-t-elle mineure) a formidablement évolué, sous le coup de butoir de révolutions idéologiques (L’Appel de Cthulhu (1981) : je joue un personnage dans un monde réaliste, ou Vampire (1991) : je ne joue pas, j’interprète un personnage)…

Il en va de même pour la fiction en général, et le cinéma en particulier. La photo, par exemple, a tué à la fois la peinture réaliste et le roman naturaliste. Pourquoi se fader les dizaines de pages de description de terrils dans Germinal, alors qu’une simple photo en rend immédiatement la taille, la couleur, la substance…? Pourquoi représenter fidèlement un visage, si une photo le fait vite et mieux ? Le XXème siècle nous a débarrassé de ces obligations en accompagnant ces révolutions technologiques de profondes mutations artistiques : l’impressionnisme, l’abstraction. Au cœur des Ténèbres, le chef d’œuvre de Conrad paru en 1899, ne fait que 180 pages. Son lecteur a déjà vu des photos de l’Afrique, la description du Congo n’est plus un enjeu littéraire.

Dès lors, une fois la révolution achevée, les formes anciennes nous apparaissent illisibles, inutiles, et ne peuvent fonctionner qu’à l’aune de la nostalgie. Nous avons adoré joué ce lundi soir-là « à la manière de« , parce que c’était manière de rendre hommage à ce loisir qui nous a tant donné. Mais la résurgence moderne d’une telle forme nous serait insupportable. Comme, par exemple, La Nuit Nous Appartient, le prétendu chef d’oeuvre de James Gray : très beau (dans la forme) et très vieillot (dans le fond). Son intrigue, ses rebondissements apparaissent comme les formes surannées d’un cinéma à l’ancienne, irregardables après dix années de Sur Ecoute ou de Braquo. Tout comme l’Heroic Fantasy de Xena la Guerrière ou Conan le Barbare sembleront bien pâlot en face du monstre Seigneur des Anneaux ou du titan Game of Thrones.

Autre temps, autre mœurs…

*Toutes ces questions qu’on ne se pose pas dans un jeu vidéo, parce que l’on accepte la forme encore « préhistorique » du genre




dimanche 9 juin 2013


Sur La Route
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

Attention, film Patrimonial. Comme il y a la GCA, Grosse Connerie Américaine, le FdF, Film de Festival, il y a le FP, le Film Patrimonial.

C’est à dire le film obligatoire.

Le film de l’œuvre, ou de la vie de l’homme illustre, qu’il faut absolument adapter au cinéma. Ainsi, les films de Roger Planchon, qui adapta le Dandin de Molière au cœur des années 80, ou les vies doloristes de Molière, Beaumarchais, l’Insolent, ou Jean de La Fontaine, le défi. Avec un objectif avoué : séduire le public des écoles, c’est-à-dire se garantir des milliers d’entrées. Plutôt que de faire lire Sur La Route, faisons le voir. Comme chacun sait, les jeunes d’aujourd’hui sont des partisans du moindre effort. Peut-être qu’on peut les intéresser, surtout s’il y a Kisrten Stewart, Miss Twilight, dedans.

Je précise que je fabule, peut-être que Walter Salles a une passion d’enfance pour Kerouac, la Beat Generation, et Sur La Route. Malheureusement, ça ne se voit pas.

Pour ma part, je n’avais qu’un objectif en me fadant Sur La Route, sachant déjà à quelle sauce (voir ci-dessus) j’allais être mangé. On n’apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces. Non, il n’y avait que dix minutes qui m’intéressaient dans Sur La Route. Les dix petites minutes consacrées à chez Bull Lee, aka William Burroughs, The Priest himself, Mr Naked Lunch, le héros du Professore. La Beat Generation, c’est lui qui l’a inventé, un peu sans le savoir. Plus âgé que les autres (Kerouac, Ginsberg) mais aussi plus déjanté. Déjà junkie dans les années quarante, déjà pédé. De sorte que l’on peut vénérer l’auteur du Festin Nu, et s’ennuyer royalement à Sur la Route, le livre.

Mais le problème du film n’est pas là : Salles essaie d’adapter quelque chose d’inadaptable, la seule chose qui soit intéressante dans la littérature : le style. Celui de Kerouac est jazzy, et donc Salles tente misérablement de trouver un équivalent cinématographique : montage haché, faux raccords. Jazzy movie ? Mais ce n’est pas ça, le cinéma. Adaptation : trahison, dit de façon prémonitoire l’un des personnages dans les débuts du film. Pour que le film veuille dire autre chose qu’une belle carte postale (« Quinze jours sous le soleil du beat country, jazz et marie-jeanne tous les soirs, bises à toute la famille »), il faut un point de vue, un personnage. A aucun moment, notre cœur bat pour Sal Paradise-Kerrouac (Sam Riley). Que veut-il ? Être un héros moderne, comme Dean Moriarty ? Ou le juge-t-il comme ce qu’il est, c’est à dire un petit junkie, voyou, queutard sans morale ?

Pour cela Salles devrait prendre son courage à deux mains et dire quelque chose ; mais il n’ose pas. Il se concentre sur les paysages, les chambres d’hôtel forties, le beau visage de Kirsten Stewart, qui accroche si bien le soleil couchant. Ça, ce n’est pas du cinéma, c’est de l’illustration. Quant au point de vue, à part une sorte d’optimisme béat devant la Beat, on ne voit pas.

David Croneneberg avait tenté de son côté, l’inadaptable : s’attaquer au Festin Nu. Mais au moins, il y avait mis quelque chose de lui-même : ses obsessions insectoïdes, ses extraterrestres, ses secrétions corporelles : il y avait des vrais morceaux de Cronenberg dans ce film-là. Mais où est l’artiste Walter salles dans Sur la Route ? Nous n’avons rien d’autre qu’un chromo luxueux.

Tout est beau, tout est bon, mais tout est vide.




samedi 8 juin 2013


Jonah, le Souffle de la Colère
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -Les gens ]

Plutôt que s’embêter devant les biopics, il reste une option : la vraie vie. Ainsi, la contemplation de Jonah, le Souffle de la Colère, sur Canal+ ce week-end, valait bien trois J. Edgar et deux La Môme.

Jonah, c’est bien entendu Jonah Lomu, l’un des plus grands joueurs de rugby de tous les temps, l’icône qui fit passer le rugby d’aimable compétition celtique à un sport mondialisé. Ce qu’on peut regretter, bien sûr, mais là n’est pas le propos.

Jonah, le Souffle de la Colère, c’est l’histoire d’un parcours rare, et pourtant coutumier de la légende sportive. Un petit tongien néo-zélandais, élevé à la dure par son père, mais protégé par sa mère, dans les bas-fonds d’Auckland. La rédemption par le pensionnat, où sa mère supplie le proviseur de l’accepter. Le rugby à VII, à XIII, puis à XV. Et une trajectoire inédite : directement All Black à 19 ans, le plus jeune Homme en Noir de l’histoire de la plus grande équipe du monde.

2 coupes du monde plus tard, toutes deux perdues lors de deux matches historiques, la finale contre l’Afrique du Sud (oui, celle d’Invictus) et la demi-finale magique contre la France, peut-être le plus grand match de notre Quinze à nous. Dans l’enceinte sacrée de Twickenham, grâce à deux essais de Lomuh, les néo-zélandais mènent 17-10 à la mi-temps. Mais les hommes de Villepreux, les géniaux Lamaison, Dourthe, Dominici, Bernat-Salles humilient les hommes en noir lors d’une deuxième mi-temps anthologique, 45 à 31.

Lomuh ne gagnera aucune coupe du monde, et seulement 3 Tri-nations. Il sera frappé par la maladie, ce mauvais rein qui fait mal depuis toujours. Après la transplantation, Lomuh reprendra l’entrainement mais ne retrouvera évidemment jamais son niveau et mettra un terme à sa carrière en Fédérale 1, échouant à aider le petit club de Marseille à passer en ProD2…

Jonah, le Souffle de la Colère se paye le luxe d’être formidablement filmé, mis en musique, na mâchons pas nos mots, à la Terrence Malick. Une perfection esthétique au service d’un sport brutal, et peu porté sur la finesse. Mais c’est avant tout la trajectoire d’un homme, mal compris dans son pays mais adulé ailleurs, et ce qu’il est, au-delà du rugby. Le documentaire de Stéphane Le Goff aligne un casting de rêve (Fitzpatrick, Hastings, Piennaar, Benazi, Lievremont, N’Tamack, Catt, Williams) mais surtout il révèle un homme simple, qui priait avant chaque match pour que personne ne soit blessé (!) et qui est tout étonné à 32 ans d’être encore en vie…




jeudi 30 mai 2013


Pop Redemption
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Séquence copinage.

Les amis d’Avalon sortent la semaine prochaine leur troisième long métrage, Pop Redemption, après Le Soleil au Dessus des Nuages. Déjà une histoire de rédemption (celle de Daniel Prévost), en plus sérieux tout de même. Et le mi-documentaire, mi-fiction La BM du Seigneur.

Le pitch : un groupe de black metal trentenaires au bord de la séparation, les Dead MaKabés, obtiennent la chance de leur vie : un concert au Hellfest, le plus grand festival français de metal. Mais suite à un malheureux concours de circonstances (on va pas tout vous raconter non plus), les voilà obligés de changer d’identité et… à jouer des chansons des Beatles : pop redemption.

Regard tendre sur un univers vilipendé (celui du black metal), satire bien vue sur les difficultés de la musique amateur, cette aimable comédie réunit des gens comme Audrey Fleurot (Mme Larcher du Village Français) ou Alexandre Astier. Mais surtout l’immense Julien Doré, qui fait là des débuts fracassants dans un premier rôle. Crédible en métalleux (avec quelques répliques cultes autoréférentielles !),drôle et émouvant.

Juju, on te revoie quand tu veux.




samedi 25 mai 2013


Merci Julien !
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]

Julien Doré (d’avance notre chouchou puisqu’il joue dans le film des copains d’Avalon, Pop Redemption) signe la plus belle phrase de la semaine. On lui demandait s’il stressait à l’idée de « monter les marches » d’un certain Festival du Sud de la France. A question con (et un peu usée, quand même), réponse con : Notre Julien, CineFaster dans l’âme, de répondre :

– « Vous savez, ce n’est qu’un escalier »

Bravo Juju !




vendredi 24 mai 2013


Tout Star Trek sur Arte !
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Non, ce n’est pas un gag, ni même un poisson d’avril tardif pour Vulcains : Arte, vous avez bien lu, la chaîne franco-allemande de la culture va diffuser sept films de la série Star Trek avant la sortie du deuxième opus, JJ Abrams style, Into Darkness, le 12 juin prochain.

Comment ne pas y voir, à la suite de notre récente chronique sur Spielberg, la victoire de la geek nation ?
Que n’avons nous pas entendu, en 1982, quand nous louions les qualités scénaristiques de la série Star Trek, qui balbutiait enfin, avec quinze ans de retard, ses premiers pas sur TF1 !

« Série en pyjama » « ridicule à l’époque de Star Wars », j’en passe et des meilleures. C’était oublier, ou simplement ne pas voir, que les scénarios étaient d’excellente facture, souvent écrit par des grands noms de la SF ou du polar, comme Robert Bloch. Et traitaient de grands sujets, bien plus ambitieux que les thématiques wagnériennes de la Guerre des Etoiles.

Passer aujourd’hui sur Arte, c’est plus qu’un gag, c’est une reconnaissance.

Et une victoire. Totale.

Dimanche 26, 20:45, Star Trek
Lundi 27, 20:50, Star Trek II La Colère de Khan et 22:40, Star Trek III la recherche de Spock
Dimanche 2 juin, 20:45, Star Trek IV Retour sur Terre et 22:35, Star Trek V L’Ultime Frontière
Lundi 3, 20:45, Star Trek VI Terre inconnue et 22 :35, Star Trek: First Contact (en zappant bizarrement Star Trek : Générations)




lundi 20 mai 2013


Prohibition : Une Expérience Américaine
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

Ce qu’il y a de bien avec Ken Burns, c’est que rien ne change. Depuis toujours, le même dispositif : séquences d’archives noir et blanc, photos d’époque soigneusement zoomée puis dezoomées (un effet qui s’appelle désormais « Ken Burns » sur iMovie), interviews de spécialistes en portrait gros plan couleur, et plan de coupe – léché – en couleur. C’est tout. Les mêmes quatre plans depuis trente ans, de The Civil War à Prohibition : Une Expérience Américaine. Et le même ennui qui guette à chaque fois : The Civil War, 25h de documentaire ? La Prohibition, 5h ? On commence à regarder et on s’ennuie.

Et puis tout doucement, la petite musique de Monsieur Ken Burns nous trotte dans les oreilles. On rentre à la maison et on veut tout de suite se coller à l’épisode 4 de Prohibition : Une Expérience Américaine. Pourquoi ? Parce que Burns fait confiance à notre intelligence : pas besoin de gros effets de manche pour se faire entendre. Et l’histoire, ça prend du temps.

On ressort donc de ce dernier documentaire avec l’impression d’en avoir beaucoup plus appris que sur la Prohibition. Sur l’émergence des lobbys, qui vont devenir une composante essentielle de la vie américaine. Sur la libération de la femme, qui n’aurait pas eu le même visage si deux femmes n’en avaient pas incarné l’instauration de la Prohibition, puis son abolition. On se mettrait bien à écouter du Jazz, aussi, parce que ce que fait Wynton Marsalis sur la BO (pourtant extrêmement discrète) est assez sexy.

On ne saurait donc trop vous recommander de poser quelques RTT, on ne sait jamais.




dimanche 19 mai 2013


Steven Spielberg
posté par Professor Ludovico dans [ Brèves de bobines -Les gens ]

Comment ne pas triompher ? À l’heure où notre héros des années 80, Mr Dents de la Mer et Indiana Jones est descendu sur la Croisette pour consacrer la Palme d’Or des Alpes Maritimes 2013, le voilà encensé par la presse comme, je cite, « le meilleur réalisateur au monde encore vivant »…

Que de chemin parcouru par la critique, et par notre entourage, qui vilipendait le cinéma « enfantin » de Spielberg, son sous-cinéma à base d’extra-terrestres, d’aventuriers pulp, et de requins tueurs ?

Les mêmes rétorqueront Schindler, Munich, ou Couleur Pourpre. Mais c’est un grave contre-sens : le cinéma de Spielberg était déjà là en 1980, quand Starfix (O Starfix !) épluchait une scène de Duel à l’occasion de sa sortie en salle*. Et démontrait, plan par plan, le génie hitchcockien d’un réalisateur de 25 ans.

Car le talent d’un artiste ne se situe pas dans sa capacité à s’emparer de grands sujets de société (l’Esclavage, la Guerre de Sécession, la Shoah), mais bien de leur donner une forme. Spielberg faisait des films d’ados, il fait maintenant des films d’adulte. Il a formidablement réussi des films idiots (Jurassic Park – Le Monde Perdu) et parfaitement raté des films profonds (Always), mais ce qui compte c’est son génie d’artiste, sa capacité à transcender la forme, donner une forme à une idée.

Comme cette scène de Il Faut sauver le Soldat Ryan, zappée l’autre jour sur France4. On a enfin retrouvé Ryan. Il est avec sa section, vers Vierville. Tom Hanks le prend à part pour lui annoncer la nouvelle : tous ses frères sont morts, il va rentrer au pays. Il y a quelque chose qui cloche dans la scène, le spectateur le sait, mais Tom Hanks, lui, ne le sait pas. Tout est dans le casting : Ryan ne peut pas être cet acteur inconnu (Nathan Fillion, futur héros de Castle) ; nos héros ne peuvent déjà (au bout d’une heure de film) avoir achevé leur quête. Et puis il y a quelque chose de légèrement comique dans la mise en scène, dans le jeu de l’acteur. Dégingandé, il avance en crabe, un peu comme un imbécile. C’est drôle, et pourtant la scène est terrible. Spielberg joue avec nos nerfs, en étendant cette scène jusqu’à l’infini : les autres soldats de la Patrouille Hanks jettent des regards désabusés, et à vrai dire, franchement odieux, sur ce pauvre type qui a perdu ses trois frères. Ils s’en foutent, ils ont déjà failli mourir à cause ce pauvre connard. Un truc cloche donc, entre ce qu’ils pensent et ce que pense le spectateur, et puis le gag tombe : « Mes frères sont morts au front ? Mais c’est impossible ! Ils sont en primaire ! »

Un type qui sait faire ça est un grand metteur en scène, peu importe qu’il parle de dinosaure ou du 13ème amendement…

* Duel est un téléfilm et connut – fait exceptionnel – une sortie en salles en France