vendredi 28 août 2026


La Fin d’Oak Street
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

On ne devrait jamais regarder une bande-annonce.

Surtout celle d’un film de David Robert Mitchell, un des derniers auteurs en activité à Hollywood, qui ose prendre vingt minutes pour installer ses personnages et sa situation. En l’occurrence, une famille typique, un peu neuneu, des années 80. Papa et maman, la banlieue résidentielle avec grande fille, petit garçon, et gentil chienchien. Survient alors l’épisode Spielbergien, déjà connu des malheureux qui ont vu la bande-annonce : un grand flash lumineux et voilà le quartier téléporté dans le jurassique…

Comme nulle part dans le cinéma actuel, David Robert Mitchell amène par petites touches l’invasion des dinos, une queue par-ci, un étrange bruit par-là. Mitchell vient d’un autre cinéma, celui du Myth of the American Sleepover ou de It Follows. Il est un genre à lui seul. Instantanément, on est à nouveau plongé dans l’inquiétante étrangeté Mitchellienne.  

C’est comme si le réalisateur avait importé sa weirdness dans le monde très policé du blockbuster. C’est immédiatement ce que le film dégage – et c’est sa grande force. L’intrigue est certes originale, mais classique dans le fond, et on voit très bien ce qu’un Spielberg ou un Michael Bay en aurait tiré (dinos, scènes d’action, rédemption familiale). Mais si Mitchell utilise tous les ingrédients habituels, il ne cuisine pas le même plat.

Un personnage de Under the Silver Lake le prédisait : « au milieu de la production Hollywoodienne actuelle de blockbusters, Monsieur Propre sauve le monde ». C’est tout le contraire que propose La Fin d’Oak Street. Par exemple, personne ne s’entraide. Un voisin est agressé, on ne lui offre pas de refuge. Une voiture démarre, inconsciente du dino qui la menace, les héros ne l’alertent pas. Tout cela choque le spectateur, habitué à la mécanique enjeu/résolution totalement scripté du genre. Le final lui-même, qui ressemble à une happy end classique, couvre quand on y regarde de près quelque chose d’absolument atroce. Il y a aussi des scènes, totalement absurdes (dans le sens noble du terme), qu’on ne verra jamais chez Spielberg.

A cela, le film superpose, au-delà des tropes mitchelliens (monstres, piscines, parents défaillants), quelques sous-textes bienvenus, illustrés à chaque fois d’une imagerie qu’on n’oublie pas. Un incendie, qui semble évoquer celui de Los Angeles. Un varan, qui s’insinue dans le foyer comme une métaphore chtonienne du ver qui serait dans le fruit de cette famille au bord du gouffre. Et une allégorie de l’air du temps : l’indicible horreur de retourner, à tous points de vue, à l’Age de Pierre …

Tout cela, on le voit, intéressera le CineFaster très au fait de l’œuvre du réalisateur. Mais quelle cible peut-il toucher ? Les Mitchelliens trouveront le film un peu falot comparé au reste de l’œuvre. Le grand public (c’était le cas au BNP Pathé Opéra) ricanera à deux ou trois gags sans vraiment se passionner pour ce Dino-movie mou du genou.


Votre réponse