jeudi 27 août 2026


Tim Curry, une élégie
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les films -Les gens ]

Le bétail meurt et les parents meurent,
Et pareillement, on meurt soi-même.
Mais je connais une chose qui ne périt jamais :
Le prestige des exploits d’un homme mort.

Comme le dit le poème norrois, Tim Curry n’était pas immortel, le professeur Frank’n’Furter, si.

On l’a déjà dit, le Rocky Horror Picture Show c’est quelque chose de plus qu’un simple film, plus qu’un fétiche 80’s de nos années de jeunesse, c’est une initiation consubstantielle, un rite de passage à l’âge adulte, quelque chose de bien plus important que le cinéma.

Cela devait arriver. On savait Tim Curry malade. On avait vu sur les Internets le flamboyant travesti de la planète Transylvania cloué sur un fauteuil suite à son AVC.

Tim Curry a eu plusieurs vies, cependant.

L’essentiel de sa carrière se fit au théâtre. Dans la comédie musicale, car Curry chantait très bien (de Hair aux classiques Gilbert et Sullivan et leurs Pirates of Penzance, en passant par Spamalot, la comédie des Monty Python pré-Sacré Graal…) Dans le théâtre plus traditionnel il fut Amadeus avec succès, ou interpréta des grands noms comme Stoppard, Brecht, Genet, et même le rôle du procureur dans The Wall au concert de Berlin).

Sinon, quelques albums rock à son actif peu connus en France, et évidemment, une tripotée de films. Là aussi avec des rôles marquants (le terrifiant le Seigneur des Ténèbres dans Legend, ou le clown de Ça), et beaucoup de seconds rôles (A la Poursuite d’Octobre Rouge, Annie, Maman J’ai Encore Raté l’Avion, Les Trois Mousquetaires, Charlie et ses Drôles de Dames, et énormément de doublage, même malade…)

Mais surtout, bien sûr, son premier rôle, le Professeur Frank’n’Furter. Un personnage qui lui apporta, selon ce qu’on en pense, stardom et malédiction. Le tournage du Rocky fut plutôt un mauvais souvenir pour tout le monde, et la célébrité culte qui suivit, plutôt encombrante*.

Mais voilà, un acteur a beau prétendre comme Viola dans La Nuit des Rois qu’il n’est pas ce qu’il joue, c’est pourtant ce qu’il fait. Il monnaie son image, il nous vend son âme pour toujours… Pour nous, Tim Curry est le professeur Frank’n’Furter.

Au-delà de sa tonitruante entrée en talons aiguilles dans un ascenseur hors d’âge « I’m not much of a man by the light of day, but by night I’m one hell of a lover », Curry/Furter s’est installé dans nos cerveaux comme le dépositaire de tout le message du Rocky.

Forever, donc : Don’t dream it, be it.  

* Susan Sarandon, cinquante ans après, se fait encore traiter de slut (salope) dans la rue, comme son personnage Janet Weiss…