Un chef-d’œuvre, ça n’arrive pas tous les jours. Un chef-d’œuvre discret qui se cache derrière un pitch unique, c’est Los Años Nuevos…
On suit en effet un couple (et quelques amis) pendant dix ans, mais seulement les 31 décembre et 1er janvier. Entre-temps, c’est hors-champ, et rien que ça, c’est déjà passionnant : que s’est-il passé cette année ? C’est ce qu’on va apprendre, évidemment, dans l’épisode qui suit.
Rodrigo Sorogoyen, déjà auteur de très bons films (Que Dios nos Perdone, El Reino, As Bestas…) réalise cela sans aucune afféterie stylistique*. Tout a l’air très simple, jusqu’au moment où l’on comprend qu’on est sur un plan séquence depuis une demi-heure…
Car évolue, devant nos yeux ébahis, un couple d’acteurs extraordinaires (Iria del Río et Francesco Carril**) qui portent ce couple de cinéma pendant dix heures, et c’est beau comme la vie. Comment on se rencontre, comment on tombe amoureux, comment on se déchire ou comment on se retrouve…
On osera dire qu’on n’a jamais vu ça. Tomber amoureux, par exemple. Là où n’importe qui ferait des raccourcis cut (un petit sourire, des mains qui se frôlent, un baiser, et puis on couche ensemble), Sorogoyen décide de la jouer live, temps réel. Pendant que les dialogues de la soirée sont volontairement small talk (t’as des clopes ? tu reprends une bière ?) la caméra s’attarde sur les corps, sur les visages, en bref l’essence du cinéma. Car ce sont eux que Sorogoyen charge de dire les vraies choses : la solitude, l’envie, le désir… La magie pure de l’acteur fait le reste ; un regard en coin, de lèvres qui se plissent, et on comprend ce qui se passe vraiment, à savoir qu’un couple se forme. On ne vous en dira pas plus, car c’est le grand plaisir, évidemment, de Los Años Nuevos.
* Mais aussi Sara Cano et Paula Fabra…
** Mais aussi Pablo Gómez-Pando, Ana Telenti, Lucía Martín Abello, Vladimir Perrin, Ana Labordeta…
