mercredi 21 décembre 2011


L.A. Takedown
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films -Séries TV ]

Joli cadeau que m’a fait Ludo Fulci en me prêtant L.A. Takedown, téléfilm américain des années 80 que je cherchais en vain depuis longtemps. Rien de moins que la première version de Heat, le chef d’œuvre de Michael Mann. Ecrit et filmé par le même Mann, L.A. Takedown est le clone de son cadet : deux héros, un flic et un voyou, s’affrontent jusqu’à la tragédie. Mais il y a un nanar et un chef d’œuvre. L’exercice est donc passionnant, comme une expérience inédite de cinéphile de laboratoire. Même scénario, même réalisateur, même décor, la flamboyante Los Angeles. Même musique (synthé + guitare planante, reprise des Stones versus reprise de Joy Division)

Qu’est-ce qui cloche alors ? Le temps, l’argent et le talent. Michael Mann, dans le mini making of prévient d’emblée : les deux films de ne sont pas comparables (10 jours de préparation contre et 19 jours de tournage contre 109 jours pour l’affrontement de Niro – Pacino). Les acteurs n’ont pas pu se préparer comme les autres, faire ces « recherches » qu’affectionnent tant les scénaristes et les acteurs US. Les cadres sont systématiquement en gros plan, comme l’exige la télévision, et il n’y a pas de place pour l’architecture, comme le souligne Mann dans le Making of. Mais surtout, il manque de Niro & Pacino, et aussi la flopée de seconds rôles, qui sont tous parfaits dans Heat (Val Kilmer, Tom Sizemore, mais aussi les femmes : Diane Venora, Amy Brenneman, Ashley Judd et Natalie Portman.)

Un véritable exercice d’analyse cinématographique, si vous réussissez à tomber dessus…




dimanche 18 décembre 2011


Le Royaume Enchanté
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens ]

De bruit et de fureur. Voilà ce que propose Le Royaume Enchanté, le livre-événement de James B. Stewart, édité chez Sonatine. Pas étonnant que l’auteur fasse référence au grand Will, car toute l’œuvre shakespearienne peut être convoquée dans cette histoire détaillée de l’entreprise Disney, entre 1984 et 2005. Ces vingt ans c’est tout simplement le règne de Michael Ier, Michael Eisner lui-même. D’abord monarque réformateur, l’ancien président de la Paramount deviendra un Richard III paranoïaque et destructeur, érodant ce qu’il avait précisément contribué à construire.

En 1984, il dépoussière pourtant la vieille maison Disney en quelques coups de cuillère à pot marketing : augmenter le prix des parkings de Disneyland, sortir les classiques Disney en VHS, bâtir des hôtels autour des parcs : en un an, Eisner fait exploser les bénéfices d’une maison endormie. Grâce à son numéro 2, Jeffrey Katzenberg, il renoue Disney avec son glorieux passé, mais oublie de le récompenser au passage. Eisner touche en un an 67M$ de prime, et Katzenberg, zéro. Ce dernier se plaint, mais n’obtient rien. Tout juste lui concède-t-on un petit bonus : 2% sur les profits réalisés sur les films produits par lui, mais uniquement quand il aura quitté la société. Katzenberg fulmine : les films sortent au compte-goutte, et il pourrait très bien ne rien toucher du tout ! Sauf qu’en 5 ans (1989-1994) Katzenberg supervise Qui Veut la Peau de Roger Rabbit ? La Petite Sirène, La Belle et la Bête, Aladin et Le Roi Lion. Très vite, Disney lui doit déjà 200M$.*

Le Royaume Enchanté regorge de ces anecdotes qui font la joie du Professore, qui par ailleurs, déteste Disney, n’est jamais allé à Disneyland, et n’a vu aucun dessin animé de l’oncle Walt.

Mais voilà, la meilleure histoire qu’Hollywood ait jamais écrite, c’est elle-même : combats d’egos, millions de dollars, intégrité artistique vs rentabilité marketing, tout y est, et bien plus encore, dans Le Royaume Enchanté. Mieux, on se plaît à se rappeler tout au long de la lecture du livre une partie de nos vies. Car ces événements, même lointains, nous y avons participé : le scandale Eurodisney, la bulle Internet, la fusion Time Warner, le succès surprise de Lost et Desperate Housewives, le départ de Katzenberg pour fonder Dreamworks (Shrek, Nemo, etc…), le succès de Pixar et le clash avec Steve Jobs, vous vous rappellerez sûrement d’un ou plusieurs de ces événements

Car que vous aimiez ou non Disney, il est le plus parfait représentant de cette culture américaine qui se déverse chaque jour dans nos télévisions, PC et iPads.

Une lecture hautement recommandable.

*Un épisode qui en dit long sur la pseudo génie des affaires américain.

Le Royaume Enchanté
James B. Stewart,
Editions Sonatine





samedi 10 décembre 2011


Intouchables : la non-critique
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les films -Pour en finir avec ... ]

Voilà, c’est trop tard. Trop de monde me presse d’aller voir le Super Film de l’Année. Vaguement tenté au début, je n’ai plus du tout envie.

Pour comprendre, il faut entrer dans le petit cerveau schizophrène du Professore. Car dans ce cerveau, il y a un gros snob qui sommeille.

Un gros mot, snob. Élitiste, aussi. Des mots interdits dans notre culture démocratique, qui confond « accès pour tous à la culture », et « culture pour tous ». On n’est pas forcé, pas forcé du tout, d’aimer ce que la majorité aime. On n’est pas forcé de detester obligatirement non plus… Mais voilà, je n’aime pas les Chtis. Pas par atavisme social (le Professore vient du fin fond de la Beauce), mais par une trop grande cinéphilie. Si l’on va voir 5 ou 6 films dans l’année (moyenne nationale), les Chtis sont un divertissement comparable à d’autres, et même plutôt favorablement comparable à d’autres. Si on va en voir 5 ou 6 fois plus, on a des chances d’avoir vu des comédies plus drôles, plus fines, plus subtiles. C’est aussi mathématique que cela.
Pour en revenir aux Intouchables, il se trouve que lorsque j’ai vu la bande annonce, j’ai caressé l’idée d’aller voir le film : j’aime Omar, j’aime Cluzet, et l’histoire avait l’air suffisamment originale. Si je l’avais vu à l’époque, il est possible que je l’ai trouvé suffisamment sympa pour écrire une chronique élogieuse. Mais voilà, je n’y suis pas allé. Et son succès m’a dégoûté de le faire. Ce n’est pas bien dire ça, je le sais ce n’est pas très rationnel non plus, même pas subjectif, mais l’idée d’aller aimer le film que tout le monde aimait, c’était un repoussoir suffisant.

Pourquoi ? C’est dur à dire.

Il y a évidemment une volonté de s’extraire de la masse, de ne pas faire partie du Mainstream, qui est une caractéristique dominante chez moi : être de gauche à une table de sympathisants UMP ou vanter les vertus d’une Kalachnikov à la Fête des Voisins de Boboland, downtown Paris 11°. Mais aussi, sûrement, l’idée qu’un tel succès consensuel ne peut être que suspect. On m’opposera Titanic, ou Tintin (la BD) mais dans le fond, un tel succès touche forcément un nœud sensible de la psyché française, et ça me dérange.

Par ailleurs, et c’est formidablement analysé dans un récent article de Libé, le « chantage au vécu » que nous impose Intouchables (« c’est juste parce que c’est vrai, et comme c’est vrai vous devez rire et vous devez pleurer ») est tout simplement insupportable en tant que spectateur. On a le droit de manipuler le spectateur, mais pas celui de le prendre à la gorge pour lui imposer des sentiments…

Intouchable, en effet.




dimanche 4 décembre 2011


Potiche
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

Je ne sais pas pourquoi, mais je vais rarement voir les films de François Ozon. Pourtant, j’ai adoré les deux que j’ai vus : Swimming Pool, Sous Le Sable. Et ce soir, Potiche.

Peut-être parce qu’Ozon fait des films de fille (ce que la gent féminine de la famille Professorale cherchait hier), et qu’aucun de ses sujets ne semble assez bankable à mes yeux.

Mais là, 10mn après, je suis séduit, et 100 mn après, je suis conquis. Potiche est un pari dingue : adapter un classique du Boulevard, signé Barillet – Gredy, et le conserver tel quel : décor criard, jeu faux façon Au Théâtre Ce Soir, dialogues surannés. Il faut une grosse paire de cojones pour tenter le coup et des producteurs spécialistes de la chose (Eric et Nicolas Altmeyer (OSS 117, Brice de Nice…))

Il faut aussi des comédiens exceptionnels (Deneuve, qui fait une fin de carrière exemplaire, Gégé, qui signe son premier bon rôle depuis… depuis…, Judith Godrèche, fabuleuse en militante RPR, et Jérémie Renier en designer gay qui s’ignore, Luchini, Viartd, n’en jetez plus, la coupe est pleine ! L’intrigue a peu d’importance : un patron (Luchini) est obligé de laisser la gestion d’entreprise à sa potiche de femme (Deneuve), face au tout-puissant député-maire communiste (Depardieu), qui n’est autre qu’un ancien amant de la demoiselle. Vous l’aurez compris, on n’est pas chez les Dardenne, mais plutôt dans une jolie fable féministe, drôle et …couillue !

C’est promis, je vais voir le prochain Ozon !




vendredi 2 décembre 2011


Ken Russell
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens ]

Le réalisateur provoc british est décédé cette semaine à 84 ans, et j’avoue que ça m’a fait de la peine, parce que j’ai adoré tous les films que j’ai vu, même si j’en ai vu peu (le bonhomme en a réalisé 70)

Mon chouchou reste Les Jours et les Nuits de China Blue, probablement irregardable aujourd’hui, mais que j’ai vu plusieurs fois, tout simplement parce que Kathleen Turner était l’actrice la plus hot des années 80. L’histoire de cette prostituée, libérée la nuit et designer coincée le jour est évidemment un conte de fées, mais c’était à l’époque un choc esthétique et moral.

Sinon, il y a Les Diables, film historique destroy sur les possédés de Loudun, et Tommy, la grande fresque sous acide des Who, le seul film qui mérite véritablement le titre d’opéra rock…

Ken Russell était un grand formaliste, un peu défoncé, un peu délirant, osant un cinéma peut-être foutraque, mais un cinéma original et dérangeant qu’on a du mal à imaginer aujourd’hui… Ken Russell meurt sans héritier.




mercredi 30 novembre 2011


Drive
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Avant de m’attirer les foudres du Framekeeper, je me lance : Drive est un excellent film ; je ne dis pas encore chef d’œuvre, car j’ai deux réserves que j’exposerais plus bas, et je laisse donc la postérité juger…

Mais sinon…

Nicolas Winding Refn signe ici son meilleur film (le Professore n’en a vu que deux), après l’intrigant Valhalla Rising. Polar à l’ancienne, sublimé par le talent éclatant, anti-tarantinesque, de Winding Refn, et par des comédiens excellents.

Autour d’une trame très seventies*, le réalisateur danois brode sa Tapisserie de Bayeux personnelle, dans la meilleure tradition du polar : une histoire squelettique, qui sert seulement de support à des personnages, à une ambiance. Au centre, un mécano quasi-mutique, sans nom, sans passé, un loner type du film noir, qui arrondit ses fins de mois en convoyant des gangsters. Avec des règles strictes qui pourrait résumer le film : « Je suis à vous, entièrement à vous pendant 5 mn. Mais je n’ai pas d’arme. Je ne participe pas au braquage. Après 5 mn, je m’en vais, vous ne me reverrez jamais »

Après une séquence d’ouverture millimétrée exposant ce concept, Nicolas Winding Refn enchaîne sur dans la grande tradition du polar social : une voisine, un gamin, un mari en taule, et le drame : inéluctable.

Qu’est-ce qu’a de plus Drive ? C’est d’opposer, toute simplement, une fin de non-recevoir aux pseudo-exigences du cinéma actuel : les poursuites doivent être survitaminées ? Refn préfère une froide et plate efficacité. Il faut des dialogues fleuves, des réparties, une bonne vanne à chaque fin de page (Tarantino) ? Non, le silence, la vibration de la ville, un sourire, un mot. La communication, chez Refn, ne sert à rien, à l’image de son Guerrier Silencieux sans ligne de dialogue de Valhalla Rising**. Il est servi en cela par un comédien exceptionnel, qui petit à petit mène sa barque au milieu des gros paquebots Hollywoodiens, mais qui petit à petit trace une route exigeante et sûre d’elle même… ce comédien, c’est Ryan Gosling. Avocat hystérique dans La Faille, prof à la dérive dans Half Nelson, présent à la fois chez Clooney (Les Marches du Pouvoir) ou dans des grosses comédies (Crazy Stupid Love), il joue ici à la limite de l’autisme, avec une capacité étonnante à faire évoluer le personnage en cent petites minutes. Un parfait personnage de Manchette***… Sans parler de Carey Mulligan, craquante en jeune mère paumée, et mes chouchous utilisés à contre emploi (Oscar Isaac (Agora) et Christina Hendricks (Mad Men)…

Après, on admettra que l’intrigue est squelettique, avant tout un prétexte, comme souvent dans le polar, pour poser cette ambiance. On sent bien que Nicolas Winding Refn se contente de surfer à la périphérie de cette intrigue, pour mieux se concentrer sur le mise en scène : chaque plan est travaillé, allongé à l’extrême, refusant la facilité du cut. Esthétisant à mort, on reconnaîtra le style Refn entre mille : visages rouges, musique hypnotique, sourdes vibrations lynchiennes. C’est la force de ce cinéma, c’est aussi sa faiblesse. Ses tournures de style seront peut-être désuètes dans vingt ans, comme 37,2 Le Matin ou La lune dans le Caniveau.

Deuxième regret, une fin étonnante, qui ne satisfait pas l’européen qui sommeille dans le Professore, mais qui colle au personnage, à son parcours, à ses enjeux dramatiques.

Il est encore temps d’aller voir Drive.

*Le livre de James Sallis a pourtant été écrit en 2005

**Mais au contraire de ce film quasi expérimental (comme Bronson, à ce qu’il parait), Refn est ici dans le film grand public, plus facile. Et il n’en est que meilleur…

*** Martin Terrier était pauvre, esseulé, bête et méchant, mais pour changer tout ça, il avait un plan de vie beau comme une ligne droite.
Jean-Patrick Manchette – La Position du Tireur Couché




lundi 28 novembre 2011


Tintin et le Secret de la Licorne
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

L’adaptation est un dur métier. C’est pourquoi le bon Stanley recommandait de ne s’attaquer qu’à des romans de gare. L’escalade de chef d’œuvre, même par beau temps, n’est pas recommandée.

Quand un livre, une BD, est portée au pinacle par une bande de fans hardcore, qu’il s’agisse du Seigneur des Anneaux, de Dune, de Lolita ou du Festin Nu, peu importe le nombre, c’est eux qui ont raison : ils seront les premiers experts vers qui l’on se tournera dès lors qu’il s’agira de recueillir un avis. Et s’ils prononcent une fatwa, malheur à l’adaptateur sacrilège !

Le problème avec Tintin, c’est qu’il y a beaucoup de monde dans cette communauté hardcore. Tout un chacun (européen) a eu son premier Tintin pour ses sept ans, un bien plus joli cadeau que le pull à grosses mailles offert par Mémé. Et, des années après, c’est cette première image de Tintin, bien plus que l’histoire, qui nous reste : deux traits, une houpette, deux points pour faire les yeux, voilà notre héros. Il a une voix dans notre tête, des expressions, qui n’existe que pour nous, et pour nous seuls.

En adaptant un projet vieux de trente ans, Spielberg a évité ces problèmes de débutants : il s’est garanti (et cela a pris du temps) de la neutralité de la veuve Hergé, et a tout fait pour se la mettre dans la poche (avec probablement cette superbe introduction). Il s’est évité bien des ennuis en refusant d’adapter n’importe quel Tintin, mais en choisissant dans les diptyques, et peut-être le plus facile d’entre eux (Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge). Mais surtout, il a choisi de NE PAS ADAPTER Tintin, en proposant une aventure à part, situé dans cet univers mais avec une histoire relativement différente, en mélangeant les deux avec une pincée de Crabe aux Pinces d’Or

Le résultat est excellent, même si l’on en convient, ce n’est pas Tintin, mais plutôt un jeune Indiana Jones qui serait reporter et belge, un prequel en quelque sorte. Spielberg utilise sa maestria et sa créativité habituelle pour livrer des poursuites de toute beauté, le tout servi par une réalisation en image de synthèse exceptionnelle… On reprochera juste le manque de temps morts, ce qui laisse peu de place à l’émotion… et pourtant il y en a, dans Tintin !

Mais le plaisir est là… Vivement la suite…




samedi 26 novembre 2011


The Walking Dead
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

The Walking Dead, c’est d’abord une excellente série BD, qui en est déjà à son 13ème volume en France. C’est maintenant une série sur Orange Cinéchoc et en DVD. Les deux séries partagent les mêmes qualités, dont la principale est de renouveler la thématique, plutôt ado-régressive, des zombies. The Walking Dead joue en effet la carte du réalisme plutôt que celle du genre : plutôt que la carte supermarché-blonde écervelée-hélicoptère salvateur, la série se propose de jouer la carte Après. Comment survit-on dans un monde post-apocalyptique : comment manger, dormir, aimer, alors que la mort règne partout. Cet aspect-la des deux séries les rendent particulièrement passionnantes, comme si l’ont explorait un territoire vierge. Il justifie à lui seul de découvrir cet univers.

Le seul reproche que l’on puisse adresser à The Walking Dead, (et ce qui suit va m’attirer les foudres de Rupelien et Ludo Fulci, qui dirigent, comme chacun sait, la Direction Bandes Dessinées d’une grande entreprise française de loisirs), c’est son côté « gentillet ».

C’est quoi « être gentillet » ? C’est partager une vision naïve, , idéaliste, irréaliste de la vie. Garder une forme de foi boy-scout en l’humanité. Et ça n’a rien à voir avec le genre. Prenons par exemple la sitcom. Friends et Seinfeld évoquent le quotidien de trentenaires new-yorkais et bourgeois… Mais l’une est gentillette, l’autre pas. Pourquoi ? Si les personnages de Friends font preuve de défauts très communs, (bêtise, avarice, égoïsme…), mais à la fin de chaque épisode, ils montrent une vraie volonté de réparer les dégâts causés, de s’améliorer, de grandir. On conviendra que cette posture est peu réaliste, et éloignée de la nature humaine traditionnelle. A l’opposé, les personnages de Seinfeld sont très semblables : avares, idiots, égoïstes, mais rien ne viendra jamais compenser cette attitude. Comme chez Kubrick, l’homme est, sans happy end rédempteur.

Il n’y a pas de happy end rédempteur dans Walking Dead, mais on est loin quand même de La Route. Dans cette Amérique livrée aux morts vivants, il y a certes de la place pour le réalisme : supprimer un ami infecté, par exemple, ou poursuivre dans la racisme et l’intolérance alors que la communauté humaine, réduite, devrait plutôt resserrer les rangs. Mais la BD et la série laisse tous les deux places à des rédemptions très américaines, qui sonnent comme autant de fausses notes dans cette belle symphonie : le gang latino qui s’occupe de l’hospice de vieux dans l’épisode 4 en est un bon exemple…
Que cela ne vous décourage de dévorer The Walking Dead, BD ou TV, car la série reste à ce jour la seule tentative sérieuse de film de zombies.

Rien que pour ça, debout les morts !




lundi 21 novembre 2011


Grosse flemme
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Ben voilà, malgré un programme chargé (Drive, Les Marches du Pouvoir, Tintin, Contagion), impossible d’extraire ses fesses de la chaleur cocoonique du foyer familial. 15 000 bonnes raisons s’offrent à nous : notre deux-mâts de Virtual Regatta en difficulté au large d’Auckland, le Rugby européen sur France2, PSG-Nancy (si on avait su !) Surtout, c’est l’absence d’élément moteur (le petit camarade qui te relance sur Drive…) qui nous fait lâcher l’affaire…

Finalement, ça sera The Walking Dead sur la télé…

D’ailleurs, on y reviendra.




dimanche 20 novembre 2011


Bus Palladium
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

Nous ne pensons pas grand bien de Christopher Thompson : acteur médiocre, le plus souvent cantonné à des rôles chez sa talentueuse mère (Danièle Thompson), il n’a pas vraiment impressionné la pellicule jusqu’ici.
Avec Bus Palladium, il signe son premier film, qui, loin d’être parfait, se révèle pourtant prometteur. Car s’il enchaîne les clichés plus rapidement que Desperate Housewives, Bus Palladium brille par son absolue sincérité.

Pour les moins de vingt ans, rappelons ce que fut le « Bus » : un club branché de la rue Fontaine, qui connut son heure de gloire dans les années 60, puis les années 80, en hébergeant la scène rock française. Thompson raconte l’odyssée d’un de ces groupes, et ça sent le vécu. On suivra ces quatre copains au travers de ce biopic rock classique : deux têtes pensantes (chant-guitare) qui se rencontrent, le copain sans talent qui s’improvise manager, les repets, les premiers contacts avec une maison de disque, la tournée, la drogue, etc.

Le premier coup de génie de Thompson est de suivre les théories de McKee, le ponte du scénario américain, et (et sûrement les conseils de sa mère), c’est à dire de ne partir que de son expérience personnelle, même si vous écrivez une histoire d’extraterrestres. Au lieu d’essayer de raconter Téléphone, Trust ou Taxi Girl, Thompson parle de Lust, un faux groupe, mais qui sonne vrai. L’histoire est bien bâtie, sur un traditionnel flashback, les comédiens sont excellents (Marc-André Grondin, Arthur Dupont,
Jules Pelissier, Abraham Belaga), jouent vraiment des instruments (ce qui apporte beaucoup à ce genre de film). On reprochera donc seulement au réalisateur ses scènes à l’emporte-pièce, ses emprunts grossiers (la cravate de The Big Chill, la citation de Jagger), l’irréelle maturité de ses personnages adolescents.

Mais à la fin du film, on en veut plus, ce qui est si rare au cinéma… On guettera donc la prochaine œuvre de Mr Thompson…