Il y a un an, Los Angeles brûlait. Nous avions commencé ce post, jamais publié. Pour ce triste anniversaire, on se lance malgré une Amérique qui ne fait plus trop envie… Mais quand on suit Gavin Newson, le sarcastique gouverneur démocrate de Californie, et principal contempteur de Trump via des posts Instagram délirants et hilarants dans le plus pur style MAGA, c’est peut-être de là que viendra le salut.
Janvier 2025 : la Cité des Anges, l’Usine à Rêves brûle comme dans un action movie des années 80. Malheureusement, Bruce Willis ne viendra pas tirer Jamie Lee Curtis et son bébé de sa maison en flammes, aux commandes d’un hélicoptère des Navy Seals.
Si L.A. brûle, c’est en partie par la faute des idiosyncrasies américaines. Si le réchauffement climatique qui n’est pas dû qu’aux californiens, ils en sont l’exemple le plus évident : surconsommation (notamment de pétrole et de viande), place démesurée allouée à la voiture, frénésie immobilière sans plan urbanistique*, services publics en berne**, assurances annulant leurs clauses incendies, etc.
Los Angeles brûle aussi pour d’autres raisons. Cette ville n’a pas d’eau, elle n’en a jamais eu et n’en aura jamais. La Los Angeles River qui a donné son nom à la ville est un filet d’eau grise (que l’on voit par exemple dans Tonnerre de Feu ou Grease). L’eau a été amenée de force, par l’aqueduc créé par William Mulholland au début XXe siècle. Un aqueduc volant l’eau des plateaux environnants et de ses paysans, pour nourrir une ville grossissant chaque jour à vue d’œil***.
Mais voilà, notre cœur est brisé, car cette ville, le plus souvent moche et vulgaire, a une âme, et une histoire.
Si la Cité des Anges est globalement moche, c’est qu’elle est le résultat de l’accumulation de quartiers sans queue ni tête, sans plan d’urbanisme, ce qui fait que l’on passe d’un bloc à l’autre, d’un quartier très chic à un quartier très pauvre. L’européen y perd ses repères : le centre-ville qui recèle quelques merveilles architecturales dont le Bradbury Hotel de Blade Runner, est plutôt mal famé, même s’il est en voie de gentrification. Au contraire, les banlieues pavillonnaires sont riches (à l’ouest), ou pauvres (au sud et à l’est). Le Hollywood Boulevard****, fréquenté par les touristes en quête de rêve hollywoodien est un quartier limite dangereux la nuit tombée.
Pourtant cette ville a une histoire, et cette histoire n’est pas banale. D’abord celle des missions catholiques du Camino Real, le Chemin du Roi, qui relie toute la côte Pacifique jusqu’au Mexique. De sorte que toutes les villes ont des noms espagnols : San Francisco, Santa Monica, San Diego. L’une de ces missions était celle de El Pueblo de Nuestra Señora la Reina de los Ángeles, « ville » bâtie dès 1781. Ce pueblo, on peut le voir encore aujourd’hui, Mont-Saint-Michel pour touriste, presque à l’écart de la ville. C’est le Los Angeles de Zorro.
Puis les Américains ont repris la Californie et la ville a commencé à se développer. D’abord, par les vergers, plantations d’orangers qui couvraient les collines d’Hollywood, et qui étaient reliés par le train jusqu’au centre de la ville, Downtown L.A.… Et comme la ville ne cesse de se développer, il fallait de l’eau. L’aqueduc de Monsieur Mulholland fut la solution. La ville poursuivit son développement tentaculaire dans les années 20 avec un réseau de tramway et de train très conséquent*****.
Et puis il y a quelques merveilles comme Downtown L.A., et ses bâtiments Art Deco, souvent défraichis (le passé n’intéresse pas les Américains), la Villa Getty, les Tar Pits, les plages, Malibu. Et pour les plus curieux, la longue histoire criminelle de Los Angeles : le Dahlia, la Manson family, l’affaire OJ Simpson…
Il y a bien sûr – et c’est ce qui nous intéresse ici – l’histoire Hollywoodienne : les studios, les villas des stars à Bel Air, les cimetières emplis de stars (Hollywood Forever, Forest Lawn, Westwood Memorial Park) ou encore les multiples lieux de tournage qui rendent L.A. si familier au touriste, l’impression de vivre au milieu des films ou des séries…
Nul doute que la Cité se reconstruira, elle qui attend depuis toujours le Big One, le tremblement de terre qui détacherait la Californie du reste des Etats-Unis. A moins qu’elle ne fasse sécession autrement : une séparation politique de l’Amérique trumpiste, elle qui se sent si californienne avant d’être américaine…
* Ironie de la situation, pour une fois ce sont les ultras riches de Pacific Palisades, ceux qui ont des Tesla, des piscines et des mansions gigantesques qui ont été touchés par la catastrophe.
** La mairie a réduit le budget des pompiers de 17M$ sur 2024-2025.
*** Raconté en filigrane dans Chinatown
**** Le Grauman’s Chinese Theatre, le Dolby Theater des Oscars, la cinémathèque (L’Egyptian), le Cinerama de Once Upon a Time in Hollywood, ou le Walk of Fame, avec les étoiles sur le trottoir…
***** Et oui, on a du mal à le croire, mais il y avait beaucoup de transports en commun à L.A. Au début, pour inciter l’investissement, on donnait les terrains à droite et à gauche de la voie à ceux qui construisait les tramways, comme pour le train qui traversa les États-Unis au XIX° siècle. Ce fameux modèle là aussi vola en éclat dès lors que les terrains furent valorisés, construits et vendus. Plus aucun intérêt à supporter les charges de transports en commun peu rentables… Hollywood Boulevard est ainsi l’ancien tracé de la voie ferrée qui reliait les vergers au centre-ville.
