samedi 8 août 2015


The Gospel According to Saint Alfred#10 : Sex should be a surprise
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

C’est la fin des entretiens Hitchcock-Truffaut, et Hitch se lâche. Il a fait le boulot durant toute cette semaine de 1962, nous expliquant, en vrac, que Gregory Peck n’est pas vraiment crédible en avocat anglais, que le seul véritable art du cinéma, c’est le montage, qu’il faut économiser les plans larges, qu’une star ne peut pas faire le méchant, qu’il ne faut pas adapter de chefs d’œuvres, qu’il faut parler la même langue que les comédiens,
qu’il faut
que les décors aient l’air vrai, et qu’il faut faire attention à ne pas créer de confusion chez le spectateur.

Mais voilà, poussée par Hélène Scott – la femme qui sert d’interprète à Truffaut – on retourne au sujet de prédilection de Hitch : le sexe.

« Si l’on veut mettre du sexe à l’écran, il faut qu’il y ait du suspense. Je ne crois pas qu’il faut que ça soit trop frontal. D’où mon choix de femmes, le genre « Grace Kelly ». On voudrait que les femmes soit des dames au salon et des putes au lit, malheureusement ce n’est pas comme ça. »

Truffaut rechigne, non sans arguments : c’est contraire aux goûts du public masculin, qui veut voir des femmes très charnelles à l’écran, genre Jane Russel, Marilyn Monroe, Brigitte Bardot.

Mais Hitchcock prend l’exemple de La Main au Collet, où il filme Grace Kelly de manière glaciale, mais quand Cary Grant monte à sa chambre, elle l’embrasse soudainement : « Je pense que le sexe doit être une surprise. Si on montre tout, il n’y a pas de scène possible ».

Le CineFaster ne saurait que partager ce constat. Le dernier Conseil s’est déroulé Rue de Buci, avant de se conclure par une projection privée de Love, avec Laetitia Casta et Louis Garrel (à qui Michel Vaillant offrit négligemment du feu). Malheureusement, le film de Gaspar Noé (chronique à venir), n’a fait que valider ce commandement Hitchcockien.

Après 134 minutes de sexe frontal, nous étions épuisés, et fort peu excités. Mais un verre délia bientôt nos langues et nous échangeâme nos rêveries érotico-cinématographiques ; la petite culotte blanche de Miss Ripley dans Alien, les seins de Charlotte Rampling dans Un Taxi Mauve, ou l’apparition, pendant une demi-seconde, de ceux de Salma Hayek dans Frida nous firent bien plus d’effet que la beauté – pourtant incontestable – d’Aomi Muyock exposée à longueur de Love.

C’est l’effet de surprise, l’inattendu, qui déclenche l’érotisme d’une scène ; pas son exposition par trop évidente.

Que l’on ne se sente pas pour autant obligés de partager l’obsession monomaniaque de Hitch pour les blondes anglaises, suédoises, scandinaves, germano-septentrionales.

Voir ci-dessous…

« Putting sex on the screen, I think it should suspenseful. I don’t think it should be obvious. Hence my choice of women. The Grace Kelly type. In other words, what are were after? We’re after ladies in the drawing room who becomes whores in the bedroom! But they don’t do it that way. (…) Poor Marilyn Monroe, she had it hanging all over. Like Brigitte Bardot: not very subtle. »

« I think the most interesting women – sexually – are the english women. The Swedish women, the North German women, the Scandinavians, are much more interesting than the Latins. The Italians, and to some degree, the French women, having it hanging all over: the sex is all there! But these English women, who looks like a school teacher, they get in the taxi with you and, to your surprise, they tear your pants open! (…)
I think it should be a surprise; laying everything out, there is no scene to be got from it, no discovery of the sex, you know!

For example, look at the opening of To Catch A Thief, I delibaterely photographed Grace Kelly cold, and I kept cutting her in profile, looking classy, looking beautiful, looking icy, and when she gets upstairs, and Cary Grant reaches the door of her room, she plunges her lips onto him. »

« Si l’on veut mettre du sexe à l’écran, il faut qu’il y ait du suspense. Je ne crois pas qu’il faut que ça soit trop frontal. D’où mon choix de femme, le genre « Grace Kelly ». Dit autrement, que cherche-t-on ? On voudrait que les femmes soit des dames au salon et des putes au lit, malheureusement ce n’est pas comme ça. Prenez la pauvre Marilyn Monroe : elle affichait tout cela en vitrine. Pareil pour Brigitte Bardot: pas très subtil.

Je pense que les femmes les plus intéressantes – sexuellement parlant – ce sont les Anglaises. Les Suédoises, les femmes d’Allemagne du Nord, les Scandinaves sont plus intéressantes que les latines. Les Italiennes, et jusqu’à un certain point les françaises, elles affichent tout : le sexe est là, partout ! Mais les Anglaises, qui ressemblent à des maîtresses d’école, elles montent dans le taxi avec vous, et à votre grande surprise, elles vous arrachent la braguette ! (…)

Je pense que le sexe devrait être une surprise : en affichant tout, il n’y a plus de scène possible, il n’y a plus aucune possibilité de découvrir du sexe.

Dans l’ouverture de La Main au Collet par exemple, j’ai choisi délibérément de filmer une Grace Kelly froide, de profil, très classe, belle, l’air glaçant. Mais quand elle monte à l’étage et que Cary Grant atteint la porte de sa chambre, elle plonge ses lèvres sur lui. »




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