mardi 27 novembre 2007


Le Royaume
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Si, après avoir visionné 24 ou Transformers, l’on doutait encore de l’état de confusion mentale qui règne aux Etats-Unis, Le Royaume achève de vous convaincre. Voilà un film qui change tellement de casquettes que l’on frôle la schizophrénie.

L’argument pourtant, est celui de la Grosse Connerie Américaine : lors d’un attentat terroriste, 200 américains sont tués en Arabie Saoudite. Craignant la réaction du gouvernement saoudien (ou respectant simplement la légitimité du royaume ??), le Département d’Etat refuse d’intervenir dans l’enquête. Las, Jamie Foxx, un agent du FBI qui a perdu son meilleur copain là-bas, décide de mener lui-même l’enquête avec une bande de copains : la jolie scientifique (Jennifer Garner), le spécialiste en explosifs texan (Chris Cooper), et le comique juif de service (Jason Bateman). Au début, l’enquête est difficile, parce que le militaire local (je traduis : un arabe), ne fait que leur mettre des bâtons dans les roues : pas le droit de toucher un corps de musulman, pas le droit à une femme de venir dans certains quartiers, etc. Au final, pourtant, l’arabe saoudien et le black yankee vont réussir à travailler ensemble, comme on pouvait s’y attendre…

Que du classique, donc. On aurait aussi bien pu mettre Denzel Washington ou Bruce Willis, mise en scène de Tony Scott. Mais graphiquement, Le Royaume enterre ces films des années 80/90 ; le look est très clairement Syriana, ou plutôt Michael Mann, producteur du film. Images léchées mais ambiance glauque, caméra portée, musique subtile de Danny Elfman : on n’est pas dans le blockbuster traditionnel.

Sur le fond aussi. Il y a dans Le Royaume une volonté pédagogique évidente, présente dès le pré-générique : à l’aide d’infographies, Peter Berg résume en 3mn un siècle d’histoire du pétrole : fondation de la dynastie des Saoud, emprise US sur le royaume, pourtant réservé à l’origine aux anglais, aide d’Ousama Ben Laden puis mise à l’écart d’icelui, et se conclut sur deux histogrammes : à ma droite, le plus gros producteur de pétrole au monde : l’Arabie Saoudite ; à ma gauche, le plus gros consommateur de pétrole : les Etats-Unis. Ces deux histogrammes deviennent deux tours dans lesquels, évidemment, percute un avion. Ce n’est pas la première fois qu’on entend ça mais pour le coup, ça met le spectateur dans un drôle d’état d’esprit : ce que vous allez voir, les gars, c’est pas l’habituelle grosse déconnade, c’est la RE-A-LI-TE !

Ce qui fait que l’on navigue en permanence entre la consternation et l’admiration. Entre l’envie de rigoler devant tant de ridicule (J. Garner offrant des sucettes aux p’tits n’enfants) et l’envie de pleurer devant l’émotion, véritable, qui surgit ici et là, ou encore la force pédagogique du film : « A qui donne-t-on exactement nos soldats, nos ouvriers, nos dollars ? » Difficile à la fin de qualifier le film de droite ou de gauche, par exemple… Difficile de dire si le film est au final manichéen ou pédagogique … Difficile enfin de se sortir du Royaume, car la morale du film, si anxiogène qu’elle ne peut être ici révélée, oblige sans arrêt à y revenir.


5 commentaires à “Le Royaume”

  1. FrameKeeper écrit :

    Le Professeur a donc décidemment toujours quelque chose de pertinent à dire… Pas de chance pour mon come back dans les salles obscures, j’ai vu le même film que lui et il a tiré le premier.. Pour une fois, la ligne maginot Kubrik/ozu n’a pas joué et je suis assez d’accord avec lui: le film à une certaine signature visuelle et fait le go beetween entre caricature américaine et docu audacieux bien foutu… un point curieusement passé sous silence par notre maestro préféré: la scène finale. Il est vrai qu’elle a déjà été l’objet d’un magistral contre-sens par une partie de la critique officielle qui y a vu la preuve d’un film belliciste… N’importe naouac.. Il est vrai aussi que raconter la fin c’est pas bien (Rosebud c’est le traineau et le détective qui vient embéter Laurence Olivier c’est un faux: c’est Michael Caine…. ) Bon alors faut-il en parler… Oui car elle n’enlève rien au suspense… l’histoire s’achève sur la promesse terrible que chacune des parties se fait dans son coin à elle-même : « we’ll kill them all » (of memory).  Le cycle des représailles infinies est enclenché (lire « Achever Clausewitz » de René GIRARD pour les détails) Mais l’américain semble le regretter.. comme quoi même si on lu que l’ancien testament.. ça fait déjà son effet.. Allez encore un petit effort et on arrivera au dénouement incroyable de Star Wars 6.. (Je me demande toujours comme ils ont pu faire avaler ça à Lucas…) Biz

  2. Professor Ludovico écrit :

    ca fallait oser ! Spoiler 3 films en 3 lignes, c’est à ça qu’on reconnait le FrameKeeper, tombant sur l’USS Washington en plein pacifique ! bon ce qui est fait est fait ! Mais de quel star wars parles-tu ? Le Retour du jedi ? Développez, élève FrameKeeper !!

  3. CineFast » Hancock écrit :

    […] est vicieux, alcoolo, mal luné. Il crée plus de dégâts qu’il n’en résout (comme en Irak, M. Berg ?) Et quand il dit qu’il va vous la fourrer où je pense, il passe l’acte ! En face, un petit […]

  4. CineFast » Battleship écrit :

    […] pourra estimer que le talent de Mr Berg est bien gâché (après les coups de maître Hancock, et Le Royaume), et que son talent aurait pu être utilisé à meilleur escient (Dune, toujours coincé dans un […]

  5. CineFast » Deepwater écrit :

    […] quelqu’un qui n’a pas renoncé à émouvoir : c’est Peter Berg. L’homme du Royaume, d’Hancock, Battleship, des Leftovers et de Friday Night Lights réalise avec Deepwater un […]

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