jeudi 5 septembre 2019


Roubaix : Une Lumière
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il est rare que le Professore Ludovico ne soit pas d’accord avec Notre Agent au Kremlin, mais ça arrive. Elle n’a pas aimé Roubaix : Une Lumière, on a adoré. Desplechin, qui avait faiblit un peu sur Les Fantômes d’Ismael, revient ici en force, pourtant à l’écart de son parcours habituel. Un polar sur Roubaix, ville fétiche, mais filmé comme un Whitechapel chti ; corons de briques rouge, misère et petits larcins, flics débordés.

Contrairement au regard condescendant des frères Dardenne, Desplechin filme ça à hauteur d’homme (ou plutôt de femme, les excellentes Léa Seydoux et Sara Forestier)…. et comme d’habitude, il mêle stars et acteurs amateurs, ce que le spectateur accepte sans barguigner.

L’histoire est un classique du polar : une ville, la nuit (de Noël), les petites affaires qui s’enchaînent : vol de voiture, braquage, incendie, et soudain, le drame. Qui dit la vérité ? Qui ment ? Les victimes et les voyous se mélangent, sous l’œil consterné du rookie (Antoine Reinartz, personnage totalement Desplechinesque, en flic catho lecteur de Levinas), et celui, madré, du commissaire Daoud, l’impressionnant Roschdy Zem…

Car c’est là le talent de l’araignée Desplechin : elle tisse très vite sa toile d’araignée psychologique, son commissaire algérien impassible, entouré de ses inspecteurs hystériques, sa fugueuse marrante, son voyou flamboyant et son duo de jeunes femmes paumées… En deux heures, il aura creusé au fond des êtres, comme dans un Simenon.

Desplechin : cinéaste lumière.




vendredi 30 août 2019


Once Upon a Time in Hollywood
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Rien de changé sous le soleil de Tarantino : à nouveau, un film moralement répugnant, et une quantité inimaginable de talent gâché à tous les étages.

Rien de changé non plus à la critique française : Quentin Tarantino, comme Woody Allen ou Clint Eastwood, a la Carte : il beau défendre dans ses films des positions que Trump ne désavouerait pas (par exemple, quiconque entre chez moi par effraction mérite la mort), il passe entre les mailles du filet de la critique bien-pensante. Des mailles pourtant assez fines pour faire la moue devant patriotisme Spielbergien du Soldat Ryan, l’enthousiasme fifties de Zemeckis (voir ici) ou le fascisme supposé de Jerry Bruckheimer.

Non seulement Tarantino se repait de la violence sans la moindre distance, mais il a, depuis quelques films, une fâcheuse tendance à réécrire histoire : sauver l’Europe du nazisme (Inglorious Basterds), venger les noirs de l’esclavage (Django), ou ici, réécrire le meurtre abominable de Sharon Tate. Bizarrement, c’est plus choquant cette fois-ci. Peut-être parce qu’ils sont encore vivants, peut-être parce qu’ils sont directement incarnés ; on n’aimerait pas être à la place de Polanski et de la famille.

Pour autant Once Upon a Time in Hollywood ressemble à tous les autres Tarantino ; depuis Réservoir Dogs, on sait que c’est un cinéphile ; Tarantino aime authentiquement le cinéma, c’est indiscutable. Mais son cinéma s’arrête à cette cinéphilie.

Tarantino ne fait que découper des morceaux de ses films préférés, et, comme un scrap-book, les coller ensemble pour en faire d’autres sur ce modèle. Ce cinéma de copier-coller est fait avec beaucoup de talent, mais que de talent(s) gâché(s) ! Le génie de dire Di Caprio, la coolitude absolu de Brad Pitt, mais aussi des chefs déco, des éclairagistes, des cameramen et bien sûr, de Tarantino lui-même. Il sait raconter une histoire, il sait monter une scène (la ferme). On comprend qu’il attire les acteurs, car il ne leur donne que du caviar à jouer, comme la scène où Di Caprio joue un acteur qui joue un cowboy qui rate sa scène puis la recommence, le tout en plan séquence.

Tout cela est magnifique et passionnant mais malheureusement cela tourne à vide : Tarantino n’a rien à dire. En visite sur les lieux du crime, le Professore a vu le film au Cinerama Dome, 6360 Sunset Boulevard… Mais le soir, repassait sur une obscure chaîne du câble, entrelardé de pubs, le Boogie Nights de Paul Thomas Anderson.

Toute la différence entre un auteur et un faiseur.




mercredi 28 août 2019


20/20
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -Playlist ]

Les stats, c’est rigolo. Le Professore Ludovico est allé voir les films auxquels il a mis la note maximale, dans son tableur de maniaco-dépressif où il consigne les films, livres, concerts qui font sa vie.

9 films ont 20/20 et, le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est éclectique :

  • Apocalypse Now
  • 2001: a Space Odyssey
  • Alien
  • Citizen Kane
  • Monty Python and the Holy Grail
  • Y’a-t-il un pilote dans l’Avion!
  • Le Chagrin et la Pitié
  • The Rocky Horror Picture Show
  • Shoah

Il y a d’abord des évidences (le chef d’œuvre de Monsieur Coppola – final cut ou pas final cut – élu au panthéon du Professore « Plus Grand Film de Tous les Temps » ; 2001, Citizen Kane, chefs d’œuvres pour le coup plus unanimement reconnus, ou encore Alien, chef d’œuvre de la génération « nouvelle cinéphilie eighties », i.e. Starfix ou Rockyrama …)

Suivent deux films idiosyncratiques : Le Rocky, Y’a-t-il un Pilote dans l’Avion.  Même après 22 (et 9) revoyures, ils restent intacts, gravés dans le panthéon du cœur. Idem pour Shoah : revu par bouts, il n’a jamais déçu. C’est le genre d’examen que devrait repasser le Chagrin et la Pitié, ou même Citizen Kane dont on n’a pas vraiment réévalué l’usure du temps.

Au contraire de Sacré Graal, revu récemment, dont la note va être revue à la baisse. Le comique des Monty Python, qu’on croyait imputrescible, a fini par vieillir…




mardi 27 août 2019


Au Poste !
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il y a toujours quelque chose d’intéressant chez Quentin Dupieux. Si on cherche vainement l’intérêt d’ Au Poste ! pendant 45 minutes (le film dure 1h20 !), tout d’un coup, le charme arrive. Un sens inné de l’absurde, du pas de côté, qui fait la marque de ce cinéaste.

Le début fera rire une autre génération, celle du Palmashow dont vient Grégoire Ludig, le héros, mais ce n’est pas la came du Professore Ludovico. Et on est loin de Rubber (bizarrement pas chroniqué dans CineFast)…

Mais la fin y ressemble, dans la capacité qu’a Dupieux de passer poétiquement, et comiquement, du coq à l’âne.




dimanche 25 août 2019


Un Peuple et son Roi
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

Avec Un Peuple et son Roi, on assiste à un spectacle assez étonnant : un réalisateur doué, Pierre Schoeler, aux convictions républicaines assumées, admiré ici pour L’Exercice de l’État, et qui dirige ici la moitié de l’élite actuelle du cinéma français (Gaspard Ulliel, Louis Garrel, Adèle Haenel, Laurent Lafitte, Denis Lavant, Izïa Higelin, Olivier Gourmet, Noémie Lvovsky…) sur un thème porteur : la révolution de 1789, la république, le peuple.

Et au final, un OVNI. Moitié film scolaire pour collégiens, moitié film expérimental d’une incroyable vanité, le tout ne ressemble à rien, et ce n’est pas un compliment. C’est comme si le on n’avait pas su par quel bout prendre cette affaire, et tout est raté : les éclairages, les dialogues, les comédiens : rien ne marche. On aimerait avoir les tenants et les aboutissants de cette histoire pour comprendre cette incroyable ratage.




mardi 30 juillet 2019


One Heat Minute
posté par Professor Ludovico dans [ Documentaire -Les films ]

Encore un podcast, mais celui-là est incroyable. One Heat Minute a en effet pour ambition de disséquer le chef d’œuvre de Michael Mann… minute par minute ! C’est-à-dire consacrer 171 épisodes d’une heure à la tragédie angeleno-grecque de McCauley (De Niro) et de sa nemesis LAPD, Vincent Hanna (Pacino).

On l’avoue, on n’écoutera pas tout. Mais pour autant, n’est-ce pas l’image même de la cinéphilie ? N’avez-vous pas déjà passé 121 heures de parler de Star Wars ? Le Professore Ludovico n’a-t-il pas dépensé bien plus de 149 heures de son précieux temps à défendre 2001 ?

Si vous aimez Heat, allez au moins y jeter un coup d’oreille.




mardi 30 juillet 2019


Un podcast pour Chernobyl
posté par Professor Ludovico dans [ Documentaire -Séries TV ]

Très bonne façon de poursuivre l’aventure Chernobyl, la série surprise de HBO, en écoutant cet excellent podcast qui y est consacré. Passionnant à deux titres ; historique d’abord, car Craig Mazin, le showrunner, commente en détail les grandes scènes du show et l’enrichit de nombreuses histoires annexes.

Cinématographique ensuite, car Mazin explique ses choix (et ses renoncements) et ceux de Johan Renck, son metteur en scène. Et c’est à ça qu’on reconnait un grand artiste ; non pas par ce qu’il a mis dans l’œuvre, mais bien par ce qu’il a renoncé à y mettre.




vendredi 26 juillet 2019


Rutger Hauer, time to die
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens ]

« I’ve seen things you people wouldn’t believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhauser gate.
All those moments will be lost in time, like tears in rain.
Time to die. »

On peut être l’homme d’un seul film, et même d’une seule réplique. La cinéphilie n’est faite que de cela, de ces petits bouts de film qu’on se transmet comme les mots de passe d’une secte secrète, d’ « Atmosphère, atmosphère ??! Est ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?? » à « Je suis ton père ! »

Le monologue final de Blade Runner, improvisé par Rutger Hauer pour son rôle de Roy Batty, l’androïde humain, finalement très humain, a ainsi marqué des générations de cinéphiles.

Comment transformer un robot-tueur nazi blond en humain mourant sous la pluie, colombe à la main ? Il fallait le génie de Ridley Scott pour réussir cela, mais aussi celui de Rutger Hauer, immense acteur, qu’on a rêvé, pendant trente ans, de le voir tenir un rôle enfin à sa mesure. Malgré Ladyhawke, Batmans Begins, Hitcher, La Chair et le Sang et tant d’autres, Rutger Hauer n’a jamais eu la reconnaissance qu’il mérite, en tout cas au-delà du cercle de la cinéphilie.

Par sa faute, probablement. Hauer s’est beaucoup dispersé (172 films !) et par son physique (le moins qu’on puisse dire, pas vraiment passe-partout) qui occultait son immense talent.

Rutger Hauer est mort la même année que son personnage, en 2019, mais chez lui, aux Pays-Bas, à Beetsterzwaag.

L’androïde rêve désormais de moutons électriques. 




dimanche 21 juillet 2019


Pour les soldats tombés
posté par Professor Ludovico dans [ Documentaire ]

Très attendu des passionnés de la guerre 14-18, They Shall Not Grow Old, le documentaire de Peter Jackson est bizarrement raté mais passionnant. Sous la pression de Karl Ferenc et d’A.J. Beresford, le Professore avait été bluffé par la bande-annonce, colorisée à un niveau jamais atteint (mais les CineFasters savent ce que le Ludovico pense de la chose…)

En salle, cela se confirme : c’est extrêmement bien fait. Des dialogues reconstitués avec beaucoup de précision, des sons rajoutés très réalistes, et la colorisation, très soignée, qui donne l’impression d’un film vidéo légèrement vieilli.

Mais bizarrement, Peter Jackson – qui est pourtant un très bon réalisateur et aussi un grand scénariste -, a décidé de coller par dessus un flot ininterrompu de témoignages en voix off.  

Il faut donc bien écouter ces anciens soldats, enregistrés par la BBC, et lire les sous-titres en français. Sans aucune interruption, sans dramaturgie : cela rend le film assez monotone.

Pire, ces commentaires sont extrêmement intéressants, dans la lignée du 14-18 : retrouver la guerre de Stéphane Audoin-Rouzeau. Ces jeunes anglais parle d’une période  horrible… mais exaltante. C’est toute la force du doc qui commence (et finit) en noir et blanc sur les témoignages enthousiastes des poilus anglais pour ce conflit qui les concerne guère. Pourtant, certains parlent du « plus beau moment de leur vie ». On est loin des clichés du genre. Entre les deux, ces images en couleur, magnifiques, dressent un portrait effroyable du conflit, des conditions de vie dans les tranchées, et de l’horreur absolue des combats.

À voir donc, pour l’aspect documentaire.




dimanche 30 juin 2019


Les Goonies
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

Les Goonies, c’est l’apogée d’un certain cinéma américain, le Richard Donner de L’Arme Fatale et le Steven Spielberg d’Indiana Jones et le Temple Maudit, en un mot : 1985.

Autour d’une intrigue qui rappelle Les Contrebandiers de Moonfleet de Fritz Lang et ses tavernes de pirates, une bande de gamins archétypale (le petit gros gourmand et gaffeur, le chinois geek, la grande gueule, le frère aîné sportif, et le héros au grand cœur*), va partir à la recherche d’un trésor de pirate sur les côtes venteuses de l’Oregon. 

Le film est un immense toboggan qui ne s’arrêtera jamais, enchainant comme des rafales de mitraillette les répliques cultes (« Goonies never say die! »), des gags screwball comedy,  des passages secrets en veux-tu en voilà, et des planches qu’on se prend dans la figure…

Cette frénésie très talentueuse, du point de vue cinématographique, finit par lasser, comme celle du Temple Maudit, sorti un an plus tôt.

On en vient à regretter le début, où perçait une douce mélancolie spielbergienne sur le temps qui passe… Car il s’agit, une fois de plus (mais il faut le souligner à chaque fois), de riches contre pauvres, de méchants magnats de l’immobilier expropriant la middle class pour créer un golf, et séparant pour toujours les goonies. Cette introduction justificative est vite jetée à la poubelle par Richard Donner et elle sera (mal) réutilisée à la fin, pour conclure en happy end, sur un ultime rebondissement. Mais il y a un peu avant un très beau monologue du héros** (Sean Astin, qui prépare sa performance, quinze ans plus tard, dans le Seigneur des Anneaux…) au milieu…

Trop tard, trop vite.

* Autant dire la matrice de Super8 et de Stranger Things …

** « Don’t you realize? The next time you see sky, it’ll be over another town. The next time you take a test, it’ll be in some other school. Our parents, they want the best of stuff for us. But right now, they got to do what’s right for them. Because it’s their time. Their time! Up there! Down here, it’s our time. It’s our time down here. That’s all over the second we ride up Troy’s bucket. »




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