mercredi 1 décembre 2021


Wendy et Lucy
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

On peut faire du cinéma avec très peu de choses : une jeune femme, un chien, un parking de supermarché. Un film sur l’errance, mais qui restera immobile, stuck inside Oregon with the Fort Wayne Blues again, pendant 80 minutes.

Dans une de ces indistinctes villes américaines, horizontales et répétitives, où les seuls repères sont les Walgreens et les stations-services, une jeune femme (Michelle Williams) est en route pour un avenir meilleur : l’Alaska, qui promet enfin de l’emploi, enfin un endroit où dormir, enfin un endroit où se nourrir.

Mais sa voiture tombe en panne dans l’Oregon, dans une ville dont on ne saura jamais le nom. Si ce n’est qu’elle est à mi-chemin entre son départ de Fort Wayne (Indiana) et sa destination, Ketchikan (Alaska).

Kelly Reichardt aime cette immensité de l’Amérique, mais là, elle renonce justement à la filmer. En serrant le cadre autour de son actrice, l’enfermant dans ce non-lieu, les seules informations qui nous parviennent sont sonores et envahissantes. Sirène de train, voitures qui passent en coup de vent, vibration permanent de l’air conditionné. Wendy erre, mais dans un espace intérieur.

Elle n’a pour seul compagnon que sa chienne Lucy, et ne rencontrera que des personnages épisodiques : des hobos qui la conseillent sur l’Alaska, un vieux vigile de supermarché, un jeune vendeur discipliné, etc.

Mais elle va vite perdre Lucy et consacrer toute son énergie, et ses maigres dollars à la retrouver.

Cela semble peu. Le film est court mais peut paraître long. Tout y est lent. Mais c’est mal connaitre la méthode Reichardt, qui engendre systématiquement ce genre de réaction. Des films faibles, en réalité très forts. Car le slow-movie de Kelly Reichardt vous amène, imperceptiblement – mais lentement et sûrement – là où il doit, c’est-à-dire à l’émotion.




mercredi 1 décembre 2021


Kelly Reichardt
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films -Les gens -Pour en finir avec ... -Uncategorized ]

On réalise qu’on a oublié de vous parler des films de Kelly Reichardt, que Le Grand Action a pourtant la bonne idée de diffuser en intégralité depuis la rentrée. On avait jusque-là eu accès uniquement aux quatre films de la réalisatrice sortis en salle depuis 2010 : La Dernière Piste, Night Moves, Certaines femmes et First Cow.

Mais là, c’est l’occasion de redécouvrir les premiers films fondateurs de ce style Reichardtien si particulier, totalement indépendant et féministe. Des films low fi, tournés avec des amis d’Hollywood (Todd Haynes à la production,  et Jesse Eisenberg, Michelle Williams, Kirsten Stewart, Laura Dern comme acteurs)

Au programme : River of Grass (1994), Old Joy (2006), Wendy et Lucy (2008). On y revient. Et on parlera aussi de l’excellent dernier : First Cow.




mercredi 17 novembre 2021


Ninotchka
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films -Pour en finir avec ... ]

Il y a des cinéastes avec qui on n’est pas en affinité, sans vraiment savoir pourquoi. Dans les années 80, nous arrivions à Paris, tel un Rastignac des Yvelines. Le célèbre IUT-Paris V Communication d’entreprise était infesté de jeunes garçons du XVIème arrondissement qui n’avaient pas réussi à intégrer Dauphine, ou de filles (du même arrondissement) qui n’avaient pas – encore – trouvé de mari. En tout cas, c’étaient des parisiens qui fréquentaient les cinémas du Quartier Latin depuis leur tendre enfance, dès que leur grand mère avaient pu les emmener voir Les Aristochats. De sorte que la cafétéria de l’Avenue de Versailles bruissait des rétrospectives vachement bien qu’il fallait absolument voir : Hitchcock et Lubitsch…

Mais le Professore Ludovico, pauvre mais déjà snob, n’avait absolument pas envie, selon le mot fameux d’un comparse, de « pointer au chef d’œuvre »… Peut-être parce qu’il y décelait, indistinctement, une forme de choix bourgeois, et de pure convention sociale : voir des vieux films plutôt que plonger dans l’excitant cinéma eighties : Birdy, Blade Runner, ou La Fièvre au Corps

Quarante ans plus tard, voilà Ninotchka sur OCS, un des waypoints obligatoires de la cinéphilie, de surcroit recommandé par le Rupellien. Poussé uniquement par le nom du film et la présence de Garbo, (et sans comprendre qu’il s’agit d’un Lubitsch), on se jette donc sur Ninotchka.

En deux mots, trois russes (sosies de Lénine, Trotsky et Staline), sont à Paris pour vendre des bijoux de l’aristocratie tsariste. En face, le Comte d’Algout (Melvyn Douglas), playboy parisien, cherche à récupérer ces bijoux pour le compte de sa maÏitresse, la Grande Duchesse Swana.

Vite distraits par les plaisirs de la vie parisienne, les trois russes sont vite rappelés à l’ordre par l’envoi du commissaire politique Ninotchka (Greta Garbo), inflexible héraut de la révolution prolétarienne. Mais évidemment, la camarade Nina Ivanovna Yakouchova va tomber dans les bras du comte, puis se laisser séduire par les charmes du capitalisme.

Si le début avec les 3 stooges russes est plaisant, le film est très vieillot et l’histoire d’amour est tout sauf plausible. Greta Garbo a été belle, mais ne l’est plus en 1939*, Melvyn Leroy encore moins… Le rythme se traine à la vitesse du transsibérien et le film est affreusement pataud dans son anticommunisme primaire – et c’est un fan de Michael Bay qui vous le dit !

*C’est d’ailleurs son avant-dernier film.




lundi 15 novembre 2021


The French Dispatch
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Chez Wes Anderson, il y a tout ce qui normalement devrait irriter le cinéphile : un style, certes unique, mais répétitif (cadre carré, regard caméra, travelling latéral, maquettes, etc.) Toujours la même mécanique scénaristique, du général au particulier, répétée à l’envi. Des personnages stéréotypés, dans des univers qui le sont encore plus.

Vingt ans plus tard, The French Dispatch ne change rien à l’affaire. Les Royal Tenenbaums newyorkais sont réincarnés en midwesterns exilés à Angoulême, France. Mais le changement de carte postale n’affecte nullement le cinéaste : de l’Inde à Rhode Island, de la Mitteleuropa au Japon, rien ne change sous le soleil andersonnien.

Et ici, à Angoulême, la magie opère de nouveau. Car derrière cette âme d’enfant qui construit encore et toujours la maquette du Calypso, fait tourner ses trains électriques et ses Circuit24, et qui joue aux Playmobil avec ses personnages, il y a un cerveau d’adulte.

Dans tous les films de Wes Anderson, même ceux directement destinés aux enfants, les problématiques restent sérieuses : les parents absents (Fantastic Mr. Fox), la pollution (L’Île aux Chiens)… Même si The French Dispatch est plutôt léger et comique, la mort et la folie rôdent.

On ne peut pas dire qu’on rit à chaque instant, mais ce qui est sûr, c’est qu’à la fin on pleure.




samedi 30 octobre 2021


Stardust
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films -Les gens ]

Bowie aime les biopics. Ou les biopics aiment Bowie. Après Velvet Goldmine, ce sont des inconnus avec peu de sous qui s’y collent. Précédé d’une note catastrophique et d’une réputation ad hoc, Stardust débarque directement sur OCS. Pourtant il est loin d’être nul, le film de Gabriel Range, surtout si on le compare aux autres biopics musicaux (Ray, Bohemian Rhapsody, All Eyez on me)

Stardust remplit toutes les cases de ce que devrait être – et n’est jamais – un biopic. D’abord, il a un point de vue : David Bowie devient David Bowie pour ne pas devenir fou comme son frère, grand schizophrène. Bowie sera un schizophrène de scène, camouflant le vrai David Robert Jones sous des identités changeantes : Ziggy Stardust, Major Tom, Thin White Duke, Alladin Sane. Sûrement pas un scoop pour la Bowiesphère, mais néanmoins un bon point…

En se centrant sur la période pré-Ziggy, et en particulier sur une tournée calamiteuse aux Etats-Unis, Range dresse un portrait assez fin de Bowie (très bon Johnny Flynn) et de sa relation compliquée avec Angie (Gena Jena Malone, qui explose ensuite dans Too Old To Die Young).

Certes, on a droit à la happy end conventionnelle : Bowie sauvé par sa transformation en Ziggy, le personnage-concept qu’il est le seul à défendre. L’éternelle héroïsation « seul contre tous » du biopic, comme si l’art se faisait tout seul.

En réalité, l’histoire de David Bowie commence, et Ziggy est loin d’être une happy end. Mais pour cela, il faudra voir (ou revoir) l’excellent Velvet Goldmine de Todd Haynes, qui reprend la saga Bowiesque là où Stardust se termine, sur un ton beaucoup plus fictionnant et mystique.

Stardust n’a pas cette ambition, ou, en tout cas, son ambition est toute petite. Mais dans cadre, il réussit.

 



mercredi 27 octobre 2021


Return of the Secaucus 7
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

Depuis la révélation Passion Fish et Lone Star, on avait noté soigneusement sur notre Palm Pilot les films de John Sayles. Le cinéaste avait ébloui nos années 90, la grande époque du cinéma indépendant façon Hal Hartley, Steven Soderbergh, ou Harmony Korine.

Mais le cinéma de Sayles était invisible : trop américain pour le cinéma « cultivé » français, trop « cultivé » pour les américains. Pas de DVD, pas de diffusion TV, et rien sur les plates-formes de streaming*.

Et patatras, voilà qu’on apprend au détour de Libération que la Cinémathèque Française organise une grande rétrospective. On se jette d’abord sur AlloCiné – le site le plus buggé de France depuis Day One – puis on se replie sur le site de la Cinémathèque : une vraie rétrospective, avec toute notre ToDo list : The Secret of Roan Inish, The Brother from Another Planet, Baby, It’s You, Lianna, et Return of the Secaucus 7

Malheureusement, on travaille, et on ne peut pas tout voir. Donc priorité est donnée au premier film, Return of the Secaucus 7. Nous voilà donc tranquillement installé dans la salle quand un fâcheux s’empare du micro, et l’on se dit qu’on va avoir une demi-heure d’exégèse oiseuse, mais non. « Mesdames et Messieurs, je vous demande d’applaudir… John Sayles ! ». Le Maître était dans la salle ! Prototype du septuagénaire américain, cool et élégant, le Johnny nous narra en dix minutes chrono la genèse de son premier film. Simple romancier, scénariste sur les films série B de Roger Corman, John Sayles avait gagné 40 000 $ pour écrire le Piranha de Joe Dante. Il les investit sur ce premier film. Lui qui n’avait passé qu’une journée sur un plateau, ses camarades acteurs et techniciens guère plus, bouclèrent ce Return en cinq semaines…

C’est évidemment la faiblesse – et tout le charme – du film. Le montage est abrupt, et parfois hasardeux, l’image 16 mm très granuleuse, mais voilà : John Sayles a quelque chose à dire. Un petit sujet qui n’intéresse plus grand monde aujourd’hui : la vie, tout simplement. L’éternelle histoire coming of age d’une bande de trentenaires qui se retrouvent dans une maison de campagne**. L’occasion de comprendre qu’on n’a plus vingt ans, que des choix importants se profilent (le couple, le mariage, les enfants, la carrière, devenir chanteur de country ou renoncer à ses idéaux et faire du fric). Et constater l’écart qui se creuse avec les copains laissés au bled, devenus garagistes, tandis qu’on fait carrière à Washington… Malgré ses acteurs débutants***, Return of the Secaucus 7 finit petit à petit par nous gagner. À la fin, John Sayles a installé la petite musique inimitable qu’il va développer dans une vingtaine de films.

« La plupart des films [de John Sayles] sont à la pointe des grandes préoccupations de reconnaissance sociale, identitairetout en se refusant aux platitudes des discours bornés, péremptoires, du «film à sujet»» , constatait Camille Nevers dans son excellent article consacré au cinéaste dans Libération. « Latinos, Amérindiens, noirs, homosexuels, femmes, pauvres, étrangers, ruraux, les opprimés habitent ce cinéma en refusant de se laisser fixer sur une seule identité ou une fiction bouclée… »

 Rien de plus ? Rien de moins, en tout cas.

* Depuis, certains films sont disponibles sur Amazon et Canal+

** On a souvent prétendu que Lawrence Kasdan s’en était inspiré pour son Big Chill, ce que le cinéaste a toujours nié.

*** L’occasion de découvrir les début de Gordon Clapp (le Medavoy de NYPD Blue) ou David Strathairn (qui va devenir l’acteur fétiche de Sayles, puis faire carrière sur le tard : Good Night, and Good Luck, Lincoln, The Expanse…)




lundi 25 octobre 2021


Dune, part two: l’adaptation impossible
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les films -Pour en finir avec ... ]

Dune n’est pas fait pour le cinéma. Deux adaptations recensées (Lynch, Villeneuve), quatre projets connus (Jodorowsky, Scott, Berg, Morel), et plein d’autres dans les cartons : que des échecs.

Précisons notre pensée : Dune n’est pas fait pour être adapté dans le modèle Hollywoodien de cinéma. Pas parce qu’il est inadaptable pour les raisons habituellement évoquées (complexité de l’intrigue, longueur du roman…), mais parce qu’il ne peut pas fonctionner dans le business model qui fait tourner l’édition et le cinéma américain.

Où est le problème ? Dune est le livre de SF le plus vendu dans le monde, 12 millions d’exemplaires à ce jour. La famille Herbert a gagné des millions avec l’œuvre de Frank, et continue d’en gagner autant avec les prequels et autres sequels. Les Herbert veulent leur Seigneur des Anneaux, un film qui batte des records, même s’il n’est pas fidèle à l’œuvre*. Pourvu qu’il « développe », selon le langage entrepreneurial d’usage, « la franchise Dune »…

Mais le livre d’Herbert est avant tout un drame Shakespearien. Il ferait une bonne pièce de théâtre : l’essentiel de l’intrigue se déroule dans des palais, et se base sur des conciliabules, des apartés, et quelques duels à l’épée. Les batailles que l’on voit dans les films sont hors-champ, brièvement évoquées dans le livre. Dune est en réalité un film d’auteur à 10 millions de dollars, et pas à 160**. Un film pour adultes, qui parle de pouvoir, de politique, de mysticisme et d’écologie. Hamlet meet Star Wars. Il lui faut du temps, et pas de l’argent. Un artiste – disons européen pour simplifier – préférerait probablement que l’on adapte son livre ainsi, mais pour les Herbert (et les américains en général), il est inimaginable – question d’ego autant que d’argent – de faire un « petit » film sur Dune.

L’adaptation doit donc être spectaculaire : vers des sables, batailles, et encore des batailles pour attirer un public qui veut un peu plus de divertissement que de réflexions mystico-écologiques. Spectaculaire veut dire cher. S’il coûte cher, il doit rapporter beaucoup plus. Sachant qu’on ne vendra pas de Happy Meal Harkonnen, de couette Chani, ni de radioréveil Paul Atréides, il doit rapporter encore plus.

Il faut pour cela faire un film qui plaise à un public large, 13 ans et plus. La recette est simple, il faut gommer certaines aspérités : sexe, drogue, complexité morale ou politique… Pas de chance, c’est exactement ce dont parle Dune.

Le thème principal de la saga, c’est le rapport douteux que l’humanité entretient vis-à-vis des hommes providentiels. Frank Herbert écrit son livre en 1963, en pleine Kennedy mania. Son livre est une alerte contre l’adoration quasi mystique pour la famille du Président, qui fait perdre de vue les véritables enjeux du pouvoir.

Car même armé des meilleures intentions, le pouvoir corrompt. Paul, héros libérateur de Dune deviendra dictateur sans pitié dans Le Messie de Dune.

Une histoire somme toute bien éloignée de tout ce qui fait le divertissement hollywoodien, des Pixar-Disney moralistes à Star Wars et autres Avengers. Aucune trace du Voyage du Héros cher à ces films, mais plutôt l’inverse ! Certes, Paul est initié aux arcanes du pouvoir par ses mentors, il est confronté à des expériences douloureuses et rencontre des alliés inattendus. Mais le Bien ne triomphe pas, et Paul ne rentre pas à la maison pour améliorer le monde. Au contraire, sa prédiction se réalise : un Jihad terrible commis en son nom se répand dans l’univers, « faisant pire » – selon les mots mêmes de Paul – « qu’Adolf Hitler ».

On pourrait lister à l’infini tous les thèmes qui ne « passent pas » le test du business model Hollywoodien : la religion, outil cynique de gouvernement, la drogue comme acquis culturel des Fremen, le sexe comme outil de pouvoir, l’homosexualité malsaine du Baron, ses pensées incestueuses sur son neveu… Tous sujets traitables dans un film adulte signé Lynch, Cimino ou Kubrick, mais pas dans un Dune Spielbergo-Lucasien…

Les Star Wars, les Marvel ne sont pas confrontés à ces problèmes : depuis l’invention du Blockbuster en 1977, elle sont, sui generis, faites pour le grand public, notamment adolescent. Ces sujets problématiques n’ont pas besoin d’être enlevés, car ils n’y ont jamais été.

Dune, lui, est un oxymore : un drame shakespearien coincé dans un univers à grand spectacle. Il a un petit frère : le Trône De Fer, qui comporte son lot de sexe, de politique et de morale machiavélienne : mais, comme par hasard, on en a fait une série pour HBO.

Et par le plus grand des hasards, c’est HBO qui diffuse*** sur sa toute nouvelle plateforme de streaming, le Dune de Villeneuve. Ironie des ironies ! Car c’est évidemment HBO qu’il faudrait à Dune : douze épisodes d’une heure, pour un public d’abonnés adultes, ayant payé pour ne pas être censuré de sexe, de drogue, de complexité morale ou politique…

Que cela n’ait pas été imaginé reste un des plus grands mystères de l’Univers Connu. Mais comme chacun sait, il existe bien des dictons sur Arrakis : « Lourde est la pierre et dense est le sable. Mais ni l’un ni l’autre ne sont rien à côté de la colère d’un idiot. »

* Frank Herbert aurait probablement eu la même réaction. Il avait validé le film de Lynch.

** Au final, le film de Villeneuve coûte 165 millions de dollars et est censé en rapporter au moins le double. Le dernier Star Wars a rapporté 2 milliards.

***Le monde cruel d’Hollywood a vu ces derniers mois un réalisateur reconnu (Villeneuve) se battre avec la maison mère (la Warner) pour que son film soit diffusé sur grand écran, plutôt que servir de produit d’appel à HBOMax. Le canadien a fini par gagner, Dune sortira aux USA le même jour sur grand écran. Mais jeudi dernier, dans un coup de pied de l’âne dont les studios ont le secret, HBOMax a avancé d’une journée la diffusion de Dune sur sa plateforme. A la fin, c’est toujours le studio qui gagne.


 




vendredi 22 octobre 2021


Rétrospective John Sayles
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -Les gens ]

Evidemment, tout le monde dans la salle connait John Sayles, légendaire incarnation du « one for them, one for us » ; l’antienne Hollywoodienne qui veut que l’on accepte de se compromettre dans l’Usine à Rêves pour pouvoir financer/greenlighter des projets plus personnels. Par exemple, accepter – comme Steven Soderbergh – de faire la suite d’Ocean’s Eleven pour faire Bubble.

John Sayles a fait mieux que ça : scénariste de films de genre (Piranha, Alligator, Battle Beyond the Stars, Hurlements…),  script doctor renommé sur des gros films Hollywoodiens (E.T., Apollo 13, Jurassic Park…), il a pourtant dévoué toute sa carrière à un cinéma des plus indépendants, très marqué à gauche : le racisme (The Brother from Another Planet), la condition des mineurs (Matewan), la corruption dans le sport (Eight Men Out), ou dans la vie publique (City of Hope), mais aussi les drames familiaux (Passion Fish, Lone Star), ses deux chefs-d’œuvre.

A chaque fois, des scénarios humains, subtils, précis, servis  par la crème des acteurs B-list, que l’on retrouve de film en film, et qui finissent par constituer une troupe : Chris Cooper, Joe Morton, David Strathairn, Mary McDonnell, Alfre Woodward, Angela Bassett…

Même si sa filmographie s’est étiolée depuis Limbo (1997), il ne faut pas rater la quasi intégrale que nous propose la Cinémathèque, en présence du Maître.

La Cinémathèque Française
51 rue de Bercy
75012 Paris




vendredi 22 octobre 2021


Dune
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

« Dieu a créé Arrakis pour éprouver les fidèles ». Dès le départ, Frank Herbert nous avait prévenus : le Sentier d’Or ne serait pas une promenade de santé. Un très grand livre initial, mais des suites de pire en pire (Les Enfants, L’Empereur-Dieu…) Une adaptation Lynchienne en forme d’accident industriel. Des séries TV fidèles mais d’une cheapitude abyssale. Une tentative d’adaptation par Alejandro Jodorowsky. qui fait rigoler sur le papier, mais qui aurait déclenchée une guerre sainte si jamais elle était sortie. Sans parler des livres écrits par le fiston, sur un coin de table. Rien, réellement, n’a été épargné au fan de Dune, sans pour autant écorcher son estime immodérée pour le roman original et son univers…

Pour ma part, j’ai menti. J’ai trahi mes amis, qui voyaient pourtant en moi leur Lisan al Gaib, la Voix du Dehors qui les guiderait sur le Sentier d’Or. J’avais promis de les accompagner voir Dune, mais en vérité, c’était impossible. Il fallait que j’y aille seul, le premier jour, à l’aube, sans le popcorn des fâcheux. Sans amis aux pensées négatives, ou confits d’extase indue. Il fallait pouvoir pleurer en silence ou crier au génie, seul, après trente-sept ans d’attente dans le silence de l’Impérium.

« On ne verse pas l’eau des morts », mais évidemment, c’est plutôt de larmes dont il faut parler. Ce n’est pas encore cette fois-ci qu’on verra un vrai film sur Dune. Il y a bien une adaptation, signée Denis Villeneuve, qui passe en ce moment en salles, (et rencontre un immense succès), mais pas un film. Ce qui confirme au passage que Villeneuve décline jour après jour : un chef d’œuvre (Prisoners), un film expérimental intéressant (Enemy) et depuis, des films prétentieux, esthétiques, mais vidé de personnages et de sentiments.

Comme Dune.

Car, malgré l’amour évident que Denis Villeneuve porte au livre, le réalisateur échoue (on doute même qu’il s’y intéresse) à bâtir une construction dramatique, et à créer des personnages charismatiques. Dune le film est un mélange du cinéma d’Epinal (une illustration des grandes scènes du livre) et un déversoir désordonné des obsessions artistiques – hors cinéma – de Denis Villeneuve…  

C’est en vérité tout le contraire d’un Peter Jackson qui a su casser Le Seigneur des Anneaux sans le détruire. Peter Jackson est un cinéaste, il sait ce qui marche au cinéma et ce qui ne marche pas. Il développe le personnage d’Arwen, absente du livre, pour créer une love story qui emporte le spectateur. Il déplace l’intrigue des Ents, importante mais peu sexy, pour alterner moments forts et moments faibles. 

Villeneuve fait le contraire lors de l’affrontement entre le Duc Leto et le Baron Harkonnen. Il alterne cette scène cruciale avec une autre, celle de Paul et sa mère, refugiés dans une tente. Ce montage alterné se justifie parce que, dans le livre, ces scènes se passent en même temps. Mais Lynch (dont le film n’est pas bon, mais pour d’autres raisons) a compris l’intérêt dramatique du suspens autour de « la dent ».

En renonçant à poser dès le départ, les enjeux de ses personnages, Villeneuve se prive de toute résolution, et de tout drame. Pourtant, les enjeux existent, ils sont là, clairement décrits par Herbert… L’amour entre Leto et Jessica, mais aussi la suspicion, le double jeu potentiel de sa concubine, et les soupçons de Thufir Hawat, la menace qui pèse sur Yueh, sans parler des manigances qui agitent la Maison Harkonnen, ou la Maison Impériale. Même Lynch réussit (maladroitement) à les exposer…

Autre défaite du cinéma, la musique omniprésente de Hans Zimmer, révolutionnaire dans The Dark Knight, et qui confine au cliché aujourd’hui. En permanence, elle indique grossièrement au spectateur ce qu’il doit ressentir : avoir peur, être effrayé, pleurer… Une musique lourde comme les briques, posées à la truelle sur le montage de Villeneuve.

Idem pour le design du film, impeccable mais bétonné… Villeneuve aime cette architecture brutaliste, et nous l’impose désormais à chaque film. Les vaisseaux de Dune ressemblent aux galets de Premier Contact. Tout le monde semble vivre dans un décor monumental, comme dans Blade Runner 2049. Ce n’est pas un détail, c’est là la faiblesse du cinéaste ; Villeneuve n’est pas un intellectuel du cinéma, mais un graphiste qui cherche juste à traduire sa vision en images. Il ne réfléchit pas à ce que le cinéma peut – et doit – véhiculer. Il oublie que le public ne regarde pas des images, mais s’immerge dans un univers. Et que tout ce qui constitue cet univers est crucial pour ne pas perdre le spectateur. Ce qui obsède aussi bien Hitchcock, (qui voulait que l’appartement de l’institutrice des Oiseaux ne ressemble pas à un penthouse de designer), ou Ridley Scott (qui voulait que toute l’électronique d’Alien fonctionne). Villeneuve, lui, se fiche du réalisme du moment que c’est beau. Les scènes se déroulent dans de grandes pièces rectangulaire, où ne traine ni une chaise, ni un papier. Il fait sombre partout, quelle que soit la planète. On est loin de la richesse graphique de la production d’Anthony Masters, le DA du Dune lynchien, avec ses costumes victoriens et ses décors incroyables…*

Il y a néanmoins dans le Dune de Villeneuve des points positifs : Timothée Chalamet, qui sort largement du lot, malgré les pointures qui l’entourent (Oscar Isaac, Stellan Skarsgård, Josh Brolin, Javier Bardem…) Comme entrevu dans The King, Chalamet est parfait pour le rôle : frêle et fort, timide et charismatique, capable de déclencher l’émotion d’un simple froncement de sourcil. Zendaya fait de même en proposant une Chani plus rigoureuse que Sean Young. Les scènes de duels sont réussies, l’arrivée sur Arrakis et la description des Fremen et de leur messianisme, particulièrement courageuse et réussie**. Les parties dans le désert sont tout aussi magnifiques.

On ira donc voir la suite, sachant qu’en vérité, on attend l’impossible. Dune n’est pas adaptable. Pas pour des problèmes techniques, tous résolus aujourd’hui, mais pour un bête problème de business model hollywoodien.

Le Professore revient bientôt vous expliquer tout ça…

*Un exemple parmi d’autres : la navette du Héraut de l’Empereur est gigantesque, mais ne contient que quelques personnes. Les autres vaisseaux sont petits. Pourquoi ? Peut-être parce que l’Empereur est immensément riche. Dans le Lynch, c’est montré : l’intérieur est entièrement en or…

** Rappelons que ce film américain décrit des méchants capitalistes exploitant sans vergogne un monde moyen-oriental peuplé de gentils fanatiques religieux prêts à déclencher le Jihad.  




jeudi 14 octobre 2021


Le Dernier Duel
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

C’est la bonne nouvelle du jour : Ridley Scott est encore capable de faire un bon film. Sur la base d’un casting improbable : Ben Affleck et Matt Damon, les working class heroes de Boston, en chevaliers français du XIVe siècle, écrit et produit par eux. Mais c’est oublier que ce sont aussi de bons scénaristes (Will Hunting, Gone Baby Gone, The Town, Promised Land).

L’argument ici est relativement simple, et évidemment basé sur des faits réels. On n’ira pas questionner, de toute façon, la véracité d’une histoire qui a sept cent ans. Jean de Carrouges (Matt Damon), est un vaillant chevalier, loyal, au visage couturé par les batailles de la Guerre de Cent Ans. Son meilleur ami, Jacques le Gris (Adam Driver) est toujours à ses côtés. Carrouges finit par trouver une épouse, la ravissante Marguerite (Jodie Comer), fille d’un seigneur honni pour avoir collaboré avec les Anglais.

Mais voilà que Marguerite est violée, et refuse de se taire. Pour venger son honneur, son mari demande l’ordalie, c’est à dire demander à Dieu de décider qui dit la vérité, dans un duel à mort : sa femme ou son violeur.

Le génie de Ridley Scott est double. D’une part, ne jamais franchir la ligne rouge du réalisme de ce #metoo médiéval. Ensuite, ne pas chercher le chef-d’œuvre. Scott se contente de son programme de divertissement :  combats sanglants et reconstitution soignée*. En gardant ce bon niveau d’ambition, Le Dernier Duel s’approche du film parfait, qui avance vite sans pour autant perdre le spectateur. Son dispositif panoptique (la version de la femme violée, de son violeur et du mari) passe crème. Les acteurs, qui pourraient aisément sombrer dans le ridicule, tiennent la rampe, jusques et y compris Ben Affleck, qui propose dans cet univers hypocrite bardé d’honneur et de loyauté, un judicieux contrepoint, jouisseur et cynique…

A voir absolument.

* Même si le médiéviste acharné peut découvrir quelques incongruités, comme par exemple ce vitrail baroque au milieu d’une église médiévale.




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