jeudi 21 mars 2019


De l’Or pour les Braves
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Brèves de bobines -Les films ]

Inexplicablement, De l’Or pour les Braves manquait à ma collection des années 70, l’anthologie paternelle des films sur la Seconde Guerre mondiale : des Canons de Navaronne à L’ouragan vient de Navaronne (avec Harrison Ford !), du
Pont de la Rivière Kwai au Pont trop Loin . Pas que des chefs d’œuvre, donc.

Mais celui-ci est très original ; on croit commencer par un film sur Telly Savalas, mais si on lit bien le titre original, on s’aperçoit que ça s’appelle Kelly’s Heroes, que Kelly c’est Clint Eastwood, et que de héros, il n’y en a point. Kelly est un ancien lieutenant dégradé qui réunit une bande de loufiats armés jusqu’aux dents (et jusqu’au Sherman) pour aller libérer, un peu en avance, un petit village de l’est de la France. Enfin, surtout libérer sa banque de 16 millions de dollars en lingots d’or.

Le film de Brian G. Hutton* est un curieux mélange de classique action-movie 60’s avec son cast de dur-à-cuir, mais contient aussi les amorces du mouvement hippie (le film est sorti en 1970), avec une section de Sherman déjantée pilotée par Donald Sutherland qui a l’air de fumer du shit en permanence.

La morale de l’histoire est également très étonnante, mais on vous laissera la découvrir…

* Qui nous donna aussi Quand les Aigles Attaquent




vendredi 15 mars 2019


Marie Stuart, Reine d’Ecosse
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il y a des films qui sont hypnotiques, araignées tissant lentement leur toiles et finissant par vous étouffer par leur talent. Marie Stuart, Reine d’Ecosse, qui n’est pas exempt de défauts, est de ceux-là.

Le début du film de Josie Rourke est très énervant : venant du monde du théâtre, elle adapte le scénario de Beau Willimon (House of Cards) façon arty : poses hiératiques mimant les tableaux de Georges de La Tour, effets de costumes post-modernes, au milieu de scènes plus classiques,  ce qui finit par ressembler à un mélange douteux de réalisme et de posture. Mais comme Mrs Rourke ne franchit pas vraiment le gué, c’est agaçant. Ce que réussit la Reine Margot échoue ici, faute de conviction cinématographique très sure.

Mais petit à petit, au rythme de la musique entêtante de Max Richter, le film s’impose. D’abord en focalisant sur la perdante, Marie Stuart, Reine d’Ecosse et prétendante au trône d’Angleterre, contre l’héroïne habituelle, Elisabeth Ière. La reine vierge d’Angleterre, est habituellement présentée comme la courageuse unificatrice protestante du royaume, contre les méchants complots catholiques, de Bloody Mary (Tudor, sa demie sœur) à Marie Stuart, sa cousine.  Tout cela étant fortement documenté dans le cinéma Hollywoodien, d’Elizabeth : l’Âge d’or aux Tudors, en passant par L’Invincible Armada avec Laurence Olivier et Vivien Leigh ou La Reine Vierge avec Jean Simmons et Stewart Granger.

Mais là, c’est comme si on assistait à Secrets d’Histoire, avec Stéphane Bern réhabilitant l’indomptable Marie Stuart contre la méchante Elisabeth. Nous laisserons au Prince d’Avalon le soin de tirer le vrai du faux historique, car l’essentiel n’est pas là. Nous sommes au cinéma, et Josie Rourke réussit à bâtir, avec l’aide de deux incroyables actrices, de véritables personnages. Avec Saoirse Ronan dans le rôle de Marie, et l’incroyable Margot Robbie*, dans celui d’Elizabeth, la réalisatrice bâtit un véritable antagonisme de cinéma, avec leurs forces, leurs faiblesses, et leurs doutes. On sort progressivement du film scolaire pour atteindre, dans une scène de rencontre (inventée) dans une buanderie, à l’essentiel de la tragédie ; alors que leur détresse commune devrait les rassembler, Marie agit au contraire de ses intérêts et cause sa perte.

* Margot Robbie a interprété en quelques années une incroyable galerie de personnages, en premier ou second rôle : reine frigide dans Marie Stuart, Reine d’Ecosse, white trash enlaidie dans Moi, Tonya, teenager déjantée dans Suicide Squad, top model dans Le Loup de Wall Street… Série en cours




vendredi 1 mars 2019


Le Chant du Loup
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

En tant que spécialistes mondiaux du film de sous-marins, James Malakansar et moi-même sommes contractuellement obligé de voir tous les films de sous-marins, même français. Nous sommes donc allés voir Le Chant du Loup avec deux autres spécialistes ramassés sur place. Après avoir convenu que Das Boot restait la clef de voûte indépassable du sub-movie, on a pu passer à la projection proprement dite.

Le diagnostic au final est mitigé. Après voir ricané dans ma barbe pendant le film, et appelé les mânes de Tony Scott et Wolfgang Petersen, les trois autres spécialistes ont fini par me convaincre – autour d’une planche charcuterie -fromage, il est vrai – que tout n’était pas à jeter. Inventaire, donc.

D’abord tout ce qui cloche dans le film, c’est tout ce qui n’est pas foncièrement américain. Le Chant du Loup fait partie de la catégorie des films « Y’a-que-les-ricains-qui-savent-faire-ça ». Et c’est vrai. L’intrigue sort directement des chantiers navals Simpson-Bruckheimer, où des méchants russes font la nique aux gentils (ici, la France !).

Pendant deux heures, on espère donc voir de vrais héros sous-mariniers se révéler : Denzel Washington, Sean Connery, Jürgen Prochnow, you name it… Car le film – probablement financé par les Russes – démolit la dissuasion française à chaque scène.  Le commandant Grandchamp refuse de prendre le commandaient d’un sous-marin en pleine Troisième Guerre Mondiale (parce qu’il a promis à Bobonne de ne plus reprendre la mer, sic) ; la salle pour appeler l’Elysée est à 400m d’escaliers du PC de l’amiral, on confie deux sous-marins à des officiers qu’on vient de sanctionner (resic : leur « oreille d’or » a confondu un sous-marin russe avec un cachalot (reresic)), celui-là même, en jean et en basket, entre comme crème dans le bunker de l’Etat-major (il vient de raconter son métier à sa nouvelle petite copine avec un drôle d’accent et fume du shit avec elle.), je vous en passe et des meilleures. Si ce n’est pas de la haute trahison, ça y ressemble beaucoup…

Autant dire que tout ça serait passible de peine de mort dans le cinéma de M. Bruckheimer, où les sous-marins portent un nom fier, d’un peuple de gens biens qui vivent dans un état génial, dans le plus grand pays de la terre*. Sans parler de l’Octobre Rouge de M. Connery, où les héros de la Grande Guerre Patriotique tordent le cou des traîtres aussi vite qu’on boit un verre de Vodka.

Le deuxième défaut, c’est l’amateurisme général du Chant du Loup sur le plan cinématographique : mélange des genres, commençant sur un mode documentaire (le nombre de pales des sous-marins, sujet passionnant) qui se termine par une scène où le commandant, en plein surf sur son kiosque, tire sur un hélico à coup de RPG7 ; on a un peu perdu le spectateur entre les deux.

Erreurs de casting ensuite : ni Kassovitz, ni Reda Kateb, ni Omar Sy ne sont crédibles en officiers supérieurs (on est loin du Crabe Tambour), sans parler de François Civil, qui porte bien son nom, puisqu’il n’est ni crédible en militaire, ni en comédien.

Et puis surtout, le pauvre Hitch’ se retournerait dans sa tombe, c’est un film ultra-bavard… Tout est expliqué, rien n’est montré…

Cela étant dit, la dernière demi-heure est assez rigolote et excitante, et la fin, pas mal du tout… une fois que le cinéaste et ses producteurs ont accepté de lâcher les chiens, d’ouvrir les tubes à torpille, de mettre la barre à 15, et de passer enfin au film d’action.

Un jour les gars, il faudra choisir…

*« Capt. Ramsey: It bears a proud name, doesn’t it, Mr. COB? 
Chief of the Boat: Very proud, sir! 
Capt. Ramsey: It represents fine people. 
Chief of the Boat: Very fine people, sir! 
Capt. Ramsey: Who live in a fine, outstanding state. 
Chief of the Boat: Outstanding, sir! 
Capt. Ramsey: In the greatest country in the entire world. 
Chief of the Boat: In the entire world, sir! 
Capt. Ramsey: And what is that name, Mr. COB? 
Chief of the Boat: Alabama, sir! 
»




mardi 26 février 2019


Battlestar Galactica, retour sur Caprica
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

On a revu Battlestar Galactica, juste pour vérifier que c’était aussi bien que la première fois. Et ça l’est, indubitablement. Le même bordel innommable, et, en même temps, le même génie.

Car si BSG énerve par son amateurisme, ses acteurs, qui, pour être gentil, vont du très bon (Katee Sackhoff, Edward James Olmos) au très mauvais (Mary McDonnell), ses arcs narratifs incompréhensibles (le Plan Cylon ?), ses épisodes bâclés, et cette décoration misérabiliste, BSG fascine tout autant par sa capacité à s’attaquer à des thèmes fondamentaux (la démocratie en temps de guerre, la justice, la collaboration) qu’à son ambition – immense – à les traiter.

Mais plus que tout autre, et c’est bien ce qui est le plus important dans l’art, il y a, caché sous des tonnes de ferraille du Battlestar Galactica piloté par l’amiral Moore, un immense cœur qui bat.

Et ça, ça n’a pas de prix.  




mercredi 20 février 2019


Bodyguard
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

« On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens », disait François  Mitterrand (à moins que ce ne soit le Cardinal de Retz). C’est  exactement ce qui arrive à Bodyguard.

Très ambiguë, extrêmement intéressant pendant quatre épisodes, la série sombre dans la pire mièvrerie dans les deux derniers. Pourquoi ? Parce que la série se voit obligée d’expliquer tout ce qu’elle a caché depuis le début. Et quand on relie les fils, évidemment ça pique un peu les yeux.

Cette maladie commune au thriller, comment l’expliquer ? D’abord par la surenchère. En voulant exciter les spectateurs, on y arrive : après 200 mn d’enjeux bombardés ici et là, nous voilà évidemment tout émoustillés. Mais quand il faut résoudre ces enjeux, on n’a pas forcément ce que Bodyguard semblait promettre.

Le deuxième problème, c’est ce qu’on pourrait appeler la physique du film. Dès les premières scènes, on installe un climat, un niveau de réalisme, que la série est censé tenir dans la durée. Soit on est dans James Bond, soit on est dans 24, soit on est dans La Taupe. Ici, on penche plutôt sur la Taupe, intrigues sordides entre services, coups fourrés, vengeances politiques, etc. Mais quand le final se dirige plutôt sur 24, on lâche l’affaire.

Enfin, Bodyguard court deux lièvres à la fois ; l’intrigue de thriller politique, et l’étude de caractères entre le Body (la ministre de l’intérieur esseulée (Keeley Hawes) et son guard (‎Richard Madden ‎). La love story potentielle rebondit très bien avec le thriller, Eros et Thanatos se bagarrant à chaque épisode. Cette partie est très réussie, car les personnages sont émouvants, et les acteurs, sexy. Mais quand une partie est résolue, le château de cartes patiemment construit s’écroule.

Et notre intérêt avec.




dimanche 10 février 2019


Ben is Back
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Comment transformer un potentiel chef-d’œuvre en nanar intersidéral ? Démonstration du Professore avec Ben is Back de Peter Hedges.

On peut spoiler Ben is Back car vous n’irez pas, évidemment, le voir. Holly Burns (Julia Roberts), mère de famille bourgeoise, amène ses enfants à l’ultime répétition de la chorale de Noël. Dans le même temps, un jeune en capuche semble vouloir s’introduire dans une belle maison. Evidemment, ces histoires vont se connecter. Rentrant de la chorale, Holly tombe sur le jeune homme, qui n’est autre que son fils Ben (Lucas Hedges). Si elle se jette dans ses bras, l’enthousiasme ne semble pas partagé par le reste de la famille, à commencer par Ivy, la petite sœur (Kathryn Newton). On comprend que Ben a fait quelque chose de terrible.

C’est le début, formidablement bien fait, de Ben is Back. L’ambiguïté, l’inquiétude que cette introduction engendre dans l’esprit du spectateur est passionnante. Drogue ? Viol ? Pédophilie ? Toutes les hypothèses enfièvrent le cerveau du spectateur. Mais c’est là que ça se gâte.

Car on pourrait faire plusieurs films sur cette base : un beau film indépendant sur la difficile réinsertion des héroïnomanes et, ou un thriller pur, sur le retour du méchant mouton noir. De très bons films s’y sont essayés Un Mauvais Fils, ou plus récemment Bloodline, qui commence pareil. Mais là, tout rate. Et pour d’évidentes raisons. Démonstration en 9 leçons.

1. Laisser Julia Roberts en roue libre 

Il ne suffit pas de prendre une des plus grandes comédiennes de sa génération, dans un rôle taillée pour elle. Il faut aussi la diriger. Or, on a trop souvent l’impression qu’elle surjoue.

2. Changer de genre

Le film est à l’évidence une tragédie, mais l’abattage de la Roberts, les vannes pointues et la langue bien pendue qui ont fait le succès de l’actrice fait tourner parfois Ben is Back à la comédie. Mauvaise idée.

3. Adoucir l’antihéros

Ben fait peur. C’est le grand succès des dix premières minutes. Il a fait beaucoup de mal à sa famille en volant, et à toute la communauté en dealant et en initiant d’autres adolescents à la drogue. Pas la peine de lui trouver une excuse (Ben a été rendu accro aux opioïdes par un médecin peu précautionneux*).

4. Rater le protagoniste

Un méchant de comédie apparait au mitan du film, décrédibilisant encore plus Ben is Back : le dealer. Celui-ci, apprenant son retour en ville, l’oblige à livrer de la drogue en échange du chien de la famille, qu’il tuera en cas d’échec (sic). La drogue est une chose trop sérieuse pour raconter ce genre de bêtises qui ridiculisent le propos.  On n’est pas dans Maman j’ai Raté l’Avion. (Voir point 2. Changer de genre)

5. Donner des seconds rôles insignifiants

En dehors de la star Julia Roberts, de très bons acteurs peuplent Ben is Back : Courtney B. Vance, Kathryn Newton. Ils ont fait leurs preuves dans OJ Simpson, ou Mad Men. Leur simple présence de beau-père, de sœur, permettrait un contrepoint indispensable pour la compréhension du sujet. Mais ils sont cantonnés à quelques mimiques ridicules de fond de tableau.

6. Spoiler la fin

Dès que la mère d’une ancienne junkie donne le kit de réanimation, un panneau indicateur s’affiche dans la tête du spectateur : « ça va servir plus tard !! »

7. Offrir une vision romantique du monde de la drogue

On a l’impression que rien n’a été filmé sur le sujet depuis L’Homme au Bras d’Or. Les junkies – à l’exception notable de Spider (David Zaldivar) – sont assez ridicules.

8. Donner un rôle trop évident à sa comédienne.

Julia Roberts a enchaîné les rôles de Mère-Courage-Mais-Autoritaire-Quand-Même-Avec-Toutefois-Un-Zeste-De-Drôlerie. De Potins de Femmes à Ma Meilleure Ennemie, en passant par Erin Brockovich, c’est sa marque de fabrique. Si on lui redonne ce rôle, il faut absolument lui faire faire quelque chose de différent. Or elle est tout à fait prévisible de bout en bout.

9. Créer une diversion inutile

Le couple Burns, normal et sans histoire, est mixte. C’est un couple recomposé, puisque le père de Burns a disparu. Pour autant, un couple interracial, ce n’est pas neutre aux États-Unis – ni ailleurs d’ailleurs. Il se crée dans l’esprit du spectateur une forme d’interrogation, avec la disparition du père de Ben, qui n’est jamais résolue. Or ce mystère parasite notre réflexion. Encore une idée qui ne sert à rien dans le film.

CQFD.

*Ce sujet, qui obsède en ce moment l’Amérique, est un film en soi.




vendredi 25 janvier 2019


Glory
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

On avait vu Glory à sa sortie (en 1989) et on ne se rappelait pas que c’était aussi bien. On était, il faut le dire, moins passionné par ces histoires de Blues & Grays qu’aujourd’hui. Edward Zwick débutait, il n’avait pas encore fait Légendes d’Automne ou Le Dernier Samourai. La mise en scène et le jeu des acteurs ont pris un coup de vieux, mais cette reconstitution soignée d’un épisode de la Guerre de Sécession tient encore la route.

L’émotion est là : ces volontaires du 54e régiment du Massachusetts, premier régiment de soldats noirs, commandés par un colonel de 24 ans, Robert Gould Shaw sont à la fois une ode à l’héroïsme, et la démonstration de son inutilité. Ces hommes veulent se battre contre l’esclavage, ils finiront par le faire, et périront. Pour rien ? Pour prouver aux blancs, à commencer par les nordistes, qu’ils sont des hommes, eux aussi.

Quel plus bel écrin pour ce discours que Matthew Broderick (qui joue Shaw pour son premier rôle d’adulte) et Denzel Washington et Morgan Freeman comme grognards ?




lundi 14 janvier 2019


Bloodline, finale
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Bloodline n’est au départ qu’une série du milieu, c’est-à-dire un produit de grande consommation plutôt bien fait, comme ceux que Netflix sort à la pelle. Il s’agit en effet de l’énième resucée du trauma familial, de la fratrie qui se déchire, trois frères et une sœur et les clichés habituels du loser, du bon petit gars et de la chaudasse…

Si l’on est vite séduit par la qualité de la fabrication de Bloodline*, plus on s’enfonce dans les épisodes, plus cette qualité devient fondamentale. Car le thriller fonctionne sur l’accumulation progressive d’intrigues et d’enjeux, qui, au bout de compte, peuvent finir par sonner creux. Comment tant de malheurs peuvent arriver à tel ou tel personnage de Prison Break, ou de 24 ? Mais ici, dans la Floride étouffante de Bloodline, chaque intrigue est parfaitement liée à la personnalité de chacun des protagonistes. Et c’est le secret de son succès.

Ces intrigues, assez classiques (trafic de drogue, magouilles locales et vieilles histoires familiales) ne brillent pas par leur originalité. Mais c’est le cadre de ces intrigues, un magnifique hôtel d’Isla Morada, villégiature luxueuse des Keys, et l’éternel recommencement des conflits familiaux -emmaillotés en une terrifiante matrice -, qui fait l’incroyable attrait de Bloodline. Le père et le fils, la mère et la fille, les frères et les sœurs et leurs inavouables (et pourtant si communs) secrets.

C’est là que c’est se niche le cœur battant de Bloodline, dans ses personnages formidablement conçus, et remarquablement Interprétés (Kyle Chandler, Ben Mendelsohn, Linda Cardellini, Norbert Leo Butz, Sissy Spacek, Sam Shepard, Jamie McShane, Chloë Sevigny).

Car ce sont nos frères, nos sœurs, nos parents et nos enfants.

Des fois, la fiction est une chose facile.

* par les auteurs de Damages




jeudi 10 janvier 2019


Friday Night Lights
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -Séries TV ]

Avant Friday Night Lights, il y avait Friday Night Lights. Depuis que nous avons dit tant de bien cette série familialo-sportive, on était un peu inquiet à l’idée de découvrir le film originel.

Mais avoir lu le livre de H. G. Bissinger* aide néanmoins. Car Friday Night Lights est l’adaptation fidèle du livre, récit de l’épopée d’une véritable équipe de lycée de foot américain. La petite ville d’Odessa, Texas, vit depuis toujours, probablement trop, du football. C’est aussi le décor de la série, mais ce n’en est pas le sujet, beaucoup plus vaste**.

Le film est donc différent : très fort, très ramassé, très musclé. Il ne suit qu’une seule saison des Permian Panthers; l’arrivée du nouveau coach et les espoirs placés en lui. Regagner le state championship, c’est à dire redevenir la meilleure équipe lycée du Texas. C’est donc le même pitch. Mais le ton est diffèrent. On est dans un drame recentré sur le coach, interprété par Billy Bob Thornton ; un coach dur mais juste, mais pas très sympathique. A l’opposé donc de l’incroyable personnage de Coach Tyler*** (interprété Kyle Chandler) et sa famille.

Une différence de taille. Seul, FNL est un très bon film sur le foot US. Mais sa petite soeur, en 5 saisons, a eu le temps de lui faire de l’ombre. Beaucoup trop d’ombre.

*Friday Night Lights: A Town, a Team, and a Dream
**L’intrigue est d’ailleurs téléportée dans la ville fictive de Dillon.
*** C’est devenu une expression « Don’t coachtaylor me ! »




vendredi 4 janvier 2019


Le Sport Favori de l’Homme
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

Le cinéma, comme les autres arts, est toujours en recherche de la martingale commerciale qui lui garantirait le succès. Cette quête chimérique de la formule magique ne marche pas. Et la meilleure façon de déceler une formule, c’est de regarder un film qui a échoué. OCS vous le propose sur un plateau : Le Sport Favori de l’Homme d’Howard Hawks.

La formule Hawksienne est connue : des héros masculins confrontés à une situation désespérée qui prouvera leur courage, et des femmes puissantes, assumant pleinement leur sexualité. Cela a parfaitement marché dans la comédie (L’Impossible Monsieur Bébé, La Dame du vendredi, Chérie, je me sens rajeunir) ou la tragédie (Rio Bravo, La Rivière rouge, Seuls les anges ont des ailes). Mais voilà, en 1964, Hawks est à la fin de sa carrière, et, à 68 ans, toujours aussi libidineux. En perpétuelle recherche de jeunes femmes pointues qu’il transforme en stars (et, si possible, en compagnes), il en trouve pas moins de trois pour Le Sport Favori de l’Homme : Paula Prentiss, Maria Perschy, Charlene Holt, qu’on verra défiler dans toutes les tenues*. L’intrigue, même légère, est typiquement Hawksienne : un vendeur de magasin de pêche a écrit un bestseller sur le sujet. À la veille d’un concours, il est sollicité par Abigail et Easy, deux jolies jeunes femmes de l’organisation, qui veulent le voir participer. Le voilà obligé d’avouer qu’il n’y connait rien et n’a fait que mettre sur le papier les conseils… de ses clients. Duperie, allusions sexuelles dans les tous les sens, quiproquos, « héros » confronté à une situation légèrement « désespérée » : on est bien dans une comédie Hawksienne. Qu’est-ce qui ne marche pas alors ?

Pour comprendre, la lecture de la bible Hawksienne de Todd McCarthy s’impose. Hawks voulait Cary Grant, il aura Rock Hudson, énorme star de l’époque. Mais Hudson s’ingénie à « faire du Cary Grant », et ça ne marche pas. Il n’a ni l’élégance, ni la folie absurde de l’acteur de L’Impossible Monsieur Bébé. Et si pendant tout le film, on reconnait les gags habituels, ça ne fonctionne pas.

De sorte que se superpose alors une seconde lecture, impossible à l’époque, et accessible uniquement au spectateur d’aujourd’hui, qui connait l’homosexualité de Rock Hudson. Le sport favori de l’homme n’est pas la pêche, ça on l’avait compris, et c’est bien le sexe Le film est frontalement l’histoire d’un type à qui trois filles apprennent à être un mec, un vrai : comment tenir bien droite sa canne à pêche, comment embrasser, comment descendre une fermeture éclair. Mais ce mec n’en peut mais.

Aujourd’hui, on sait pourquoi.

* Pyjama, short, lingerie transparente, T-Shirt mouillé, et surtout combinaisons de plongée TRES ajustées qui ont coûté la bagatelle de 10000$




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