mercredi 19 février 2020


The Irishman
posté par Professor Ludovico dans [ Uncategorized ]

On n’aime plus trop Martin Scorsese depuis, disons, Le Temps de l’Innocence, et à l’exception notable des Infiltrés et du Loup de Wall Street, les deux derniers films véritablement Scorsesiens du Maître de Little Italy. A nouveau, malheureusement, le pronostic se vérifie : The Irishman est un gros caca marketing.

La recette est simple : prenez des stars* et mélangez-les au bouillon Affranchis, plongez le paleron Jimmy Hoffa et laissez mijoter pendant 3h30. Ne laissez pas reposer ; ça devrait se manger tout seul.

Mais il y a un os – voire plusieurs. Comme son nom l’indique, Frank « The Irishman » Sheeran est irlandais, et la fiche Wikipédia de Robert De Niro indique qu’il a 76 ans. Il est donc difficile, voire impensable, de lui faire jouer le rôle d’un irlandais aux yeux bleus à 20 ans (dans l’armée), à 30 ans (chez les camionneurs), à 40 ans (dans la mafia des Teamsters). Mais ça ne gêne pas Scorsese, qui s’est entiché de Méliès et des trucages depuis qu’il a réalisé la bouse Hugo Cabret. Il passe donc le grand Bob (et les autres) à la moulinette 3D. Ce qui donne un horrible monstre italo-irlandais, mi-Shrek, mi-John Wayne, avec des yeux de Fremen.  

Le résultat est absolument cauchemardesque, alors qu’il eut suffi de prendre trois comédiens pour jouer le rôle. Et Pacino retouché n’est pas époustouflant non plus…

The Irishman est en plus très long, d’autant plus que c’est un copier-coller des films précédents de Scorsese qui étaient, eux, beaucoup plus musclés : voix off qui raconte tout, arrêt sur image avec date et circonstances du décès, musiques fifties, etc. Du pur Scorsese : le public (et Netflix**) en auront pour leur argent…

On sauvera néanmoins deux choses : une très grande performance de Joe Pesci, à qui l’on confie enfin un rôle posé et tragique. Et les vingt dernières minutes, pure tragédie grecque, où De Niro, impassible, est condamné à faire l’impossible.

* C’est la réunion que tout le monde attendait (De Niro/Pacino/Pesci), oublier que depuis Heat, les rencontres Pacino/DeNiro n’ont pas donné grand-chose, sans parler de leurs efforts solos.  

** Le seul intérêt pour Netflix dans ce genre de coup marketing étant de générer des abonnements, peu importe l’accueil, critique ou public, du film.




dimanche 5 janvier 2020


Unstoppable
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

Unstoppable, c’est, en 2010, le dernier sommet de l’œuvre Simpsono-Bruckheimerienne, alors que Don Simpson est mort depuis quinze ans et que Jerry Bruckheimer, qui travaille avec Disney, sort Prince of Persia.

C’est en tout cas le dernier film de Tony Scott, et un film en tout point remarquable. Basé sur une histoire vraie, Unstoppable raconte comment la fausse manœuvre d’un cheminot (obèse, forcement obèse) lance un train fou sans pilote à travers la Pennsylvanie. A l’autre bout de la voie, le couple éternel vieux con-jeune con qui a fait les beaux jours du high concept (Armageddon/The Rock/Jours de Tonnerre) est en train de manœuvrer un autre convoi. Évidemment, ils vont se retrouver sur la trajectoire du convoi en folie, s’opposer à une bureaucratie éloigné de réalités, etc. Seul les hard working people pourront, une fois de plus, tirer l’Amérique de ce merdier.

Au service de cela, le style de Scott, inimitable. La caméra tournoyant autour de la cabine, nouvelle façon de traiter ce huis clos en deux dimensions (l’avant de la voie, l’arrière de la voie). L’image aux couleurs saturées. Les longues focales semblant écraser le train, qui alternent avec des plans latéraux magnifiant au contraire sa vitesse. Et toujours, Denzel Wasington, impérial, qui trouve un rookie très complémentaire en la personne de Chris Pine. Avec cela, et malgré un scénario couru d’avance, Tony Scott crée de l’émotion. Le film fut un succès en France comme aux Etats-Unis.

Mais Tony Scott se tuera deux ans plus tard, en se jetant d’un pont. Il est inhumé à Hollywood Forever, le cimetière des stars, mitoyen aux studios de la Paramount. Sa tombe est une simple pierre, érigée comme une montagne miniature, avec un petit alpiniste en laiton en train de l’escalader.

Inarrêtable.




samedi 4 janvier 2020


High Rise
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

J-G. Ballard fait partie des plus grands écrivains de science-fiction. D’abord parce que c’est un écrivain avec du style, et ensuite parce que Ballard a eu un certain nombre de prémonitions qui se sont vérifiées.

Avec Crash, il dénonçait l’invasion de la voiture et la fascination pour les accidents de star. La mort de Lady Di en fut un brillant exemple. Dans Sécheresse, il décrit un futur apocalyptique caniculaire. Ou ici, dans High Rise, il prédit l’effondrement de la civilisation au travers de la métaphore d’une tour gigantesque.

En haut, les classes royales, les architectes, qui pensent régler les problèmes de l’humanité par l’urbanisme, en dessous la classe dirigeante de dilettantes friqués, présentateurs de télé et autres financiers, et en dessous, le populo, qui sert notamment de femmes de chambre aux étages supérieurs.

On a rarement aussi bien rendu le style d’un écrivain dans un film. Dans un autre genre, L’Empire du Soleil, adapté par Spielberg, était outrancier. Mais ici grâce à l’acteur (Tom Hiddleston) et la mise en scène de Ben Wheatley, le conte philosophique tient de bout en bout.

On reprochera simplement quelques longueurs vers la fin, mais voilà un film où il y a matière à réflexion, et où il y a du cinéma.




samedi 4 janvier 2020


Joker
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Nous avions écrit à l’époque de la tragédie d’Aurora, que le Joker, c’était la mauvaise conscience de l’Amérique. Arthur Fleck est en effet schizophrène, pauvre, sociopathe, tout le contraire des valeurs américaines : réussite financière, amabilité et hypocrisie sociale…

Et dans tous les Batman, le Joker est celui qui dénonce cela. Sourire éternel figé parodiquement dans un bain d’acide, sourire américain mécanique, dont il fait une arme. Et qui prend l’argent des riches et les tue…

Todd Philips essaie de faire ça à nouveau, et son début est assez réussi. Son portrait de schizophrène, qu’on rencontre tous les jours dans le métro, qui vous sourit mais ne rêve que de vous étrangler, est parfaitement réussi.

Mais la deuxième partie sombre dans un film politique plus que douteux … Car finalement, tout accable ce Joker ; mythomane, fils de mythomane, il n’a raison nulle part mais le film semble plaider sa cause quand il se met à tuer. Et pour cause, il tue des traders, des harceleur, des flics ! « Si ça ne tenait qu’à moi, j’en tuerais d’autres » dit même un autre personnage.

Ces crimes sont filmés avec complaisance, dans le but évident de faire plaisir au spectateur. Mais comme par hasard, quand deux personnages noirs sont tués, ce n’est pas montré. On voudrait donner une bonne image de notre héros qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Joker entre donc dans cette catégorie de films sans conscience qui hantent Hollywood. Coincés entre leur mode de vie (ultra capitaliste) et leur conscience (souvent très à gauche), les réalisateurs/acteurs/producteurs Hollywoodiens produisent souvent de genre de film schizophrènes*.

On sort de ce Joker non seulement consterné, mais aussi très en colère.

*Les Batman de Nolan sont un exemple parmi d’autres, avec leurs messages marxistes dignes d’Occupy Wall Street… mais proférés par des terroristes.




samedi 4 janvier 2020


Tirez sur le Pianiste
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

Quand on a l’esprit mal tourné comme le Professore, on peut penser que Tirez sur le Pianiste, le deuxième film de François Truffaut avec Charles Aznavour, est l’annonce de tout le mal que va faire la Nouvelle Vague au cinéma français.

En effet, voilà un film entièrement tourné vers ce qu’il veut raconter, sans se préoccuper de comment il veut le raconter. Un méli-mélo de leçons mal comprises d’Hitchcock, la volonté de choquer le bourgeois (les seins de Michel Mercier, les gros mots), et quelques expérimentations visuelles…

Mais rien ne tient debout dans cette histoire adaptée de David Goodis : chaque scène est ridicule, les plans sont flous, et les acteurs, mal doublés (car évidemment on veut tourner en son direct et on se retrouve à refaire les prises son), ânonnent des dialogues littéraires peu crédibles.

On est loin des Quatre Cent Coups, et de la future maîtrise du grand François Truffaut.




vendredi 3 janvier 2020


Star Wars 9 – L’ascension de Skywalker
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -Pour en finir avec ... ]

Je suis un rebelle. Pas un rebelle de la rébellion, mais un rebelle à Star Wars. Je crache dessus depuis 1977, mais pour des raisons diverses, notamment celle d’être emmené contre mon gré (mon gré ne se battait pas beaucoup), j’ai vu les 8 premiers épisodes de la saga. Pour être franc, il y en un a que j’ai aimé ; comme tout le monde : l’Empire Contre-attaque.

Mais depuis 1977, j’ai dit que cette science-fiction en pyjama avait été une connerie, from day one. Un hommage second degré au space opera des serials des années 30 (Flash Gordon, par exemple), devenu une saga qui se prend au sérieux, au premier degré

Mais je les ai tous vus, le Retour de la Revanche des Jedi Perdus de l’Empire Républicain. Et j’ai vu mes amis mourir d’ennui devant le Seul-et-Unique-Scénario: un jeune homme (ou une jeune fille) de la campagne, qui rêvé de Chevalier Jedi, combat une-terrible-arme-qui-peut-détruire-une-planète-entière.

Mais aujourd’hui, 3 janvier 2020, pour la première fois, j’ai résisté à la Force. Merci Frank Herbert, je suis sauvé. Je n’aurais plus peur, car la peur tue l’esprit.




mardi 31 décembre 2019


Bilan 2010-2019
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -Pour en finir avec ... ]

C’est heure des bilans, des Topten, et surtout du Topten des Topten !! Quels ont été les meilleurs films de la décennie ? On a regardé les Topten  2010-2019 sans filtre, pour faire le point :

2010 – The Social Network
2011 – Une Séparation
2012 – Les Enfants de Belle Ville
2013 – Ma Meilleure Amie, Sa Sœur Et Moi
2014 – Mommy 
2015 – Pulp – a Film about Life, Death & Supermarkets
2016 – Midnight Special
2017 – Certaines Femmes
2018 – El Presidente

Et scoop, le Topten 2019 : Roubaix Une Lumière

Evidemment, ce Topten des années 10 est réducteur, car il manque pléthore de très grands films, notamment du début de la décennie : Margin Call, Cogan : Killing Them Softly, John Carter, Inside Llewyn Lewis, Prisoners, Zero Dark Thirty, 12 Years a Slave, Gone Girl, Dunkerque, La La Land…

Quant aux Bottom, pas de scoop :

2010 Skyline
2011 Les Tuche
2012 Prometheus
2013 Man Of Steel
2014 Le Hobbit – La Bataille Des 5 Armées
2015 Il Est Difficile D’être Un Dieu
2016 Suicide Squad
2017 Nocturnal Animals
2018 Ready Player One 
2019 Once Upon A Time In Hollywood

Les Bottom ne font que révéler l’intrusion progressive des films peplum (le hobbit, les super héros) et la disparition d’un certain cinéma du milieu qui faisait la richesse du cinéma US, de The Faculty à Rencontres à Elisabethtown…

Il va être dur de faire le Topten 2019…




lundi 30 décembre 2019


The Lighthouse
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

The Lighthouse n’est pas le pensum cinématographique que l’on vilipende ici ou là (consensus négatif au Masque et la Plume, pour ne pas les nommer). Ce Phare n’est pas non plus d’une inutile prétention. Mais comme le dit NiKo le DoKu, en France, on n’aime pas l’esthétisme. Et évidemment, The Lighthouse est tourné en noir et blanc, format carré, et invoque par ailleurs Herman Melville, donc ça ne rigole pas.

Deux hommes sont coincés sur un phare dont ils viennent assurer la relève. Le vieux expérimenté (Willem Dafoe) bizute le jeune (Robert Pattinson). Peu à peu, les choses s’enveniment entre eux, dans la solitude de ce petit bout de terre au milieu de l’Atlantique.

Certes, le film n’est pas sans défaut ; il est trop long à certains moments, et il a sa dose (inutile) de pipi caca qui fait toujours le bonheur des Américains. Mais le film appelle discrètement les ressorts du fantastique. Situé en plein Lovecraft country, Salem, le Massachussetts, il invoque bientôt les vieilles histoires de baleinier, et ces choses qui rôdent au fond de l’océan. Mais The Lighthouse a l’intelligence de rester assez subtil sur ce sujet, un peu à la façon de Shining : est-ce la folie qui assaille nos personnages, ou plutôt autre chose ?

Franchement on n’a pas vu aussi bien depuis longtemps.




dimanche 29 décembre 2019


Deadwood, finale
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Incompréhensible. Chiante. Hermétique. Shakespearienne… On a regardé tout Deadwood et on n’a rien compris.

C’est toujours intéressant de voir une série après la hype. Ne serait-ce que pour confirmer que l’esprit du temps, le Zeitgeist, est passé. Ou pas. Deadwood était probablement un chef-d’œuvre quand elle est sortie, dans ce que Brett Martin, dans ses Hommes Tourmentés, sa chronique des Showrunners des années 2000, appelle le Troisième Age d’Or des séries, c’est à dire celui The Wire et des Sopranos.

Deadwood accomplit alors la promesse marketing HBO de l’époque : la seule chaîne aux États-Unis où l’on peut entendre fuck. Quelqu’un (qui a du temps à perdre) a calculé que il y avait un Fuck toutes les minutes 46 secondes dans Deadwood. Tout cela devait bien choquer le bourgeois US de 2003.

Pour autant, la série, basée sur l’histoire vraie de la petite ville du Dakota avant qu’elle ne rejoigne les États-Unis d’Amérique, est totalement absconse. Les personnages y sont perpétuellement en colère pour des raisons qui resteront mystérieuses, et jurent à tout bout de champ (paraît-il dans un souci d’authenticité). En fait, on a en permanence l’impression de ne pas être dans une série, mais dans un théâtre, dans une pièce comique de Shakespeare, avec ses personnages outrés (comme E.B. Farnum, le gestionnaire de l’hôtel, en bouffon de service*.) Des dialogues shakespeariens, uniquement allégoriques, où l’on ne dit jamais exactement ce qu’on pense, mais où tout est allusion. C’est très beau, mais Shakespeare était clair, lui. Ici l’intrigue est incompréhensible, l’attitude des personnages est incompréhensible.

On s’est accroché jusqu’au bout, pourtant, en espérant comprendre quelque chose, et on a fini par comprendre les grandes lignes en effet. Mais on ne s’est jamais attaché aux personnages, et on s’est plutôt ennuyé. Vu d’aujourd’hui, Deadwood n’est pas une grande série mais plutôt une belle intention, l’intention de faire l’artiste. Ca ne suffit pas, et ça ne marche pas.

* joué par le grand William Sanderson, le fabuleux J.F. Sebastian, créateur d’androïde vieillissant avant l’heure, de Blade Runner




vendredi 27 décembre 2019


Watchmen, saison 1
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Qui osera dire que HBO n’est pas la plus grande chaîne de tous les temps ? À l’heure où le changement de management fait craindre le pire – grosso modo faire plus avec moins, le plan marketing raffiné de la nouvelle direction d’AT&T–, HBO sort Watchmen pour prouver le contraire. De l’entertainment pur, de la qualité à tous les étages (acteurs, réalisation, dialogues, décors…), et ce, en seulement 9 épisodes.  

Alors, oui, on pourra reprocher le manque de feeling ; on n’accroche pas réellement à ces personnages de cartoon en deux dimensions ; on les regarde de haut, comme des Playmobils. Playmobils que le petit Lindehof a eu avec son train électrique, et qu’il lance à fond la caisse autour du sapin de Noël.

Mais on jubile tellement à chaque scène ! Du pur Damon Lindehof, auquel il manque peut-être le sentimentalisme de JJ Abrams, mais on n’est pas loin d’imaginer Lost revenu d’entre les morts !

A chaque fois, on en redemande, plein de gourmandise.

Mais la série ne se contente pas du fun. Elle se permet, tout en restant fidèle aux deux magnifiques œuvres qui l’ont précédé (la BD d’Alan Moore et son adaptation réussie par Zack Snyder), de s’en démarquer. En transposant la suite de 1985 en 2019, elle sous-tend un contexte politique fort, autour de la ségrégation, jusqu’au suprémacisme blanc façon Donald Trump.  

Le Professorino, toujours sobre, se demande si on n’est pas tombé sur la meilleure saison de l’année.

A quand la saison 2 ?




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