samedi 23 novembre 2019


Midway
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il y a deux lectures à la Grosse Connerie Américaine signée Roland « 2012 – Independance Day – The Patriot – Le Jour d’Après » Emmerich qui s’opposent et se complètent. Si on écoute A.G. Beresford, il faut saluer les efforts de Roland Emmerich en matière de réalisme ; Midway, sur le plan historique, tient la route. Si on écoute le Professore (et qu’est-ce qu’on vous apprend en classe, sinon d’écouter le Professore ?), il n’y a pas de cinéma dans Midway. Pas de personnages, pas de dramaturgie, pas de dialogues : pas de film.

On dira quand même qu’on est un peu d’accord l’un et l’autre. On ne s’est pas vraiment ennuyé (il faut dire qu’il y avait plein d’avion, de porte-avions (et même des sous-marins !) Pour le reste, Midway est une sorte de film pédagogique pour RMC découverte qui aurait dégoté 100 millions de budget. Un film où tout le monde tire la gueule consciencieusement parce que, attention, c’est du sérieux, c’est très grave, c’est la guerre ! Pearl Harbour !! L’Empereur !!! Avec des majuscules hautes comme l’Empire State Building ou le mont Fuji. Et des acteurs qui jouent tous comme des pieds, même le chouchou Woody Harrelson.

Mais les Dauntless, eux, jouent très bien.




dimanche 20 octobre 2019


Dans leur Regard
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Ce qu’il y a de plus pitoyable dans l’art, c’est de passer pas loin d’un chef-d’œuvre. Mais c’est aussi de passer derrière un chef d’œuvre… C’est ce que nous appelons ici la Malédiction Sur Ecoute.

En ce moment le Professorino regarde Breaking Bad. Toute sa génération lui dit que c’est la plus grande série de tous les temps. Mais lui, brave petit, répond : « Mais non, c’est Sur Ecoute la plus grande série de tous les temps ! »

On en est là devant Dans leur Regard (When they see us), une série où on est prêt à tout accepter, devant un tel déni de justice. Cinq petits gars ont fait entre 6 et 14 ans de prison, accusé d’un viol qu’ils n’avaient pas commis. Mais voilà, ils étaient noirs, et devant la violence qui s’emparait de New York en cette année 1989, l’hystérie a pris le pas sur la raison. Pourtant, il n’y avait aucune preuve : pas de sperme, pas de sang, pas de témoins. Tout cela est par ailleurs formidablement joué par de jeunes comédiens talentueux. Qu’est ce qu’il cloche alors ? La réalité.

Une simple recherche dans Google valide ce que l’on pressentait : derrière ces enfants parfaits, ces familles parfaites, la réalité était moins reluisante. Bien sûr, ces jeunes gens n’avaient pas commis ce crime-là. Mais contrairement à ce qui est montré dans le film, des passants avaient bien été agressés et cette nuit-là, notamment des cyclistes. Un fait que les 5 de Central Park n’ont jamais nié.

Les familles n’étaient pas non plus parfaites. Il n’y a pas que des blancs (dont Trump) qui ont demandé leur condamnation. Ce blackwashing est stupide : dans le fond, nous sommes déjà d’accord avec la réalisatrice, on est prêt à entendre son histoire. Mais pendant les quatre heures qu’ont duré Dans leur Regard, on ne pensait qu’à ça : ces enfants sont-ils aussi gentils qu’Ava DuVernay le présente ? Les parents sont-ils aussi parfait ou ? Les blancs aussi racistes ?

Quel intérêt y a-t-il à diaboliser les blancs ? À angéliser les noirs ? Rien. Qui le prouve ? Sur Ecoute, évidemment. En présentant des personnages crédibles, avec leurs forces et leurs faiblesses, la série les rend crédibles… et attachants. En transformant son plaidoyer en film de propagande, Ava DuVernay rate sa cible. Qui était pourtant très facile à toucher…




dimanche 20 octobre 2019


High Life
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

« Hélas, les idées ne font pas les bons films. Il faut des idées dans les bons films, mais cela demande beaucoup de créativité artistique pour incarner fortement une idée… »

C’est toujours le vieux Stanley qui parle, et on jurerai qu’il a vu le High Life de Claire Denis. High Life ferait un très bon film de science-fiction : des criminels déportés dans l’espace espèrent y bâtir un nouvel éden… Bon point de départ.

Et on ne peut pas dire qu’il n’y a pas d’histoire parce qu’il y en a une : un jeune homme seul dans une station spatiale, avec seulement un bébé, une petite fille. Par flash-back, et par la tache de sang qu’on aperçoit dans le premier plan, on comprend qu’il n’était pas seul au départ ; on découvre cet équipage de condamnés à mort qui ont accepté de partir explorer un trou noir en échange de leur punition. Pourquoi se sont-ils battus, pourquoi il n’en reste qu’un ? Qui est le père de cette petite fille, forcement conçue pendant le trajet ? Il y a tout ce qu’il faut pour raconter quelque chose…

Voilà une histoire intéressante, des personnages, et Claire Denis a le métier pour mettre ça en place. Mais elle expose ses idées sans les travailler ni les nourrir. Et que dire de ce décor volontairement ridicule (un simple couloir) qui sent le cinéma amateur ? On ferait pareil avec une caméra Super 8 et l’entrepôt d’un ami. Mais on est assez cinéphile pour savoir qu’il y a assez de budget pour faire beaucoup mieux que cela. Pourquoi Claire Denis fait ce choix ? On ne saura jamais. Pourquoi ses personnages sonnent creux, pourquoi agissent-ils n’importe comment ?

Comme d’habitude, on a le sentiment d’un immense gâchis et d’une énorme fainéantise…




mardi 8 octobre 2019


L’Œuvre sans Auteur
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Rarement un film n’aura autant mérité son titre : Florian Henckel von Donnersmarck promène sa carcasse de réalisateur dans une œuvre sans (h)auteur. Après avoir réussi un film plutôt intéressant (La Vie Des Autres), il avait enchaîné sur l’incroyable ratage The Tourist. Ici on ne peut pas vraiment parler de ratage, mais plutôt de ringardise. Un cinéma empesé, à but essentiellement pédagogique, comme plus personne n’ose en faire.

La seule chose qui nous rattache au film, c’est le pseudo biopic de Gerhard Richter, peintre allemand né avant le nazisme et dont le talent éclot d’abord dans le Réalisme Socialiste avant de devenir un peintre important en Allemagne de l’ouest. Donnersmarck essaie pataudement de faire des parallèles entre l’Histoire (les nazis et l’extermination de sa sœur démente, les communistes de l’après-guerre, la RFA capitaliste) et l’Histoire de l’Art (l’Art Dégénéré, le Réalisme Socialiste, les expérimentations de l’art contemporain), qui finalement, inévitablement, indubitablement, aboutiraient à l’œuvre de Richter,  « L’Œuvre sans Auteur »…

Mais tout cela est filmé dans un décor tellement propret, avec des situations tellement éculées, que personne n’y croit, malgré les efforts des comédiens, plutôt pas mauvais (Tom Schilling, Sebastian Koch, Paula Beer…)




vendredi 4 octobre 2019


Le Vol de l’Intruder
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

Encore un film qui traîne quelque part dans le cerveau du Professore, et dont on ne sait pas vraiment pourquoi il est sur sa To Do list. Peut-être, si : dans les crédits de Hot Shots, la fabuleuse parodie de Top Gun de Jim Abrams, il était dit que certaines des images venait de ce fameux Intruder.

Mais cela étant dit, ce n’est pas du tout la même chose, ou au contraire, c’est tout à fait pareil. Une immense parodie involontaire de film de guerre, des films comme on n’en fait plus, en tout cas depuis 1960. Et c’est signé John « Conan » Milius.

Pilote de l’aéronavale, Jake Grafton perd son coéquipier lors d’une mission au-dessus du Vietnam. Rien que ça vaut le déplacement : l’appontage nocturne d’une seule main, en tenant l’aorte giclant le sang de son pote, vaut tous les Y a-t-il un pilote dans l’avion de la terre.

Mais voilà Jake très en colère : les missions qu’ils effectuent ne servent à rien, car on bombarde des objectifs sans intérêt et son avion (l’A6-Intruder, vous aurez compris) est uniquement défensif (sic !) : il n’a pas d’armes (hormis 8 petites tonnes de bombes) contre les missiles anti-aérien.

Arrive alors Willem Dafoe, et là, on se dit que ça va chauffer parce que notre ami, il a joué les pires fils de pute de toute la terre. Pas de chance : Le Vol de l’Intruder c’est son seul rôle de gentil. Jake convainc Dafoe de tenter le coup, et de bombarder Hanoi, ce qui est formellement interdit. Le problème, c’est de trouver des cibles. Pour cela, il faut une carte mais c’est Top Secret. (Non pas le film, mais l’expression). Comment faire quand on n’a pas de carte sur un porte-avions ? On va à la bibliothèque (où il y a, entre parenthèses, Les Hérétiques de Dune, ce qui en dit long sur la qualité du film). Grâce au Guide Michelin de Hanoi (resic !), on peut aller bombarder le Viêt-minh.

Les voilà en Cour Martiale, mais ils ne sont pas punis car, incroyable mais vrai, Nixon vient justement de décider qu’on peut bombarder Hanoi (reresic)! Les Intruders repartent, l’amiral en tête (qui a l’air méchant mais qui en fait a bon fond), et patatras Danny Glover se crashe et va être fait prisonnier des Viêts. Et ça, c’est grave.

Nos deux héros décollent pour chercher leur amiral (ils sont interdits de vol) et se font eux aussi abattre. Mais putain, comment on va faire ??? Willem Defoe se sacrifie : oui, oui, vous avez bien lu, comme dans les Battler Britton de notre enfance «  Putain Joe, non, tu vas pas mourir !!??! Si, les gars ! Je crois que c’est terminé pour moi ! Balancez la sauce !!! ».

À ce niveau-là, on s’incline.




jeudi 3 octobre 2019


Ad Astra
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Ad Astra est l’exemple même du film ambitieux, mais mal réalisé.  Des ambitions, Ad Astra en a plein, et notamment celle d’être un contrepoint pessimiste de 2001. Dans les deux films, l’humanité cherche des frères extraterrestres qui partageraient sa solitude au coeur des infinitudes glacées. Ad Astra y ajoute une quête œdipienne du père, en superposant intelligemment la solitude familiale du héros (un fils, mauvais mari) et celle du père disparu aux confins du système solaire (mauvais mari, mauvais père) à la solitude ontologique de l’homme dans l’univers.

James Gray met au service de cela son talent, c’est à dire une magnifique réalisation, des acteurs sensibles et un background SF très réaliste. Mais ce qui pêche chez Gray, et ce qui pêche toujours, c’est le vraisemblable*. Pourquoi, par exemple, aller sur Mars pour envoyer un message ? Pourquoi passer sous un lac alors qu’on peut rejoindre à pied cette fusée ?

C’est ce qu’on appelle ici le cinéma adolescent, c’est à dire un cinéma qui ne réfléchit pas, mais se soumet tout entier à ses désirs. On fait la scène sur Mars parce que ça fait de belles scènes atterrissage et de vie coloniale, on fait la scène du lac, car elle permet une belle métaphore, avec ce fil / câble auquel l’astronaute s’accroche… Entre-temps, le spectateur, lui, a décroché.

L’autre grand problème d’Ad Astra, c’est l’accumulation de références cinéphiles, rapidement insupportables. Le décor est celui de 2001, l’ambiance est celle de Solaris, et la structure est celle d’Apocalypse Now : aller chercher le Père/le colonel Kurtz devenu fou, non pas au Laos, mais sur Neptune. On retrouve le briefing façon CIA, avec évaluation psychologique, les informations parcellaires, transmises en cours de route, la pagode/navette qu’on veut inspecter et qu’il ne fallait pas inspecter… Jusqu’à certains bouts de dialogue (« C’est votre mission, mais c’est mon vaisseau », « Si j’avais des types comme ça, nos problèmes seraient finis depuis longtemps », etc.)

C’est la malédiction du cinéphile ; au bout d’un certain nombre de films, le cinéma se répète…

Il reste néanmoins un final, très réussi : Brad Pitt revenu d’entre les morts, changé à tout jamais, gigantesque, et humain à la fois.

* C’était déjà le problème de La Nuit Nous appartient : un gangster devenait un flic du jour au lendemain, parce que papa travaillait dans la police.




samedi 28 septembre 2019


Bohemian Rhapsody
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Le biopic de Queen, à l’immense succès surprise, ne faillit pas à la règle du biopic rock… Il suit la fiche de mission éternelle, avec les points de passage obligés : le sexe, la cocaïne, les répétitions où on s’engueule, les scènes d’inspiration au coin d’une table, et la rédemption finale. Le schéma directeur, en gros, de Walk The Line à Ray en passant par Les Runaways ou Les Doors

Rien de tout ça n’est vrai, bien sûr, on n’écrit pas une chanson sur un coin de table en se disant « Ah tiens, ça c’est bon ». Se battre en studio n’inspire pas la ligne de basse d’Another One Bites the Dust ; et on ne négocie pas un contrat en deux engueulades chez un producteur obèse.

Le pire, évidemment, c’est cette histoire de rédemption, totalement ridicule dans le rock, et en particulier avec Freddie Mercury ! Le rock, c’est justement l’un des rares endroits où l’on peut vivre pendant cinquante ans une vie de débauche, de coups tordus, et de saloperies en tout genre. Presley, les Stones, Tupac ont fait absolument ce qu’ils voulaient, ont vécu la vie qu’ils souhaitaient vivre, et n’ont jamais cherché une quelconque forme de rédemption. Au contraire, le modèle économique du showbiz encourage tous les débordements, tous les excès pour mieux tenir les stars à coup d’à-valoirs ; Johnny était le plus criant exemple français.

Mais la rédemption, c’est le viatique du feelgood movie, le doudou régressif du public : Freddy Mercury était un peu méchant, un peu mal dans sa peau (il est gay et ne l’assume pas !) ; un bon coup de SIDA et le voilà réconcilié avec tout le monde : son groupe, son ex, et même son père rigoriste. Le partouzeur finit même en couple…

Tout est faux, évidemment**. Seule source de satisfaction, l’incroyable musique de Queen est là : the show must go on.

* à part Johnny Cash, peut-être, revenu à la religion par sa femme.
** en particulier la chronologie bidonnée du Live Aid, qui fait monter la dramaturgie, mais ne correspond en rien à la réalité




mardi 17 septembre 2019


Retour vers le passé
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Avant de voir Apollo 11 – chef-d’œuvre de documentaire sur la conquête spatiale – au Pathé La villette, on doit subir une poignée génériques IMAX, sur le thème « préparez-vous au grand spectacle », avec vibration du siège, musique assourdissante, etc.

Cela évoque immédiatement Le Royaume de leurs Rêves. Dans la somme de Neal Gabler sur les premiers pas de l’industrie, l’auteur raconte comment cette attraction de foire devient, au début du vingtième siècle, un passe-temps mondial et bientôt un art. A l’époque, on ne diffuse que quelques images à grand spectacle (la Tour Eiffel ou les Chutes du Niagara) ; la foule donne ses 5 cents, s’esbaudit et repart cinq minutes plus tard vers l’attraction suivante, la Femme à Barbe ou le stand de pommes d’amour.

C’est peut-être ce qu’est en train de (re)devenir le cinéma, en tout cas le cinéma américain, qui propose de plus en plus des films spectaculaires peu regardables (dans tous les sens du terme) en dehors d’une salle de cinéma équipé d’écrans géants et de son surround.

C’est exactement ce qui s’est passé dans les années 50, quand la télé s’est généralisée aux Etats-Unis. Le phénomène a obligé l’industrie à un certain nombre de révolutions technologiques : la généralisation de la couleur, la création d’un format non adapté au téléviseur (le Cinémascope), mais l’a aussi amené à revoir ses contenus. A la place des drames intimes, des polars glauques, les genres à grand spectacle se sont développés : le western et le péplum*.

Aujourd’hui, ce sont les films de superhéros qui tiennent le haut de l’affiche, et le péplum a été remplacé par la Fantasy. Un autre genre suit une croissance exponentielle : le film d’horreur. Là aussi, un genre de films qui ne fonctionne pas devant sa télé**, mais où l’expérience de la salle, où l’on est prisonnier de son siège, produit l’effet maximum…

* Même s’ils préexistaient déjà (Intolérance, Tom Mix, etc.)
**ou alors en mode second degré, avec pop-corn et pizza.




vendredi 13 septembre 2019


Apocalypse Now Final Cut
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Saïgon. Merde. Le Professore est toujours à Saïgon. À chaque fois, je crois que je vais me réveiller dans la jungle. Mais non, je suis dans une salle de cinéma, à revoir, pour la treizième fois, Apocalypse Now, le chef d’œuvre des chefs d’œuvres. Cette fois-ci, c’est pour la quatrième version de l’opéra Coppolien, imprudemment baptisée Final Cut.

Récapitulons . Première version, dite « Cannes » : sans générique de fin, fondu au noir au final (la meilleure), version 2 ramboesque : générique avec bombardement final, exterminons-toute-cette-racaille (la plus connue) ; Version Redux : 3h22 dont une heure de bavardages (version honnie) ; et cette version, paraît-il finale (Redux raccourcie)…

Ludovico est un bon client mais il n’est pas dupe, il sait très bien que cette opération marketing cherche à renflouer les caisses des vignobles Coppola, que ce Final Cut n’a de final que le nom, et qu’il y aura un jour un nouveau montage final director’s cut Redux lorsque l’ogre du Parrain aura besoin d’une nouvelle Lamborghini. Peu importe. Quand on a l’occasion de voir la bête en salle, on ne s’en prive pas.

Evidemment, c’est raté. Final Cut est une sorte de Redux réduit de vingt minutes dont on aurait enlevé les plus grosses bêtises (l’interview de Brando obèse à l’extérieur du temple, les scènes avec les playmates…) Mais on a gardé le pire : la pénible et inutile scène de la plantation française avec une Aurore Clément qu’on a connu meilleure…* Et surtout la stupide extension de la scène de surf. Dans la version originale, la scène se termine sur une note dramatique : « Un jour, cette guerre sera terminée », dit le Colonel Kilgore, des trémolos dans la voix. Que faire ensuite, semble-t-il penser, dans une vie pacifique et ennuyeuse, alors que nous vivons aujourd’hui des moments si excitants. Ce message, c’est le cœur d’Apocalypse Now, le message que martèlera Coppola à sa conférence de presse à Cannes, tel un Genevoix ou un Jünger de la Guerre du Vietnam : « La guerre fait partie de l’homme. Il n’y aurait pas de guerre s’il n’y a avait pas d’hommes prêts à la faire ».

Mais c’est le même Coppola qui massacre ici son message en transformant cette scène en gag : Willard et l’équipage du bateau volent la planche de surf de Kilgore, et celui-ci, pathétique, les pourchasse pour la retrouver. La scène, clownesque, détonne dans l’ambiance générale du film, et transforme Willard en gars sympa et humain. Tout le contraire du tueur marmoréen et nietzschéen qui hante le film.

Pour le reste, Apocalypse Now reste ce chef-d’œuvre imputrescible, qui démontre à chaque visionnage le génie du cinéaste Coppola, la force et la richesse de son propos, à la fois charge antimilitariste et war-opera au LSD. Aujourd’hui, les scènes qui fascinaient il y a quarante ans (hélico, explosions, Chevauchée des walkyries et tutti quanti) sont plutôt pâles selon les standards actuels.  Mais ce sont les scènes intimistes qui éblouissent. En particulier  l’incroyable briefing initial, duel verbal opposant Willard (Martin Sheen) à ses supérieurs, le Colonel Lucas (Harrison Ford) et le général Corman** (G.D. Spradlin) qui ne lui demandent rien de moins que d’assassiner froidement un colonel américain. Tout est dit dans cette scène, sur le Vietnam, la guerre, la hiérarchie, et tout est dit par le cinéma. Show, don’t tell. Un plateau de crevettes que refuse de manger les blancs mais que mange Jerry, le seul métis de la pièce (Jerry Ziesmer). Le magnétophone japonais Sony qui tourne alors que les asiatiques sont pris de haut (« these natives »), le pacte démoniaque que l’on fait signer à Willard sous forme d’un euphémisme « terminer le colonel Kurtz », et qu’on habille de discours philosophiques « il y un conflit en chaque cœur humain » ou de considérations pratiques « votre mission est de remonter la Nung jusqu’à Nu Mung Ba »… Le tout filmé de manière très classique, champ/contrechamp, panoramiques majestueux, et gros plans d’insert sur la nourriture que viennent seulement interrompre – tabou absolu du cinéma – des regards caméra. Ils viendront hanter les spectateurs pendant tout le film. De Willard au Général Corman, du Chef Phillips au Colonel Kurtz, les personnages d’Apocalypse now interrogent le spectateur du regard : que regardes-tu ? Que vois-tu ?

L’horreur, tout simplement. L’horreur. L’horreur.

* « There are two of you, don’t you see? One that kills… and one that loves ».
** A l’époque Coppola était en froid avec George Lucas. Roger Corman avait été son mentor.  




mardi 10 septembre 2019


Apollo 11
posté par Professor Ludovico dans [ Documentaire ]

Apollo 11 en IMAX, ça avait tout l’air d’une escroquerie marketing ciblée sur le Professore Ludovico ou le Rupelien. Mais c’est en réalité un documentaire extraordinaire. Par un hasard incompréhensible, ces images ont été, oubliées à l’époque dans les archives de la NASA. Elles réapparaissent aujourd’hui comme par enchantement.

Apollo 11, C’est un film pour les passionnés, assez aride pour le non-initié. Pas de commentaire, pas de mise en contexte : juste les commentaires de 1969 et le jargon habituel (« VOL ? Go ! STR ? Go ! »).

Mais l’émotion est toujours là, IMAX ou pas IMAX : on tremble quand Saturn V fait décoller ses 3000 tonnes et on tremble encore, quand les 500 kg qui restent se posent enfin dans l’océan Pacifique après cette incroyable odyssée.

La corolle blanche et rouge, le bleu de l’océan pacifique ; et voilà que les souvenirs de l’enfance remontent, comme la capsule Apollo, à la surface….




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