mercredi 30 décembre 2009
Tintin et le Lac aux Requins
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Brèves de bobines -
Les films ]
Séquence nostalgie hier : voir enfin Tintin et le Lac aux Requins, trente ans après avoir lu la BD. Les puristes vous expliqueront que ce n’est pas un vrai Tintin, mais bien un simple projet, scénarisé par Greg, et validé par Hergé.
Mais autant la BD me terrifiait, autant le film est nul, mal dessiné, mal animé. Reste le plaisir de deviner, quelques secondes avant le Professorino, les rebondissements de l’intrigue. Lui a aimé, alors qu’il refuse de les lire, les Tintin ! Allez comprendre la jeunesse d’aujourd’hui !
lundi 28 décembre 2009
Avatar du jeu vidéo
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
Pour faire suite à l’excellente contre critique du Baba sur Avatar, je me permets d’ajouter cette modeste contribution aux relations cinéma et jeu vidéo : dans le métro ce matin, une pub pour un jeu vidéo pour téléphone, siglé Avatar. Au final, deux jeux de plateforme et un jeu de baston. Ce qu’on doit retenir du film, c’est donc ça ? Grimper aux lianes, et exploser des hélicos avec ton dragon de la mort ?
Rien de grave en vérité, mais une contradiction de plus de nos amis yankees : un message écolo et pacifiste à la noix, mais des jeux de baston au final…
Quand on voit ce qu’on peut faire aujourd’hui avec le jeu vidéo, tendance indépendant (Flower, par exemple), il y avait sûrement de quoi faire avec le « message » d’Avatar.
dimanche 20 décembre 2009
Avatar
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Il vaut toujours mieux aller au cinéma avec un a priori négatif, on ne peut être qu’agréablement surpris. C’est le cas avec Avatar, bingo ! Le film le plus décoiffant de l’année. Pour une fois, la pub disait juste « On n’a jamais vu ça ! » On confirme.
Ce n’est pas tant la claque technique attendue – aujourd’hui, impossible de dire dans ce film ce qui est filmé ou dessiné -, mais c’est la fabuleuse direction artistique, féerique, parfaite, dans tous ses composantes : décors, accessoires, paysages, tout est splendide, et cohérent. Chaque bestiole de Pandora a son rôle, et n’est pas juste là pour faire beau dans le décor. Il en va de même dans le camp d’en face, où les hélicos, les transporteurs, les Mechas, les bulldozers sont conçus avec un sens aigu du détail. On retrouve là le Jim Cameron d’Aliens et d’Abyss, sa fascination pour les machines, les Spaces Marines, et les gentils extra-terrestres.
Ce qui pêche – mais on ne s’en rend compte qu’après coup, c’est tout le talent Mélièsque du film – c’est l’histoire, épaisse comme un papier à cigarette.
On en devine les ficelles des la scène un : les indiens sont bons, gentils, marchent tous nus dans l’Eden, quand soudain les méchants déforestateurs, pétroliers, mineurs, actionnaires, débarquent avec les space marines. Jake, le héros est l’un deux, et – devinez quoi ? -, il va découvrir ces indiens, les aimer, voire tomber amoureux de – devinez quoi ? – la fille du chef ! Incroyable non ? Après quelques épreuves initiatiques, grosse baston et puis générique de fin, après deux heures trente intenses de décors incroyables, de végétation luxuriante, et de dragons volants…
Une fois de plus, Avatar porte le fardeau de l’homme blanc : la culpabilité. Après avoir massacré les indiens, volé leurs terres, fait les malins au Viêt-Nam et en Irak (références évidentes du film), c’est à dire ni plus ni moins que les européens avaient fait avant eux, et d’autres encore avant (romains, égyptiens, mongols).
Mais les américains, eux, devraient consulter un psy, car ils ne semblent pas vivre cette culpabilité comme nous, convaincus qu’ils sont de leur « Destinée Manifeste » sur cette terre. Ce vison messianiste, biblique, au cœur de la psyché US, qui les dédouane de faire la guerre mais pas de l’assumer ensuite.
D’où cette overdose rousseauiste, ce bon sauvage ressorti à toutes les sauces. Concept fumeux, qui ne comprend pas qu’il est raciste par essence, et condescendant par nature. Cette vision du beau et bon sauvage ne tient pas la route dès qu’on s’intéresse un peu à l’ethnologie. Les peuples « barbares », « primitifs » ne sont pas moins civilisés, par plus innocents, pas moins violents, pas moins guerriers que nous. Mais l’illusion qu’il faudrait retourner à l’état de nature est très présent chez les américains, qui vivent finalement dans cet espace naturel immense (qu’ils ont « domestiqué », comme les marines d’Avatar). Cet état de nature, cet Eden Ancien Testament, trouve de plus des résonances avec les préoccupations environnementales d’aujourd’hui, et pour aller jusqu’au bout du spectre, avec les tentations néo-païennes « Mère Nature » « Gaia », etc. Illusions qui fournissent des échappées psychologiques confortables aux occidentaux (et aux américains en particulier) face aux dures réalités du quotidien : ma bagnole, mon iPhone, mon abonnement à Canal, peu compatibles avec la réduction inéluctable de nos trains de vie.
Cette thérapie nationale, les américains n’arrivent pas à la faire, alors Hollywood devient le psy de la nation.
Mais ici, ce Pocahontas meet Apocalyspe Now est tellement bien fait qu’il nous empêche de voir ses grosses lianes, qui, dans dix ans, n’en doutons pas, se verront comme le nez au milieu de la figure. En attendant, ne boudons pas notre plaisir : James Cameron révolutionne le cinéma (est-ce encore du cinéma ?) pour 10 euros seulement. Si vous avez mieux à proposer en ce moment, faites-moi signe !
samedi 19 décembre 2009
La Chute
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
C’est toujours bon de revoir les films, même pour de mauvaises raisons. J’avais envie de revoir La Chute pour la performance de Bruno Ganz, après l’avoir revu dans la délicieuse parodie de Brice Hortefeux à Seignosse, qui a fait le tour du web.
Je n’avais pas complètement aimé La Chute à la sortie. Le film succombait, en plusieurs occasions, à l’habituelle fascination pour le régime nazi. Et, comme l’avait brillamment de montré Wim Wenders à l’époque : Oliver Hirschbiegel filmait avec complaisance la mort des enfants Gœbbels, mais pas le suicide du Führer ; comme si c’était le tabou insurmontable, et il oubliait un peu vite que les « héros » de son histoire (le médecin SS, la secrétaire) ne pouvaient ignorer la nature antisémite du régime : le servir au moment de sa chute n’était pas innocent…
Mais à la revoyure, tous ces défauts semblent avoir disparu. Avons-nous accepté, entre temps, le côté révolutionnaire de La Chute ? Car pour la première fois, les allemands regardent leur passé sans culpabilité, sans honte, et sans révisionnisme non plus. Il fallait peut-être le temps d’admettre, aussi, que les jeunes allemands d’aujourd’hui ne paieraient pas éternellement les fautes de leurs parents et grands parents…
Mais surtout, La Chute se révèle un excellent film. D’abord, La Chute est un BOATS, qui évite les icebergs habituels du genre. Tirée d’une histoire vraie, adapté de l’excellent livre de Joachim Fest*, et des souvenirs de Traudl Junge, il contourne le problème en décentrant sa caméra, en ne racontant pas les derniers jours du dictateur, mais au travers d’un Point de Vue, c’est à dire un personnage avec lequel le public sympathise : Traudl, la jeune secrétaire d’Hitler… Jeune, jolie, un peu perdue dans cet univers décadent, Traudl est notre Alice chez les nazis…
L’autre coup de génie, c’est le casting. Que des comédiens excellents, bien sûr, mais un casting très tactique : la star, c’est Hitler, il faut donc une star pour le jouer, et c’est l’immense Bruno Ganz qui s’y colle. Le plus grand des acteurs allemands y livre une performance époustouflante, atteignant parfaitement l’objectif de Bernd Eichinger, producteur-scénariste. Tour à tour sympathique, hystérique, désabusé, visionnaire, Bruno Ganz fait du dragon, un homme. Un fou dangereux, mais un homme. Comme disait Hannah Arendt à propos d’Eichmann, tant qu’on n’acceptera pas la banalité du mal, on ne comprendra rien aux systèmes totalitaires.
En face, il met une bonne actrice, mais inconnue : Alexandra Maria Lara, ma chouchou de Control. En évitant la star – et donc le surjeu – Hirschbiegel facilite grandement l’identification du spectateur. Nous sommes avec elle, tremblante dans la Tanière du Loup lors de son entretien d’embauche, inquiète trois ans plus tard quand tombent les premiers obus russes sur Berlin, fidèle quand elle décide, un peu exaltée, de ne pas abandonner Hitler.
De mêmes, tous les comédiens sont de la même trempe, interprétant la racaille nazie dans cette ambiance fin de règne : incompétente, conspiratrice, traîtresse, fanatique jusqu’à la folie, fidèle jusqu’à la mort, qui sert de cour au monstre mégalomaniaque qui les a entraînés dans cette terrible aventure.
Il ajoute également une deuxième intrigue, complémentaire, celle d’une jeune garçon Hitlerjugend qui sert une batterie de DCA., Tiraillé entre la folie fanatique nazie et son père, ancien combattant qui essaie de ramener son fils à la réalité de la défaite, il incarne le projet d’Eichinger : montrer l’Allemagne dans sa globalité, endormie et fanatisée par les nazis puis martyrisés par eux. Propos difficile, car le cinéma nous a jusque là peu aidé dans ce travail historique : les gentils soldats US d’un côté, les barbares nazis de l’autre, sauf « le courageux Rommel », le « noble von Rundstedt » du Jour le plus Long.
Le tout est baigné dans une reconstitution aux petits oignons, mais sans les fioriture inutiles dont sont coutumiers les films de guerre. Pas de mouvements de foule, pas de jolis plans aériens avec Messerchmitts et Mustang P-51, pas de coûteuse reconstruction 3D de Berlin en ruine.
Tous ces dispositifs (scéniques, casting, scénaristiques) servent parfaitement le propos : Hitler était un homme comme les autres, les allemands ont souffert eux aussi de la guerre, et la jeunesse n’est pas une excuse. D’où cette fin splendide, sans lequel le propos du film piquerait un peu les yeux : après avoir sauvé l’héroïne, le jeune Hitlerjugend, sur un beau plan bucolique, s’en vont tous deux « àààà bicyclette » !
Mais on revient à la réalité. A savoir au premier plan du film, une séquence vidéo tournée avec la vraie Traudl, quelques années avant sa mort, en 2002. « Quand j’ai appris, par le procès de Nuremberg, que six millions de juifs avaient péri, j’ai été profondément choquée. Mais je n’avais pas fait la connexion avec mon passé… Je ne me sentais pas personnellement coupable, ne connaissant pas l’énormité des crimes commis. Mais un jour, je suis passée devant une plaque commémorative de Sophie Scholl, sur la Franz-Joseph-Strasse. J’ai vu quelle avait mon âge, et qu’elle avait été exécuté l’année où j’ai commencé à travailler pour Hitler. Et j’ai réalisé alors que la jeunesse n’était pas une excuse. Et qu’il avait été possible de savoir ces choses…»
*Les derniers jours d’Hitler
Joachim Fest
Editions Tempus
jeudi 17 décembre 2009
Mystérieux Battlestar Galactica
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Après une saison, Battlestar Galactica reste un mystère : réinvention géniale, ou nanar de première ? Après un pilote décoiffant, les douze épisodes de la saison 1 ont alterné le meilleur (l’épisode sur la torture façon Abou Graib), et le pire (l’épisode suivant : le retour de l’épouse Tigh, limite Sex and the City). Aucune cohérence, et aucune évolution perceptible : on serait bien en peine de déceler une amélioration ou un déclin…
Il y a toujours eu du remplissage dans les séries (quelques épisodes pitoyables des X Files, au hasard), mais là, on a du mal à voir où ça pêche, tant ça pêche partout, et pourtant, on a envie de voir la suite… Les décors sont cheap, les acteurs ne sont pas excellents, les situations sont parfois carrément invraisemblables : dans un épisode, on manque d’eau, et deux épisodes plus loin, un vaisseau de luxe fait fonctionner cascades et fontaines : il serait peut être temps d’instaurer la loi martiale, non ?!
De même, comme dans les bonnes séries des années 70, les héros s’occupent de tout : t’es pilote de Viper ? Tu dirigeras la patrouille de marines dans les sous-sols, tu iras explorer la planète machin, et après, t’essaieras d’installer le patch antivirus sur le serveur central du Battlestar Galactica.
Début saison 2, ça commence pareil, avec deux épisodes consternants façon guerre du Vietnam : « Tu vas pas mourir, putain, mon pote ! », comme on n’ose plus en filmer depuis que Coppola a dépoussiéré tout ça…
Mais bon, on continue à regarder, comme un bon vieux McDo : c’est pas génial, mais on sait ce qu’il y a dedans… En l’occurrence : des révélations fracassantes, les cigares de Starbuck, les combats spatiaux étonnants, la belle musique du générique, et la petite robe rouge de Tricia Helfer…
jeudi 10 décembre 2009
La Route
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
La Route se prête à deux critiques ; l’une positive, l’autre négative. Je m’en suis rendu compte dimanche soir, où, énervé par l’adaptation de John Hillcoat, je m’aperçus qu’en fait, mes deux comparses, qui n’avaient pas lu le livre avaient beaucoup aimé.
Car pour celui qui a lu le livre, La Route – le film – n’atteint jamais le niveau de La Route, le livre. Trop descriptif, trop de musique, trop de voix off. Tout en restant très respectueux de l’intrigue et du contenu de l’œuvre, le film n’atteint jamais le niveau d’abstraction, de sécheresse, de distance du chef d’œuvre de McCarthy. Les scènes les plus cruciales ne font pas peur, l’enfant est trop âgé pour inspirer ce terrible désir de « protection » que le Petit du livre insuffle à chaque page.
Mais si l’on mesure l’effort accompli – ce que je me refuse d’habitude à faire, une œuvre d’art est ou n’est pas, peu importe si le travail accompli est faible ou considérable -, La Route est un très bon film. Une porte d’entrée, en somme vers le formidable livre de McCarthy. C’est une énorme réussite visuelle, cette vision post-apocalyptique toute teintée de gris, fera date. Il y aura de ce point de vue un « avant » et un « après » La Route.
De même, le film évite, comme dans le livre, toute explication de la catastrophe, et parvient à raconter des choses horribles, tout en se gardant de claironner qu’elles le sont. La présence à l’écran de Viggo Mortensen est fabuleuse, mais ce n’est une révélation pour personne. Celle de Charlize Theron était moins évidente, mais elle prouve une fois de plus l’immense actrice qu’elle est.
Au risque de dérouter le CineFaster, on dira que La Route est un film que finalement, les américains ne peuvent pas faire, ne savent pas faire. Il faudrait l’ambition arty, européenne, pour aller jusqu’au bout de La Route. Il faudrait les silences du Stalker de Tarkovski, les paysages démesurés d’Antonioni, le silence abyssal de Bergman.
vendredi 4 décembre 2009
Sur le chemin de La Route
posté par Professor Ludovico dans [ Brèves de bobines -
Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les films ]
Il y a des films qu’on attend, comme La Route, et ceux qu’on n’attend pas trop, comme Avatar.
La Route, on l’attend de pied ferme, car c’est l’adaptation éponyme du chef d’œuvre de Cormac McCarthy, l’un des plus beaux livres de ces dernières années. Mais nous l’attendons aussi avec un peu d’appréhension. Car qui dit adaptation dit trahison. Que restera-t-il de l’ambiance glaciale, silencieuse, barbare, du roman ? John Hillcoat, réalisateur dans les années 80 de Ghosts of the Civil Dead, osera-t-il le film quasi muet, quasi obscur que les lecteurs attendent ?
De l’autre coté, nous n’attendons rien d’Avatar, tant la bande annonce est déceptive.
Mais au final, c’est l’élément psychologique qui joue à plein : un film, ce n’est pas une œuvre figée dans l’absolu, c’est une rencontre, un moment dans le temps.
Attendant trop de La Route, nous seront très probablement déçus ; n’attendant rien d’Avatar, une bonne surprise n’est pas à exclure.
Il faudrait, en fait, voir les films au hasard, sans titre, sans bande-annonce, sans casting et sans affiche : l’histoire toute nue…
lundi 30 novembre 2009
Some Kind of Monster
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Si vous aimez Metallica, il faut voir Some Kind of Monster. Si vous ne connaissez pas Metallica (c’est mon cas), ou si vous n’aimez pas Metallica, il faut aussi voir Some Kind of Monster.
Il faut l’avouer, j’aime les documentaires sur les musiciens au travail : Don’t Look Back, sur Dylan, de D. A. Pennebaker, 101, du même sur Depeche Mode, Gimme Shelter ou One+One sur les Stones, mais aussi le film de Clouzot sur Karajan… Je me rappelle même avoir réévalué Mlle Dion à la hausse après l’avoir vu au travail avec J.J. Goldman…
Aussi, quand l’ami Fulci m’a proposé Some Kind of Monster, j’ai cru qu’il me ressortait un classique du ciné italien d’horreur des années soixante dix.
Non. Some Kind of Monster, c’est un documentaire de 2004 sur Metallica, le supergroupe de Heavy Metal des années 80.
Le pitch : en 2001, le groupe est au bord de la crise de nerfs, et dans les conflits d’ego. Leur bassiste vient de les quitter et le groupe peine à enregistrer son nouvel album, sur fond de désintox’ et de rivalités entre les deux têtes pensantes du groupe (James Hetfield, chanteur, et Lars Ulrich, le batteur)
Au lieu de régler ça à la régulière, split (Lennon/Mc Cartney), cadavre dans la piscine (Jagger/Richards et l’encombrant Mr Jones), revolver (Jerry Lee Lewis, Phil Spector), Metallica choisit la manière moderne : un coach. Un gars, Phil, la cinquantaine, qui ne connaît rien au hard rock mais qui se coltine les équipes de foot américain, qui ont leurs problèmes d’ego, elles aussi…
Et cherry on the cake : on filme tout ça, ce qui donne Some Kind of Monster, deux heures de déballage ahurissantes, émouvantes, sincères, caractérielles, frimeuses, manipulatrices, beaufs, modernes, psys, comme on voudra.
Qui a joué cinq minutes de la guitare dans un groupe comprendra ce que je veux dire : ce n’est pas facile tous les jours. Voir ces types, avec leurs cent millions d’albums vendus, qui ont les problèmes de monsieur tout le monde, c’est rassurant. Voir Dave Mustaine, leur premier guitariste, viré pour alcoolisme, se considérer comme un raté alors qu’il a fondé Megadeth et vendu à lui seul vingt-cinq millions d’album, en fera réfléchir plus d’un sur l’incroyable abîme de la psyché artistique.
Après sept cents jours d’engueulade et de thérapie de groupe, le film est terminé : en 2003, Metallica sort St Anger, un album vite classé numéro un et entame une tournée triomphale.
Sous le charme, mais sans être dupe, il reste à démêler dans tout cela l’exercice d’autopromotion. Si c’était l’intention, c’est raté : les héros sont des beaufs, fans de Harley. Ils mangent des fruits frais et vont au cours de danse classique kitsch de leur gamine. Rien de très bon pour l’imagerie rock…
Non, Some Kind of Monster ressemble plutôt à un journal intime, avec ce qu’il peut y avoir de pathétique et de sublime dans l’exercice…
Comme dans In Bed with Madonna, l’exercice de com’ finit par dépasser son commanditaire en accouchant d’une créature indéterminée, à mi-chemin entre l’hagiographie et le reportage : some kind of monster, but a beautiful one.
samedi 28 novembre 2009
Braquo (finale)
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Même problème pour Braquo que pour Into the Loop : quand c’est trop, c’est trop. Trop de malheurs pour nos amis ripoux, trop de rapiéçage, trop de coutures mal faites qui se voient.
On prépare la saison 2, alors on lance subitement dans le bain un nouveau personnage, Marceau (Samuel Le Bihan), sorti de nul part. On remet en selle l’IGS et sa sublime fausse blonde (Laëtitia Lacroix), alors qu’ils avaient disparu dans les épisodes récents. On crée une nouvelle intrigue islamiste, qu’on résout immédiatement (???), et on balance le cliffhanger de rigueur.
Résultat, comme dans 24 ou The Shield : on décroche, le mieux étant l’ennemi du bien.
Pas sûr qu’on regardera la saison 2 de nos flics habillés de noir, qui sont tellement désespérés, qui ont tellement la haine, qu’ils ont tellement pas le temps de nettoyer le sang séché des bastons précédentes qui ornent leurs tempes !
samedi 28 novembre 2009
Into the Loop
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -
Séries TV ]
Jamais croire la pub, c’est un pro qui vous le dit ! Le spin, le buzz, la hype était excellente : une page entière dans Télérama vantait le travail du doubleur (Harold Manning, avec raison, d’ailleurs…) :
« On rit tout le temps ! »
Il devait y avoir quelque chose de spécial, aujourd’hui aux Halles, car la salle était pleine, et ne riait pas. Peut-être qu’elle n’était pas « Into the Loop » (dans la confidence)…
Une bonne idée, au départ ; décrire comment une bourde d’un sous-ministre britannique aide le camp des faucons américains à lancer une guerre contre un obscur pays du Moyen Orient, toute ressemblance avec des événements existants ou ayant existé étant purement fortuite… Deuxième bonne idée : la caméra portée, le ton « reportage » du film. Troisième bonne idée, les dialogues, injurieux et plutôt rigolos. Quatrième bonne idée, de bons acteurs anglo-américains comme James « Tony Soprano » Gandolfini.
Ce qui ne marche pas dans le « Loop », c’est seulement la grosseur du trait. Les ficelles sont trop grosses, les situations trop caricaturales, les personnages trop cons pour qu’on y croie. On peut mépriser les politiciens pour beaucoup de raisons, mais les portraiturer tous comme des incompétents carriéristes, formidablement idiots, ne marche pas. C’est tout le problème entre réalisme et crédibilité, déjà évoqué ici.
Une formidable série, K Street, malheureusement morte-née, avant tenté l’expérience en 2003 : un vrai lobbyiste à Washington (James Caville), filmé avec de vrais politiciens, mais dans une fiction tourné comme un reportage. C’était très drôle, avec une petite couche de thriller politique en plus.
La production Clooney-Soderbergh ne dura malheureusement qu’une année, dix malheureux épisodes…