jeudi 4 septembre 2014


Les Combattants, le retour
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il aura fallu une rencontre de trois minutes avec la Jennifer Garner de la Rue des Boulets pour que nous soyons illuminés de la lumière divine. Oui, il y avait un sens à la tragi-comédie survivaliste de Thomas Cailley, Oui, il y avait un message.

Solidarité.

Les Combattants est un film sur la solidarité, la nécessité de la solidarité. En fait, cette idée irrigue toute le film, et le Professore ne l’avait pas vu.

Dès le début des Combattants, les fils Labarède se serrent les coudes : hors de question de mettre ce charpentier dans un cercueil en mélaminé, on lui fera un cercueil nous-même. Et on va se mettre au travail tous les deux pour maintenir l’entreprise à flot. Plus tard, on reproche à un copain de nous laisser planter là, pour aller draguer. Puis à l’armée, il y ceux qui veulent passer la fosse du parcours du combattant tout seul, et ceux qui s’entraident.

C’est en fait la première indication de Thomas Cailley sur l’éventail des possibles : Madeleine veut le faire toute seule (contre le système) et y arrive, à la force des poignets. Arnaud aide les autres, et il sera bientôt récompensé : on lui donne le commandement de la section. Car le système qu’est l’armée repose entièrement là-dessus ; pas par la performance unique, mais bien par la force du collectif. Et tout le travail des classes (coupage de cheveux, uniforme, marche au pas) est bien la destruction systématique de l’individualisme au profit de la création d’un esprit de corps.

L’épisode de la grenade est tout aussi symbolique. Le lieutenant explique que lorsqu’une grenade explose, quelqu’un doit se jeter dessus : il faut qu’un périsse pour que tous survivent. Madeleine raille l’idée : qui serait assez bête pour faire cela ? Quand on veut survivre à tout prix, c’est la logique même. Mais si l’on veut survivre en tant que civilisation* (et c’est bien l’enjeu traditionnel de la guerre : conserver sa liberté, son territoire, son mode de vie), c’est le groupe qui doit survivre, et pas un seul. L’anecdote, filmée sur le ton de la comédie, semble anodine. Quelques minutes plus tard, trois conscrits se jettent sur la fausse grenade pour faire plaisir au lieutenant. Mais dans les vrais guerres, c’est un fait connu : les hommes se sacrifient, non pas pour l’honneur du drapeau, mais pour le copain d’à côté, comme dans la formidable scène de Woody Harrelson dans La Ligne Rouge.

C’est ainsi, sous la grâce d’une solidarité personnifiée par Arnaud, que Madeleine va s’ouvrir petit à petit. Via l’amour (cet abandon à l’autre), et via une scène apparemment anodine avec des aiguilles de pin, où le garçon soigne l’hyperactivité de la fille en lui apprenant l’ennui.

A la fin du film, réunis tous les deux dans un même plan inondé de soleil, Arnaud et Madeleine ont grandi, et sont prêts face à l’adversité. Les survivante sont devenus des combattants.

*Dans un mouvement semblable, La Route, le chef d’oeuvre de Cormack McCarthy, le père apprend au fils à survivre dans un monde post apocalyptique. A survivre, mais pas à n’importe quel prix. Renoncer à la dignité, à la décence, oui. Mais pas à l’humanité. Il expliquera à son fils de sept ans comment le tuer puis à se suicider si jamais il venait à être pris par deux qui justement ont renoncé à cette humanité. Le fils tentera, lui, de lui apprendre la confiance, en vain.


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