vendredi 19 août 2016


The Company Men
posté par Professor Ludovico dans [ A vos DVD -Les films ]

Il y a un truc que les Américains ne savent pas faire, c’est le film de gauche. Le film qui va décrocher Cannes ou Locarno, le Ken Loach, le Frères Dardenne. Le film social, le film contre le système, qui va faire pleurer dans les chaumières (enfin, les chaumières du sixième arrondissement).

Si certains réalisateurs y parviennent, c’est de manière extrêmement détournée comme le Fincher de Social Network (les pauvres gagnent contre l’aristocratie, s’ils se comportent comme des voyous) ou chez Cameron (les pauvres gagnent moralement s’ils séduisent la princesse). Mais le film ouvertement social, que peuvent réussir les Européens, est une impossibilité ontologique chez les américains. Company Men de John Wells (Un Eté à Osage County, A la Maison Blanche) en est la vibrante démonstration.

Trois cadres sont renvoyés de leur groupe de construction navale. Le petit con, directeur marketing qui ne se prend pas pour de la merde (Ben Affleck, décidément parfait dans les rôles de con), Bob, le vieux patron grincheux qui en a vu d’autres (Tommy Lee Jones, caricatural), et le mec parti de la base, ancien ouvrier devenu directeur, probablement le plus fragile (Chris Cooper, oui bon, ouais…) Comment vont-ils vivre leur chômage, eux qui se croyaient sur le toit du monde ?

Parti pour dénoncer un capitalisme de fonds de pension, le film tombe vite dans une morale à deux balles. Rien ne vaut en effet la rédemption par le travail manuel. Obsession américaine avec l’expiation des péchés à la campagne (voir Le Juge, Cars et à peu près tout Pixar)

Notre ami Ben Affleck va donc tomber de Charybde en Sylla (il a déjà vendu sa Porsche et sa belle maison que ses enfants aimaient tant mais tant pis, il faut faire des sacrifices to born again).

C’est là que tombé du ciel, ou plutôt du toit, la Providence intervient en la personne de son gauchiste de beau-frère (Kevin Costner), qui depuis le début du film est la voix du réalisateur sur les méfaits du capitalisme (je résume, ça ressemble plus à Springsteen qu’à Friedrich Engels).

Et la Providence a LA solution : un job de charpentier. Oui, vous avez bien lu, le directeur marketing ne peut pas trouver un autre job que charpentier… Ben Affleck va-t-il, par les vertus du travail manuel, se redécouvrir lui-même et devenir un gars bien ? Devenir sympa avec sa femme, comprendre son fils adolescent ? Tout cela est parfaitement gerbant. De très bons acteurs, et un très bon réalisateur, tout cela ne suffit pas à sauver un scénario indigent.


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