vendredi 29 février 2008


Le Pianiste
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD ]

Cruel dilemme : regarder Pharaon ou revoir Le Pianiste, le chef d’œuvre de Polanski ? J’opterai pour Pharaon, rare à la télé, alors que Le Pianiste doit pouvoir se rattraper en DVD. Et puis, pour le dimanche soir, on évitera ce Pianiste anxiogène, qui aura du mal à passer entre la météo, le résultat des courses, et une pub pour Yoplait.

Car Le Pianiste est un monument brut, terrifiant, qui ne fait rien de moins que de vous mettre au cœur de l’extermination des juifs polonais. Vous êtes Adrian Brody, jeune pianiste polonais doué. Vous subissez les premières humiliations comme lui. Lentement Varsovie sombre, et vous avec. Vous assistez, impuissant, aux exactions des SS. Sans rien faire, comme le pianiste. Parce que tout simplement, vous ne pouvez rien faire. On a rarement aussi bien traité ce sujet.

Dimanche 2 mars, 20h40, France 2




vendredi 29 février 2008


Pharaon
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Vous allez dire que ca va pas fort en ce moment, mais si, je vous recommande cette semaine un film polonais. Pire, un peplum polonais ! Pharaon est un très grand film, peut être le meilleur peplum jamais tourné : un peplum réaliste. Loin des americaneries sur le sujet, et de l’ethnocentrisme judéo-chrétien révisionniste sur l’antiquité, Jerzy Kawalerowicz arrive à nous immerger complètement dans l’Égypte antique, aussi éloignée de nous que pourrait l’être une civilisation extraterrestre. A ne pas rater.

Dimanche 2 mars, 20h40, Arte




vendredi 29 février 2008


Playlist du Professor Ludovico
posté par Professor Ludovico dans [ Playlist ]

Livre : William T Vollman (Central Europe), et donc MP3: Chostakovitch (Opus 110); Série : Arrested Development




vendredi 29 février 2008


La Graine et le Mulet
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Euuhh ? La Graine et le Mulet, n’y aurait-il pas comme une erreur quelque part ? La Graine et le Mulet, le film français multi-césarisé, dans CineFast ?? Ça sent le camp de rééducation Professor Ludovico !

En fait, chaque année, pendant les vacances scolaires, sous la pression de madame la Professore, le Signore Ludovico remplit son quota d’obligations envers le cinéma français (2%) et va voir UN film français. Pour le meilleur (Le Fils de l’Epicier) et ou pour le pire (Lady Chatterley).

Cette fois-ci, animée des meilleures intentions (elle est amoureuse d’Abdel Kechiche), nous sommes donc allé voir La Graine et le Mulet. Et là, (demie) surprise : c’est un très bon film. Demie, parce que L’Esquive, c’était déjà bien. La Graine et le Mulet, c’est bien aussi, parfois beaucoup mieux, parfois beaucoup moins bien.

D’abord, c’est trop long. On enchaîne des scènes qui ne sont pas inintéressantes, mais par souci de cinéma vérité, sont poussés jusqu’à leur intégrale langueur (le dîner en famille, la conversation sur les couches, la poursuite finale). Ensuite, c’est filmé à la française, monté au sécateur, et bien sûr, joué par des comédiens amateurs. On voit bien que l’on est en train de proposer le parfait repoussoir à CineFaster !

Mais chez Kechiche, il y a trois différences, et de taille. Un, c’est un raconteur d’histoires. Derrière une technique (volontairement ?) hésitante, il y a une histoire. On veut savoir ce qui va arriver à ces personnages. Un père d’abord, que l’on croit timide, parce qu’il vit le schéma classique du vieil ouvrier maghrebin, mis sur la touche de son chantier naval. Mais qui va redresser la tête : il veut monter un restaurant. Mais qui va aussi se révéler un monstre d’orgueil, incapable d’affronter sa double vie. Il en paiera, chèrement, les conséquences.

Ensuite, il y a un propos, très fort, sur l’immigration, la communauté, la famille. Enfin, un film où il n’y a pas l’angélisme, la condescendance habituelle des films sur les immigrés. Ici, les personnages ne sont pas différents de nous, ils ne sont ni bons ni mauvais, ni particulièrement oppressés ni particulièrement choyés. Ils n’ont pas d’excuse, pas de justification, pas de révolte romantique.

Un exemple, parmi d’autres. Au début du film, l’aîné de la famille baise une bourgeoise sur un bateau. Scène plutôt drôle. Au milieu du film, changement de ton, on comprend que l’aîné est aussi père de famille, et qu’il délaisse sa femme (russe) et son bébé. Celle-ci refuse de se joindre au déjeuner dominical. Mais la sœur de l’aîné, maternante, la console, et l’incite à « faire un effort ». On résoudra ça après. Plus tard, la jeune russe découvre que les maîtresses de son mari appellent sans vergogne chez la mère, que ses belles-sœurs sont au courant, mais couvrent leur frère. Et vers la fin, lors d’une hallucinante scène d’hystérie, la russe explose littéralement, démontant d’un seul coup le complot familial, et donnant ainsi un sens peu reluisant au mot « communauté », tout en bouclant l’intrigue…

Et si c’était ça, la force de Kechiche ? En avançant ainsi discrètement, sans manichéisme, il fait cent fois plus pour l’égalité que tous les plaidoyers du monde pour cette population invisible, qui, comme il est dit dans Fight Club « cuisinent vos plats, vident vos ordures, conduisent vos ambulances, gardent vos immeubles ». S’impose alors un des plus beaux plans du films : caché dans le noir, à l’intérieur de leur bateau-restaurant, les maghrébins attendant leur premiers clients sétois (ennemis pour la plupart). Mais soudain, au moment où l’on ouvre les portes, les voilà illuminés…