samedi 16 février 2013


The Deep Impact of 2012 Armageddon
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Mieux que Michael Bay, mieux que Mimi Leder, mieux que Roland Emmerich : Youtube !

Découvert sur le site polyartitisque de l’ami Ostarc, Le Glob est Plat, le plus beau plan séquence sur la forêt de Tungunska depuis les X-Files.

Profondeur de champ, stabilité du cadre, équilibre des couleurs, il ne manque que la musique d’Alexandre Desplats.

A vous de juger…




mardi 27 janvier 2009


Armageddon (part III)
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Véritable mine d’or à ciel ouvert, Armageddon continue, diffusion après diffusion, de dévoiler ses secrets. Le chef d’œuvre (toutes proportions gardées) de Bruckheimer-Bay passait hier sur W9, et malgré la saison 4 de Sur Ecoute qu’il faut finir, on tombe dessus et on regarde jusqu’à la fin.

Ce qui n’est pas forcément frappant du premier abord, c’est la grande perfection graphique du film. Il faut dire qu’on n’a pas beaucoup le temps de s’y arrêter, puisqu’aucun plan (c’est LE défaut du film) ne dure plus d’une seconde ! Mais hier, on avait le temps, et on regarde. Chaque plan est une petite merveille de netteté, de profondeur, et d’éclairage. Outre les habituelles couleurs criardes, marque de fabrique Simpson-Bruckheimer, Bay nous gratifie d’une étonnante palette de bleus, du bleu nuit de l’Astéroïde, au bleu clair du ciel au dessus de l’Amérique. Ajoutez à cela étincelles, explosions, voyants lumineux, compteurs clignotants, et mouvements ininterrompus de caméra, tout cela est riche, trop riche même…

Autre sujet d’observation, nous l’avions déjà dit, Armageddon est un film religieux. Au delà du thème, évidemment millénariste, de l’Apocalypse selon St Jean, Armageddon est imbibé de christianisme puritain. Le décor de l’astéroïde évoque bien évidemment l’enfer de Dante, tandis que l’Amérique rurale ressemble en comparaison à un petit Paradis. Sur terre, c’est pareil, on voit beaucoup d’églises, de minarets, de temples hindous. Quand Paris est détruite, la vue est prise de Notre Dame, etc. Le film se termine dans une église, par le mariage reliegieux de Ben Affleck-Liv Tyler.

C’est d’autant plus étonnant que nos héros ne sont pas des anges : alcoolos, obsédés sexuels, divorcés : ils jurent, baisent et boivent dès le début du film. Mais évidemment, comme dans toute parabole, les Premiers seront les Derniers, et le royaume des Cieux est ouvert aux Simples d’Esprit, car la rédemption est toujours possible : le père inconsciemment incestueux (Bruce Willis, chassant l’amoureux de sa fille (Affleck) au canon scié, finira par se sacrifier et lâcher sa fille au Fils Prodigue (mais ben Affleck n’échappera pas au mariage à l’église, quand même !), le divorcé (Paxton) renouera avec femme et enfant, et l’obsédé (Buscemi) rejoindra la pute « pour faire des bébés »… La morale est sauve…

Troisième observation, qui ne m’avait pas marqué jusque-là, du moins à ce point, mais qui est cohérente avec la précédente : Armageddon est un grand film de propagande, façon soviétique, à la Roman Karmen. C’est un film que pourrait produire une dictature, pour glorifier à la fois son peuple, et prôner un redressement moral. Car dans Armageddon, l’Amérique est partout. Comme nous l’avons déjà signalé, l’Amérique gouverne la planète, et quand le président des Etats-Unis parle, le monde écoute, et il fait jour partout.

C’est pourquoi le drapeau US est omniprésent : sur les uniformes, les navettes, les murs des bleds paumés de l’Oklahoma, partout ! Armageddon exhorte les valeurs traditionnelles : travail, famille, et patrie. Il défend aussi des valeurs plus spécifiquement américaines, comme la liberté et l’indépendance à l’image de ses deux navettes (Freedom et Independence, dont on sait qu’il s’agit du principal sous-texte du film, à savoir la lutte contre la tyrannie).

Ainsi quand le conflit explose, entre le militaire rigoureux et obéissant (William Fichtner) et le héros prolo pragmatique (Bruce Willis), la désolation envahit le siège de la NASA. On peut y voir là une allusion au célébrissime discours de réconciliation d’Abraham Lincoln, au moment de la Guerre de Sécession « a house divided » : seule l’unité nous permet de tenir debout, si nous sommes divisés, nous chuterons*…

Plus prosaïquement, Armageddon valorise aussi le mode de vie américain, la culture américaine White Trash (Evel Knievel **, le pétrole, les Harley, les 4×4). Il célebre aussi le mythe de la conquête spatiale, via une double allusion à Kennedy (en poster et dans le dialogue), glorifiant l’Air Force et la NASA***.

Mais surtout Armageddon emprunte les stéréotypes du film de propagande : existence d’un Mal Incarné qu’il faut combattre (l’astéroïde, les complots de Washington), héroïsme désintéressé du peuple ouvrier dans ce combat (foreur, cowboy…), corruption des élites (le président « sans visage », l’armée au service du coup d’état), la suprématie du travail manuel sur les œuvres intellectuelles (ou comment réparer un ordinateurs à coups de clef de douze)…

Autant de thèmes qui ne dépareraient pas dans un documentaire sur un kolkhoze du district de Minsk…

En attendant une autre diffusion, pour forer plus loin (« I will make 800 feet. I swear to God I will. »)

* « United we stand, divided we fall. »
** Evel Knievel était un casse-cou très célèbre aux USA durant les années 70, réputé pour sauter à moto par-dessus des précipices. Ben Affleck fait la même chose, dans une scène clé du film.
*** A ce sujet, lire l’excellent ouvrage de Jean-Michel Valantin « Hollywood, le Pentagone et Washington , Les trois acteurs d’une stratégie globale », collection Autrement, un portrait des conflits acharnés entre la Marine, l’Armée de Terre, et l’Air Force, pour s’attribuer les bonnes grâces d’Hollywood.




lundi 3 septembre 2007


Armageddon, part II
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Ce blockbuster, vous le savez, fut à l’origine d’un papier séminal du Professor. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts. Mais à la revoyure récente dudit film, on peut suggérer quelques compléments d’analyse que nous vous livrons ici, en bloc.

Armageddon, ou la lutte contre la Tyrannie
Je vous rassure, Armageddon n’est pas marxiste. Mais il appelle pourtant, sournoisement, à la rébellion. Rébellion contre qui ? Contre la tyrannie. Vous croyiez que Bruce Willis et ses working class heroes combattaient le météorite censé détruire la terre ? Il n’en est rien. Ils combattent un ennemi beaucoup plus sournois, souterrain : l’ennemi intérieur, la technocratie, la bureaucratie, Washington et la NASA. En un mot, la Tyrannie.

Au mitan du film, le président des USA, qu’on voit toujours à la Maison Blanche, dans l’ombre (la Conspiration !), suit les conseils de son général en chef, qui n’a plus confiance dans Bruce Willis pour sauver le monde. Plus confiance dans Bruce Willis ??? Mais il est fou, celui-là ! Il n’a pas vu Piège De Cristal ???

Le Président ordonne donc de passer au Plan B. Immédiatement, des militaires des Forces Spéciales investissent la NASA et en prennent le contrôle. La scène est filmée comme un coup d’état. Et c’en est un… Leur objectif : faire sauter directement la bombe à la surface du météore, puisque Bruce Willis n’y arrive pas ! Mais en agissant ainsi, ils condamnent l’humanité, puisqu’il faudrait normalement déposer cette bombe à 250 m de profondeur, sinon le météore ne sera pas détourné de sa trajectoire meurtrière…

Cela n’arrête pas le Président, incompétent, mal conseillé, bref… Tyrannique !

Cette scène fait écho à d’autres productions Simpson/Bruckheimer : USS Alabama, par exemple, suit le même modus operandi. Denzel Washington lutte contre un autre Tyran, Gene Hackmann. Celui-ci est prêt à tout (risquer la vie de ses hommes, déclencher le feu nucléaire) dans le seul but d’appliquer les consignes. Phrase culte : « Nous sommes ici pour défendre la démocratie, pas pour l’appliquer !»… A la fin, nos deux personnages sont réconciliés, et jugés tous les deux fautifs par le tribunal militaire, mais… pardonnés : les deux personnages ne sont rien d’autre que les deux faces de cette même nation, l’Amérique, capable d’être la plus grande des démocraties comme de sombrer dans la plus noire des tyrannies.

Cette tension, on le retrouve aussi dans un face à face récent signé toujours Bruckheimer : Déjà vu, opposant le terroriste d’extrême droite au flic intègre (Denzel Washington, toujours).

Armageddon ou la lutte des classes
Armageddon, c’est aussi l’histoire de lutte des classes. Quelles sont ses forces en présence ? D’un côté, les héros, qui sont, sans exception des « damnés de la terre » : un obèse mangeur de donuts (Ken Hudson Campbell), un père abandonneur de famille (Will Patton), un cowboy paumé (Owen Wilson), un biker noir (Michael Clarke Duncan), un obsédé sexuel (Steve Buscemi). Le type même des losers white trash rejettés par Uncle Sam. Sans parler du monde entier : pauvres chinois dans leurs jonques, foules en extase religieuses devant le Taj mahal, français mangeurs de baguettes… et astronaute russe sans le sou, dérivant en orbite géostationnaire !

Dans le camp d’en face, les prototypes de la technocratie bien pensante, mangeurs de yaourt au bifidus, au profil tout aussi viril qu’indifférencié : ingénieurs à la NASA, dépenseurs d’impôts du contribuable, militaires obtus, ingénieurs loin des réalités du peuple. Heureusement, les working class heroes, aidé du seul mec bien de la NASA (Billy Bob Thornton, moche et handicapé) sauveront le monde de ces technocrates. Pour seul paiement, que réclament-ils ? De l’argent ? Des honneurs ? De la reconnaissance ? Non. Ils veulent des demandes simples, comme seul le peuple a la liberté de la faire : « Je veux que mes contraventions soient effacées, je veux savoir qui a tué Kennedy et surtout, ne plus payer d’impôts !!»

Armageddon ou la Guerre des Sexes
Armageddon est aussi un film sexuel, voire freudien : Bruce Willis veut mettre sa foreuse bien profond, au cœur du météore, tout en sauvegardant la virginité de sa fille (on est au XXI° siècle, Bruce, réveille-toi !), virginité sous la menace par des appétits sexuels de son meilleur foreur (Ben Affleck), qu’il considère pourtant – ou justement – comme son fils. « Occupe toi de de ma fille ! » Tel est le dernier message adressé par le Père au Fils. On ne fait pas dans la finesse, mais n’est-ce pas le charme des productions Simpson/Bruckheimer ?




jeudi 23 juin 2005


Armageddon, ou le goût de l’Amérique
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

En guise d’apéritif, je vous propose un film que j’ai détesté, et qui pourtant me fascine à plus d’un titre : Armageddon, de Michael Bay, produit par Jerry Bruckheimer*

Rappelons, l’argument – très classique – d’Armageddon. Un météore menace la terre. Une équipe d’ouvriers américains est désignée comme doublons des astronautes de la NASA pour planter sur sa surface une bombe atomique, qui, en explosant, sauvera la planète. Outre le titre biblique, et la fascination américaine pour l’ancien Testament. (NDLR : Le Frame Keeper devrait nous proposer une chronique sur le sujet, c’est dans son domaine de compétence), Armageddon est un véritable condensé de la psyché Américaine.

Tout d’abord, par l’intention. Dans l’excellent ouvrage consacré à Don Simpson, High Concept, Jerry Bruckheimer affirme que « le sujet de ses films doit tenir sur le dos d’une pochette d’allumettes », et qu’il ne fait pas de film pour la critique ou le spectateur new-yorkais, mais bien « pour les gars de l’Oklahoma » On y reviendra.

Commençons par les héros du film, véritables Village People d’une l’Amérique telle qu’elle se fantasme… Bruce Willis est foreur sur une plate forme pétrolière. Un chef, certes, mais avant tout un ouvrier autodidacte. Resté fidèle à des valeurs pragmatiques et efficaces, il met la main à la pâte… et ses réactions sont basiques : il protége la virginité de sa fille au fusil de chasse, à tirer sur des militants de Greenpeace à coup de balles de golf, et dit tout haut ce que le peuple pense de la NASA et du gouvernement. Il y aussi un lonesome cow boy, joué par Will Patton, poursuivi symboliquement par des voitures gyropharées tandis qu’il s’enfuit à cheval dans le soleil couchant… Il y a la touche transgressive et paillarde : Steve Buscemi, qui est moche et qui aime baiser… ce qu’est l’américain moyen, non ? Et il y a Liv Tyler, la beauté du Sud, pure et authentique, qui attend son Ben Affleck au cœur pur qui veut l’épouser dans les formes, malgré son Bruce Willis de père…

Nos héros s’opposent à l’Empire du Mal. Ce n’est pas Ben Laden, ce ne sont pas les russes, (on y reviendra, encore)… c’est la Tentaculaire Administration Américaine, représenté par la NASA. Dans la mentalité US, l’Etat a tout faux. L’Etat coûte, et ne sert à rien. L’Etat complote contre nous (X-Files), l’Etat est un incapable. Tout cela se retrouve dans Armageddon, symbolisé par les astronautes officiels : des ingénieurs sans âme, sans couilles, volontairement sous-castés par Bruckheimer. Pas la moindre tête connue : ça n’a pas d’importance, ces types-là sont des nuls… Sauf leur chef, Billy Bob Thornton, une gueule, comme par hasard, qui comprend nos héros, et serait bien à leur place s’il pouvait. Un accident l’a laissé boiteux, mais il est avec eux, avec le cœur, tout au moins. D’ailleurs, que demandent ces outcasts, ces real McCoy**, comme récompense ? Des femmes ? De l’alcool ? De l’argent ? Que nenni. Leur seul souhait : ne plus jamais payer d’impôts, ne plus jamais rien devoir à cette Washington honnie…

Armageddon, leçon de géographie simplifiée
Le film est aussi une formidable synthèse de la vision du monde vu, encore une fois, de l’Oklahoma ; un petit traité de géopolitique à lui tout seul. Dans le film on ne verra que des skylines*** reconnaissables de tous. Aux Etats-Unis, trois paysages sont représenté : Los Angeles, New York et un village du cœur de l’Amérique, du Heartland originel, l’Oklahoma, encore.

Los Angeles et San Francisco sont détruites. Ainsi va le sort de Sodome et Gomorrhe… Pour le cœur de l’Amérique, la Californie, c’est l’empire du vice, de l’homosexualité , de la drogue, de la confusion sociale.

New York, symbolisé par un jeune coursier noir qui fait la folle, ne va guère mieux. Normal , c’est une ville de pédés, de mixité raciale, d’exubérance trash. Les météores tombent partout, détruisent les buildings, mais pas sur notre coursier… on ne tue pas le bouffon, on lui fait peur. (au passage, les météores détruisent aussi la concurrence, sous la forme d’une poupée Godzilla).

New York fait partie aussi d’une phobie, qui méritera probablement aussi une autre chronique. Cette phobie, c’est l’Est du pays. L’Est, c’est ce pays étrange où se prennent les décisions, le plus souvent contre l’Amérique d’En Bas… Le pays des avocats, des politicards de Washington, de Wall Street ; leur Bruxelles à eux. En plus, l’Est représente le passé honni de l’Amérique : l’Angleterre, la culture du vieux monde. Boston, Philadelphie peuvent être détruites. Aucun météore ne tombera dans le Heartland paradisiaque du film, filmé au ralenti entre vieilles voitures nostalgiques des années 50, entourées de gamins portant des drapeaux américains…

Il en va de même pour le reste du monde. Que connaît notre Oklahomien ? La France, bien sûr ! Paris ! La capitale est à moitié détruite dans Armageddon, mais le pays, courageux, patriote, se relève : tout le monde a un béret, porte une baguette et des drapeaux, roule en 2 CV, et on voit le Mont Saint-Michel, au loin…

L’Oklahomien sait aussi que l’Asie existe, et c’est un continent mystérieux : on le représentera de nuit, car là-bas, il fait toujours nuit. Bientôt, ce peuple s’éveillera, mais pour le moment il vit sur des jonques, dans une baie indéterminée : Hong Kong ? Shanghai ? Autour d’une misérable bougie, il écoute religieusement le discours du président américain… Comme dans Independance Day, où il faisait jour dans le monde entier, quand le président prononçait son discours…

Et puis il y a la Russie … Depuis la Chute du Mur, les américains ne peuvent taire plus longtemps leur authentique amour des russes. Car dans le fond, qu’est ce qui ressemble plus à un russe qu’un américain ? Même culture pionnière, même mythologie de conquête et de valorisation du territoire, même esprit fermier. Comme par évidence, il y a un véritable héros russe dans Armageddon. Joué par le suédois Stellan Skarsgard, l’astronaute russe est sympathique. Rien à voir avec les gars de la NASA ! C’est d’ailleurs le négatif (ou plutôt le positif) des astronautes. Il n’a pas d’argent, ils en ont trop. Il se débrouille, ils sont incompétents. Il est solidaire de nos héros, la NASA les bat froid. Une anecdote révélatrice éclairera mon propos : malgré les milliards de dollars dépensés, les astronautes de la NASA sont incapable de réparer l’électronique de bord. Le russe palliera à l’insuffisance américaine, avec le pragmatisme typique du film d’action : un bon coup de pied dans le bordel ! Il aura cette phrase définitive : « American components ? Russian components ? All made in Taiwan ! »
Taiwan… Voilà donc où étaient nos pagodes…

Un final biblique
Une fois sur l’astéroïde nos héros vont passer d’épreuves en épreuves, comme les 7 Cercles de l’Enfer de la Divine Comédie. On croit que Ben affleck est mort, mais non, il fait du Monster Truck sur l’astéroïde. Les trépans cassent, la NASA trahit les siens en voulant déclencher à distance la bombe atomique, des gens meurent, et surtout on invoque Dieu à chaque ligne de dialogue : « Que Dieu le prennent avec lui » ? « Amen ! » « Que Dieu me file un coup de main – ça tombe bien, tu es près de chez lui ! »

Derrière ce déluge d’épreuves vient le véritable sacrifice, œdipien celui-là. Bruce Willis se sacrifie pour que Ben Affleck vive et le remplace auprès de sa fille. Non pas pour la baiser, l’aimer ou lui faire des enfants, mais pour « s’occuper d’elle ».

Après la destruction de l’astéroïde et le retour des gentils, la morale sera sauve, se concluant par un navrant étalage de valeurs positives : le mariage, la réconciliation du couple de Will Patton, et le retour sur le droit chemin de Steve Buscemi, qui passe de baiseur de putes à futur père de famille « je veux avoir des enfants ».

* Vous l’apprendrez à vos dépens : pour le Professor Ludovico, l’auteur d’un film américain, c’est le Producteur.
** les vrais de vrais
*** la silhouette reconnaissable d’une ville américaine, au soleil couchant.




vendredi 6 juillet 2018


Retour à Baltimore
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Autant il est déconseillé au touriste de revenir sur ses pas – le Professore se refuse de retourner en Égypte tellement il fut illuminé par ce premier voyage -, autant la cinéphilie vit littéralement de ces retours. Parfois ce n’est pas une bonne idée ; on découvre le chef d’œuvre de jeunesse pas si bon que ça ; parfois, il y a toujours matière à creuser dans la mine à ciel ouvert : Armageddon, 2001 L’Odyssée de l’Espace, Rio Bravo, etc.

La série se prête peu à l’exercice, car il faut se replonger dans des dizaines d’heures d’épisodes. Mais là, il s’agit du voyage initiatique à Baltimore, Sur Ecoute-The Wire, la clé de voûte de la grande cathédrale de la série américaine. Partant, de la série tout court.

On emmène le Professorino avec nous, lui qui rêve de bicraver en bas de sa cité du East Side. Et voilà qu’on aborde les rives de la terrible cinquième saison, la dernière, la plus mauvaise, le final. Et nous voilà de nouveau obligés de faire le deuil, quitter McNulty et Omar, Bunk, Marlo et Barksdale, Carcetti et Sobotka, bref les deux cent personnages de ce fabuleux roman russe qu’est The Wire.

Cette nouvelle visite est très étonnante, en ce qu’elle amortit les déceptions du premier visionnage. A l’opposé, elle amène à relativiser certains amours fous. On découvre ainsi que Sonja Sohn ne joue pas si bien que ça notre Kima, mais que la saison 2 (dite « du port ») est bien plus forte, bien plus solide, que dans notre souvenir. Ou que Marlo, le nouveau baron de Baltimore, est un personnage bigrement intéressant.

Cela ramène à l’idée que la première fois, on n’avait rien compris à l’intention de The Wire. Ce n’était pas le traditionnel copshow hard boiled autour de Bunk/Mc Nulty et de leurs aventures dans le inner city baltimorien. Ce n’était d’ailleurs pas une série traditionnelle non plus. Le personnage principal pouvait disparaître saison 2 puis revenir en majesté. Des gens pouvaient mourir, des gens allaient mourir. Pire, des gens allaient tout simplement s’effacer, jusqu’à disparaître…

Et il ne fallait pas, ô spectateur, en être attristé.

Car derrière ces apparentes anomalies dramaturgiques, il y avait un plan d’ensemble, qu’évidemment, nous ne pouvions saisir au premier visionnage. Il fallait avoir tout vu pour comprendre que David Simon voulait faire bien plus, tout simplement le portrait d’une ville. Avec ses flics, ses gangsters, ses dockers, ses instituteurs, ses politiciens, ses journalistes…

Une fois que tout serait dit, alors la révélation serait complète. Sur Ecoute régnerait pour toujours.




jeudi 6 juillet 2017


Dix bonnes raisons de ne pas aller voir Valérian et la Cité des Mille Planètes
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

CineFast, toujours au service du cinéphile pressé, vous facilite la vie en vous offrant directement dix excuses – à utiliser comme bon vous semble – pour éviter le dernier Luc Besson.

1. Le dernier Luc Besson ? Si seulement c’était vrai !
2. Le dernier bon film de Luc, c’est Le Dernier Combat*…
3. Il a déjà massacré une bédé de votre adolescence, Adèle Blanc-Sec, il va pas en plus massacrer celle de votre enfance !
4. Le cast est horrible (Cara Delevingne en Laureline et Dane DeHaan en Valerian). Enfin, moches…
5. Avatar était déjà laid, on va pas recommencer avec les fleurs bleues…
6. Avouons-le maintenant : Valerian, c’est bien jusqu’à ce que Laureline s’habille un peu sexy, c’est à dire jusqu’au dyptique Métro Châtelet direction Cassiopée – Brooklyn station terminus cosmos ; après, ça devient peu n’importe quoi… les Shingouz… Hypsis, Ralph le Glapum’tien,…
7. La bande annonce donne envie de vomir, un peu comme l’attraction Armageddon chez Disneyland Paris…
8. Le score n’est pas d’Eric Serra ; Si c’est pas Serra, j’y vais pas.
9. Y’a pas non plus Jean-Marc Barr ni Rosanna Arquette…
10. Désolé, j’ai pas fini The Leftovers

* Franchement vous avez revu récemment Le Grand Bleu** ?
** Et posez-vous la question : pourquoi Subway ne repasse jamais à la télé… ?




samedi 22 octobre 2016


Deepwater
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

En ces temps de disette cinématographique, le cinéma semble devenu cette oxymore qui veut qu’il y ait toujours plus d’offre et qu’en même temps, cette offre soit toujours la même, c’est-à-dire l’éternel recommencement des séries Marvel, des dessins animés moralisateurs, des films sociaux à la française (tout aussi moralisateurs), des comédies débilitantes et du reboot permanent des franchises, avec magicien, dragons en polystyrène et schoolboy en short d’uniforme anglais.

Dans cet univers post-apocalyptique où plus rien ne nous donne envie d’aller au cinéma, il reste quelqu’un qui n’a pas renoncé à émouvoir : c’est Peter Berg. L’homme du Royaume, d’Hancock, Battleship, des Leftovers et de Friday Night Lights réalise avec Deepwater un très bon film sur la catastrophe de la station de forage qui engendra la plus terrible marée noire que les Etats-Unis aient jamais connu. Ce pourrait être un simple film catastrophe, même réussi. Sauf que.

Sauf que c’est Peter Berg. Un gars qui aime l’Amérique et le dit, qui aime les ouvriers et le montre. Il met des drapeaux américains partout, comme Michael Bay. Ça ne l’empêche pas de questionner l’Amérique. Car Berg est démocrate* tout autant que Michael Bay est républicain. Chez Bay, dans Armageddon (auquel on pense souvent dans Deepwater), c’est l’Etat qui empêche nos héros foreurs de faire correctement leur travail, par son incompétence et sa bureaucratie. Chez Peter Berg, c’est le capitalisme qui impose sa loi du profit maximal. Plus précisément BP, incarné par John Malkovich, face aux vrais gens, les foreurs Mark Wahlberg et Kurt Russell. BP cherche le profit le plus rapide ; tant pis pour les compétents, tant pis pour la sécurité. Il faut, comme le dit Malkovich, que le train continue à rouler. Qui, au passage, propose une fois de plus un méchant original, intelligent mais sans âme, et qui sera finalement puni.

Le talent de Berg est de découper son film en deux parties, une partie d’exposition des personnages et des enjeux (même si on ne comprend pas grand’chose aux problèmes de forage, petite faiblesse du film) et une seconde partie de film catastrophe pur.

Les deux parties sont également réussies, le film d’exposition par son réalisme sans faille, et le film catastrophe parce qu’on a justement installé les personnages, comme ceux de Titanic, Armageddon ou… Battleship.

Berg a ainsi soigné son « héros », Marc Wahlberg, working class hero qui fait bien son boulot, même si son personnage est très basique : un gentil papa, une jolie épouse blonde, un cadeau à ramener. Mais comme toujours dans son cinéma, il y a cette nuance, cette subtilité qui enrichit le propos et en fait quelque chose de totalement différent de la production habituelle. Une certaine épaisseur psychologique : ici, un héros peut pleurer.

C’est ça que dit Peter Berg sur l’Amérique d’aujourd’hui. Une nation qui se croyait sûre d’elle-même, et dont le héros pleure. Et admet sa peur. Et c’est une révolution. Car si tant est que l’Art imite la vie, et partant, que le cinéma américain est la représentation de la psyché américaine, le héros américain pleure. Et a peur.

On n’est pas sûr de devoir s’en réjouir.

* Il interdit en son temps le duo Romney/Ryan d’utiliser pour leur campagne la devise de FNL : Clear Eyes, Full Hearts, Can’t Lose.




samedi 17 septembre 2016


Leftovers, saison 2
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

C’est le début de la deuxième saison de nos disparus et c’est déjà la perfection. Jusqu’à preuve du contraire, The Leftovers fait déjà partie de la top liste.
Incroyablement bien construite, extraordinairement filmée et interprétée, The Leftovers confirme les espoirs placés dans la saison 1. Ces disparus font bien sûr penser à Lost, et la patte de Cuse/Lindehof est extrêmement repérable dans les deux. Les deux séries jouent à fond la carte du mystère mais, contrairement à notre île chérie/haïe, on s’est engagé ici à ne pas le résoudre.

Ce pari peut-il être gagnant sur le long terme ? Là est la question. Car si ce que le spectateur vit en ce moment sur The Leftovers est tout simplement magnifique, on ne jugera, comme toute œuvre, que la fin… c’est la tragédie de Lost, qui a fait vibrer… jusqu’au moment où elle a cessé de nous faire vibrer.

Jusque-là, The Leftovers accumule les questions. Pourquoi le sudden departure ? Cet événement séminal pourrait rester, comme promis, sans réponse. Mais avec toutes les questions annexes qui se sont accumulées sur les personnages, – et qu’on ne va pas révéler ici –, si l’on restait sans réponse, la déception pourrait être immense. Comme dans Lost.

Par ailleurs, The Leftovers se refuse à toutes les putasseries habituelles. Au spectateur de relier les fils entre les personnages, de reconstituer la chronologie*. C’est aussi, une série sans fard. La vérité nue, à l’image des deux actrices principales** qui acceptent de jouer démaquillées. Et un motif visuel récurrent apparaît dans chaque épisode de cette saison 2 : un affrontement face à face entre deux personnages, en long gros plans champ/contrechamp, qui laissent aux acteurs la part du roi.

Car c’est bien ça, le cœur de Leftovers ; l’examen brut de tous les recoins de notre humanité. Le couple, la parenté, la famille, la communauté sociale ou professionnelle, sous le choc d’un drame extraordinaire, à savoir la disparition de 140 millions d’habitants. Mais est-si extraordinaire qu’à ça ? Dès le pilote de cette nouvelle saison, le débat est lancé : L’humanité a déjà été menacée d’extinction, et des gens disparaissent tous les jours, pour bien d’autres raisons que le sudden departure. The Leftovers est déjà une critique de cette compétition mémorielle, et semble dire que la question de savoir qui souffre le plus est un non-sens Une question qui ne motive finalement que les religions établies ou celles qui veulent le devenir, sans parler des états et les marchands du temple.

Non, la question n’est pas là. Comment chacun regarde l’abîme, telle est la vraie question. Et c’est ça qui fascine le spectateur, lui aussi confronté à ces questions existentielles.

Même si la saison trois se révélait décevante, on conviendra qu’on voit rarement ça à la télé.

* Même quand ses auteurs se permettent des flash-back pour le moins étonnants. Ce qui rappelle les acrobaties de Lost avec la chronologie, et ses fameux flash forwards
** Amy Brenneman (Heat) ou Liv Tyler (Armageddon, Le Seigneur des Anneaux)




vendredi 6 novembre 2015


Seul sur Mars
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Et si le documentaire était la véritable ambition artistique de Ridley Scott ? Et si depuis quarante ans, le réalisateur anglais n’avait rêvé que de transmettre ses connaissances sous forme de docudramas habilement déguisés en fictions de luxe payées par Hollywood ? Et si Seul sur Mars était la révélation ultime de ce procédé ?

Qu’on y pense ? De la Retraite de Russie, la Vie au XXI° siècle, la Mafia Japonaise, la Condition Féminine dans le Southwest, les Croisés de Jérusalem, la Conquête de l’Amérique, les Combats de Gladiateurs, la Bataille de Mogadiscio, la Vie en Provence, le Marketing de la Drogue, l’Exode Biblique et maintenant… la Vie sur Mars, Ridley Scott, enlumineur de génie, n’a fait que poursuivre le travail d’encyclopédie populaire, à l’instar des Tout l’Univers et autre Dis Pourquoi ? de notre enfance.

Seul sur Mars, son dernier projet, coûte la bagatelle de 108M$. C’est cher pour un film dont l’unique vocation semble être de passer sur National Geographic Channel avec voix off ad hoc : « Si l’homme devait un jour s’installer sur mars, comment s’y prendrait-il pour survivre ? ». Avec une réponse de 144mn sous forme de cours de botanique (comment faire pousser des pommes de terre avec son caca), de cuisine (les 1001 façons d’accommoder les dites pommes de terre), de bricolage (sachez fabriquer une serre (ou une coque de vaisseau spatial), avec seulement de la toile plastique et du chatterton), ou de maths : sachant que je produis 30 kg de patates par récolte, combien me faudra-t-il de récoltes pour tenir jusqu’à l’arrivée des secours ?

Le tout emballé, comme tout Danger dans le Ciel qui se respecte, d’une alternance de documentaire et de drame reconstitué. Ici, on n’a pas fait les choses à moitié : plutôt que le sosie de Matt Damon, on a pris Matt Damon lui-même. Avec le gratin de l’Hollywood actuel (Jessica Chastain, Jeff Daniels, Sean Bean), ou à venir (Kate Mara (House of Cards), Chiwetel Ejiofor (12 years a Slave), Mackenzie Davis (Halt and Catch Fire))…

Heureusement qu’ils sont là, les comédiens : les pauvres mettent tout leur talent au service de personnages même pas esquissés (pas d’enjeu personnel, pas de famille, pas de motivations). Ca a un gros avantage : ça permet de voir exactement ce qu’apporte de grands comédiens ; tout ce qu’il y a dans le film, c’est eux qui l’ont apporté.

Pas non plus de trace de dramaturgie à la surface martienne, (faute aux radiations, probablement), sauf l’unique et inquiétante question façon Man vs Wild: comment va-t-on faire pour survivre ?

Une ambiance incroyablement feelgood évite toute inquiétude inconsidérée de la part du spectateur : grâce au courage, au travail, à l’amitié et à la solidarité, et bien sûr à l’ingéniosité américaine, Matt va bien trouver un moyen, putain de dieu, pour faire les 225 000 000 km qui lui reste à parcourir jusqu’à Pasadena.

À côté, Apollo 13, c’est Desplechin, Seul au Monde, c’est Robert Bresson, et Armageddon, c’est Tarkovski. Le parallèle avec le brûlot politico-philosophique des Simpson/Bruckheimer ne s’arrête pas là : pour sauver un homme dans l’espace, la NASA ne suffit toujours pas. La différence, c’est qu’on ne fait plus alliance avec les Russes, mais avec les Chinois (Wladimir Poutine ne va pas être content).

Malgré cela – et tout à fait inexplicablement – on finit par être emporté à la fin et on est bien content que Matt Damon réussisse à rentrer chez lui.

Zut, je crois que j’ai raconté la fin.




samedi 2 mai 2015


Boardwalk Empire
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Boardwalk Empire est une série du milieu. C’est-à-dire, pas la daube habituelle des soirées TF1 ou France2, mais pas non plus le chef d’œuvre immanent. On sent un peu trop le pitch marketing qui pointe, ce qui n’est pas l’habitude de HBO : un film d’époque en costume avec du sexe et de la violence. Les Soprano, pendant la Prohibition. Ou le Game of Thrones des Années 20. Ou le Deadwood de la côte est.

Pour autant l’époque est passionnante (voir la série documentaire de La Prohibition de Ken Burns) ; l’Amérique en train de se construire tandis qu’un trafic (d’alcool, mais ce pourrait être la drogue) peut tout aussi bien la détruire. Et comment le trafic défait le tissu même des institutions, de la police, de la justice, des politiciens…

Ce qui est intéressant dans Boardwalk Empire, ce n’est pas la reconstitution (entre parenthèses, un petit peu empruntée, un peu trop propre) mais plutôt la création d’un personnage génial, Nucky Thompson, joué par un comédien tout aussi génial, Steve Buscemi, que nous aimons depuis Jarmush ou les Frères Coen (Miller’s Crossing, Fargo, Big Lebowski) mais aussi pour ses rôles délirants chez Bay/Bruckheimer (Les Ailes de l’Enfer, Armageddon, The Island)

Ce personnage de Nucky Thomson, c’est l’incarnation même du réalisme politique. Dès les premières secondes du premier épisode, il fait un discours très émouvant sur la façon de sortir d’une famille alcoolique devant une assemblée de suffragettes, évidemment fer de lance des prohibitionnistes. Nucky sort de la salle, et avec un flegme très buscemiesque, lampe une gorgée de whisky et enchaîne une autre réunion évidemment abolitionniste. La série incarne cela, la capacité à survivre dans un monde de brutes – la politique à Atlantic City dans les Roaring Twenties – grâce à un réalisme et un pragmatisme sans faille. Gérer les problèmes les uns après les autres, avec la famille, les amis, les amis des amis, les gens qui votent pour vous et les gens qui ne votent pas pour vous. En utilisant parfois par la violence mais en l’évitant le plus possible, quitte à acheter la paix à prix fort. Nucky est le Louis XI d’Atlantic City.

Steve Buscemi était déjà un immense acteur ; il prouve ici sa capacité à tenir une série de bout en bout avec son physique ingrat et ses fêlures internes, au milieu d’un cast énorme.

Si le série reste assez classique, elle vaut le détour rien que pour cela.




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