dimanche 5 octobre 2014


Passerelles
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Des fois, tout se combine à merveille. On vous fait la leçon sur la cinéphilie à réinventer et la nécessité d’assumer Michael Bay et Jerry Bruckheimer. Deux jours avant, on avait vu un film français, c’est rare et on vous le conseillait. Et puis, on lit Libé et c’est quoi le titre du fameux questionnaire de Proust cinéphile « Séance Tenante » :
Le cinéaste dont j’ose dire du bien ? Michael Bay.

Et qui dit ça ? Thomas Cailley, Monsieur Les Combattants.

Tout se tient. Même s’il ajouté « Michael Bay, mais pas trop longtemps », l’argument est quand même là. Quand quelqu’un aime bien quelque chose que j’aime bien, il y a des chances que j’aime bien ce quelqu’un.. Beethoven mène à Burgess. Burgess mène à Kubrick. Qui mène à Pink Floyd. Qui mène à Burroughs.

Depuis toujours la transmission de la culture se fait ainsi, par passerelle. Et ces passerelles, c’est à vous de les construire.




samedi 4 octobre 2014


Là, c’est un grand épisode, non ?
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Séries TV ]

Le temps est venu pour le Professorino de découvrir – selon les propres mots de son créateur – le Géant Endormi -, Battlestar Galactica.

Le Professorino, prêt à entrer à UCLA, demande au paternel la note attribuée à la série de monsieur Moore. Quand on vous dit que la cinéphilie est une maladie contagieuse qui se transmet de père en fils, de père en fille ! Quinze sur vingt, répond le maniaco-dépressif Professore Ludovico. C’est pour comparer, dit le petit, avec Friday Night Lights. Seize sur vingt.

Ah, alors, c’est une très bonne série alors, Battlestar Galactica ?

Oui, mais pontife-t-on, attention avec BSG : y’a du bon et du mauvais. Une fois t’auras un chef d’œuvre, et pis le coup d’après, de la connerie incommensurable en paquets de vingt. Fais gaffe, mon fils…

Là, nous sommes dans l’épisode s01e03 « Révolution », avec l’arrivée de Tom Zarek, le contestataire de l’ordre Adama-Roslynesque. En posant au passage un petit débat – comme ça, au débotté – sur la nécessité de discuter avec les terroristes, et de voter, oui, de voter, en pleine guerre, pour vérifier qu’on est restés des êtres humains. Car si on ne vote plus, et qu’on perd ce gouvernement of the people, by the people, for the people, vaut-on mieux que les machines cylons que l’on combat ?

Là, papa, c’est un grand épisode, non ?

Brave petit.




mercredi 1 octobre 2014


Enemy
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Quand on cherche de la confiance dans le cinéma, il suffit de se tourner vers Denis Villeneuve. Son oeuvre en devenir est tout simplement l’incarnation de ce que nous appelons de nos vœux : belleet intelligente, et qui a quelque chose à raconter.

Après Prisoners, son thriller façon Seven désossé, Villeneuve s’attaque à quelque chose de plus subtil ; le fantastique européen, tendance Mérimée ou Maupassant.

Tiré en fait d’une nouvelle portugaise José Saramago, L’autre comme moi, l’argument d’Enemy est très simple : un professeur d’histoire découvre l’existence d’un comédien qui semble être son sosie en tout point. Que faire d’une telle révélation ? Commence alors une mécanique à la Twilight Zone, auquel Enemy emprunte peu ou prou la structure (explorer l’ensemble des possibilités) et le format (1h30).

C’est à ça que l’on reconnaît un grand cinéaste : de ces trois lignes de scénario, il fait un film. Denis Villeneuve va ainsi nous promener dans un brouillard cauchemardeux, de mystère en mystères, d’explications possibles en interprétations plausibles, en jouant la gamme que l’histoire du cinéma nous propose, de Hitchcock à Cronenberg, dans toute sa largeur.

Ces mystères pourrait être vains, et purement esthétisants, si le metteur en scène gardait toutes les cartes en main, et, tel un joueur de poker, ne les révélait qu’à la séquence finale. Au contraire, il distille au spectateur des informations, certes contradictoires, et lui propose de jouer aux devinettes avec lui. Qui est Adam, que veut-il ? Et qui est Anthony, son double ? Faisant mine de jouer cartes sur tables, alors qu’on entre peu à peu dans une confusion la plus totale…

La musique oppressante de Danny Bensi et Saunder Jurriaans (déjà auteurs de la tout aussi oppressante BO de Martha Marcy May Marlene) y est pour beaucoup. Mais, en fait, elle ne camoufle que l’immense talent du cinéaste ; chaque plan, empruntant ses codes aux films d’horreur (bruit/silence), ou à la peinture (clair/obscur) a quelque chose à dire au spectateur.

C’est aussi le talent de Denis Villeneuve que de se réinventer, car rien ne ressemble moins à Prisoners que Enemy. S’extrayant du film « moral » et de la reconstitution glaciale, clinique, de l’Amérique du Nord, Villeneuve prend ici un contrepied absolu dans ce film lynchien situé comme par hasard dans un Toronto qu’on met 90 mn à reconnaître, tant Villeneuve s’est amusé à le perdre dans la photo jaunâtre d’un smog de réchauffement climatique.

C’est un grand auteur, beau et intelligent, qui est en train de naître, tout simplement.




dimanche 21 septembre 2014


No Pain No Gain
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

On défend ici, contre vents et marées, l’auteur Michael Bay, convaincu que l’on finira par reconnaître l’œuvre, un jour. Une œuvre, c’est à dire un ensemble de films à la fois cohérent et protéiforme, de The Rock à Armageddon, en passant par quelques ovnis (The Island). On occulte pourtant souvent une partie de son talent : la comédie. Cette composante est pourtant présente dans tous ses films, de Bad Boys à Transformers

Et Michael Bay a beau être un républicain pur sucre, nationaliste et chauvin, ce n’est pas un puritain pour autant.

No Pain No Gain en est la parfaite illustration. Bay sort de son répertoire habituel – le film d’action – pour réaliser un biopic, et une comédie. Enfin, sort, c’est vite dit : No Pain No Gain ferait passer Transporteur pour un film de Tarkovski.

C’est peut-être grâce à cette vivacité, et ce style inimitable, que Michael Bay réussit enfin à nous faire un BOATS digne de ce nom. Si vous avez au moins suivi la promo, vous savez que cette histoire de pieds nickelés est vraie* : trois idiots d’un club de muscu décident de se faire un de leurs clients, riche et odieux (Tony Shalhoub). Malheureusement, c’est un coriace, qui se laisse torturer sans vraiment parler et refuse même de se faire tuer, quand on lui roule dessus. Il faudra l’intervention d’un privé (Ed Harris), pour qu’on arrête les frais, car la police ne croit pas à son histoire.

La force de No Pain No Gain, c’est ce qui a toujours été la force de Michael Bay, une forme de second degré qui n’exclut pas l’empathie pour ses personnages. Une qualité, faut-il le répéter, essentielle au cinéma.

On ne peut s’empêcher de frémir pour Daniel Lugo (superbe Mark Wahlberg), ce « doer », incarnation sous stéroïde du rêve américain, qui ne veut plus être un « don’ter ». Un pauvre type de Miami, qui veut ce que les autres ont à Miami : une belle voiture, une belle femme, une belle maison. Bay fait de même pour les deux autres personnages, en nous installant dans une compassion amusée pour Paul (Dwayne Johnson, quel acteur quand on pense que ce type a commencé dans Le Roi Scorpion !), une âme d’enfant perdue dans une montagne de muscle imbibée de catholicisme mal digéré, ou encore pour Adrian (Anthony Mackie), un sidekick minable, entièrement obsédé par la longueur de son pénis, mais gentil dans le fond. C’était ce qui était typiquement à l’œuvre dans Transformers, un film pour enfant avec de l’humour paillard dedans, et où l’on pouvait à la fois être du côté de Sam Witwicky et se moquer de lui : « Were you… masturbating? »

Mais ici, le fond de No Pain No Gain, c’est – de manière très surprenante – une critique acide du rêve américain. Surprenant parce qu’elle émane de l’un de ses plus principaux promoteurs à Hollywood. Dans les films précédents de Michael Bay, difficile de ne pas trouver un plan de la Bannière Etoilée… Mais ici, c’est comme si l’auteur de Pearl Harbor s’amusait à ruiner tous les stéréotypes US dont il s’est auparavant servi à haute dose : la victime, incarnation du Self Made Man (il a monté sa franchise de restaurants) est une parfaite ordure, prétentieuse, mettant du fric à gauche et insultant flics, infirmiers, employés et tortionnaires, comme si certains ne le méritaient pas un peu plus que d’autres. Dans la même veine, la police est incompétente, le prêtre est pédophile, la musculation se fait sous dopage, et les séminaires vendant l’american way of success ne sont que de morbides escroqueries menant au meurtre, à la torture, à l’extorsion. La propagande russe des années soixante n’aurait pas fait mieux.

Si vous aimez Michael Bay et l’Amérique survitaminée qu’il nous propose depuis vingt ans, vous devez regarder cette curiosité qu’est No Pain No Gain. Si vous ne l’aimez pas, vous devriez aussi.

* Un des meilleurs gags de NPNG est de rappeler, par un arrêt sur image, que cette histoire est vraie, à chaque fois que ça devient encore plus invraisemblable
« Rappelons qu’il s’agit d’une histoire vraie »




samedi 20 septembre 2014


Generation Kill, bis
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Plus d’excuses, again. Apres la retro Whit Stillman, après Six Feet Under, c’est au tour des grunts de David Simon, Monsieur The Corner, The Wire, et Treme de revenir sur OCS. L’histoire d’une patrouille de reconnaissance en pleine guerre d’Irak, où on ne tirera pas beaucoup de coups de canon, mais qui est un éclairage extraordinaire sur cette Amérique des années 2000, en guerre pour une cause qui n’est pas la leur. Generation Kill.

A voir ou à revoir.




vendredi 19 septembre 2014


The Fountain
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

Ça fait partie des devoirs de vacances que laisse parfois Karl Ferenc quand l’Université Patrice Lumumba ferme ses portes pendant l’été moscovite. Vous me regarderez ça et ça, Wyatt Earp, Cloud Atlas et The Fountain et vous me ferez des fiches de lecture à la rentrée, petites vermines révisionnistes.

Alors rentré de la mère partie au mitan de l’été, on s’y met. Premier trouble (on avait absolument refusé de se documenter), ça commence très fort : des conquistadors, au cœur de la jungle du Yucatan, prêts à prendre d’assaut une pyramide maya. C’est ce qui s’appelle prendre le Ludovico par les sentiments. D’autant que ça continue au fin fond de l’espace. Mystère, mystère.

Pour ne rien gâcher, c’est aussi une merveille graphique, belle et dorée, le tout sur la musique entêtante de Clint Mansell.

Mais voilà, ça se gâte après, quand on commence à chercher à comprendre de quoi ça parle. Car – pas très subtilement – on apprend vite – vers la douzième minute – qu’il s’agit d’une histoire d’amour et de maladie, traitée comme une métaphore un peu barrée issue du cerveau du héros, Tommy. Joué avec autant peu de réalisme que possible par Hugh « Wolverine » Jackman.

D’où l’impression finale d’un exercice de style magnifique, mais légèrement hyper dimensionné rapport à la faiblesse du propos.




mardi 16 septembre 2014


Cloud Atlas
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Le Professore Ludovico n’a aucune passion pour les frères Wachowski, et s’il reconnaît l’impact de Matrix sur l’histoire du cinéma (CGI et tutti quanti), la trilogie reste un pensum philosophique pour ados, pas meilleur que le Dune de David Lynch. C’est dire.

Donc pas de Speed Racer, et pas de Cloud Atlas. Jusqu’à ce que Karl Ferenc, l’âme damnée du SPECTRE, n’oblige le Professore sous la menace de regarder cette Cartographie des Nuages.

Et là, surprise. Dès les premières minute, ces six histoires entremêlées sont un véritable tour de force, une valse virevoltante d’où l’on sort épuisé, mais satisfait.

On restera néanmoins un peu sur notre faim côté message. L’idée que le gène de la rébellion (ou de la soumission) se transmette à travers les âges laisse un peu pantois. Et on reste pour le moins étonné de l’obsession révolutionnaire constante des frères W. Toute leur œuvre semble marquée sous le sceau de la lutte contre l’oppression : celle des machine (Matrix) celle de la mafia ou des maris (l’excellent Bound), celle de l’état thatcherien (V for Vendetta).

On vous aime bien les gars, on a visiblement lu les mêmes livres, feuilleté les mêmes BD et probablement joué aux mêmes jeux de rôles. On a donc à peu près le même âge, et on voudrait juste que vous grandissiez un peu.




mardi 16 septembre 2014


Six Feet Under, bis
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Plus d’excuses, bis. Apres la rétro Whit Stillman, c’est au tour de nos croque-morts préférés de revenir dès jeudi pour une intégrale sur OCS City. Si vous avez raté ça dans les années 2000, il est encore temps de se refaire.

Avant de mourir.

Tous les jeudi
OCS City
20h40




lundi 8 septembre 2014


Game of Thrones saison 4
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Ça devait arriver : la meilleure série du moment a un petit coup de mou. Ou en tout cas, elle finit sur un petit coup de mou. Les fans, comme le Professore Ludovico, parleront de transition. Les autres prédiront la chute annoncée. Tous auront tort, car une série est un work in progress, et tant qu’on n’a pas vu le dernier épisode, difficile de crier au chef d’œuvre. Battlestar Galactica, Six Feet Under, A la Maison Blanche ont connu des passages à vide avant de finir en beauté.

Ce qui atteint Game of Thrones, c’est ce qu’on pourrait appeler le défaut congénital. La série repose sur une certain ADN, qui peut devenir fatal, si on en abuse.

Depuis le début, la série de David Benioff et D. B. Weiss s’est construite sur trois piliers : la violence, le sexe, et une assez grande fidélité au texte originel. C’est l’abondance de ces trois éléments qui gâche la fin de cette quatrième saison. Trop de morts, trop de gore, trop de prostituées, trop de personnages importants qui disparaissent pour respecter la timeline de George Martin.

On se lasse pourtant, pour la première fois, de ces rebondissements à répétition. Toute comme la supernova Lost s’est écroulé sous son propre poids de contraintes, la série qui a révolutionné la fantasy court le risque de devenir systématique, et donc, ennuyeuse.

GoT n’en est pas là, évidemment. Cette saison 4 était grandiose, mais elle n’était pas géniale. Des personnages ont eu leur heure de gloire (Oberyn, Arya, Joffrey). Les dialogues étaient toujours étincelants* sans parler des exceptionnelles (et pourtant habituelles) performances d’acteurs.

Il y a donc de la marge.

* – You can kill a king, lose a hand, fuck your sister, You’ll always be the golden son.
– Be careful. With the few that’s left.




dimanche 7 septembre 2014


Rétrospective Whit Stillman
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]

Plus d’excuses. Vous aviez raté les films de Whit Stillman – et pis c’est pas facile à voir en salles, et pis je trouve pas les DVD, alors la VOD n’en parlons pas ! – mais là, TOUS les films de Stillman sont disponibles EN SALLE grâce à une rétrospective magique*.

Vous vouliez tout savoir du désarroi de la jeunesse dorée de la Côte Est (Metropolitan), suivre leurs aventures d’expat’ dans la vieille Europe (Barcelona), vous souvenir des Derniers Jours Du Disco, ou fondre d’amour devant Greta Gerwig, Damsel in distress, tout en attendant la série TV du Maître (The Cosmopolitans) ?

As I said : no more excuses.

* L’Archipel – Paris Ciné
17 bd de Strasbourg
75010 Paris