dimanche 5 février 2017
Nadal-Federer, victoire au ralenti
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
Ça y est : en cinq sets miraculeux, le Prince-Electeur de Bâle vient de battre à la régulière le méchant Baronnet de Majorque. C’était dimanche dernier, la finale de l’Open d’Australie. On l’a dit, le sport procède le même dramaturgie que le cinéma ou le théâtre… c’était particulièrement vrai la semaine dernière…
Car rien ne ressemble plus au tennis qu’un tournoi de chevalerie. Cet affrontement à distance, caché à l’abri d’une lice (le filet) est pourtant d’une violence impitoyable. À cela s’ajoute le conte de fée : le gentil Federer, sa princesse et ses deux adorables enfants contre le méchant Nadal, jamais souriant, la mâchoire carnassière et perpétuellement fermée (s’il l’ouvrait, en sortirait-il des vapeurs méphitiques ?), et dont on ne connait rien de la vie extratennistique.
Rien n’est moins vrai, bien sûr. On dit parfois que Nadal est le plus grand joueur de tennis, et Federer, le plus grand champion. Mais leur palmarès est comparable (14 grands chelem contre 18), et s’il y a rivalité, aucune haine n’existe entre eux.
Pourtant, il suffisait de regarder le spectacle dans un café parisien, où tous, du fan de tennis à la mémé de passage, s’enthousiasmaient pour Federer et vouaient Nadal – inexplicablement – aux gémonies.
Pour autant, même si tout est bien qui finit bien, et que le conte de fée federerien se termine comme il était écrit – la princesse acclamant son héros, ils vécurent heureux et eurent encore beaucoup d’enfants – quelque chose est venu gâcher cette belle histoire.
Ce quelque chose, ça s’appelle le ralenti. Car lors du point final, après cinq jeux harassants gagné par le suisse, l’espagnol demanda l’arbitrage vidéo de cette ordalie. Nous, supporters de Federer, savions qu’il avait gagné. Au moyen-âge, ou il y a quelques années, aucun chevalier du tennis ne se serait abaissé à demander un arbitrage. Les erreurs d’arbitrage faisaient la joie ou le drame du spectateur. La part inconnue de drame créait cette intense dramaturgie.
Ceux qui suivent le foot connaissent ça. Comme par hasard, le sport le plus populaire au monde refuse de s’aligner sur la vidéo. Il a compris que l’intensité des émotions vient de là ; l’arbitraire et pas l’arbitrage, le chevalier félon qui leste sa lance pour faire tomber le preux Lancelot. La traîtrise, la main de Thierry henry, les échantillons de sang des anglais à Twickenham, Lance Armstrong ou Maradona…
Le Tennis, lui, a sombré aux avances du ralenti. Ce ralenti impitoyable qui condamna Nadal et sacra Federer. Celui-ci, ayant retenu son émotion, se mit à crier comme un enfant de sept ans à qui on offrait un train électrique.
Mais c’était trop tard, l’émotion était déjà partie.
vendredi 3 février 2017
Villeneuve sur Arrakis !
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -
Les gens ]
C’est la bonne nouvelle du jour et la deuxième meilleure nouvelle de l’année. Denis Villeneuve va réaliser l’adaptation de Dune promise par le fils Herbert.
Denis Villeneuve c’est Monsieur Incendies, Prisoners, Enemy, Sicario, Premier Contact et bientôt, Blade Runner 2049 !
On sait donc déjà une chose : Dune sera très beau. Mais il reste un risque, déjà en germe dans les derniers films du canadien : une forme magnifique pour une coquille un peu creuse. Il ne faudrait pas que Denis Villeneuve tombe dans l’affèterie. Premier Contact était très beau, avec une narration trop intellectualisée pour une histoire qui ne méritait pas cette complexité. Villeneuve mélangeait en quelque sorte 2001 et Rencontres du Troisième type, mais sa portée intellectuelle était plutôt celle du Spielberg. Sicario était pire ; un scénario totalement rocambolesque caché derrière une forme, encore une fois, très élaborée qui masquait ces faiblesses, du moins au premier coup d’œil.
En art, la forme doit épouser le fond. Il faut donc pour Dune le Denis Villeneuve de Enemy (propos simple, forme simple) ou celui de Prisoners : film graphiquement magnifique mais à la forme épurée, au service de l’intrigue.
Car si l’histoire de Dune, ses complots, ses personnages, sont extraordinaires, il faut quelqu’un pour adapter le monstre ; David Lynch et Jodorowsky se sont brisés les dents, dans deux optiques différentes, blockbuster et expérimentale.
Pour que le Dormeur s’éveille, il faudra un bon scenario à Dune, et dans l’idéal, un schéma à la Seigneur des Anneaux, i.e. plusieurs films pour reconstituer sa complexité… Sinon Denis Villeneuve se sera contenté d’illustrer Dune, et ce serait bien dommage.
Mais comme le dit le prophète, « Si les vœux étaient des poissons, nous lancerions tous des filets. »
dimanche 29 janvier 2017
The Rocky Horror Picture Show – Let’s do the Time Warp Again
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
La Fox, pour les 40 ans du Rocky Horror Picture Show, a eu la bonne idée de faire un remake télé du vénérable film culte. Ceux qui suivent le Professore sur Instagram ont pu voir comment cette idée l’enthousiasmait, notamment le casting d’un vrai transsexuel, LaVerne Cox, dans le rôle du Professeur Frank’n’Furter. Et ceux qui ont pu voir l’abattage de Mrs Cox dans Orange is the New Black ne pouvaient qu’être réjouis.
C’est donc hier soir que les fidèles (la Professorina, la Duchesse de Suède, et A .G. « Riff Raff » Beresford) se sont réunis pour partager un brownie chocolat blanc framboise et célébrer, une fois de plus, la Passion selon Saint Frank.
Le bilan est mitigé. C’est très bien fait, chanté, dansé. Probablement mieux que le cast d’origine. Mais ce qu’on gagne en technique, on le perd en sincérité. Tim Curry est plus flamboyant, Riff Raff plus inquiétant, Magenta et Columbia plus sexies, plus « présentes » dans la version originelle. Ceux qui s’en tirent le mieux aujourd’hui sont probablement les Brad and Janet, toujours aussi coinçouilles.
Mais ce remake n’apporte rien. Ça pourrait être, tout simplement, le Rocky qu’on verrait sur scène, à Broadway ou dans le West End. Il aurait fallu, pour que ce soit intéressant, apporter quelque chose de neuf. Le moderniser, ou le transposer dans un autre univers… Il y a quelques bonnes idées, mais elles ne sont pas exploitées : l’hommage aux fans qui font le Rocky depuis quarante ans est anecdotique, comme ce personnage de l’Usherette qui ne sert qu’au début et qu’à la fin. Pourtant, elle donne le ton de ce qu’est profondément le Rocky, quelque chose de transgressif, de punk avant l’heure. La scène rock intégré au film est aussi une bonne idée, mais également sous exploitée. Seul Rocky, interprété façon Créature de Frankenstein, amène une relecture intéressante.
Il est tout à fait symptomatique de voir comment l’occident a régressé, contrairement à ce que l’on pense – et que l’on dit – sur le plan des mœurs. Alors que le sujet du film est évidemment provocateur, son traitement télé est amoindri, bien que quarante ans aient passé ! « Mindfuck » est censuré, les scènes du lit (en ombres chinoises bleues et rouges) avec F’n’F et notre couple de WASP, est filmé en pleine lumière et donc édulcoré, les statues de nus ont été ôtées, tout comme l’inceste potentiel entre Riff Raff et Magenta.
Le fan du RHPS pourra voir cette version sans déplaisir, et le débutant y jeter un œil. Mais le « Virgin » devra absolument s’en abstenir, sous peine d’excommunication.
Le Professorino, d’ailleurs, était cantonné dans sa chambre hier soir.
samedi 28 janvier 2017
John Hurt
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]
Au-revoir, Monsieur Hurt. Nous nous étions rencontrés dans les couloirs visqueux du Nostromo, où vous nous aviez fait une forte impression.
Nous vous avions déjà rencontré, en vérité ; mais vous portiez un masque, c’était dans Elephant Man, et ce masque, il ne permettait pas de cacher l’immense acteur que vous étiez.
On vous a croisé de temps à autre dans des films aussi différents qu’Harry Potter, La Taupe, The Hit, Only Lovers Left Alive, ou Midnight Express. Peu importe : à chaque fois, on apercevait un être humain, et pas une seule trace d’acteur.
dimanche 22 janvier 2017
Topten 2016
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
C’est l’heure du Topten, il n’y a malheureusement pas grand’chose à raconter, puisque, on l’a dit, on n’a vu que vingt films cette année. Néanmoins, le voici :
1 Midnight Special
2 Le Client
3 Manchester by the Sea
4 Jodorowsky’s Dune
5 Deepwater
6 Premier Contact
7 Passengers
8 Nerve
9 Rogue One
10 Une Jeunesse Allemande
Et le Bottom5, même si les 3, 4 et 5ème ne méritent pas à ce point d’être cloués au pilori…
1 Suicide Squad
2 Ghostbusters
3 Star Trek Beyond
4 Les Délices de Tokyo
5 Jack Reacher Never Go Back
Mes petits camarades, plus crédibles (entre 70 et 120 films au compteur) ont classé leur année ainsi :
1 Mademoiselle
2 Manchester by the Sea
3 Le Client
4 Premier Contact ex ae
5 The Revenant ex ae
6 La Danseuse
7 Zootopia
8 Captain Fantastic ex ae
9 Sing Street ex ae
10 Money Monster / Perfect Day ex ae
Et leur Bottom Five :
1 On Voulait tout Casser
2 Agent Presque Parfait ex ae
3 Deadpool ex ae
4 Suicide Squad ex ae
5 Un Homme à la Hauteur ex ae
samedi 21 janvier 2017
The War Room
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Brèves de bobines -
Les films -
Séries TV ]
A regarder en ces temps difficiles pour l’Amérique, la campagne de Clinton de 1992 vue de l’intérieur par un très grand documentariste, DA Pennebaker. Coups bas, intrigues, motivations des troupes, tout est dans The War Room. Un Primary Colors en vrai.
Et on y découvre l’excellent James Carville, l’excellent protagoniste de K Street, la série de Soderbergh sur les lobbys de Washington.
vendredi 20 janvier 2017
De la démocratie en Amérique
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
« Il y a un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent ; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes(…)
« Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.
« Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître. (…)
« Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ; et l’on s’étonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains dans lesquelles peut tomber un grand peuple…»
Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, Livre II, 1840
vendredi 20 janvier 2017
Miguel Ferrer
posté par Professor Ludovico dans [ Les gens ]
Il avait traîné sa carcasse de ci de là dans un paquet des films et des séries que nous aimions, de Robocop à Magnum en passant par Traffic. Récemment, il jouait dans quelque chose moins à notre goût : NCIS, Los Angeles.
Mais ce que nous n’oublierons pas, ce sont ses apparitions mémorables en Albert Rosenfield, collègue du FBI de l’agent Cooper, et notamment cet échange culte avec le shérif Truman. Après avoir copieusement insulté les bouseux de Twin Peaks, il fait au sherif, qui menace de le frapper pour de bon, cette étrange profession de foi :
“I choose to live my life in the company of Gandhi and King. My concerns are global. I reject absolutely revenge, aggression, and retaliation. The foundation of such a method… is love.”
mardi 17 janvier 2017
It Follows
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
It Follows faisait partie de la ToDo list de 2016 ; une affiche accrocheuse et une réputation flatteuse. Mais voilà encore une bonne résolution passée au chapitre des pertes et profits, suite à un emploi du temps cinéphilique surchargé. It Follows passe sur Canal, mais, là aussi, on laisse filer, arguant – avec une certaine mauvaise foi – qu’il faut être dans de bonnes dispositions pour regarder un film d’horreur.
Mais voilà, plus que deux jours : bien obligé de s’y mettre ce vendredi soir, malgré la fatigue. Depuis des années, je regarde les films en plusieurs fois, programmé que je suis par le format série qui m’empêche de regarder plus d’une heure la même chose.
Impossible de faire ça avec It Follows. Il est même difficile de se lever pour aller se ravitailler en gâteaux secs. Car le film de David Robert Mitchell est non seulement une merveille de film d’horreur, mais c’est une merveille cinématographique tout court. Splendide visuellement, mais sans esbroufe, It Follows parvient à réhabiliter le zoom comme forme cinématographique, ou à instiller une horreur sans nom par d’inquiétants panoramiques à 360°. Quiconque aura vu It Follows ne regardera plus jamais en arrière sans un soupçon de terreur.
La musique du film, elle aussi, est inouïe, au sens premier du terme. Expérimentale, mais audible. Pareil, on n’achètera pas la BO, de peur de ne plus jamais dormir.
Il y a aussi les jeunes comédiens, excellents (Maika Monroe, Keir Gilchrist, Jack Weary), et un scénario basé sur un pitch génial, dont malheureusement on peut rien dire, car c’est de l’effet de surprise et que naît la fascination pour It Follows.
Du haut de notre cinémathèque personnelle (2905 films au compteur), il est coutumier de sombrer dans le « pas mal, mais déjà vu chez… ». Ça n’arrivera pas ici : on n’a tout simplement jamais vu ça au cinéma. Le talent de David Robert Mitchell est, comme le Kubrick de Shining, ou, plus récemment, le Richard Kelly de The Box, est de prendre le genre au sérieux. Mitchell fait un film, pas un film d’horreur. Il filme des personnages, pas des victimes. Pas des ados Génération Y brainless, mais des personnages avec une âme, des tourments et les pulsions morbides de l’adolescence. Et propose pêle-mêle, en sous-texte, le trouble que le sexe engendre en ces temps de sida, l’angoisse de la banlieue pavillonnaire, la peur de l’océan ou l’occident en ruines, post-apocalyptique, vu de Detroit.
On pourra aussi, une fois qu’on l’aura vu, traîner sur Internet pour découvrir des richesses qu’on n’aurait pas forcément remarquées. Au cas où l’on n’aurait pas compris qu’It Follows est un très grand film.
dimanche 15 janvier 2017
The Walking Dead, saison 2
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Les acteurs français sont souvent comparés – défavorablement – avec les acteurs américains ; notamment dans ces colonnes. Pourtant, il est un endroit où l’on peut admirer de très mauvais acteurs américains : The Walking Dead. C’est criant dans ce début de saison deux, un véritable étalage de contre-performances. Tellement étonnant de voir Jon Bernthal (qui joue à la fois dans The Walking Dead et Show me a Hero), mauvais comme cochon dans l’un, et très bon dans l’autre*.
C’est tout bête, un acteur, c’est un violon : il faut un bon archet (le réalisateur) et une bonne partition (les dialogues) pour produire une mélodie harmonieuse. Bernthal est ici très mal servi par les discours à l’emporte-pièce sur la vie et la mort. Ce qui, en soit, est une excellente adaptation de la BD de Robert Kirkman et Charlie Adlard. Elle aussi, ne faisait pas la fine bouche sur une phrase sentencieuse ou sur un bon cliché philosophico-métaphysique.
La série, parait-il, ne cesse de s’améliorer. Faut-il la regarder jusqu’à la saison 7 pour se faire un autre avis ?
* ou dans Fury, Le Loup de Wall Street ou Sicario…