samedi 10 décembre 2011
Intouchables : la non-critique
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les films -
Pour en finir avec ... ]
Voilà, c’est trop tard. Trop de monde me presse d’aller voir le Super Film de l’Année. Vaguement tenté au début, je n’ai plus du tout envie.
Pour comprendre, il faut entrer dans le petit cerveau schizophrène du Professore. Car dans ce cerveau, il y a un gros snob qui sommeille.
Un gros mot, snob. Élitiste, aussi. Des mots interdits dans notre culture démocratique, qui confond « accès pour tous à la culture », et « culture pour tous ». On n’est pas forcé, pas forcé du tout, d’aimer ce que la majorité aime. On n’est pas forcé de detester obligatirement non plus… Mais voilà, je n’aime pas les Chtis. Pas par atavisme social (le Professore vient du fin fond de la Beauce), mais par une trop grande cinéphilie. Si l’on va voir 5 ou 6 films dans l’année (moyenne nationale), les Chtis sont un divertissement comparable à d’autres, et même plutôt favorablement comparable à d’autres. Si on va en voir 5 ou 6 fois plus, on a des chances d’avoir vu des comédies plus drôles, plus fines, plus subtiles. C’est aussi mathématique que cela.
Pour en revenir aux Intouchables, il se trouve que lorsque j’ai vu la bande annonce, j’ai caressé l’idée d’aller voir le film : j’aime Omar, j’aime Cluzet, et l’histoire avait l’air suffisamment originale. Si je l’avais vu à l’époque, il est possible que je l’ai trouvé suffisamment sympa pour écrire une chronique élogieuse. Mais voilà, je n’y suis pas allé. Et son succès m’a dégoûté de le faire. Ce n’est pas bien dire ça, je le sais ce n’est pas très rationnel non plus, même pas subjectif, mais l’idée d’aller aimer le film que tout le monde aimait, c’était un repoussoir suffisant.
Pourquoi ? C’est dur à dire.
Il y a évidemment une volonté de s’extraire de la masse, de ne pas faire partie du Mainstream, qui est une caractéristique dominante chez moi : être de gauche à une table de sympathisants UMP ou vanter les vertus d’une Kalachnikov à la Fête des Voisins de Boboland, downtown Paris 11°. Mais aussi, sûrement, l’idée qu’un tel succès consensuel ne peut être que suspect. On m’opposera Titanic, ou Tintin (la BD) mais dans le fond, un tel succès touche forcément un nœud sensible de la psyché française, et ça me dérange.
Par ailleurs, et c’est formidablement analysé dans un récent article de Libé, le « chantage au vécu » que nous impose Intouchables (« c’est juste parce que c’est vrai, et comme c’est vrai vous devez rire et vous devez pleurer ») est tout simplement insupportable en tant que spectateur. On a le droit de manipuler le spectateur, mais pas celui de le prendre à la gorge pour lui imposer des sentiments…
Intouchable, en effet.
dimanche 4 décembre 2011
Potiche
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Je ne sais pas pourquoi, mais je vais rarement voir les films de François Ozon. Pourtant, j’ai adoré les deux que j’ai vus : Swimming Pool, Sous Le Sable. Et ce soir, Potiche.
Peut-être parce qu’Ozon fait des films de fille (ce que la gent féminine de la famille Professorale cherchait hier), et qu’aucun de ses sujets ne semble assez bankable à mes yeux.
Mais là, 10mn après, je suis séduit, et 100 mn après, je suis conquis. Potiche est un pari dingue : adapter un classique du Boulevard, signé Barillet – Gredy, et le conserver tel quel : décor criard, jeu faux façon Au Théâtre Ce Soir, dialogues surannés. Il faut une grosse paire de cojones pour tenter le coup et des producteurs spécialistes de la chose (Eric et Nicolas Altmeyer (OSS 117, Brice de Nice…))
Il faut aussi des comédiens exceptionnels (Deneuve, qui fait une fin de carrière exemplaire, Gégé, qui signe son premier bon rôle depuis… depuis…, Judith Godrèche, fabuleuse en militante RPR, et Jérémie Renier en designer gay qui s’ignore, Luchini, Viartd, n’en jetez plus, la coupe est pleine ! L’intrigue a peu d’importance : un patron (Luchini) est obligé de laisser la gestion d’entreprise à sa potiche de femme (Deneuve), face au tout-puissant député-maire communiste (Depardieu), qui n’est autre qu’un ancien amant de la demoiselle. Vous l’aurez compris, on n’est pas chez les Dardenne, mais plutôt dans une jolie fable féministe, drôle et …couillue !
C’est promis, je vais voir le prochain Ozon !
vendredi 2 décembre 2011
Ken Russell
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens ]
Le réalisateur provoc british est décédé cette semaine à 84 ans, et j’avoue que ça m’a fait de la peine, parce que j’ai adoré tous les films que j’ai vu, même si j’en ai vu peu (le bonhomme en a réalisé 70)
Mon chouchou reste Les Jours et les Nuits de China Blue, probablement irregardable aujourd’hui, mais que j’ai vu plusieurs fois, tout simplement parce que Kathleen Turner était l’actrice la plus hot des années 80. L’histoire de cette prostituée, libérée la nuit et designer coincée le jour est évidemment un conte de fées, mais c’était à l’époque un choc esthétique et moral.
Sinon, il y a Les Diables, film historique destroy sur les possédés de Loudun, et Tommy, la grande fresque sous acide des Who, le seul film qui mérite véritablement le titre d’opéra rock…
Ken Russell était un grand formaliste, un peu défoncé, un peu délirant, osant un cinéma peut-être foutraque, mais un cinéma original et dérangeant qu’on a du mal à imaginer aujourd’hui… Ken Russell meurt sans héritier.
mercredi 30 novembre 2011
Drive
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Avant de m’attirer les foudres du Framekeeper, je me lance : Drive est un excellent film ; je ne dis pas encore chef d’œuvre, car j’ai deux réserves que j’exposerais plus bas, et je laisse donc la postérité juger…
Mais sinon…
Nicolas Winding Refn signe ici son meilleur film (le Professore n’en a vu que deux), après l’intrigant Valhalla Rising. Polar à l’ancienne, sublimé par le talent éclatant, anti-tarantinesque, de Winding Refn, et par des comédiens excellents.
Autour d’une trame très seventies*, le réalisateur danois brode sa Tapisserie de Bayeux personnelle, dans la meilleure tradition du polar : une histoire squelettique, qui sert seulement de support à des personnages, à une ambiance. Au centre, un mécano quasi-mutique, sans nom, sans passé, un loner type du film noir, qui arrondit ses fins de mois en convoyant des gangsters. Avec des règles strictes qui pourrait résumer le film : « Je suis à vous, entièrement à vous pendant 5 mn. Mais je n’ai pas d’arme. Je ne participe pas au braquage. Après 5 mn, je m’en vais, vous ne me reverrez jamais »
Après une séquence d’ouverture millimétrée exposant ce concept, Nicolas Winding Refn enchaîne sur dans la grande tradition du polar social : une voisine, un gamin, un mari en taule, et le drame : inéluctable.
Qu’est-ce qu’a de plus Drive ? C’est d’opposer, toute simplement, une fin de non-recevoir aux pseudo-exigences du cinéma actuel : les poursuites doivent être survitaminées ? Refn préfère une froide et plate efficacité. Il faut des dialogues fleuves, des réparties, une bonne vanne à chaque fin de page (Tarantino) ? Non, le silence, la vibration de la ville, un sourire, un mot. La communication, chez Refn, ne sert à rien, à l’image de son Guerrier Silencieux sans ligne de dialogue de Valhalla Rising**. Il est servi en cela par un comédien exceptionnel, qui petit à petit mène sa barque au milieu des gros paquebots Hollywoodiens, mais qui petit à petit trace une route exigeante et sûre d’elle même… ce comédien, c’est Ryan Gosling. Avocat hystérique dans La Faille, prof à la dérive dans Half Nelson, présent à la fois chez Clooney (Les Marches du Pouvoir) ou dans des grosses comédies (Crazy Stupid Love), il joue ici à la limite de l’autisme, avec une capacité étonnante à faire évoluer le personnage en cent petites minutes. Un parfait personnage de Manchette***… Sans parler de Carey Mulligan, craquante en jeune mère paumée, et mes chouchous utilisés à contre emploi (Oscar Isaac (Agora) et Christina Hendricks (Mad Men)…
Après, on admettra que l’intrigue est squelettique, avant tout un prétexte, comme souvent dans le polar, pour poser cette ambiance. On sent bien que Nicolas Winding Refn se contente de surfer à la périphérie de cette intrigue, pour mieux se concentrer sur le mise en scène : chaque plan est travaillé, allongé à l’extrême, refusant la facilité du cut. Esthétisant à mort, on reconnaîtra le style Refn entre mille : visages rouges, musique hypnotique, sourdes vibrations lynchiennes. C’est la force de ce cinéma, c’est aussi sa faiblesse. Ses tournures de style seront peut-être désuètes dans vingt ans, comme 37,2 Le Matin ou La lune dans le Caniveau.
Deuxième regret, une fin étonnante, qui ne satisfait pas l’européen qui sommeille dans le Professore, mais qui colle au personnage, à son parcours, à ses enjeux dramatiques.
Il est encore temps d’aller voir Drive.
*Le livre de James Sallis a pourtant été écrit en 2005
**Mais au contraire de ce film quasi expérimental (comme Bronson, à ce qu’il parait), Refn est ici dans le film grand public, plus facile. Et il n’en est que meilleur…
*** Martin Terrier était pauvre, esseulé, bête et méchant, mais pour changer tout ça, il avait un plan de vie beau comme une ligne droite.
Jean-Patrick Manchette – La Position du Tireur Couché
lundi 28 novembre 2011
Tintin et le Secret de la Licorne
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
L’adaptation est un dur métier. C’est pourquoi le bon Stanley recommandait de ne s’attaquer qu’à des romans de gare. L’escalade de chef d’œuvre, même par beau temps, n’est pas recommandée.
Quand un livre, une BD, est portée au pinacle par une bande de fans hardcore, qu’il s’agisse du Seigneur des Anneaux, de Dune, de Lolita ou du Festin Nu, peu importe le nombre, c’est eux qui ont raison : ils seront les premiers experts vers qui l’on se tournera dès lors qu’il s’agira de recueillir un avis. Et s’ils prononcent une fatwa, malheur à l’adaptateur sacrilège !
Le problème avec Tintin, c’est qu’il y a beaucoup de monde dans cette communauté hardcore. Tout un chacun (européen) a eu son premier Tintin pour ses sept ans, un bien plus joli cadeau que le pull à grosses mailles offert par Mémé. Et, des années après, c’est cette première image de Tintin, bien plus que l’histoire, qui nous reste : deux traits, une houpette, deux points pour faire les yeux, voilà notre héros. Il a une voix dans notre tête, des expressions, qui n’existe que pour nous, et pour nous seuls.
En adaptant un projet vieux de trente ans, Spielberg a évité ces problèmes de débutants : il s’est garanti (et cela a pris du temps) de la neutralité de la veuve Hergé, et a tout fait pour se la mettre dans la poche (avec probablement cette superbe introduction). Il s’est évité bien des ennuis en refusant d’adapter n’importe quel Tintin, mais en choisissant dans les diptyques, et peut-être le plus facile d’entre eux (Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge). Mais surtout, il a choisi de NE PAS ADAPTER Tintin, en proposant une aventure à part, situé dans cet univers mais avec une histoire relativement différente, en mélangeant les deux avec une pincée de Crabe aux Pinces d’Or…
Le résultat est excellent, même si l’on en convient, ce n’est pas Tintin, mais plutôt un jeune Indiana Jones qui serait reporter et belge, un prequel en quelque sorte. Spielberg utilise sa maestria et sa créativité habituelle pour livrer des poursuites de toute beauté, le tout servi par une réalisation en image de synthèse exceptionnelle… On reprochera juste le manque de temps morts, ce qui laisse peu de place à l’émotion… et pourtant il y en a, dans Tintin !
Mais le plaisir est là… Vivement la suite…
samedi 26 novembre 2011
The Walking Dead
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
The Walking Dead, c’est d’abord une excellente série BD, qui en est déjà à son 13ème volume en France. C’est maintenant une série sur Orange Cinéchoc et en DVD. Les deux séries partagent les mêmes qualités, dont la principale est de renouveler la thématique, plutôt ado-régressive, des zombies. The Walking Dead joue en effet la carte du réalisme plutôt que celle du genre : plutôt que la carte supermarché-blonde écervelée-hélicoptère salvateur, la série se propose de jouer la carte Après. Comment survit-on dans un monde post-apocalyptique : comment manger, dormir, aimer, alors que la mort règne partout. Cet aspect-la des deux séries les rendent particulièrement passionnantes, comme si l’ont explorait un territoire vierge. Il justifie à lui seul de découvrir cet univers.
Le seul reproche que l’on puisse adresser à The Walking Dead, (et ce qui suit va m’attirer les foudres de Rupelien et Ludo Fulci, qui dirigent, comme chacun sait, la Direction Bandes Dessinées d’une grande entreprise française de loisirs), c’est son côté « gentillet ».
C’est quoi « être gentillet » ? C’est partager une vision naïve, , idéaliste, irréaliste de la vie. Garder une forme de foi boy-scout en l’humanité. Et ça n’a rien à voir avec le genre. Prenons par exemple la sitcom. Friends et Seinfeld évoquent le quotidien de trentenaires new-yorkais et bourgeois… Mais l’une est gentillette, l’autre pas. Pourquoi ? Si les personnages de Friends font preuve de défauts très communs, (bêtise, avarice, égoïsme…), mais à la fin de chaque épisode, ils montrent une vraie volonté de réparer les dégâts causés, de s’améliorer, de grandir. On conviendra que cette posture est peu réaliste, et éloignée de la nature humaine traditionnelle. A l’opposé, les personnages de Seinfeld sont très semblables : avares, idiots, égoïstes, mais rien ne viendra jamais compenser cette attitude. Comme chez Kubrick, l’homme est, sans happy end rédempteur.
Il n’y a pas de happy end rédempteur dans Walking Dead, mais on est loin quand même de La Route. Dans cette Amérique livrée aux morts vivants, il y a certes de la place pour le réalisme : supprimer un ami infecté, par exemple, ou poursuivre dans la racisme et l’intolérance alors que la communauté humaine, réduite, devrait plutôt resserrer les rangs. Mais la BD et la série laisse tous les deux places à des rédemptions très américaines, qui sonnent comme autant de fausses notes dans cette belle symphonie : le gang latino qui s’occupe de l’hospice de vieux dans l’épisode 4 en est un bon exemple…
Que cela ne vous décourage de dévorer The Walking Dead, BD ou TV, car la série reste à ce jour la seule tentative sérieuse de film de zombies.
Rien que pour ça, debout les morts !
lundi 21 novembre 2011
Grosse flemme
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
Ben voilà, malgré un programme chargé (Drive, Les Marches du Pouvoir, Tintin, Contagion), impossible d’extraire ses fesses de la chaleur cocoonique du foyer familial. 15 000 bonnes raisons s’offrent à nous : notre deux-mâts de Virtual Regatta en difficulté au large d’Auckland, le Rugby européen sur France2, PSG-Nancy (si on avait su !) Surtout, c’est l’absence d’élément moteur (le petit camarade qui te relance sur Drive…) qui nous fait lâcher l’affaire…
Finalement, ça sera The Walking Dead sur la télé…
D’ailleurs, on y reviendra.
dimanche 20 novembre 2011
Bus Palladium
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Nous ne pensons pas grand bien de Christopher Thompson : acteur médiocre, le plus souvent cantonné à des rôles chez sa talentueuse mère (Danièle Thompson), il n’a pas vraiment impressionné la pellicule jusqu’ici.
Avec Bus Palladium, il signe son premier film, qui, loin d’être parfait, se révèle pourtant prometteur. Car s’il enchaîne les clichés plus rapidement que Desperate Housewives, Bus Palladium brille par son absolue sincérité.
Pour les moins de vingt ans, rappelons ce que fut le « Bus » : un club branché de la rue Fontaine, qui connut son heure de gloire dans les années 60, puis les années 80, en hébergeant la scène rock française. Thompson raconte l’odyssée d’un de ces groupes, et ça sent le vécu. On suivra ces quatre copains au travers de ce biopic rock classique : deux têtes pensantes (chant-guitare) qui se rencontrent, le copain sans talent qui s’improvise manager, les repets, les premiers contacts avec une maison de disque, la tournée, la drogue, etc.
Le premier coup de génie de Thompson est de suivre les théories de McKee, le ponte du scénario américain, et (et sûrement les conseils de sa mère), c’est à dire de ne partir que de son expérience personnelle, même si vous écrivez une histoire d’extraterrestres. Au lieu d’essayer de raconter Téléphone, Trust ou Taxi Girl, Thompson parle de Lust, un faux groupe, mais qui sonne vrai. L’histoire est bien bâtie, sur un traditionnel flashback, les comédiens sont excellents (Marc-André Grondin, Arthur Dupont,
Jules Pelissier, Abraham Belaga), jouent vraiment des instruments (ce qui apporte beaucoup à ce genre de film). On reprochera donc seulement au réalisateur ses scènes à l’emporte-pièce, ses emprunts grossiers (la cravate de The Big Chill, la citation de Jagger), l’irréelle maturité de ses personnages adolescents.
Mais à la fin du film, on en veut plus, ce qui est si rare au cinéma… On guettera donc la prochaine œuvre de Mr Thompson…
jeudi 10 novembre 2011
Le style Fontana
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Séries TV ]
Au début des Borgia, j’avais laissé entendre que Tom Fontana, le créateur de la Cérihévéneman de Canal+, avait seulement griffonné quelques idées sur le papier et était ensuite parti avec la caisse.
Il semble qu’il ait fait un peu plus que cela : après dix épisodes des « Aventures d’Alexandre VI », on ne peut s’empêcher de constater les similarités avec Oz, le chef d’œuvre de Mr Fontana. Est-ce que son style carcéral (grosses burnes, sexe contrarié et violence à tous les étages) s’applique aux luttes de pouvoir dans la Renaissance Italienne, That is the Question….
Le showrunner tatoué traite en effet ses personnages comme des détenus : Château Saint Ange ou Emerald City, c’est pareil. Il les fait jaillir en permanence face à l’écran, souvent filmés grand angle (ça agrandit le décor à peu de frais, et ça rend les personnages légèrement anxiogènes) Le plus souvent, iles jouent la même scène : menacer un membre de la famille Borgia puis s’en prendre une en retour.
Ces effets de manche, très efficaces dans le confinement de la prison contemporaine de Oz, trouvent ici leurs limites. D’abord parce que l’histoire des Borgia est plus subtile que ça, comme on le comprend dans l’épisode 10 : pour battre Charles VIII, le Roi de France, le paladin sans peur et sans reproche, Alexandre VI ne peut faire appel qu’à la ruse : gagner, mais sans jamais combattre. Dans ce contexte, faire hurler en permanence les acteurs des Borgia n’a pas de sens, ne permet pas de les différencier, de comprendre leurs enjeux, ou de leur donner la moindre épaisseur. On retrouve ce sens de la caricature dans Oz, et ça s’y prête bien : des gangs s’affrontent (Bikers, Latinos, Noirs, Aryens…) : la caricature permet de les différencier. Mais là, traiter les Medici ou les Orsini comme de vulgaires condottieres ne satisfait pas nos regards européens, qui ont toujours un minimum de culture historique dans la tête. Autres exemples, les combats de rue, ou les français qui défilent au pas dans Rome sont ridicules, parce que c’est un Américain qui les regarde ainsi…
Fontana est un grand Showrunner, mais il ne sait pas tout faire…
PS on notera a contrario un personnage enfin correctement caractérisé : Charles VIII, joué par un acteur incroyable (impossible de trouver son nom sur IMdB), et qui met tout le monde d’accord dans ces deux derniers épisodes…
PS2 on a retrouvé, il s’agit de Simon Larvaron, un jeune comédien de 23 ans, de Cholet , qui interprète le rôle de Charles VIII.
lundi 7 novembre 2011
L’Exercice de l’Etat
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Comme le dit le Président de la République, dans L’Exercice de l’Etat, « Il faut savoir prendre les cadeaux que les dieux laissent sur notre chemin… »
Quand on a deux heures à tuer, on va au cinéma. Mais que voir ? On veut aller voir Drive, la sensation Ryan Gosling du moment, mais elle passe à 16:15. Tant pis, on patientera trois quarts d’heure au Starbuck, devant un Espresso Tall et un Cookie Chocolat Blanc. Sauf que cette foutue carte UGC Solo ne fonctionne pas, ou alors c’est la borne… Les dieux, malicieux, viennent de nous donner quelque temps pour réfléchir. Changeons de borne. Et si plutôt nous allions voir … Les Marches du Pouvoir, encore et toujours Ryan Gosling ou encore… L’Exercice de l’Etat, film français, ouille ouille ouille, mais à 15:45, c’est à dire maintenant, et dont la bande annonce nous a tapé dans l’oeil ? Allez c’est parti…
Eh bien, les dieux sont cléments, car L’Exercice de l’Etat, c’est une perle ! Un chef d’œuvre hivernal caché au milieu des Tintin, Intouchables et L’Incroyable Histoire de Winter le dauphin, 3D. Un film fin, subtil, ambitieux, comme il n’en sort pas deux par an.
L’histoire, a priori, est sexy comme un édito du Figaro sur la dette grecque : quelques jours dans la peau de Bertrand St-Jean, Ministre des Transports de la République. Waouh ! voilà un projet excitant ! un Sucker Punch à la française ! Mais non, Pierre Schoeller va dérouler pendant deux heures un huis clos angoissant sur la vie quotidienne des cabinets ministériels. A la Maison Blanche, version noire. Faut-il privatiser la SNCF ? Le ministre est contre. Mais dans l’ombre, certains pensent le contraire… Comment concilier sens de l’état, loyauté gouvernementale, éthique personnelle : voilà le thème du film.
Sur ces sujets casse-gueule, le cinéma se casse généralement la gueule, et, très souvent, le cinéma français récent : sujet fétiche des années 70 (Le Juge Fayard, L’Etat Sauvage), le traitement de ces sujets est devenu un peu concon. Mais là, Schoeller tient les gageures de nous passionner pour son sujet, de ne jamais franchir la ligne jaune de la démagogie, de ne pas s’enferrer dans une pédagogie lourdingue, et surtout, de ne s’interdire de rien, même la poésie ou une scène onirique. Car la politique a ceci de commun avec la poésie, ou la religion, c’est que le mot y devient geste : il suffit de dire que l’on va privatiser les gares pour que soudain, la machine de l’état se mette en branle au service de cette parole. C’est ce que filme Schoeller, la difficulté de parler (que dire après un terrible accident de car scolaire, sinon des banalités), que dire à la radio (et risquer de dire une connerie qui engagerait le gouvernement), que dire à un enterrement, quand on vous interdit de parler ?
Le film pourrait tomber dans cette pédagogie lourde (L’Etat façon Michel Chevalet, comment ça marche ?) si un orfèvre n’était à la manœuvre, exemple : au milieu du terrible accident introductif, la chargée de com lui fait changer de cravate. Même au cœur de la tragédie, la com, toujours la com. Cette anecdote, qui pourrait être largement développée, expliquée, explicitée, passe en quelques secondes… Autre exemple : le jargon. Schoeller, visiblement bien informé, ne cherche pas la facilité, il cherche à faire vrai. On parle ainsi du péhère, tout au long du film, sans trop comprendre de quoi il s’agit, jusqu’au moment où l’on comprend qu’il s’agit de PR, Président de la République !
Autre point fort, les acteurs, tous excellents : Gourmet dans le rôle-titre est criant de vérité en Ministre, mais aussi en gars proche du peuple, Michel Blanc est glaçant en Machiavel* de service, Zabou Breitman chargée de com efficace, Laurent Stocker, le jeune énarque conseiller du ministère, Didier Bezace, etc. Et même quand cela se relâche un peu (le chauffeur-contrat de qualif censé exprimer « la parole du peuple »), ça reste encore tout à fait acceptable…
Du coup, L’Exercice de l’Etat is a serious contender for the Toutahauzeneleveune Topten… même si, coup de Jarnac final : à la lecture du générique, le Professore s’aperçoit que le film est produit par… Les frères Dardenne. Et là, ça fait mal !
* dans la bouche du Professore, c’est toujours un compliment : conseiller, coach, Apôtre de la Nécessité, tout ce que voudrez, tant que vous n’ajouterez pas l’adjectif machiavélique