Bon, on veut pas en remettre une couche, mais quand même… Si le sujet vous intéresse – et si vous avez du temps devant vous – jetez un œil sur la vidéo de MicroCiné sur le Giannoli avec François Bégaudeau, ça vaut le coup.
Plutôt que dénigrer Giannoli, ou s’y attaquer politiquement, Bégaudeau démonte très rationnellement le film pièce par pièce et en dévoile la malhonnêteté. Quelques exemples :
- Giannoli dit que Luchaire est une ordure. Pourtant, il ne montre que les actions positives du personnage : protéger sa fille, ne pas dénoncer des résistants, sauver une famille juive…
- Il utiliser sa fille comme narratrice, ce qui crée une distance (l’innocente fille qui aime son père). Faire le portrait de Luchaire, et seulement de Luchaire, aurait forcément durci le propos. Cette narratrice, étonnamment lucide sur son père et sur elle-même (tout le contraire de la vraie Corinne Luchaire, by the way) excuse ses actes et gentillise le propos. Une fille parle de son papa, voilà qui arrondit les angles et rend le film inoffensif, ce qu’il ne devrait pas être. C’est d’autant plus drôle que Giannoli prétend partout « affronter courageusement le problème de la Collaboration ».
- Le film est par ailleurs très confortable, rien de gênant n’est montré : ni rafles, ni Gestapo, ni Miliciens en action (à part une unique séance de torture)*
- Par contre, Giannoli exhibe les innombrables souffrances des Luchaire : toux, glaires et sang.
- « Il nous reste le cinéma » : la phrase culte du final, comme si le cinéma était un bloc, comme si le cinéma pouvait, lui, rester pur. Il y a pourtant eu pendant la guerre un cinéma collaborationniste.
- Avec Les Rayons et les Ombres, on n’a pas un film sur la Collaboration, mais un film de Collaboration, avec les clichés qui vont avec (une fausse scène avec Céline, seul écrivain collabo à peu près connu du public, et l’inévitable orgie, avec filles en porte-jarretelles et casquettes de la Wehrmacht…**)
Ici s’arrête – sous réserve d’informations nouvelles portées à la connaissance du Professore Ludovico – la persécution du pauvre Xavier Giannoli …
*Bégaudeau développe à ce moment-là le point de vue de CineFast sur l’adaptation impossible de Dune : quand on fait un film de cette dimension, avec le budget afférent, on ne peut pas faire un film inconfortable ou clivant…
** Comme dans l’autre grand film sur la Collaboration : Papy fait de la Résistance
