jeudi 14 juillet 2022


Top Gun Maverick/Michel Sardou
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il y a quelques années, je suis allé voir avec ma sœur Michel Sardou, au Théâtre de la Michodière. Oui, le Professore n’est pas toujours l’apôtre du bon goût. Une comédie de boulevard consternante dont j’ai oublié le nom, avec mari trompé, jeune ingénue et amant dans le placard … Mais nous voulions voir l’idole de notre enfance sur scène. En réalité, le spectacle était dans la salle. Dès le héros arrivé, les fans de Sardou étaient aux anges, trépignaient, riaient à toutes ses blagues et applaudissaient à tout rompre. C’était comme revenir aux racines du théâtre, où l’on vient rire et pleurer depuis vingt-cinq siècles : un pur divertissement populaire qui met les spectateurs en joie. C’est ce qui s’est passé hier à l’UGC Ciné Cité Les Halles ; à chaque intervention de leur héros (ici, Tom Cruise) le public réagissait, applaudissait.

Depuis toujours, l’entertainment – et en particulier Hollywood – travaille le business de la nostalgie. La nostalgie historique d’Autant en Emporte le Vent (le monde perdu du Sud), des années 50 (American Graffitti, Retour vers le Futur) ou la nostalgie cinématographique elle-même : Star Wars faisant revivre les serials des années 30 aux spectateurs des années 70, eux-mêmes se repaissant quarante ans plus tard du revival Disney. Sans parler des sequels (Indiana Jones I, II, III, IV) et du Marvel Cinematographic Universe, qui garantissent des entrées à la simple évocation de leur nom, sans même avoir tourné une seule minute de film.

Et c’est normal d’exploiter cette nostalgie : s’il y a une chose qu’on n’aime pas, c’est être surpris. C’est le succès du McDo : on sait exactement ce qu’on va manger*.

En allant voir Top Gun Maverick, on est dans cette idée : on sait exactement ce que l’on va voir. Mais ici, c’est fait un tel niveau de copier/coller que ça en devient carrément scandaleux. Le film est entièrement conçu autour de l’idée de la nostalgie et ramène à chaque fois le spectateur sur une scène du film primordial. Le père joue Great Balls of Fire ? Le fils joue Great Balls of Fire… La B.O. est composée (forcément !) de musique des années 80 ? On écoute Let’s Dance dans le film de 2022… Maverick fait de la moto avec Kelly McGillis ?  Maverick fait de la moto avec Jennifer Connelly… Kelly McGillis a une Porsche ? Jennifer Connelly a une Porsche. Vous avez l’idée ? L’intrigue, évidemment, est aussi la même : des ennemis invisibles, une mission suicide, des pilotes qui se la pètent et sont rebelles à l’autorité, mais qui, en réalité, ont bon fond. Tout cela – comme le premier Top Gun – est profondément ennuyeux.

Ce ne serait pas trop grave si c’était un peu travaillé, un peu écrit, avec deux ou trois répliques, mais non, il n’y a rien, tout est décalqué, plan pour plan, sur le travail initial de Tony Scott.

On a l’habitude de dire que les films américains sont des produits marketing, mais là, c’est le pire produit marketing qui soit. Un scandale.

Et c’est le gars qui vénère Tom Cruise, Tony Scott, et les Simpson/Bruckheimer qui vous dit ça.

* En allant voir récemment Je Vais t’Aimer, la comédie musicale tirée des chansons de Sardou, le Professore Ludovico et sa sœur récidivaient, tout en savant aussi exactement ce qu’ils allaient voir : le même copier/coller fainéant, version Sardou. 


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