samedi 13 février 2010


D’AGORA CODE
posté par FrameKeeper dans [ Les films ]

Bien que provenant d’un horizon radicalement différent et apparemment voué à un destin bien moins sympathique (il se joue encore en 6ème semaine mais seulement à l’UGC Orient Express à la sortie du RER dans une micro-salle mais pleine), AGORA ne fait finalement que reprendre sur un mode érudit les thèmes déjà développés par le DA VINCI CODE…

A savoir que les chrétiens sont :
– des factieux toujours prêt à sortir le couteau ou le caillou pour éliminer leur adversaire du moment… païens ou juifs… et prendre le pouvoir
– des obscurantistes toujours prêts à brûler des livres et même leurs auteurs s’ils se piquent de curiosité scientifique
– des machos misogynes toujours prêts à se chauffer les pieds dans le sang des femmes pour peu qu’elles s’avisent de vouloir être autre chose que des bêtes de somme
Attention, certains d’entre eux sont apparemment un peu moins méchants et s’habillent en blanc au lieu du noir mais ce sont les plus redoutables car ils visent à l’assujetissement de l’esprit et non seulement du corps…

Alors bien sur, il est vrai qu’en 2000 ans d’histoire, les chrétiens ont, comme tous les autres hommes pratiquant d’autres religions, massacrés au nom de leur Dieu, asservis les femmes et combattu ce qu’ils considéraient comme des hérésies et que nous aurions plutôt tendance à nommer science…
Il est vrai également que l’Histoire a conservé la mémoire de la lapidation d’Hypathie, l’héroïne du film, par des « chrétiens incontrôlés »…
De là à vouloir démontrer, comme semblent le faire les scénaristes du film, que la chrétienté se résume à ce constat, posé dés l’origine, à ce conflit entre intégristes sincères sanguinaires et modérés politiques calculateurs, il y a un pas que la modernité a bien sur déjà franchi mais qui risque de nous mener dans un vide interstellaire dans lequel l’avantage, nous le savons, c’est que l’on ne vous entend pas crier…

Lorsqu’on en vient à vouloir montrer le vrai visage des chrétiens en concluant le film sur cette scène surréaliste de lapidation/euthanasie et en occultant totalement que c’est Jésus qui sauve, difficilement d’ailleurs, la femme adultère de la lapidation par le pourtant célèbre « que celui qui n’a jamais pêché… « , la réfutation d’un tel aveuglement devient bien sur impossible de manière directe (vous pouvez néanmoins lire « Comment je suis redevenu Chrétien » de JC GUILLEBAUD éditions Points essais, également sur les conseils du Professor … qu’il en soit remercié).

Je me risquerais seulement à évoquer mon impatience de voir bientôt « AGORA 2, le rond-point avec terre plein central » (presque plus que Arthur et les minimoys… c’est dire) car là Alexandro et son co-scénariste vont mieux pouvoir nous expliquer pourquoi après cette victoire totale de Cyrille le méchant Bishop (c’était déjà le nom du traître dans Alien c’est dire) nous ne sommes pas actuellement sous le joug d’une didacture papale à mi-chemin entre Franco et Staline…?

C’est vrai ça pourquoi le complot chrétien contre l’humanité a-t-il échoué ?

Et pourquoi et comment:
– la science a réussi à survivre principalement dans les pays à tendance chrétienne (d’après Michel SERRES, certes auteur suspect, les astronomes jésuites auraient même foutu une racléee aux astrologues chinois pourtant préservés de la corruption biblique) ?
– pourquoi et comment le féminisme s’est tout de même plutôt acclimaté dans les régions à dominante chrétienne plutôt que sous les contrées riantes du confucianisme ou du formidable système des castes ?

Serait-ce le résultat du formidable travail souterrain d’une secte pythagorienne ? Ou parce que dans ces contrées, il y avait du charbon qui a permis, par la richesse induite de son extraction, la libération des esprits contaminés par le discours évangélique ? On a hâte de savoir…

Surtout qu’on a pas envie qu’ils réussissent les chrétiens … La religion grecque ça avait quand même une autre gueule… On le voit bien là avec Hypathie…. Dans la civilisation grecque, les femmes avaient la liberté d’enseigner aux hommes, de prendre la parole en public et de moucher tout le monde… elles défendaient aussi la liberté de religion, voir l’athéisme (comme SOCRATE et ça c’est bien passé), la fraternité de tous les élèves d’une même classe…. Elles n’aimaient pas trop qu’on fouette les esclaves car elles aimaient bien leurs esclaves qui étaient d’ailleurs aussi intelligents qu’elles.. et très gentils.. et quand ils étaient méchants… les rosses, elles les affranchissaient… tant pis pour toi connard… sois libre et tu verras ce que tu verras… ah des femmes de caractère les grecques… on en fait plus des comme ça… Et puis surtout les femmes grecques, elles étaient pures, pas besoin de mec … totalement dévouées à leur seule religion euh pardon à la science…. et sans compromis…. pas question de me convertir pour sauver ma peau… plutôt mourir… plutôt martyr…

En fait les chrétiens ils ont dû copier sur les grecs… sauf le pharmakon … dommâge c’était bien le pharmakon… on se fait un clochard de temps en temps.. c’est curieux d’ailleurs qu’aucun mathématicien euclidien ne se soit jamais élevé contre la lapidation d’un pharmakon… un oubli de l’histoire surement.

A moins que comme le dit finalement Alexandro… « si nous chrétiens nous gagnons, c’est parce que Dieu est de nôtre côté »… » ça peut être une explication… mais ça foutrait un peu les jetons…

Eh Alexandro… Jésus loves you more that you will know… et heureusement…

biz


4 commentaires à “D’AGORA CODE”

  1. Pr Ludovico écrit :

    Ah là, cher Gardeur de Cadre, rien à dire… toujours d’une simplicité biblique pourrait-on dire ! Sauf le Pharmakon, je ne sais pas trop ce que c’est… mais bon…

    Il reste que c’est un espagnol (l’Espagne, ce grand pays préservé de la terrible influence catholique) qui réalise ce film, et participe donc à ce grand auto-aveuglement que vous expliquâtes plus haut…

    Mais bon, j’ai bien aimé Agora quand même, un film crypto-chrétien, finalement… pire, un film crypto-chrétien, qui ne le sait pas…

  2. framekeeper écrit :

    1. Pharmakon (pharmacologie).

    En Grèce ancienne, ce mot désigne à la fois un remède, un poison, et un bouc-émissaire. Tout objet technique est pharmacologique, à la fois poison et remède. C’est une autre manière de dire avec Hölderlin que là où croit le danger, croit aussi ce qui sauve.

    2.Pharmakos
    Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.
    Cet article est une ébauche à compléter concernant la Grèce antique, vous pouvez partager vos connaissances en le modifiant.

    Le pharmakos (grec ancien : φαακος) est un rite de purification largement utilisé dans la Grèce antique. Afin de combattre une calamité, une personne était choisie et traînée hors de la cité, où elle était parfois mise à mort. Cette victime sacrificielle, innocente en elle-même, était censée, comme le bouc émissaire hébreu, se charger de tous les maux de la cité. Son expulsion devait permettre de purger la cité du mal qui la touchait, d’où l’ambiguïté du terme qui pouvait signifier aussi bien « remède » que « poison ».

    Le pharmakos a fait l’objet d’études de la part de plusieurs philosophes modernes. Jacques Derrida a analysé dans La pharmacie de Platon les significations opposées du terme. René Girard en a fait l’un des fondements de sa théorie du bouc émissaire dans La violence et le sacré.

  3. framekeeper écrit :

    Merci cher Professor et bien vu pour le chrypto chrétien qui s’ignore… Hypathie devient une formidable figura christi.. « ils ont des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre »..

  4. CineFast » TopTen 2010 écrit :

    […] Des Hommes et des Dieux 2. Dans ses yeux 3. Invictus 4. Inception 5. Agora ou là 6. Shutter Island 7. ex. aequo L’Arnacœur et Tournée 8. Gainsbourg vie héroïque 9. Un balcon […]

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