samedi 23 avril 2016


Prince
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -Les gens -Playlist ]

Nous n’avons vu aucun de ses films. Purple Rain, Under the Cherry Moon, Sign o’ the Times, Graffiti Bridge ne méritent probablement pas d’entrer dans une chronique CineFast. Nous n’avons écouté que cinq de ses cinquante albums (1999, Purple Rain, Around the World in a Day, Parade, Sign o’ the Times). Mais le Petit Prince de Minneapolis nous manque déjà.

Nous l’avons rencontré en même temps que la Duchesse de Suède. Elle était là, avec une amie, à danser en 1988 dans une boîte improbable de Montparnasse sur un autre chanteur mort : INXS. Très probablement Need you tonight. Elle accrocha l’œil expert d’A.G. Beresford, mais – pour son grand malheur – la Duchesse avait déjà un homme dans sa vie. Roger Nelson, de Minneapolis. Et nous, nous étions suffisamment sûrs de notre virilité pour ne pas nous intéresser à ce farfadet pourpre cryptogay ; nous aimions en effet les Rolling Stones, David Bowie, et le Rocky Horror Picture Show. Pas grave, nous dit-elle en substance : vous verrez la lumière, un jour.

Et Sa Parole s’accomplit.

Une compilation sur cassette (l’ancêtre du téléchargement illégal) en est encore le témoin : Raspberry Beret, Purple Rain, Around the World in a Day, Parade, Sign o’ the Times, Controversy, Girls & Boys, America, Little red corvette, Let’s go crazy, Anotherloverholenyohead, Sometimes It Snows In April …

Ce fut une révélation, en effet. Un chanteur noir qui avait réussi le crossover blanc, en intégrant à sa musique les canons du rock*, de la pop, ces musiques essentiellement blanches. Mais sans jamais oublier qu’il était noir : suivez mon regard. Là où Michael J. cherchait désespérément à se faire accepter par l’Amérique, puis par le monde entier, Prince ne se renierai jamais.

Nous avons donc choisi notre camp : le Prince contre l’Usurpateur, autoproclamé King of Pop***. La Rébellion, contre la Mièvrerie. Nous serions du côté de la musique, et du côté des textes (sulfureux). Nous serions dans le camp des minoritaires, car nous l’étions déjà. Nous serions du côté du diable, car nous l’étions déjà. Pendant que Jackson blanchirait sa peau pour ressembler un peu plus à un camionneur de l’Iowa, pendant qu’il sauverait l’Éthiopie et amènerait la paix dans le monde, Prince ferait de la musique. Rien que de la musique. Rien que sa musique. Prince ferait danser les garçons et les filles. Prince épuiserait son public sur scène jusqu’au bout de la nuit. Il parlerait de tout et de rien, de la masturbation et de Challenger, de l’inceste, du SIDA ou, ou la mort de son petit chien.

Et il écrirait la plus belle chanson de tous les temps, Sign o’ the Times***, pour dire tout cela. Et en tirerait un clip minimaliste, avec le seul texte, en Times New Roman, évidemment.

Puis le temps de son règne passa, après la B.O. du Batman de Tim Burton. Il se mit à faire d’autres musiques, toujours en avance, mais sans le succès. Nous nous détournâmes alors de lui. Il continua – contrairement à beaucoup d’autres – à faire la musique qu’il aimait, jazz, rap, funk, sans jamais produire rien de honteux. Là où d’autres auraient encaissé les bénéfices d’un nouveau Kiss, ad vitam aeternam, ou chanté Satisfaction sur une chaise roulante, Prince ne s’abaissa jamais. Et si, un peu comme Dylan, Prince pouvait enchaîner concert catastrophique et performance de génie**, c’est qu’il s’était juré – comme Dylan – de ne jamais jouer deux fois la même musique.

C’est pour ça, beaucoup plus que pour le reste, que la peine est immense.

* On oublie souvent de dire quel incroyable guitariste c’était, en plus d’être un multi-instrumentiste
** Nous l’avons vu dans ces deux cas de figure : un désastre d’une heure au Parc de Princes (si mal nommé) : Son Altesse quitta la scène furieuse. Puis un concert à Bercy, tout de jaune vêtu, et simplement extraordinaire…
*** Un documentaire passionnant raconte cette bataille homerique : Doctor Prince & Mister Jackson (il passe ce soir sur Arte ou est visible ici)
****In France, a skinny man died of a big disease with a little name
By chance his girlfriend came across a needle and soon she did the same
At home there are seventeen-year-old boys and their idea of fun
Is being in a gang called ‘The Disciples’
High on crack and totin’ a machine gun
Hurricane Annie ripped the ceiling of a church and killed everyone inside
You turn on the telly and every other story is tellin’ you somebody died
A sister killed her baby ’cause she couldn’t afford to feed it
And yet we’re sending people to the moon
In September, my cousin tried reefer for the very first time
Now he’s doing horse – it’s June, unh
It’s silly, no?
When a rocket ship explodes and everybody still wants to fly
But some say a man ain’t happy unless a man truly dies
Oh why?


Un commentaire à “Prince”

  1. CineFast » Purple Rain écrit :

    […] blanches à jabot, et ce funk étrange. C’était surtout trop populaire pour être honnête. Puis la Princesse de Suède nous convertit aux accords princiers, le temps d’une K7 BASF. Sans jamais aller voir le film, car pas vraiment recommandé par la Princesse. Le film […]

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