jeudi 29 janvier 2015


Newsroom, saison 2
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Le Professore Ludovico aime bien critiquer, c’est plus rigolo que de dire du bien. Il abreuve la plupart du temps ces colonnes de commentaires acerbes sur le montage, le scénario, et la dramaturgie bancale des films et séries qui ont le malheur de croiser son œil acerbe.

Mais si on veut prendre une leçon, il suffit de regarder The Newsroom. Une dizaine de personnages principaux. Des intrigues multiples et emmêlées. Des personnages hauts en couleur, drôles et émouvants. Et des sujets faciles, comme le nombre de langues parlées en Afrique, la com de l’armée américaine, le gaz sarin au Peshawar, la vie sexuelle compliquée des journalistes suivant la campagne du républicain Mitt Romney, le type de médicament à prendre en cas de forte dépression, le manque criant de leaders d’Occupy Wall Street. Le tout évidemment en un seul épisode*. En cinquante-deux minutes.

Vous l’aurez compris, ce genre de bijou sort forcement de la Cristallerie Royale de Monsieur Sorkin, garantie de qualité depuis 1992.

Bien sûr, on dira que c’est très américain, gentillet, el toutim. Mais qu’attendent les scénaristes pour faire une version dure, ou française, des œuvres de Mr Sorkin ? Il y a une version noire, c’est House of Cards. C’est plaisant, accrocheur, fincherien en diable, mais un peu putassier aussi. Ça accroche le spectateur par ses plus mauvais sentiments : ces méchants qui nous gouvernent, Washington qui complote sur le dos des contribuables, etc.

Aaron Sorkin est un libéral engagé. Il défend quelques idées simples, (et françaises, ce me semble) comme la démocratie, la liberté d’expression, et aussi les outils pour maintenir ces libertés durement acquises : l’armée, la police, les gouvernements, les parlements, et dans Newsroom, les medias. Outils sur lesquels il est plus facile de cracher que de louer. Sous une coque feelgood, Aaron Sorkin défend ses idées âprement. Tout comme son personnage principal, Will McAvoy (Jeff Daniels) défend une certaine conception libérale du journalisme, lui le vieux ronchon républicain. McAvoy, l’avatar fictionnel de Aaron Sorkin lui-même.

Au delà du message de Newsrooom, on ne peut que s’émerveiller devant cette magnifique technique d’écriture, ces intrigues, compliquées au début et merveilleusement limpides à la fin, ces dialogues brillants, pédagogiques et drôles. On ne savait pas, avant Sorkin, que tout ça pouvait exister.

Il y a quelques années une pub Nike vantait les mérites d’une chaussure tout terrain avec un Footballeur américain, Bo Jackson, qui jouait aussi bien au Baseball : « Bo knows football. Bo knows baseball. Bo knows basket ball…”

Comme Bo, Aaron Sorkin sait tout faire.

Aaron knows cinéma.

*The Newsroom S02e04, en ce moment sur Canal+


Un commentaire à “Newsroom, saison 2”

  1. CineFast » Steve Jobs écrit :

    […] Sorkin, c’est-à-dire un Sorkin comico-explicatif qui marche ailleurs (A La Maison Blanche, The Newsroom). Mais Aaron Sorkin ne trouve vraiment son apogée que lorsqu’il est mélangé à un artiste qui […]

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