dimanche 24 août 2008


Bienvenue chez les Ch’tis
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Jerry Seinfeld l’annonçait au début de sa carrière : « je veux faire rire en évitant les clichés habituels, le sexe, les gros mots, c’est un peu trop facile, en fait ! Je veux faire un show à partir des petits riens du quotidien, a show about nothing. »

Dany Boon est lui aussi humoriste, plutôt doué, et il sait rire aussi du quotidien. Son sketch sur La Poste était bien vu, son spectacle en Ch’timi était une bonne idée. Mais les adapter au cinéma sans les retravailler n’en est pas une.

Bienvenue chez les Ch’tis est en effet une succession de sketches, certains drôles, d’autre pas. En tout cas, ce n’est jamais un film. Pas de personnages, et des acteurs catastrophiques (sauf Boon), qui surjouent (Zoe Felix), se font péniblement passer pour des Ch’tis (Anne Marivin, Line Renaud), ont raté les cours d’élocution du Cours Florent (Stephane Freiss) ou, tout simplement, ne sont pas là (Kad Merad).

Si l’argument tient debout (un directeur d’agence de La Poste ment pour plaire à sa femme et se retrouve, au final, muté de la Provence dans le Nord-Pas de Calais), le film n’est tout simplement pas écrit. Les sketches s’enchaînent sans liaison ; ainsi découvre-t-on le problème de boisson de Dany Boon, et plus tard, on apprend, un peu par hasard (un personnage nous le dit), que ce problème est lié à un amour contrarié pour une jolie postière. Puis, toujours de manière aussi peu travaillée (un personnage nous le dit, encore), on apprend que la postière en pince aussi pour lui, mais que tout ça est de la faute de la belle mère (Line Renaud). On nous le dit, parce que Dany Boon ne sait pas écrire une scène qui nous le dirait. Il se croit encore seul en scène, oblige d’interpréter tous ses personnages à la fois. Problème récurrent des cinéastes en herbe, qui n’ont pas confiance dans le cinéma. Un geste, une expression, un bon montage est souvent plus signifiant qu’un long discours.

Bienvenue chez les Ch’tis donne, dès le début d’ailleurs*, l’impression de regarder une comédie française des années 60, mais de seconde zone (genre Le Petit Baigneur). Et il ne s’agit pas là de la qualité de ces comédies (il suffit de revoir un épisode des Gendarmes pour voir le boulot qui est derrière, quoiqu’on pense de ces films), non, Bienvenue chez les Ch’tis baigne dans l’ambiance des années 60 : bons sentiments téléphonés, relations de couple gnan-gnan, ambiance de travail complètement irréaliste…

On rit certes, devant certains gags : la reconstitution d’un Bergues sinistré, plus conforme au fantasme de la femme du héros. Mais l’ensemble laisse une telle impression d’amateurisme que le film, tel quel, est irregardable.


* étonnant générique qui commence par un survol des calanques de Cassis avec générique en surimpression, très Gérard Oury, et qui devient soudainement une animation en 3D, on ne sait pas pourquoi…


3 commentaires à “Bienvenue chez les Ch’tis”

  1. CineFast » Le Diable S’Habille en Prada écrit :

    […] ! la révélation !), surgit un plaidoyer aussi inattendu qu’un gag drôle au milieu de Bienvenue chez les Ch’tis. Un plaidoyer pédagogique, qui part du pull informe de Mlle Hathaway, un pull bleu « céruléen […]

  2. CineFast » Cinéma insulaire écrit :

    […] : séance de 20h30 au Rex en VF et on fait la queue ! Pire, on va voir tout ce qui passe : Bienvenue chez les Ch’tis, par exemple, ou un film palestinien, et bien sûr les films avec les enfants […]

  3. CineFast » Vive Danny Boon ! écrit :

    […] j’ai très peu de considération pour Bienvenue chez les Ch’tis, et encore moins pour les Césars. C’est pourquoi je soutiens chaleureusement le boycott de […]

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