jeudi 15 novembre 2012


Fear and Desire en salle !
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Grande nouvelle pour les amateurs de Kubrick : Peur et Désir, son premier moyen métrage, sort en salle. C’est un double événement : Fear and Desire est un film maudit, renié par Kubrick (il a tenté de faire détruire toutes les bobines existantes, et en disait beaucoup de mal). Il était impossible à voir jusqu’ici (même si une version de très mauvaise qualité tournait sur le net). Mais voilà qu’il sort remasterisé, et en salle !

Peu importe les réelles qualités du film (qu’on imagine faibles) : il faut aller voir Peur et Désir pour plusieurs raisons, et d’abord pour savoir ce qu’est un Kubrick imparfait. Jusqu’ici, nous ne savions pas ce que c’était.

Ensuite, cette obsession de cacher ce film, (même pour les cinémathèques !), est pour le moins troublant : qu’est-ce que Kubrick a à cacher, à part cette mineure imperfection de jeunesse ?

Pour le titre, aussi. Peur et Désir. Comment mieux résumer l’œuvre kubrickienne ? Dans chacun de ses films, le cinéaste mêle Eros et Thanatos.

Et parce qu’à l’évidence, ce film est séminal : c’est là que Kubrick esquisse son thème de la patrouille perdue. Des soldats se sont égarés en territoire ennemi, ils ont peur, et s’attaquent à une femme (la madame Kubrick de l’époque) ; voilà l’histoire de Peur et désir.

Ce thème, on va le retrouver sous de multiples avatars dans l’œuvre Kubrickienne : Les Sentiers de la Gloire commencent par exemple par une patrouille qui se perd une nuit de 14, dans les tranchées ennemies. Un homme est tué accidentellement, et deux soldats innocents le paient de leur vie, tandis qu’une femme manque d’être violentée (la future Madame Kubrick). Dans Dr Folamour, une patrouille de B-52 se perd au dessus des Iles Kouriles, sans radio, sans commandement, et déclenchent par erreur l’apocalypse tandis que le général, Jack D. Ripper (sic) s’interroge sur sa virilité.

Dans Barry Lyndon, le héros se perd derrière les lignes ennemies. Dans Full Metal Jacket, la patrouille s’égare dans les ruines de Hue, et finit par tuer une femme Viet Minh. Et Eyes Wide Shut peut-être vu comme un homme seul en territoire ennemi (la nuit new yorkaise) où il sera, là aussi, confronté à sa sexualité…

Il faut donc, pour remonter à la source de l’œuvre kubrickienne, (et son trauma originel ?) voir enfin Peur et Désir.


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