jeudi 3 octobre 2019


Ad Astra
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Ad Astra est l’exemple même du film ambitieux, mais mal réalisé.  Des ambitions, Ad Astra en a plein, et notamment celle d’être un contrepoint pessimiste de 2001. Dans les deux films, l’humanité cherche des frères extraterrestres qui partageraient sa solitude au coeur des infinitudes glacées. Ad Astra y ajoute une quête œdipienne du père, en superposant intelligemment la solitude familiale du héros (un fils, mauvais mari) et celle du père disparu aux confins du système solaire (mauvais mari, mauvais père) à la solitude ontologique de l’homme dans l’univers.

James Gray met au service de cela son talent, c’est à dire une magnifique réalisation, des acteurs sensibles et un background SF très réaliste. Mais ce qui pêche chez Gray, et ce qui pêche toujours, c’est le vraisemblable*. Pourquoi, par exemple, aller sur Mars pour envoyer un message ? Pourquoi passer sous un lac alors qu’on peut rejoindre à pied cette fusée ?

C’est ce qu’on appelle ici le cinéma adolescent, c’est à dire un cinéma qui ne réfléchit pas, mais se soumet tout entier à ses désirs. On fait la scène sur Mars parce que ça fait de belles scènes atterrissage et de vie coloniale, on fait la scène du lac, car elle permet une belle métaphore, avec ce fil / câble auquel l’astronaute s’accroche… Entre-temps, le spectateur, lui, a décroché.

L’autre grand problème d’Ad Astra, c’est l’accumulation de références cinéphiles, rapidement insupportables. Le décor est celui de 2001, l’ambiance est celle de Solaris, et la structure est celle d’Apocalypse Now : aller chercher le Père/le colonel Kurtz devenu fou, non pas au Laos, mais sur Neptune. On retrouve le briefing façon CIA, avec évaluation psychologique, les informations parcellaires, transmises en cours de route, la pagode/navette qu’on veut inspecter et qu’il ne fallait pas inspecter… Jusqu’à certains bouts de dialogue (« C’est votre mission, mais c’est mon vaisseau », « Si j’avais des types comme ça, nos problèmes seraient finis depuis longtemps », etc.)

C’est la malédiction du cinéphile ; au bout d’un certain nombre de films, le cinéma se répète…

Il reste néanmoins un final, très réussi : Brad Pitt revenu d’entre les morts, changé à tout jamais, gigantesque, et humain à la fois.

* C’était déjà le problème de La Nuit Nous appartient : un gangster devenait un flic du jour au lendemain, parce que papa travaillait dans la police.




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