samedi 4 janvier 2020


Joker
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Nous avions écrit à l’époque de la tragédie d’Aurora, que le Joker, c’était la mauvaise conscience de l’Amérique. Arthur Fleck est en effet schizophrène, pauvre, sociopathe, tout le contraire des valeurs américaines : réussite financière, amabilité et hypocrisie sociale…

Et dans tous les Batman, le Joker est celui qui dénonce cela. Sourire éternel figé parodiquement dans un bain d’acide, sourire américain mécanique, dont il fait une arme. Et qui prend l’argent des riches et les tue…

Todd Philips essaie de faire ça à nouveau, et son début est assez réussi. Son portrait de schizophrène, qu’on rencontre tous les jours dans le métro, qui vous sourit mais ne rêve que de vous étrangler, est parfaitement réussi.

Mais la deuxième partie sombre dans un film politique plus que douteux … Car finalement, tout accable ce Joker ; mythomane, fils de mythomane, il n’a raison nulle part mais le film semble plaider sa cause quand il se met à tuer. Et pour cause, il tue des traders, des harceleur, des flics ! « Si ça ne tenait qu’à moi, j’en tuerais d’autres » dit même un autre personnage.

Ces crimes sont filmés avec complaisance, dans le but évident de faire plaisir au spectateur. Mais comme par hasard, quand deux personnages noirs sont tués, ce n’est pas montré. On voudrait donner une bonne image de notre héros qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Joker entre donc dans cette catégorie de films sans conscience qui hantent Hollywood. Coincés entre leur mode de vie (ultra capitaliste) et leur conscience (souvent très à gauche), les réalisateurs/acteurs/producteurs Hollywoodiens produisent souvent de genre de film schizophrènes*.

On sort de ce Joker non seulement consterné, mais aussi très en colère.

*Les Batman de Nolan sont un exemple parmi d’autres, avec leurs messages marxistes dignes d’Occupy Wall Street… mais proférés par des terroristes.




samedi 4 janvier 2020


Tirez sur le Pianiste
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

Quand on a l’esprit mal tourné comme le Professore, on peut penser que Tirez sur le Pianiste, le deuxième film de François Truffaut avec Charles Aznavour, est l’annonce de tout le mal que va faire la Nouvelle Vague au cinéma français.

En effet, voilà un film entièrement tourné vers ce qu’il veut raconter, sans se préoccuper de comment il veut le raconter. Un méli-mélo de leçons mal comprises d’Hitchcock, la volonté de choquer le bourgeois (les seins de Michel Mercier, les gros mots), et quelques expérimentations visuelles…

Mais rien ne tient debout dans cette histoire adaptée de David Goodis : chaque scène est ridicule, les plans sont flous, et les acteurs, mal doublés (car évidemment on veut tourner en son direct et on se retrouve à refaire les prises son), ânonnent des dialogues littéraires peu crédibles.

On est loin des Quatre Cent Coups, et de la future maîtrise du grand François Truffaut.




vendredi 3 janvier 2020


Star Wars 9 – L’ascension de Skywalker
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -Pour en finir avec ... ]

Je suis un rebelle. Pas un rebelle de la rébellion, mais un rebelle à Star Wars. Je crache dessus depuis 1977, mais pour des raisons diverses, notamment celle d’être emmené contre mon gré (mon gré ne se battait pas beaucoup), j’ai vu les 8 premiers épisodes de la saga. Pour être franc, il y en un a que j’ai aimé ; comme tout le monde : l’Empire Contre-attaque.

Mais depuis 1977, j’ai dit que cette science-fiction en pyjama avait été une connerie, from day one. Un hommage second degré au space opera des serials des années 30 (Flash Gordon, par exemple), devenu une saga qui se prend au sérieux, au premier degré

Mais je les ai tous vus, le Retour de la Revanche des Jedi Perdus de l’Empire Républicain. Et j’ai vu mes amis mourir d’ennui devant le Seul-et-Unique-Scénario: un jeune homme (ou une jeune fille) de la campagne, qui rêvé de Chevalier Jedi, combat une-terrible-arme-qui-peut-détruire-une-planète-entière.

Mais aujourd’hui, 3 janvier 2020, pour la première fois, j’ai résisté à la Force. Merci Frank Herbert, je suis sauvé. Je n’aurais plus peur, car la peur tue l’esprit.




mardi 31 décembre 2019


Bilan 2010-2019
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -Pour en finir avec ... ]

C’est heure des bilans, des Topten, et surtout du Topten des Topten !! Quels ont été les meilleurs films de la décennie ? On a regardé les Topten  2010-2019 sans filtre, pour faire le point :

2010 – The Social Network
2011 – Une Séparation
2012 – Les Enfants de Belle Ville
2013 – Ma Meilleure Amie, Sa Sœur Et Moi
2014 – Mommy 
2015 – Pulp – a Film about Life, Death & Supermarkets
2016 – Midnight Special
2017 – Certaines Femmes
2018 – El Presidente

Et scoop, le Topten 2019 : Roubaix Une Lumière

Evidemment, ce Topten des années 10 est réducteur, car il manque pléthore de très grands films, notamment du début de la décennie : Margin Call, Cogan : Killing Them Softly, John Carter, Inside Llewyn Lewis, Prisoners, Zero Dark Thirty, 12 Years a Slave, Gone Girl, Dunkerque, La La Land…

Quant aux Bottom, pas de scoop :

2010 Skyline
2011 Les Tuche
2012 Prometheus
2013 Man Of Steel
2014 Le Hobbit – La Bataille Des 5 Armées
2015 Il Est Difficile D’être Un Dieu
2016 Suicide Squad
2017 Nocturnal Animals
2018 Ready Player One 
2019 Once Upon A Time In Hollywood

Les Bottom ne font que révéler l’intrusion progressive des films peplum (le hobbit, les super héros) et la disparition d’un certain cinéma du milieu qui faisait la richesse du cinéma US, de The Faculty à Rencontres à Elisabethtown…

Il va être dur de faire le Topten 2019…




lundi 30 décembre 2019


The Lighthouse
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

The Lighthouse n’est pas le pensum cinématographique que l’on vilipende ici ou là (consensus négatif au Masque et la Plume, pour ne pas les nommer). Ce Phare n’est pas non plus d’une inutile prétention. Mais comme le dit NiKo le DoKu, en France, on n’aime pas l’esthétisme. Et évidemment, The Lighthouse est tourné en noir et blanc, format carré, et invoque par ailleurs Herman Melville, donc ça ne rigole pas.

Deux hommes sont coincés sur un phare dont ils viennent assurer la relève. Le vieux expérimenté (Willem Dafoe) bizute le jeune (Robert Pattinson). Peu à peu, les choses s’enveniment entre eux, dans la solitude de ce petit bout de terre au milieu de l’Atlantique.

Certes, le film n’est pas sans défaut ; il est trop long à certains moments, et il a sa dose (inutile) de pipi caca qui fait toujours le bonheur des Américains. Mais le film appelle discrètement les ressorts du fantastique. Situé en plein Lovecraft country, Salem, le Massachussetts, il invoque bientôt les vieilles histoires de baleinier, et ces choses qui rôdent au fond de l’océan. Mais The Lighthouse a l’intelligence de rester assez subtil sur ce sujet, un peu à la façon de Shining : est-ce la folie qui assaille nos personnages, ou plutôt autre chose ?

Franchement on n’a pas vu aussi bien depuis longtemps.




dimanche 29 décembre 2019


Deadwood, finale
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Incompréhensible. Chiante. Hermétique. Shakespearienne… On a regardé tout Deadwood et on n’a rien compris.

C’est toujours intéressant de voir une série après la hype. Ne serait-ce que pour confirmer que l’esprit du temps, le Zeitgeist, est passé. Ou pas. Deadwood était probablement un chef-d’œuvre quand elle est sortie, dans ce que Brett Martin, dans ses Hommes Tourmentés, sa chronique des Showrunners des années 2000, appelle le Troisième Age d’Or des séries, c’est à dire celui The Wire et des Sopranos.

Deadwood accomplit alors la promesse marketing HBO de l’époque : la seule chaîne aux États-Unis où l’on peut entendre fuck. Quelqu’un (qui a du temps à perdre) a calculé que il y avait un Fuck toutes les minutes 46 secondes dans Deadwood. Tout cela devait bien choquer le bourgeois US de 2003.

Pour autant, la série, basée sur l’histoire vraie de la petite ville du Dakota avant qu’elle ne rejoigne les États-Unis d’Amérique, est totalement absconse. Les personnages y sont perpétuellement en colère pour des raisons qui resteront mystérieuses, et jurent à tout bout de champ (paraît-il dans un souci d’authenticité). En fait, on a en permanence l’impression de ne pas être dans une série, mais dans un théâtre, dans une pièce comique de Shakespeare, avec ses personnages outrés (comme E.B. Farnum, le gestionnaire de l’hôtel, en bouffon de service*.) Des dialogues shakespeariens, uniquement allégoriques, où l’on ne dit jamais exactement ce qu’on pense, mais où tout est allusion. C’est très beau, mais Shakespeare était clair, lui. Ici l’intrigue est incompréhensible, l’attitude des personnages est incompréhensible.

On s’est accroché jusqu’au bout, pourtant, en espérant comprendre quelque chose, et on a fini par comprendre les grandes lignes en effet. Mais on ne s’est jamais attaché aux personnages, et on s’est plutôt ennuyé. Vu d’aujourd’hui, Deadwood n’est pas une grande série mais plutôt une belle intention, l’intention de faire l’artiste. Ca ne suffit pas, et ça ne marche pas.

* joué par le grand William Sanderson, le fabuleux J.F. Sebastian, créateur d’androïde vieillissant avant l’heure, de Blade Runner




vendredi 27 décembre 2019


Watchmen, saison 1
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Qui osera dire que HBO n’est pas la plus grande chaîne de tous les temps ? À l’heure où le changement de management fait craindre le pire – grosso modo faire plus avec moins, le plan marketing raffiné de la nouvelle direction d’AT&T–, HBO sort Watchmen pour prouver le contraire. De l’entertainment pur, de la qualité à tous les étages (acteurs, réalisation, dialogues, décors…), et ce, en seulement 9 épisodes.  

Alors, oui, on pourra reprocher le manque de feeling ; on n’accroche pas réellement à ces personnages de cartoon en deux dimensions ; on les regarde de haut, comme des Playmobils. Playmobils que le petit Lindehof a eu avec son train électrique, et qu’il lance à fond la caisse autour du sapin de Noël.

Mais on jubile tellement à chaque scène ! Du pur Damon Lindehof, auquel il manque peut-être le sentimentalisme de JJ Abrams, mais on n’est pas loin d’imaginer Lost revenu d’entre les morts !

A chaque fois, on en redemande, plein de gourmandise.

Mais la série ne se contente pas du fun. Elle se permet, tout en restant fidèle aux deux magnifiques œuvres qui l’ont précédé (la BD d’Alan Moore et son adaptation réussie par Zack Snyder), de s’en démarquer. En transposant la suite de 1985 en 2019, elle sous-tend un contexte politique fort, autour de la ségrégation, jusqu’au suprémacisme blanc façon Donald Trump.  

Le Professorino, toujours sobre, se demande si on n’est pas tombé sur la meilleure saison de l’année.

A quand la saison 2 ?




samedi 23 novembre 2019


Midway
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Il y a deux lectures à la Grosse Connerie Américaine signée Roland « 2012 – Independance Day – The Patriot – Le Jour d’Après » Emmerich qui s’opposent et se complètent. Si on écoute A.G. Beresford, il faut saluer les efforts de Roland Emmerich en matière de réalisme ; Midway, sur le plan historique, tient la route. Si on écoute le Professore (et qu’est-ce qu’on vous apprend en classe, sinon d’écouter le Professore ?), il n’y a pas de cinéma dans Midway. Pas de personnages, pas de dramaturgie, pas de dialogues : pas de film.

On dira quand même qu’on est un peu d’accord l’un et l’autre. On ne s’est pas vraiment ennuyé (il faut dire qu’il y avait plein d’avion, de porte-avions (et même des sous-marins !) Pour le reste, Midway est une sorte de film pédagogique pour RMC découverte qui aurait dégoté 100 millions de budget. Un film où tout le monde tire la gueule consciencieusement parce que, attention, c’est du sérieux, c’est très grave, c’est la guerre ! Pearl Harbour !! L’Empereur !!! Avec des majuscules hautes comme l’Empire State Building ou le mont Fuji. Et des acteurs qui jouent tous comme des pieds, même le chouchou Woody Harrelson.

Mais les Dauntless, eux, jouent très bien.




dimanche 20 octobre 2019


Dans leur Regard
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

Ce qu’il y a de plus pitoyable dans l’art, c’est de passer pas loin d’un chef-d’œuvre. Mais c’est aussi de passer derrière un chef d’œuvre… C’est ce que nous appelons ici la Malédiction Sur Ecoute.

En ce moment le Professorino regarde Breaking Bad. Toute sa génération lui dit que c’est la plus grande série de tous les temps. Mais lui, brave petit, répond : « Mais non, c’est Sur Ecoute la plus grande série de tous les temps ! »

On en est là devant Dans leur Regard (When they see us), une série où on est prêt à tout accepter, devant un tel déni de justice. Cinq petits gars ont fait entre 6 et 14 ans de prison, accusé d’un viol qu’ils n’avaient pas commis. Mais voilà, ils étaient noirs, et devant la violence qui s’emparait de New York en cette année 1989, l’hystérie a pris le pas sur la raison. Pourtant, il n’y avait aucune preuve : pas de sperme, pas de sang, pas de témoins. Tout cela est par ailleurs formidablement joué par de jeunes comédiens talentueux. Qu’est ce qu’il cloche alors ? La réalité.

Une simple recherche dans Google valide ce que l’on pressentait : derrière ces enfants parfaits, ces familles parfaites, la réalité était moins reluisante. Bien sûr, ces jeunes gens n’avaient pas commis ce crime-là. Mais contrairement à ce qui est montré dans le film, des passants avaient bien été agressés et cette nuit-là, notamment des cyclistes. Un fait que les 5 de Central Park n’ont jamais nié.

Les familles n’étaient pas non plus parfaites. Il n’y a pas que des blancs (dont Trump) qui ont demandé leur condamnation. Ce blackwashing est stupide : dans le fond, nous sommes déjà d’accord avec la réalisatrice, on est prêt à entendre son histoire. Mais pendant les quatre heures qu’ont duré Dans leur Regard, on ne pensait qu’à ça : ces enfants sont-ils aussi gentils qu’Ava DuVernay le présente ? Les parents sont-ils aussi parfait ou ? Les blancs aussi racistes ?

Quel intérêt y a-t-il à diaboliser les blancs ? À angéliser les noirs ? Rien. Qui le prouve ? Sur Ecoute, évidemment. En présentant des personnages crédibles, avec leurs forces et leurs faiblesses, la série les rend crédibles… et attachants. En transformant son plaidoyer en film de propagande, Ava DuVernay rate sa cible. Qui était pourtant très facile à toucher…




dimanche 20 octobre 2019


High Life
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

« Hélas, les idées ne font pas les bons films. Il faut des idées dans les bons films, mais cela demande beaucoup de créativité artistique pour incarner fortement une idée… »

C’est toujours le vieux Stanley qui parle, et on jurerai qu’il a vu le High Life de Claire Denis. High Life ferait un très bon film de science-fiction : des criminels déportés dans l’espace espèrent y bâtir un nouvel éden… Bon point de départ.

Et on ne peut pas dire qu’il n’y a pas d’histoire parce qu’il y en a une : un jeune homme seul dans une station spatiale, avec seulement un bébé, une petite fille. Par flash-back, et par la tache de sang qu’on aperçoit dans le premier plan, on comprend qu’il n’était pas seul au départ ; on découvre cet équipage de condamnés à mort qui ont accepté de partir explorer un trou noir en échange de leur punition. Pourquoi se sont-ils battus, pourquoi il n’en reste qu’un ? Qui est le père de cette petite fille, forcement conçue pendant le trajet ? Il y a tout ce qu’il faut pour raconter quelque chose…

Voilà une histoire intéressante, des personnages, et Claire Denis a le métier pour mettre ça en place. Mais elle expose ses idées sans les travailler ni les nourrir. Et que dire de ce décor volontairement ridicule (un simple couloir) qui sent le cinéma amateur ? On ferait pareil avec une caméra Super 8 et l’entrepôt d’un ami. Mais on est assez cinéphile pour savoir qu’il y a assez de budget pour faire beaucoup mieux que cela. Pourquoi Claire Denis fait ce choix ? On ne saura jamais. Pourquoi ses personnages sonnent creux, pourquoi agissent-ils n’importe comment ?

Comme d’habitude, on a le sentiment d’un immense gâchis et d’une énorme fainéantise…