lundi 15 février 2010
ELI’S BOOK
posté par FrameKeeper dans [ Les films ]
Je mentirais en prétextant que c’est la profondeur métaphysique et esthétique de l’oeuvre qui m’a contraint à différer de plus de trois semaines mon analyse de ce film prétexte à un conseil d’administration décentralisé de CINEFAST…
Je serais plus proche de la vérité si j’avouais que les remarques goguenardes, voir grivoises, et répétées de mes petits camarades fondateurs ne sont pas étrangères à cette curieuse démarche visant à commenter un film qui ne doit plus être sur les écrans et qui ne sera pas sur d’autres écrans avant je le crains un temps assez long..
Et pourtant il faut le regretter car d’une certaine façon le film est édifiant….
En deux mots de quoi s’agit-il:
1. un héros solitaire (Danzel W. oeuf corse) traverse ce qui reste des USA après the Sarah Connor’s DAY et il dispose de quelques armes et d’un livre apparemment très important puisque fermé à clef. Bien que super doué pour la baston (les scènes d’actions sont pas mal du tout… bon il fait mouche à chaque fois alors que lui-même est transparent pour les balles d’autrui, il combat à un contre 12 à l’arme blanche mais dans l’ensemble c’est plus convaincant que TARANTINO), il met un point d’honneur à ne pas s’occuper des problèmes d’autrui.
2. Sa route croise celle de Gary O. (le bad boy oeuf corse… même BESSON s’est aperçu qu’il est bon pour faire le méchant…) qui lui aussi cherche le livre partout et qui est prêt à tout pour avoir celui de Danzel… à lui filer sa belle fille pour le quatre heures comme à le découper en morceaux.
3. Allez on accélère, le livre c’est la bible, Gary le veut car il pense qu’il n’arrivera pas à développer correctement le village qui est sous sa domination sans les mots du livre et Danzel lui ne veut qu’on utilise ce livre à ces fins là et veut l’apporter dans un sanctuaire qui doit exister plus loin … à l’ouest…
4. Finalement Gary récupère le livre mais il est écrit en braille… Danzel, bien que troué de partout, n’est pas mort (pas besoin d’attendre 3 jours à Hollywood) et il arrive au sanctuaire sans le livre sauf que…. il l’a appris par coeur et peut le dicter à Harvey K. (je ne sais pas si Obaham a déjà augmenté les impôts mais en prévision, les directeurs de casting se régalent….) qui va enfin pouvoir l’imprimer… et …. le ranger sur une étagère poussiérieuse à côté de la Bible juive et du Coran…
5. une fois le livre rangé, la belle fille, qui finalement avait accompagné et sauvé Danzel repart toute seule pour essayer de gagner un concours de Cossplay à une convention Sarah Connor bien sur…
6. On est également très content d’avoir revu Jennifer Beals (Flashdance… L World… etc..)
Bon me direz-vous à juste titre, si c’est pour faire plus long et moins bien que le Professor …. à quoi bon pourrir notre boîte mail… Ah les mécréants… ils ont des oreilles pour ne pas voir et des yeux pour ne rien entendre…
Morale de l’histoire:
1. Le méchant a compris que le Livre était fondateur est que sans le Livre, il ne pourrait pas recréer de civilisation…. En un sens, il est plus croyant que beaucoup car il sait la magie du Livre et est prêt à tout sacrifier pour l’avoir… Il n’a juste pas compris que la création de la civilisation est la conséquence de l’un des apports mystérieux du livre, son résultat collatéral, et non son objectif premier…
2. Les gentils sont littéralement « aveugles » à l’enseignement de la bible… Ils l’utilisent comme Danzel pour justifier leur violence et leur égoïsme mais ne le mettent presque jamais réellement en pratique…. Tout ce qu’ils savent en faire c’est l’imprimer pour la ranger sur une étagère… Comme ironisait déjà Nietsche… « Je croirais plus volontiers à leur sauveur s’ils avaient l’air davantage sauvés…. » pas charitable, et il l’a payé cher, mais pas faux. D’un autre côté… garder le Livre intact… c’est déjà beaucoup….
CQFD… ce film est une analyse parabolique magistrale de l’apport paradoxal de l’enseignement biblique à la culture occidentale : catalyseur de civilisation malgré le cynisme de ceux qui le mettent en oeuvre… fardeau invisible de ceux qui le porte … tous deux sans le comprendre… Bref Jésus crie…. et la caravanne passe…
Le tout en moins de 2 heures pas trop chiantes quoi qu’on en dise…
Biz
lundi 15 février 2010
Invictus
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Franchement, ça serait sur n’importe quel autre sujet, ça parlerait du handball ou de l’arrivée d’Angela Merkel au pouvoir, le film serait consternant. Plat, comme Matt Damon…
Mais bon, ça parle de Mandela, ça parle du Rugby, ça parle de Durban par ce mauvais soir de 1995, donc on y va… Et on marche… L’émotion est là – et c’est grave à dire – mais on est plus ému aujourd’hui par l’histoire du président sud-africain que l’on ne l’était à l’époque.
Il faut dire qu’entendre du Johnny Clegg toute la journée en portant des pantalons en batik multicolore, ça n’aide pas à l’ouverture d’une conscience politique.
Mais, chez Eastwood, le sujet est là ; et s’il n’évite pas l’imagerie de propagande (ralentis, musique, chœurs sud-af), ni ses techniques scénaristiques afférentes ou les ficelles de gros diamètre (la rédemption des méchants…), Invictus est tellement tiré par son sujet que ça marche. Le Président qui pardonne à ses geôliers, contre sa famille, contre son parti, contre la majorité noire, c’est tellement fort (et Freeman est tellement bon, comme d’habitude, dans ce registre), que l’émotion vous submerge.
Après, il faut dire qu’Eastwood a aussi l’intelligence de glisser quelques subtilités dans un film qui ne l’est pas du tout : par exemple, les conflits entre les gardes du corps blancs et noirs : malgré la happy end, les relations ne sont pas complètement apaisées, la misère est toujours là… Il glisse aussi un peu d’humour, dans un film où ça ne fait pas de mal…
Enfin, et surtout, il ne massacre pas le rugby, ce qu’on pouvait craindre d’un réalisateur US. Il arrive même à rendre la finale passionnante (ce qu’elle n’était pas !) A quand un film français sur le terrible Waterloo français, avec Sami Nasri dans le rôle d’Abdelatif Benazzi sous la pluie noire de Durban ?
Deux CineFasteuses (la Professore et Miss Alex) ont eu la même réaction : « On sait à l’avance ce qu’on va voir, et on n’est pas surpris » mais elles en ont tiré des conclusions radicalement différentes : l’une a aimé, l’autre pas.
A vous de voir, donc…
samedi 13 février 2010
D’AGORA CODE
posté par FrameKeeper dans [ Les films ]
Bien que provenant d’un horizon radicalement différent et apparemment voué à un destin bien moins sympathique (il se joue encore en 6ème semaine mais seulement à l’UGC Orient Express à la sortie du RER dans une micro-salle mais pleine), AGORA ne fait finalement que reprendre sur un mode érudit les thèmes déjà développés par le DA VINCI CODE…
A savoir que les chrétiens sont :
– des factieux toujours prêt à sortir le couteau ou le caillou pour éliminer leur adversaire du moment… païens ou juifs… et prendre le pouvoir
– des obscurantistes toujours prêts à brûler des livres et même leurs auteurs s’ils se piquent de curiosité scientifique
– des machos misogynes toujours prêts à se chauffer les pieds dans le sang des femmes pour peu qu’elles s’avisent de vouloir être autre chose que des bêtes de somme
Attention, certains d’entre eux sont apparemment un peu moins méchants et s’habillent en blanc au lieu du noir mais ce sont les plus redoutables car ils visent à l’assujetissement de l’esprit et non seulement du corps…
Alors bien sur, il est vrai qu’en 2000 ans d’histoire, les chrétiens ont, comme tous les autres hommes pratiquant d’autres religions, massacrés au nom de leur Dieu, asservis les femmes et combattu ce qu’ils considéraient comme des hérésies et que nous aurions plutôt tendance à nommer science…
Il est vrai également que l’Histoire a conservé la mémoire de la lapidation d’Hypathie, l’héroïne du film, par des « chrétiens incontrôlés »…
De là à vouloir démontrer, comme semblent le faire les scénaristes du film, que la chrétienté se résume à ce constat, posé dés l’origine, à ce conflit entre intégristes sincères sanguinaires et modérés politiques calculateurs, il y a un pas que la modernité a bien sur déjà franchi mais qui risque de nous mener dans un vide interstellaire dans lequel l’avantage, nous le savons, c’est que l’on ne vous entend pas crier…
Lorsqu’on en vient à vouloir montrer le vrai visage des chrétiens en concluant le film sur cette scène surréaliste de lapidation/euthanasie et en occultant totalement que c’est Jésus qui sauve, difficilement d’ailleurs, la femme adultère de la lapidation par le pourtant célèbre « que celui qui n’a jamais pêché… « , la réfutation d’un tel aveuglement devient bien sur impossible de manière directe (vous pouvez néanmoins lire « Comment je suis redevenu Chrétien » de JC GUILLEBAUD éditions Points essais, également sur les conseils du Professor … qu’il en soit remercié).
Je me risquerais seulement à évoquer mon impatience de voir bientôt « AGORA 2, le rond-point avec terre plein central » (presque plus que Arthur et les minimoys… c’est dire) car là Alexandro et son co-scénariste vont mieux pouvoir nous expliquer pourquoi après cette victoire totale de Cyrille le méchant Bishop (c’était déjà le nom du traître dans Alien c’est dire) nous ne sommes pas actuellement sous le joug d’une didacture papale à mi-chemin entre Franco et Staline…?
C’est vrai ça pourquoi le complot chrétien contre l’humanité a-t-il échoué ?
Et pourquoi et comment:
– la science a réussi à survivre principalement dans les pays à tendance chrétienne (d’après Michel SERRES, certes auteur suspect, les astronomes jésuites auraient même foutu une racléee aux astrologues chinois pourtant préservés de la corruption biblique) ?
– pourquoi et comment le féminisme s’est tout de même plutôt acclimaté dans les régions à dominante chrétienne plutôt que sous les contrées riantes du confucianisme ou du formidable système des castes ?
Serait-ce le résultat du formidable travail souterrain d’une secte pythagorienne ? Ou parce que dans ces contrées, il y avait du charbon qui a permis, par la richesse induite de son extraction, la libération des esprits contaminés par le discours évangélique ? On a hâte de savoir…
Surtout qu’on a pas envie qu’ils réussissent les chrétiens … La religion grecque ça avait quand même une autre gueule… On le voit bien là avec Hypathie…. Dans la civilisation grecque, les femmes avaient la liberté d’enseigner aux hommes, de prendre la parole en public et de moucher tout le monde… elles défendaient aussi la liberté de religion, voir l’athéisme (comme SOCRATE et ça c’est bien passé), la fraternité de tous les élèves d’une même classe…. Elles n’aimaient pas trop qu’on fouette les esclaves car elles aimaient bien leurs esclaves qui étaient d’ailleurs aussi intelligents qu’elles.. et très gentils.. et quand ils étaient méchants… les rosses, elles les affranchissaient… tant pis pour toi connard… sois libre et tu verras ce que tu verras… ah des femmes de caractère les grecques… on en fait plus des comme ça… Et puis surtout les femmes grecques, elles étaient pures, pas besoin de mec … totalement dévouées à leur seule religion euh pardon à la science…. et sans compromis…. pas question de me convertir pour sauver ma peau… plutôt mourir… plutôt martyr…
En fait les chrétiens ils ont dû copier sur les grecs… sauf le pharmakon … dommâge c’était bien le pharmakon… on se fait un clochard de temps en temps.. c’est curieux d’ailleurs qu’aucun mathématicien euclidien ne se soit jamais élevé contre la lapidation d’un pharmakon… un oubli de l’histoire surement.
A moins que comme le dit finalement Alexandro… « si nous chrétiens nous gagnons, c’est parce que Dieu est de nôtre côté »… » ça peut être une explication… mais ça foutrait un peu les jetons…
Eh Alexandro… Jésus loves you more that you will know… et heureusement…
biz
samedi 13 février 2010
Avatar : le scénar…
posté par FrameKeeper dans [ Les films ]
Bon alors tout le monde est d’accord:
– « Avatar ? ouais bien sur.. pas mal l’utilisation de la 3D (quand ça marche et que ça ne donne pas la gerbe) mais franchement le scénar… il ne s’est pas foulé… un pâle resucé de « Danse avec les loups » mâtiné de « Princesse Mononoké », pour couvrir la large palette des références plus au moins avantageuses avancées par chacun…
– Objection votre honneur… Déjà mon client n’est pas connu pour être un manchot du scénar… Il a tout de même réussi à conduire la suite d’un film qui pouvait difficilement en comporter une (Alien 2, certes pas dans la finesse mais il l’a fait) et à nous captiver avec une histoire dont tout le monde connaissait la fin (Titanic oeuf corse)
– Objection retenue … poursuivez…
1. Quelque soit le fond de l’histoire, le scénar fonctionne sur un plan dramatique… A trois reprises au moins, on se demande tout de même comment Tuluk va faire pour continuer à utiliser son avatar alors qu’il est littéralement pieds et poings liés à l’institution militaire… le tâcheron de base aurait opté pour une solution métaphysique genre duracell.. on le débranche mais victoire de l’esprit sur la matière il marche encore… et bien non…. astuce ô combien ssiouxe pour le coup, après nous avoir vendu en douce a) une base décentralisée, b) une zone de perturbation magnétique, tac a+b= déplacement de la base en zone indétectable mais qui sera quand même détectée pour le combat final… d’un stric point de vue tauromachique… le tour de passe passe est irréprochable…. c’est du cousu main… CAMERON est définitivement le roi du « scénario qui arrive à nous tenir en haleine alors qu’on connait déjà la fin… (bis repetita placent) »
2. « Oui mais sur le fond quand même il ne s’est pas foulé.. c’est toujours les gentils indiens qui gagnent contre les méchants cow-boys, franchement ça soûle… j’ai passé l’âge » … l’âge de quoi ? De ne plus croire aveuglément aux préceptes nietzschéens qui décodent partout des logiques de ressentiment ? Bonsoir vous voulez quoi ? Des films scénarisés par Claude Allègre où les méchants colonisateurs/pollueurs gagnent toujours à la fin et sont super contents d’avoir fait du bon boulot ? Et bien n’allez pas au cinéma … restez devant le 20 h … mais la vraie vie ce n’est pas exactement ça non plus… oui les colonisateurs gagnent … et puis après ils perdent …. et puis après ils culpabilisent…. et puis après ils en ont marre de culpabiliser … et puis après quand même c’est pas bien ce qu’ils ont fait… ah c’est compliqué la vie… au cinéma c’est un peu simple c’est vrai… encore que…
3. Saint CAMERON expulse les démons colonisateurs/pollueurs des USA du haut de la montagne sacrée d’Hollywood et ça mine de rien c’est déjà bien… Tout le monde ne peut pas en dire autant.. On attend toujours que GAUMONT file 400 M d’€ à un quinqua de la FEMIS pour qu’il nous fasse un truc qui déchire sur le massacre de la Saint Barthelemy, Waterloo morne plaine ou les ratonades de PAPON… pas pour demain et il vaut d’ailleurs peut-être mieux s’en réjouir… Mais si CAMERON expulse… le fait-il par Dieu ou par Satan, grand Patron d’Holywood nonobstant ? Car s’il le fait par Satan, son royaume est divisé contre lui-même et ne saurait se maintenir.. oui je sais ça date un peu mais a priori ça marche toujours… Que nous vend CAMERON en lieu et place de notre formidable technologie présente et à venir ? Un peu moins idéaliste que Kevin COSTNER, il se doute bien que nous fourguer des yourtes en résidence secondaire avec soupe au tofu comme repas de fête.. ça va pas le faire … Alors il invente… la réalité augmentée par modification génétique… Plantes allogènes à déclanchement tactile… papillons allucinogènes… moto/cheval/centaure à connexion capillaires… et must du must, le pérodactyle/rafale/mangousta monoplace à émission de CO² controlée…
Effectivement, une fois qu’on a tout ça… avec en plus un arbre d’amour qui dispense d’aller à la messe et de consulter des voyants, la civilisation nord-américaine n’a plus rien à vous apporter… Mais c’est un peu prendre le problème à l’envers… la technologie s’est développée sur la tentation de surhumanité chère aux nietzschéens qui aujourd’hui voudraient nous faire croire que tout cela est d’un vulgaire….
Bon donc CAMERON n’est pas si innocent qu’une vision rapide de son film pourrait le laisser croire… il sait comment plaire et tant pis pour les contradictions de fond.. qui les verra ? Et de fait il a réussi son coup.. il restera dans l’histoire du cinéma comme celui qui a fait successivement les deux films les plus chers et les plus vus … un peu comme si ZIDANE avait encore marqué de la tête contre l’Italie… satané BUFFONE.. oui je sais je me fais du mal… le cinéma c’est mieux que la vie… Biz
jeudi 11 février 2010
A Serious Man
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Les frères Coen sont de grands cinéastes, et des artistes aussi. Ce qui veut dire qu’ils sont ambitieux, tentent beaucoup et échouent, parfois.
Pas le cas ici d’A Serious Man, même s’il faut attendre la dernière minute pour en avoir la confirmation. Car pendant tout le film, comme très souvent chez les frangins, on navigue entre deux eaux : on rit, sans être bien sûr de voir où l’on veut nous emmener.
Ainsi cette ouverture folklorique au shtetl ukrainien, qu’on sera bien en peine plus tard de relier au reste de l’histoire, trois cent ans plus tard, au fin fond du midwest.
Car pour la première fois, les frères parlent d’eux mêmes : leur jeunesse dans les années 70, dans la suburbia de Minneapolis. Une enfance juive, avec des goys menaçants comme voisins, une mère qui veut divorcer religieusement, un père qui n’en peut mais, une voisine chaudasse, un oncle envahissant, et une sœur au bord de l’hystérie. Seule source d’évasion : le transistor qui transmet à travers l’éther la voix sexuelle de Grace Slick : « Don’t you need somebody to love? » Sûrement.
Sur cette base finalement assez classique, les Coen font merveille : personnages sculptés avec minutie sur des acteurs qui se régalent, sens inouï du rythme, du contre-temps, montée en puissance graduelle… tout cela au service de l’explosion finale, dans les limbes d’une non-fin – spécialité coenienne s’il en est – mais ici réussie.
Ce ne sera peut être pas le film le plus drôle de l’année, mais, en CineFasterie, c’est ce qu’on appelle un film sérieux.
mardi 9 février 2010
Agora
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Agora, c’est la preuve – en creux – que Hollywood n’est pas cette machine implacable à broyer du scénariste.
Qui peut croire, en effet, qu’un type comme Alejandro Amenábar arrive à décrocher 73M$ pour faire un film avec le pitch suivant : « C’est l’histoire d’Hypathie, une astronome égyptienne du Vème siècle, qui cherche à prouver que la terre tourne autour du soleil. Pendant ce temps, des fanatiques religieux de la petite secte qui monte (les Chrétiens) veulent interdire les cultes païens (égyptiens, juifs, grecs), et détruire la Bibliothèque d’Alexandrie. Il me faudra des effets spéciaux, pleins de figurants, et quelques stars, ça serait pas mal… »
Qu’il ait réussi à passer entre les mailles du filet de la production : il y a quelque chose de pourri au royaume de Spielberg…
Après dix minutes où ça pique les yeux, on finit par s’habiter en se disant qu’il y a forcément une couille dans le potage, et que ça va forcément dégénérer. Mais non, au contraire, ça s’améliore ! Pas un, mais deux cours de géométrie (façon C’est pas Sorcier, sauf que Rachel Weisz est nettement plus mettable que Jamy Gourmaud), et même pas une happy end.
Il y a quand même quelques bémols ; le film est parfois un peu sec, plus absorbé par sa pédagogie que par ses personnages… Un peu Hollywoodien aussi dans sa forme (les gentils chrétiens sont joués par des acteurs US, les méchants fanatiques chrétiens par des… Arabes !)
On pourra aussi trouver le film outrageusement anti-chrétien*, et plutôt généreux avec les juifs et les romains… Mais a) la destruction de la bibliothèque par l’intégrisme religieux chrétien est une hypothèse historique et b) Amenábar est suffisamment malin pour équilibrer en permanence son propos : les chrétiens sont fanatiques, mais certains sont sympas, d’autres sincères, et en tous cas, ce fanatisme est le fruit d’une grande misère. Les nobles ont des esclaves, mais certains les traitent bien. Les romains sont prétentieux, mais ils montreront leurs failles. Il est juste dommage qu’Amenábar ne nous fasse pas aimer ses personnages…
Sinon, le film est stupéfiant d’ambition : l’exposé sur le débat géocentrisme/héliocentrisme, et surtout le message sur le fanatisme religieux qui détruit tout (la société, la science, la pensée, mais aussi l’âme même des personnages…) La religion peut apaiser les douleurs de l’âme, mais elle peut aussi les attiser. Le spectateur suit avec fascination les parcours inversés de l’étudiant devenu chrétien par ambition, et celui de l’esclave, chrétien par révolte… L’un sera puni de ses hésitations, l’autre reviendra à la forme la plus tragique qui soit de la charité…
* Au passage, un privilège que seuls les réalisateurs « chrétiens » peuvent se permettre…
dimanche 7 février 2010
Gainsbourg (vie héroïque)
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Malédiction du biopic, loi du marketing : Gainsbourg (vie héroïque) est un échec artistique et une réussite commerciale (600 000 entrées en première semaine).
Le biopic, ça marche à la nostalgie : chacun son Gainsbourg (moi, c’est le Gainsbarre de mes vingt ans, Lemon Incest et Casino de Paris). On va voir un biopic parce qu’on veut revoir ce petit bout de nos vies : ah c’est vrai, les filles dansaient comme ça en 85, elles étaient habillées comme ça en 85…
Mais un film, c’est pas un scrapbook, c’est pas du collage, c’est une histoire. Ici, évidemment, il n’y en a pas, même si Joann Sfar essaie pathétiquement de jouer à Brazil ou à Tim Burton. C’est toute la tragédie du cinéma français d’aujourd’hui : beaucoup de débutants propulsés à la réalisation d’un premier film à gros budget, sans avoir essuyé leurs fesses sur un « petit » premier film ou des courts métrages.
C’est le cas de Joann Sfar, dessinateur talentueux, mais cinéaste à l’évidence novice : il ne sait pas raconter une histoire, il ne sait pas où commencer une scène ni comment la finir. Heureusement, il y a une équipe avec lui : chef déco, chef op’ aux petits oignons, bons comédiens qui excellent dans leurs imitations de Bardot, Birkin, Bambou, et Gainsbourg.
Oui, bien sûr, Elmosnino est extraordinaire, mais on ne va pas voir UN acteur, on va voir un film. Le cinéma est un art collectif, un sport d’équipe, ce n’est pas un numéro de cirque. On ne va pas voir Tannhäuser pour entendre Placido Domingo, si l’orchestre joue faux et le chef d’orchestre est à contretemps.
Gainsbourg (vie héroïque) se contente donc d’enfiler les scènes, sans avoir de propos particulier. Madame La Professore, qui, elle, a bien aimé, tentait de mettre en joue ma mauvaise foi en me sommant de trouver un biopic à mon goût. C’est vrai qu’il y en a peu, et que, systématiquement, ils bottent en touche : Control (sur Ian Curtis), parce qu’il a un propos (« Peut-on mourir d’amour aujourd’hui ? »), 24 Hour Party People, qui évite de parler des célébrités rock de Manchester, pour parler du mentor, Primary Colors, qui fait la même chose, et laisse Bill Clinton en toile de fond pour s’intéresser au jeune militant et questionner subséquemment l’engagement (et la fin de l’innocence) en politique et puis évidemment Velvet Goldmine, la référence, qui parle de Bowie en ne collant jamais à la réalité, mais au contraire, en racontant le conte de fées le plus bowiesque qui soit. On pourra rajouter le maître du biopic, Oliver Stone, qui croqua avec talent trois présidents (JFK, Nixon, W.) en s’affranchissant sans problème de la réalité.
Mais Madame la Professore avait plus d’un tour dans son sac. Tout de go, elle me demanda mon avis sur le Cléopâtre de Mankiewicz. Je bafouillais une réponse et me mis à débarrasser la table…
samedi 30 janvier 2010
Le Livre d’Eli
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
C’est énooorme !! Seul Fabrice Luchini pourrait chroniquer le nanard métaphysique de Denzel Washington, tant celui-ci défie l’analyse cinefastographique.
Au premier abord, et dès les premiers plans (on dit ça mais on les a pas vu, les premiers plans, occupés que le Conseil d’Administration de CineFast était à finir son chawarma chez Diwan).
Dès les premiers plans, disais-je, on sait qu’on est dans la TGCA, pas la GCA, non, mais la TRÈS grosse connerie americaine. Quand on voit qu’après l’Apocalypse, Denzel prend soin de ses aisselles avec des lingettes Kentucky Fried Chicken, on sait que a) on n’est pas dans La Route, b) on va pas s’ennuyer.
Car si les frères Hughes tentent de faire leur Mad Max 2, on est très loin du compte, tant les perles vont être enfilées sans vergogne. On aura droit ainsi à des combats à l’ancienne (Denzel, entouré de méchants, se fait attaquer par chacun d’entre eux, l’un après l’autre, comme dans un vieux Banco à Bangkok pour OSS117…
Puis il y a des scènes de viol sans le moindre bout de nichon (Denzel arrive à temps), des scènes de bar western brillant par leur originalité (« Qu’est-ce que tu fais là, E-TRAN-GER ? Je ne cherche pas d’embrouille, l’ami, mais si tu me cherches, tu va trouver DENZEL !!! » etc., etc.) Sans parler du méchant, brillant, faussement-gentil-au-debut-mais-dont-on-sent-qu’il-peut-se-reveler-rapidement-tres-cruel, interprété – incroyable mais vrai – par Gary Oldman !
A ce stade-là du nanar, 2012 est enfoncé, obligé de jouer les barrages pour espérer participer au Razzie Awards.
Mais pourtant, et sans aller jusqu’à dire que ça sauve le film, le dernier « chef d’œuvre » des frères Hughes bénéficie d’une intrigue de fond hallucinante.
Pitchons : Eli se promène aux USA après l’Apocalypse, chargé d’un mystérieux livre (la Bible, Mais il faut pas le dire!). Il s’est auto-investi d’une mission : « emmener ce livre à l’Ouest », car il a eu une vision. Bon, OK.
Gary Oldman cherche aussi cette Bible, car avec elle, il aurait le pouvoir de manipuler les masses et de gouverner le monde ! S’ensuit un débat surréaliste sur le rôle des Ecritures : instrument d’oppression ou chemin de vie ?
Le film déroule alors en arrière plan moult paraboles bibliques : Marie-Madeleine, Lazare, Jésus (« Je te l’avais dit, ce n’est qu’un homme ! »), le tout agrémenté de poursuites en voitures, d’explosions, de fusillades, de bastons diverses et variées.
Le Framekeeper – au bord de l’orgasme pendant tout le film – vous expliquerait bien mieux que moi que l’Amérique, figée dans l’Ancien Testament, ne voit aucun conflit entre religion et usage illimité de la violence (œil pour œil, dent pour dent) D’ailleurs, Denzel ne cite jamais le Nouveau Testament. Pas de risque de s’aimer les uns les autres…
De là à déduire que Le Livre d’Eli, c’est avant tout l’œuvre de Denzel, il n’y a qu’un pas : Washington étant l’un des gros bigots d’Hollywood, il refuse systématiquement les scènes un peu hot. Il refuse d’ailleurs de faire un carton sur la prostituée du Livre d’Eli, tout comme il aidait très chastement la victime de Déjà Vu, pourtant assez bonnasse.
Pour notre part, nous préférons le Denzel de USS Alabama ou de Remember the Titans.
Nous ne saurions trop vous engager à dépenser une part conséquente de votre budget cinéma pour aller voir Eli, mais quand comme ça passera tôt ou tard sur Kto TV, ça sera à ne rater sous aucun prétexte. Penser tout de même à la bière et au Pop-Corn.
dimanche 24 janvier 2010
TopTen 2009
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Dimanche dernier c’était TopTen, c’est-à-dire le meilleur, selon nous, de l’an de grâce 2009. Nous, c’est à dire une communauté de cinéphiles – non CineFasters – qui se réunit en janvier pour conclure la campagne 2009. Chacun élit son Topten, on ajoute les points et on obtient LE TopTen.
Mais, tout d’abord, celui du Professore :
Après quelques hésitations entre le premier et le deuxième, j’ai tranché pour Un Prophète comme meilleur film de l’année. C’est à l’évidence un très grand film, mais surtout, il devrait durer, ce qui ne sera peut-être pas le cas de Loin De La Terre Brûlée, un film dont je garde pourtant un souvenir très fort.
Vient ensuite Marching Band, le documentaire très émouvant de Claude Miller sur la nouvelle Amérique d’Obama, puis District 9, un grand film « de genre », mais dont on dira un jour que c’était « le premier Neill Blomkamp ».
Very Bad Trip fait un beau cinquième, sûrement la plus belle surprise Hollywoodienne de année. Esther, Meurtres à la Saint Valentin, sont deux must cinefastiens de l’année : films de genre réussis, ou très drôles dans leur genre.
La grande surprise, le scoop énorme, c’est sûrement la présence – pour la première fois – d’un Woody Allen dans le TopTen du Professore* : Whatever Works, c’est vrai, ça le fait ! (et peut-être la présence de mon héros, Larry David, roi de la méchanceté et co-créateur de Seinfeld)
Reste deux « aurait pu mieux faire cette année », avec des grosses machines qui révèlent plus le talent de leurs géniteurs que leurs propres qualités intrinsèques : Watchmen et Avatar.
Dans mon BottomFive, on notera que le grand gagnant est évidemment Good Morning England, l’escroquerie lacrymale annuelle de Working Title : c’est juré, on ne m’y reprendra plus.
Gran Torino est un deuxième moins évident (cf. classement final plus loin), mais c’est tout autant une escroquerie sémantique : sous des dehors antiracistes et autocritiques, Clint Eastwood refait le même film idiot et détestable de ses débuts. Silver City est un Bottom pour initiés : ceux qui ont aimé John Sayles ne peuvent qu’être consterné par son (ses) derniers opus.
Le reste du Bottom est plus classique : Anges & Démons est le film idiot et arrogant que seuls les américains savent faire, et Mutants est le film de zombies que les français ne savent pas faire…
Ce qui donne, au propre :
un prophete
loin de la terre brulée
marching band
district 9
very bad trip
esther
meurtres à la saint valentin
whatever works
watchmen
avatar
et le BottomFive :
good morning england
gran torino
silver city
anges & démons
mutants
Une fois les votes dûment enregistrés par huissier, le TopTen est devenu cela :
1. Good Morning England
2. Avatar
3. District 9
4. Slumdog Millionaire
5. Harvey Milk
6. Un prophète
7. Gran Torino
8. ex. ae. Welcome
9. ex. ae. Mademoiselle Chambon
10. Inglorious Bastards
Et voici le Bottom3 (pas de Bottom Faïve pour eux) :
Trésor
Public Ennemies
De l’autre côté du lit
En deux mots, je suis dans l’opposition (mais ce n’est pas ni la première ni la dernière fois, vous vous en doutez…)
*Woody A. a déjà eu à deux reprises les honneurs du BottomFive : Harry Dans Tous ses Etats et Le Sortilège du Scorpion de Jade.
dimanche 24 janvier 2010
Shoah
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
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Shoah. Le film devenu nom commun. Que fait Shoah dans CineFast ? Et bien Shoah n’est pas seulement au panthéon du Professore Ludovico, Shoah n’est pas seulement son contenu, le documentaire le plus abouti à ce jour sur l’extermination des juifs, c’est aussi un très grand film.
La preuve l’autre soir, quand Arte rediffusa Shoah en deux parties de 5 heures. Car Shoah c’est ça, un film interminable mais qui vous accroche jusqu’au bout, quand la plupart des documentaires vous lâchent au bout de 90mn.
Claude Lanzman, par ailleurs plutôt détestable*, est un grand cinéaste. Il refuse les facilités habituelles du documentaire, et c’est peut-être pour ça que Shoah est un chef d’œuvre.
Quelques exemples : Lanzman ne coupe rien, il ne double pas les témoignages. Lanzman pose les questions en français, elles sont traduites en polonais, les réponse sont en polonais, traduites en français, et on a droit au quatre versions, en plan séquence. Résultat, pas de contestation possible : vous avez entendu le témoin, si vous voulez contester sa validité, vous pouvez traduire sa réponse. Imparable.
Ensuite, vous avez cet accès direct à la langue, aux accents, aux intonations, et c’est terrifiant. Les explications dans l’allemand gouailleux du Sergent SS, le polonais enjoué des enfants témoins devenus vieillards, l’allemand scandé, teinté de yiddish, du coiffeur de Tel Aviv, qui article parfaitement les mots de la mort : douches, fours, cadavres…
Ensuite, le refus du sensationnalisme est l’autre « marque de fabrique » de Shoah : pas d’images de propagande. Pas d’image de Nuremberg, pas d’images des armées britanniques ou US. Pas d’images nazies. Pas de photos, non plus, des morts du temps de leur vie, pas d’apitoiement. Au contraire, Lanzman filme aujourd’hui : pas les trains de la mort, mais les trains d’aujourd’hui… Pas les fosses pleines de cadavres, mais la plaine d’O?wi?cim aujourd’hui, avec, peut-être, au fond, la silhouette de Birkenau. Pas Treblinka, dont il ne reste rien, mais seulement un monument à Treblinka aujourd’hui (une horreur en pierre de 3 m de haut), dans un travelling terrifiant qui se termine sur l’interstice entre deux pierres, noir comme un trou sans fond.
Car Lanzman filme quelque chose d’impossible : le vide, le néant. Il n’y a plus rien des juifs d’Europe centrale. Comme le disait Primo Levi, dans les Naufragés et les Rescapés : « On ne peut pas raconter un naufrage, parce que ceux qui racontent, par définition, sont des rescapés. Ils n’ont pas participé au naufrage. »
Lanzman n’a que des rescapés à filmer, et très justement, le film respecte parfaitement ce propos.
*Claude Lanzman avait notamment « interdit » à Spielberg (au moment de la Liste Schindler) de filmer l’holocauste. Se prétendre l’ « unique dépositaire de la Shoah » est un des aspects les plus désagréables de Lanzman….