lundi 25 juillet 2011
Adieu Poulet
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Suite à Coup de tête, j’avais enregistré Adieu Poulet, que j’ai regardé hier. Ça se mange sans faim, à vrai dire. C’est drôle, il y a de l’action, et surtout le duo Ventura/Dewaere, le premier passant la main au second. Le film, réalisé par Pierre Granier-Deferre, et écrit par Francis Veber, semble jouer à fond de ce choc des titans, le vieux contre le jeune, l’anar de droite contre l’anar de gauche. Film dans le film, le Commissaire Verjeat passe la main à son jeune adjoint Lefèvre, tout comme la vieille garde (Lino Ventura) semble passer la main à l’avant-garde (Dewaere), … malheureusement, il ne reste à Dewaere que sept ans à vivre…
Si les péripéties sont parfois peu vraisemblables, l’intrigue de fond tient la route ; c’est l’histoire de Lardatte, un jeune député carriériste (Victor Lanoux, dans l’un de ses meilleurs rôles) qui couvre un de ses nervis colleurs d’affiche. Portor (Claude Brosset, vu aussi dans OSS 117 : Le Caire, Nid d’Espions), a tué un flic. Malgré toutes les protections dont Lardatte semble faire l’objet, le Commissaire Verjeat (Lino Ventura) ne l’entend pas de cette oreille. Il veut la peau de Portor. Et malgré les conseils à la modération de son jeune adjoint Lefèvre (Dewaere), Verjeat finira par entraîner Lefèvre dans cet imbroglio politico-criminel.
Ce qui fait merveille ici, c’est que c’est un film d’acteurs ; Adieu Poulet ne serait pas du tout le même film avec deux autres comédiens. Dewaere et Ventura transpercent l’écran, tout comme les seconds rôles (Pierre Tornade, Julien Guiomar, Claude Rich …). Il était intéressant d’ailleurs de faire la comparaison en zappant sur Les Valseuses. Le film de Blier est une merveille de texte, portés par trois comédiens à fond la caisse (Dewaere, Depardieu, Miou-Miou), mais pas tenue par une intrigue serrée…
Dans Adieu Poulet, les acteurs portent le film. Et c’est l’histoire qui prime : nos deux petits poucets de la Maison Poulaga feront-ils tomber le politicien RPR, euh, pardon Parti Républicain Unifié, c’est la question…
Notre Commissaire bottera en touche, du 100% Lino : « Verjeat, il est à Montpellier ! »
vendredi 22 juillet 2011
L’Affaire Rachel Singer
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Un film réussi, c’est difficile. Il y a des films qui frôlent le chef d’œuvre, et, qui à vingt centimètres du but, ratent l’objectif. C’est le cas de L’Affaire Rachel Singer.
Problème : expliquer l’échec du film serait en dévoiler tout le charme. Car L’Affaire Rachel Singer est un très bon film d’espionnage, comme il y en a si peu cinéma : réaliste, glauque, psychologique. John Le Carré en 35mm.
On ne dira rien, donc, sauf ce qui est déjà dans la bande-annonce : l’histoire de trois agents du Mossad chargé d’enlever le chirurgien de Birkenau pour le faire juger en Israël. On suit deux époques : Berlin Est 1965, et Israël 1997, quand la fille d’un des agents publie avec succès un livre sur cette aventure.
L’Affaire Rachel Singer est un très beau film sur la vérité et le mensonge, cette zone grise de l’espionnage et de la politique internationale. Cette zone si indispensable qui permet d’éviter la guerre, et qui a son lot d’exploits méconnus et de morts secrètes.
L’Affaire Rachel Singer aurait été une vraie réussite si elle était restée là : réalisation millimétrée, acteurs excellents, dont la révélation Tree of Life Jessica Chastain. Mais le film de John Madden (Shakespeare in Love) a beau être un remake de film israélien (The Debt), se passer en Israël et en Europe, c’est un film indubitablement américain. Avec cette obsession toute américaine de la vérité. La Vérité avec un grand V. Comme on le voit avec une affaire récente, aux États Unis, il vaut mieux violenter que mentir. The truth, nothing but the truth, so help me god.
Dès lors, L’Affaire Rachel Singer ne pouvait finir autrement que cette fin programmée. En deux minutes, John Madden chasse toute l’excitante ambigüité du film pour nous assnéer cette très morale « Vérité ».
Il reste un film tout à fait visible, mais plus l’indispensable chef d’œuvre qu’il aurait pu être.
jeudi 21 juillet 2011
Des Hommes et des Dieux
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Pour une fois, on ne va pas faire vraiment la critique d’un film, mais plutôt celle de son succès, démesuré. Comme un peu Woody Allen, à qui on ne refuse pas le droit de faire des films, mais dont la Allenmania critique et populaire nous rend un peu sceptique.
Le film, parlons-en vite fait : des moines perdus dans la montagne algérienne, mais intégrés depuis toujours à la vie de leur village, voient la guerre chaque jour se rapprocher. D’un côté, le GIA a la mauvaise manie de trancher la gorge à tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux ; en face, l’armée algérienne, brutale et corrompue, qui use de toutes les ficelles pour se maintenir au pouvoir. Dilemme : rester ou partir ? C’est, parait-il le sujet du film. En deux mots, on s’ennuie ferme. Ça pourrait s’arrêter là, si le film n’avait pas connu le succès que l’on sait.
Car le film de Xavier Beauvois, bon, ben, voila, c’est un film… Ni plus, ni moins. Des beaux paysages (pas génialement filmés), des acteurs sous-employés, et des dialogues ras les pâquerettes…
Pourquoi ça marche, alors? D’abord sûrement part ce côté téléfilm, facile d’accès, « Tiberhine pour les Nuls ». Ensuite parce que le film ne prend pas partie (en apparence, voir ci-dessous)… Et ça, les français aiment bien : les journalistes objectifs, les politiciens plutôt au centre (même s’ils ne votent jamais pour eux), et donc les films bayroutistes, « au miyeu »… Ben oui, mais l’art c’est pas ça. Dieu (et le cinéma) vomit les tièdes, comme dirait l’autre…
Donc on ne saura rien des défauts de ces gentils moines, de leur passé, de leurs motivations monacales, et donc on se fiche un peu qu’on leur tranche la tête.
Quand aux ennemis, les barbus qui font peur mais qui respectent le petit Jésus, ou les militaires méchants qui ne respectent même pas leurs ennemis, vous voyez bien ce que j’en pense… le problème, c’est tout simplement que Xavier Beauvois, c’est quelqu’un qui n’a pas confiance dans le cinéma. Quand un personnage a peur, il ne sait pas filmer ça. Il lui écrit une ligne de dialogue « J’ai peur ». Si un type est méchant, il le filme en colère. Il ne sait pas qu’un plan, une grimace, un montage particulier pourrait rendre le même service, plus subtilement.
Alors, ce succès ? Dans une France qui se vante à chaque coin de rue qui se vante d’être anticlérical et athée (mais qui entretient la moindre chapelle de village), dans un pays qui se moque de l’Amérique bigote d’Armageddon, on a du mal à comprendre. Car volontairement ou non, Des Hommes et des Dieux est un film de propagande. Ou, pour le dire plus gentiment, une belle image d’Epinal. Les français aiment les images d’Epinal, et les américains aussi.
Dans la collection Catholicisme, il y avait déjà du choix « Inquisition« , « Croisades« , « Méchant Pape contre Gentils Cathares« , il y a ici « Le Bon Curé« . Le type doux, aimant son prochain, gentils avec les pauvres algériens, qui soignent et qui nourrissent : les médicaments, et le miel.
Que ce soit bien clair : je ne doute pas une seule seconde que cela corresponde aux véritables Moines de Tiberhine.
Mais disons que le film de Beauvois fait sonner une corde sensible, celle de notre mission civilisatrice en Algérie (critiquée d’ailleurs par un demi-méchant du film). Et voilà notre rêve d’Algérie, terminé pourtant depuis cinquante ans, qui resurgit : les blancs amenant médecine, agriculture, tolérance. Vivant parmi les arabes qui les aiment et les respectent. Et en face, les mêmes clichés, vivaces : depuis qu’on est partis, qu’ont-ils fait de ce merveilleux pays que nous avions aménagé, irrigué, cultivé ? Des barbus terrifiants, et le pouvoir algérien issu du FLN.
Encore une fois, rien n’est faux là-dedans. Mais il fallait pour Xavier Beauvois adopter la forme du documentaire, ou bien accepter la fiction, et s’y plonger, complètement.
lundi 18 juillet 2011
A la Maison Blanche, season finale
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Voilà, c’est fini. (Je ne sais pas ce qui m’arrive, j’ai l’impression que Jean-Louis Aubert a pris le contrôle de mon cerveau). Mais c’est vrai, The West Wing, c’est fini, après sept années de bons et loyaux services, deux mandats Bartlet, et 155 épisodes : la Maison Blanche a occupé 108h de nos vies.
C’est la force des séries.
Un film peut vous envahir, vous suivre toute la vie, mais c’est rare. Une série est là chaque semaine, et les personnages deviennent vos amis, vos frères, vos amants. Tant et si bien qu’on reluque Dona Moss, qu’on admire CJ Cregg, et qu’on voudrait faire le même boulot que Josh Lyman, mais qu’on a du mal à citer les comédiens (Janel Moloney, Allison Janney, Bradley Whitford)…
Si A la Maison Blanche est immense succès, c’est d’abord parce qu’elle a su durer, et surtout se terminer en beauté, ce qui distingue le chef d’œuvre télé du vulgum pecus, comme nous l’avions expliqué ici.
Ce dernier épisode en est l’exemple même. Sans abuser de sa position de force : en 42 mn, comme les autres épisodes, (pas d’épisode double comme dans d’autres séries), A La Maison Blanche va tirer son bouquet final. Au menu, l’arrivée d’une nouvelle administration (un candidat a gagné, je ne vous dirais pas qui !), et le départ de l’administration Bartlet. Il y a déjà de quoi dire, dans cette transition extrêmement brutale, où l’on enlève toute trace de l’ancien président en quelques heures, et où une équipe s’installe, cartons à la main, pendant le même temps. Mais A La Maison Blanche ne perd pas son côté Cheese Burger extra large, puisqu’il y associe d’autres intrigues : l’adaptation de la famille du nouveau président (et les consignes de sécurité afférentes) et une dernière et douloureuse décision à prendre pour le Président Bartlet. Mais surtout, l’épisode joue avec la nostalgie. C’est nous aussi qui quittons l’aile ouest de la Maison Blanche, et la série, très malignement, nous repasse dans toutes les pièces, et nous représente une dernière fois les personnages, mêmes les plus insignifiants…
Un dernier épisode beau et triste à la fois, qui vient clôturer une histoire d’amour qui dure depuis sept ans, entre le public américain et cette série. Car même si les audiences ont fini par chuter, The West Wing est restée une valeur sûre auprès des CSP+, et donc un aimant à spots publicitaires.
C’est l’incroyable coup de poker tenté par Aaron Sorkin : faire une série pédagogique, haut de gamme, démocrate, à une heure de grande écoute sur une des Big Four : NBC. Et ce, en plein règne républicain, 11 septembre, War on Terror, Irak et Afghanistan. On peut même avancer que cette série fut un baume au cœur des démocrates pendant ces huit années. Une autre présidence était possible : là, à la télé ! Martin Sheen, l’homme, fut parmi les premiers à dénoncer la politique de Bush, comme s’il incarnait, dans la réalité cette fois, le Président Bartlet. Ce coup de poker, Sorkin l’a réussi en attaquant l’Amérique par son point faible : le feelgood movie.
Car ce qui peut apparaître insupportable au néophyte, dans les premiers épisodes de The West Wing, c’est en fait sa force : cette insupportable naïveté, cette beauté, tant intérieure qu’extérieure, des personnages. Dans The West Wing, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Comme par hasard, A la Maison Blanche se positionne comme l’anti-24, la série réac et républicaine de la Fox. Le Président est têtu, et colérique, mais il est juste et brillant. Ses collaborateurs sont beaux et idéalistes. Tellement travailleurs qu’ils n’ont même pas le temps de baiser leur secrétaire (ça viendra) Il n’ont pour idéal que la République et l’Amérique. Même les républicains sont des gens bien.
On pourrait sourire, nous les français sarcastiques, devant tant de patriotisme niais. Mais est-on si différent ? Le Professsore se permet d’avancer ici sa théorie fétiche sur les rapports USA-France : si l’on se déteste et l’on s’apprécie autant, c’est peut-être qu’on est pareils, non ? Car en cette période de 14 juillet, comment nier l’évidence ? Qui continue (seul pays en Europe, à notre connaissance) à faire défiler ses soldats le jour de la fête nationale ? Qui fait un drame quand une politique en conteste le bien-fondé ? Ou que trois footballeurs ne chantent pas la Marseillaise ? Qui veut exporter dans le monde entier son TGV, son paquebot France, son Rafale, son Minitel, ou sa filière hippique ? Qui est aussi fière d’elle-même, de son histoire, même la plus ténébreuse (Napoléon) ? Qui ? L’Amérique évidemment, qui croit dur comme fer en sa « Destinée Manifeste ». Il y a cent ans, nous gouvernions le monde, avec les anglais. Qui croit encore pouvoir le gouverner ? Nous, pas les anglais.
Sorkin, en jouant à la fois de la fibre patriote, et du mélo, s’est tout simplement ouvert les portes d’une des plus grandes chaînes US. Ensuite, il a braqué l’épicière et fait tout ce qu’il voulait, c’est à dire une formidable leçon de politique, de diplomatie, d’économie, étalée sur un cursus de 7 ans, en 155 leçons de 40mn.
Prix du pétrole, rôle du sénat, liens sordides avec l’Arabie Saoudite, 11 septembre, obstruction parlementaire, Israël, Minutemen, Filibustering, Projection Mercator, 5ème amendement, Cour Suprême, Primaire du New Hampshire, manipulation des journalistes… Dans chaque épisode, A la Maison Blanche abordait au moins deux de ces sujets, parfois très ardus, et les rendait simples. Une formidable leçon de télévision.
Au delà de l’ambition énorme de The West Wing, sa réussite s’explique par une maestria incroyable des codes télévisuels, maîtrisés aussi bien par le père géniteur (Aaron Sorkin), que la famille d’accueil (John Wells, devenu showrunner après le burn-out de Sorkin)
En créant ces personnages formidables (les 5 « Bartlet Men » d’origine (Leo, Josh, Toby, CJ, Sam), en sachant gérer les départs de stars (Rob Lowe, pourtant l’As de cœur de la saison 1, par Joshua Malina), en sachant faire monter ou descendre alternativement des personnages (Charlie et Zoey), A La Maison Blanche a réussi là où beaucoup ont échoué (Lost, 24…)
Mais surtout, ultime tabou, les producteurs/scénaristes de The West Wing ont osé briser le moule originel de la série, respectant en cela le rythme des institutions américaines. Puisque Bartlet ne pouvait être réélu, son personnage devait céder la place à un autre personnage principal, le candidat démocrate Matt Santos (formidable Jimmy Smits revenu d’entre les morts de NYPD Blue) et son tout nouveau conseiller, Josh Lyman. Oser propulser un des seconds rôles sur le devant de la scène, créer un nouveau personnage principal, mettre dans l’ombre (tout en les conservant à proximité) le reste du cast, voilà le chef d’œuvre de mécanique de précision qu’a réussi A la Maison Blanche*.
Aura-t-on le courage, un jour, de revoir tout The West Wing ? On ne sait.
Il le faudrait, pourtant.
*On imagine les négociations interminables avec les acteurs, si chatouilleux de leurs précieuses secondes d’apparition à l’écran.
samedi 16 juillet 2011
La Playlist de Juillet
posté par Professor Ludovico dans [ Playlist ]
Musique : Adele : Rolling in the Deep, Lloyd Cole : Forest Fire
Série : The West Wing (c’est finiiiiii ! Snif ! snif !)
Livre : Libération et les mots croisés du Parisien
samedi 16 juillet 2011
Comme les 5 Doigts de la Main
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Scénario à tiroirs, polar mâtiné de tragédie familiale, humour et action, le tout porté par une mise en scène millimétrée et cinq comédiens incandescents au sommet de leur Art : et si Comme les 5 Doigts de la Main était le meilleur film français de l’année ?
Naan, j’déconne…
J’aime bien Arcady, qui a fait de bons films (Le Grand Pardon, L’Union Sacrée), j’aime bien Bruel, à qui il arrive d’être excellent (PROFS, Toutes Peines Confondues, Profil Bas, Le Code a Changé), mais là, c’est pas possible !
Comme les 5 Doigts de la Main ne fait que rêver de la chronique ci-dessus. Cette chronique, c’est le film qu’il voudrait être au plus profond de lui-même, mais le film d’Arcady n’est qu’un vilain petit nanar.
Le pitch déjà, vaut son pesant de houmous : quatre frères fêtent Kippour à Paris avec maman (Françoise Fabian, formidable en mère juive qui s’évanouit toutes les trente secondes, parce que le couscous est trop sec, ou parce que son fils a une balle dans le bide) ; en parallèle, un cinquième et mystérieux personnage est en cavale à Marseille, avec un sac de sports sur le dos, un sac rempli de billets.
On portera au crédit de Comme les 5 Doigts de la Main cette première demi-heure, qui amène l’histoire et les personnages par touches impressionnistes ; c’est bien fait, on veut en savoir plus.
C’est après que ça se gâte, parce que les personnages sont caricaturaux, injouables, et donc mal joués. Jugez plutôt : Dan Hayoun (Patrick Bruel) est le bon fils qui a réussi, avec son restaurant italien de luxe. Mais c’est aussi… un ancien sniper… Hmm… Hmmm… C’est aussi un mari terriblement jaloux, qui arrange les coups avec son petit sourire en coin, copyright Patriiiiiick!!! 1989.
Jonathan Hayoun (Pascal Elbé), est pharmacien, c’est l’extrémiste religieux de la famille. Il se balade jamais sans kippa, il a même des rechanges dans sa poche (sic).
Julien Hayoun (Éric Caravaca) est le petit dernier, il a pas réussi, il est prof (resic), dans un lycée de banlieue (reresic) plein d’arabes (rereresic).
Quant à Michael (Mathieu Delarive), cherry on the cheesecake, c’est le flambeur de la bande : il joue… kolossal ironie, au poker ! dans un cercle de jeu sponsorisée par Winamax* (sic au carré)… Et le personnage de Patrick Bruel l’enjoint… à jouer moins… (sic x 10 puissance 56)
Je vous passe l’heure qui suit : en gros, ça tourne à un bon Chuck Norris : « Cette fois-ci, c’est personnel !!! ». On découvre que le cinquième personnage n’est autre que David Hayoun (Vincent Elbaz, décidément pas fait pour la tragédie), le Hayoun qui a vraiment mal tourné : braqueur, il a balancé un gangster gitan qui est désormais à sa poursuite, vu qu’il est parti avec le butin. La boulette !
Bruel et ses frangins affronteront donc le gang de gitans (séquence culte avec pharmacien hassidim, M-16 à la main), on révélera que le frangin en cavale avait un bon fond, un secret familial sera révélé, et la famille enfin réunie dans les calanques, façon Château de Ma Mère vs Citizen Kane…
Car à l’image du Rosebud final, le film d’Arcady ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît. Arcady a toujours été comme ça, plongé dans sa fascination du cinéma US, à vouloir faire son Parrain, ou son Arme Fatale. Mais ici, c’est Miss Catastrophe que tu fais, mon petit Alexandre : vannes foireuses, et humour juif au milieu d’une scène dramatique (Bruel qui lance à Elbaz en sang, une balle dans le bide : « Et tu oses nous faire ça le jour de kippour ?
On passera, parce qu’on est gentil, sur les sous-entendus racistes du film (les arabes sont bonniches, élèves de banlieue, flics, ou barbus islamistes, mais bon on peut s’entendre, parce que ça nous rappelle l’Algérie, hein !) Par contre, les gitans, ça rigole pas : ce sont des gangsters sanguinaires, sadiques et déloyaux.
Moment culte du film, façon Les Nuls-Hassan Cehef : Bruel et les frangins vont acheter des armes dans une cité. Le trafic d’armes est évidemment tenu par des islamistes (ils sont barbus, et vêtus de blanc (la tenue de camouflage habituelle d’Al-Qaeda). Bruel commence à faire son marché. A chaque fois que les Hayoun achètent une kalachnikov, on croirait entendre le vendeur, fanatique mais serviable, lui répond « C’est possible ! »
Vous l’aurez compris, il ne faut rater sous aucun prétexte Comme les 5 Doigts de la Main. Le film est parfait pour une soirée DVD, à déguster entre amis, avec une bonne bière et des pizzas et, superbonus ! En version française !!
Allez, une petite dernière pour la route ? « Si 6 milliards de gens ont pas réussi à retrouver Ben Laden, je vois pas comment trois flics pourraient retrouver David Ayoun !! »
NB Spéciale dédicace à Michel Vaillant qui nous avait chaudement recommandé Comme les 5 Doigts de la Main (au troisième degré) lors d’une AG CineFast.
*Pour ceux qui ne s’intéressent pas Texas Hold Em, Winamax est le plus gros site de poker français et appartient notamment à Patrick Bruel
jeudi 14 juillet 2011
Coup de Tête/Patrick Dewaere, la Bombe Humaine
posté par Professor Ludovico dans [ Les films -
Les gens ]
Hier je suis tombé sur Coup de Tête, et évidemment, je suis resté jusqu’au bout. Tant il est vrai que la présence de Patrick Dewaere est si magnétique, que nous, pauvres électrons bombardés de protons, le rythme de la ville, c’est ça notre vrai patron, sommes incapables de résister. Et c’est d’autant plus vrai que Coup de Tête est le meilleur film de Jean-Jacques Annaud. Bien sûr, il y a aussi Jean Bouise, Michel Aumont, Corinne Marchand, Gérard Hernandez et même Jean-Pierre Darroussin en jeune photographe. Bien sûr, le dialogue est ciselé, le scénario en béton, et on connaît maintenant les répliques par cœur.
L’argument est simple : François Perrin joue au foot dans l’équipe de Trincamp, petite ville qui vit au rythme du notable local (Jean Bouise), qui possède tout et évidemment le club de foot. Une jeune femme (France Dougnac) se fait violer par le capitaine de l’équipe. À quelques jours d’un match capital en Coupe de France, on préfère coller le viol sur le dos de Perrin. Mais après un accident de car, on fait sortir Perrin pour le match, où, évidemment, il marque les deux buts de la victoire.
Trincamp acclame alors Perrin comme il se doit, mais pour lui, le temps de la vengeance a sonné.
Certes, le film a pris un petit coup de vieux depuis 1979.
Sauf Dewaere.
C’est sûrement compliqué à comprendre aujourd’hui, mais Dewaere, c’était notre Kurt Cobain des années 70. Il n’y avait qu’un groupe de rock (Téléphone) et il passait très rarement à la télé. Mais il y avait Dewaere : un type qui se battait dans ses films contre l’injustice (Le Juge Fayard dit Le Shérif), la police corrompue (Adieu Poulet), le poids des convenances (Préparez vos mouchoirs). Un rayon de soleil dans la France pompidolienne dont avait hérité Giscard*.
Patrick Dewaere était beau, Patrick Dewaere était dangereux, Patrick Dewaere était fou. Et ça nous faisait beaucoup de bien.
Il fallait le voir hier, face au jeu un peu vieilli de ses comparses, vouloir rerentrer dans la prison où les bourgeois bien pensants de Trincamp l’avaient jeté, pour comprendre l’intensité du jeu dewaerien. Ou dans Série Noire, se fracasser littéralement la tête contre le capot de sa voiture.
Dewaere ne jouait pas, il était Patrick Dewaere. Et il était le meilleur acteur du monde, au niveau des de Niro et Pacino.
Et il le restera toujours, dans une poignée de film que la TNT nous permet de revoir.
N’ayons pas de regrets : qui voudrait d’un Dewaere vieux et bedonnant…?
*Effacé par une fin de septennat catastrophique, on a oublié que Giscard avait été un président moderne : libéralisation des télés, IVG, majorité à 18 ans.
lundi 11 juillet 2011
Girlfriend experience
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films -
Les gens ]
William Burroughs, inventant le cut-up, voulait faire effectuer à la littérature un « bond en avant narratif identique à celui du cinéma ». Coupant littéralement des journaux en quatre, puis réservant le même traitement à des pièces de Shakespeaere, les collant ensuite aléatoirement bord à bord, ce qui peut donner des phrases du type « être ou ne pas être suivi par les recommandations de l’autorité de régulation, Orioles battent quelque chose de pourri au royaume du Danemark »…., recopiant ensuite le tout, recoupant jusqu’à trouver – finalement – la perle rare : « festin nu », « heavy metal », « blade runner », voilà quelques trouvailles du vieux Bill.
Si Burroughs a eut une influence considérable, on ne peut pas dire que la méthode du cut up se soit imposée. Mais son influence est là, souterraine, comme on peut l’imaginer dans Girlfriend Experience, un film de Soderbergh de 2009, où l’on suit par petits morceaux la vie d’une escort girl new yorkaise (l’ex pornstar Sasha Grey, magnifique) et un prof de gym (Chris Santos).
Une girlfriend experience, c’est quoi ? C’est à ces petites choses que l’on voit l’utilité de Wikipedia : c’est quand une escort girl accepte de faire plus que la petite prestation habituelle, c’est à dire qu’elle ne pose pas de limite de temps, et qu’elle s’implique émotionnellement, acceptant, notamment, d’être embrassée…
Girlfriend Experience, le film, c’est l’incarnation de l’adage Hollywoodien : « One for them, One for me » ; j’accepte de me prostituer sur vos gros blockbusters, si vous me laissez faire un film d’auteur. Un truc où Soderbergh est passé maître : Hors d’atteinte ramène plein de thunes, laissez-moi faire L’Anglais, avec Erin Brockovitch laissez-moi faire Traffic, et avec Ocean Eleven, je ferais Full Frontal, ou Solaris.
Tourné pour seulement 1,3M$, avec ces nouvelles caméras Red One (dont il faudra qu’on parle un de ces jours), Girlfriend Experience fait parler de ces films expérimentaux, mais très léchés, qui rendent Soderbergh éminemment sympathique. Voilà un gars qui ne réussit pas tout, mais au moins qui essaie.
Ici, nous sommes dans le vague : quel est le message, sinon le désarroi urbain ? Tourne en pleine élection d’Obama, on suit tour à tour l’escort et son copain prof de gym, et les relier l’un à l’autre prend déjà un certain temps… S’ensuit un vague message sur la marchandisation du monde, du corps des hommes et des femmes, mais ça reste superficiel, vu la technique cut up de l’ensemble.
Mais on s’attarde avec plaisir sur ces visages parfaits, filmés dans de beaux appartements, de luxueux restaurants, qui ânonnent néanmoins des conversations banales et inintéressantes… ce qui en dit plus sur l’Amérique d’aujourd’hui que pléthore de films… Soderbergh prouve qu’on peut raconter une histoire en l’explosant en bouts minuscules…
On y retrouve aussi les préoccupations de Soderbergh, depuis le premier jour, c’est à dire le Sexe, les mensonges et la vidéo. Sacha n’est que la énième itération des frustrations sexuelles de Soderbergh, et on peut se demander si le marchand de bagels de la scène finale, qui a tant besoin d’être embrassé, n’est pas le réalisateur lui-même…
vendredi 8 juillet 2011
Transformers 3
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Assez ri.
Après la phase « Cinéma Iranien », revenons au fondamentaux : Transformers 3. Hélicos, explosions, baffes dans la gueule. En 3D*.
Après avoir dit tant de bien du premier, difficile de désavouer les suites, pourtant un peu lourdes sur l’estomac. Le Whopper c’est bien, le double Whopper c’est trop.
Et dans Transformers 3, il y a cette couche de graisse en trop, vingt bonnes minutes de baston, de répliques pas forcément cultes : « Les decepticons sont derrière le pont ! Feu à volonté !!! », etc., etc., On aurait pu, comme Pirates des Caraïbes 2, 3, 4, mettre les Transformers 2&3 à la diète.
Mais bon : pour toujours, Transformers restera un film-jouet ; il faut l’accepter. On avait parlé de bac à sable la dernière fois, et c’est toujours d’actualité : c’est comme si on avait les robots dans la main, et de l’autre, on empoignait un vieux Goldorak en plastoque, en hurlant les dialogues : « Ecoute moi Megatron, tu vas diiiiire à tes copaaaaains… » Il faut noter à ce sujet que dans la salle, les gens applaudissaient, riaient, hurlaient comme des enfants… Sept ans et demi, pour toujours…
Et comme Transformers 3 est un peu long, un peu basique, ça laisse le temps de réfléchir au sous-texte (toujours intéressant, lui !) et de préparer sa petite chronique CineFast.
De quoi ca parle, Transformers 3 ? Ben, de l’Afghanistan, pardi, et de la fin de la War on Terror ! Les héros sont fatigués, et l’Amérique, pas reconnaissante : Sam Witwicky est au chômage, et Obama lui a juste filé une médaille. « On s’en fout, nous on est républicains ! » comme le dit un des personnages et comme le pense, probablement, Michael Bay.
La guerre est finie, et les américains renient même leurs valeureux alliés, Bumblebee et consorts. Comme d’habitude chez les cinéastes républicains (Bay, Bruckheimer), c’est l’Etat qui a foutu la merde (voir Armageddon (là, là et là), je ne vais pas redévelopper ici). Donc, plus de navettes spatiales, opérations de cover-up sur la Lune, et tout le fric parti en fumée. Pire, on a confié la lutte contre l’Empire du Mal à une femme (Frances McDormand), une vierge noire psychorigide qui n’écoute pas ceux qui savent, les vrais héros…
Mais à cette petite musique vient s’en rajouter une nouvelle, pour le moins étonnante : la critique de l’entreprise, du business. Car qui a ruiné le programme spatial : des comptables ! En truquant les chiffres, ces salauds ont fait croire que le programme spatial était trop onéreux ! Et l’Etat , lâche comme toujours, a renoncé…
Autre piste, la culture d’entreprise : celle-ci se voit ridiculisé via les entretiens d’embauche délirants de Sam et particulièrement celui avec John Malkovich, caricature de l’entrepreneur imbu de sa personne, imposant dress code et couleur fétiche (IBM ? Apple ? les PCs du films sont des Lenovo, donc des IBM chinois). Acmé de tout ceci : une baston hallucinante dans des bureaux, où tout vole en éclats : ordinateurs, bureaux, cubicles… des papiers voletant dans le ciel de Chicago, la capitale du Midwest, pourtant cher à la Mythologie Bayenne.
On ne peut s’empêcher de penser aussi au World Trade Center, devant ces bâtiments éventrés, découpés, torturés par les decepticons… Démolir l’Etat centralisateur, le Pentagone manipulateur, passe encore, mais attaquer la corporate america, là c’est grave !
Et on se dit que nous amis américains, la deprime guette : eh les gars, ça a pas l’air d’aller très fort…
Ce qui nous ramène à la chronique 1 de Transformers : un film brillant, amusant, incroyablement riche, mais aussi le reflet inquiétant de la dépression américaine.
Bay était, avant 9/11, l’épigone de l’optimiste béat de l’Amérique. Il est devenu le peintre acide de ses doutes.
*Transformers 3 est évidemment en 3D, et évidemment, ça n’apporte rien. Les pubs M&M’s étaient mieux…
jeudi 7 juillet 2011
Une Séparation
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Quand Notre Agent au Kremlin ordonne, on obéit. Va voir Dans Ses Yeux, on y va. Va voir Une Séparation, on y va aussi. Euh…Une Séparation, le film… Iranien ? Soldat, un ordre n’est pas fait pour être discuté, et de plus, Notre Agent au Kremlin ne se trompe jamais. Mais quand même, un film iranien ! Ça fera seulement le deuxième après un Abbas Kiarostami de sinistre mémoire, Au travers des Oliviers !
Sauf que Une Séparation, ce n’est pas un film sur la-condition-de-la-femme-en-Iran, c’est un polar. Enfin, pas que, c’est un polar et un film sur la condition de la femme en Iran.
Le genre de film qui commence tout doucement, et qui ne vous lâche plus, qui vous étrangle lentement, et vous laisse pantelant, un soir d’été sur un trottoir de l’Odéon.
Une Séparation commence donc, comme son nom l’indique, par un couple qui se déchire : la femme veut partir à l’étranger, lui ne veut pas abandonner son père atteint d’Alzheimer. Elle veut divorcer, il refuse. Entre les deux, une ado qui ne sait pas à quel saint se vouer. Mais cette séparation va avoir des conséquences pratiques : qui va s’occuper du père dans la journée ? On embauche donc une femme de ménage, mais très vite, les problèmes s’accumulent avec cette femme, très pauvre, très religieuse, qui a du mal à s’occuper d’un homme. De plus, le mari n’a pas l’air très au courant des activités de sa femme.
Petit à petit, le film plonge dans le fait divers le plus glauque, mais aussi le plus ordinaire. Et joue sur une horrible – et occidentale – tentation : malgré les tchadors qui sont partout, le spectateur penche immédiatement vers le couple bourgeois (sous le voile perce quelques cheveux teints, et un jean), et l’on rejette évidemment le couple prolo ultra religieux, psycho rigide, misogyne. Comme dans Gone Baby Gone – encore un film du Panthéon commun du Professore et de Notre Agent au Kremlin – on voudrait que tout le monde s’en sorte, même au prix de quelques petits mensonges ou demi vérités, qui évidemment, vont devenir de plus en plus dévastateurs. Car, comme dirait Kubrick, la vie, ce n’est pas comme dans les films de Frank Capra.
Le génie d’Une Séparation est multiple ; c’est d’abord un très grand film, impeccablement joué, par cinq comédiens à tomber par terre. C’est ensuite un scénario simple mais fabuleusement limpide, vertigineux qui, jouant de nos réflexes de base, nous associe tour à tour au père, à la mère, à l’ado… Et nous montre l’étendue de nos compromissions quotidiennes : on est chez le Haneke de Code:Inconnu.
C’est aussi un grand film hitchcockien, avec des personnages condamnés à faire l’inverse de leurs intérêts les plus évidents… Le tout filmé avec une économie de moyens stupéfiante, dans quelques appartements, un bureau, une rue toujours filmée au plus près, pour renforcer cette sensation permanente d’enfermement.
Car Une Séparation est aussi un grand film politique. Evidemment, c’est un film sur l’Iran. En montrant, dans cette allégorie, l’absurdité d’un régime cadenassé par les obligations, religieuses, sociales, ou tout simplement économiques. Les personnages, qu’ils appartiennent à la petite bourgeoisie ou au lumpen prolétariat, sont enfermés dans toutes ces obligations, vis à vis du père, du mari, des femmes, des hommes, ou de la justice, le cul entre deux chaises : la loi ou la charia. Et cette histoire de bourgeois iraniens et de leur bonne, on pourrait tout aussi bien la transposer avec un couple parisien et leur nounou algérienne, tant il s’agit avant tout de différences sociales et non de différences culturelles… C’est là aussi le message fort du film.
Car surtout, qu’on ne se méprenne pas : si le contexte dictatorialo-iranien amplifie la dramaturgie, Une Séparation est un film universel : nos héroïnes auraient leur place dans la France paysanne des années cinquante… Et l’obsession de jurer sur la Coran ne serait que le reflet dans le miroir « la vérité, toute le vérité, so help me god » de nos récents événements franco-new-yorkais…
Ne cherchez pas le meilleur film de l’année : il s’appelle Une Séparation.