mercredi 2 avril 2014


True Detective
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]

C’est l’histoire d’un déplacement en Suisse, et d’une demi-heure perdue à trouver une chaîne pour regarder les petits gars de Manchester résister à l’ogre de Bavière (1-1, match retour dans une semaine). C’est aussi histoire de dire qu’on a notre PC avec nous. Et un disque dur, qu’un trimballe depuis des années, sans jamais rien regarder. Parce que cinéphile un jour, cinéphile toujours. Un film ça se regarde au cinéma. Ou sur une bonne télé. En HD.

Donc on a beau télécharger (ou avoir des amis qui téléchargent), on ne regarde que l’indispensable : Game of Thrones, parce qu’il est hors de question d’attendre. Ou Sands of Iwo Jima, parce qu’on ne sait pas comment le trouver en DVD. (Et puis on veut pas payer pour non plus).

Mais là, il n’y a rien à faire. Le match se termine. Et pas envie de dormir. Donc on fait l’impensable : regarder Chansons du Deuxième Etage, le film culte de papa Ostarc, sur un écran 14″. Une promesse qu’on doit honorer depuis 1999 au moins.

Pire on laisse le match sur la télé, au cas où les allemands marqueraient. Et d’ailleurs, ils marquent. Furieusement post moderne, l’Age du Double Ecran promis par le marketing d’Apple et de Samsung prend son envol. Un œil sur le match, un œil sur le film, un œil sur la bio de Roy Andersson sur Wikipedia. Oui, ça fait trois yeux : le triomphe de Steve Jobs, la honte de la cinéphilie.

Mais au bout d’un moment, la fatigue finit par s’installer. La loufoquerie du cinéma de Roy Andersson mérite mieux que ça, et mon petit doigt me dit qu’on n’ira pas au bout du film ce soir.

Et là, un désir diffus, présent depuis le début de l’après-midi, commence à se faire jour. Sur le fameux disque dur, il y a la saison 1 de True Detective. La série hyperbuzzée d’HBO. 58 minutes, dit le petit diable sur l’épaule, cinquante-huit petites minutes, on va bien tenir jusque-là, non ?

Et là, la claque. Une heure d’intensité absolue, un trip qui va nous hanter toute la nuit. Un coup de pelle dans le visage, le genre qui assomme ou qui réveille. Mais sans explication.

Ce ne peut pas être l’intrigue de True Detective. Deux flics classiques, l’intello et la baraque, façon Seven qui enquêtent sur un meurtre rituel : déjà vu dix fois. Le cadre, la Louisiane crapoteuse : déjà vu aussi. Le traitement ? Rien que de bien classique, hormis l’enquête de 1990 s’interlaçant avec de nouveaux meurtres en 2010. Les acteurs ? Certes, c’est la crème de la crème que nous a dégoté HBO. Matthew McConaughey, qui revient doublement d’entre les morts (l’acteur et le personnage), Woody Harrelson toujours aussi immense, toujours aussi méconnu, mais aussi Michelle Monaghan (Gone Baby Gone), et plein d’autres. Qualité HBO.

Non, True Detective propose quelque chose de neuf, quelque chose d’impalpable. Un débat philosophique entre le Mal congénital du monde et l’espoir proposé par la religion. La destinée manifeste de l’humanité de régner sur cette planète, ou l’erreur, dans l’évolution darwinienne, de lui avoir donné une conscience.

Rarement une série n’a volé aussi haut dès le pilote. Plus dure sera la chute ? On ne sait. En tout cas, CineFast envoie immédiatement ses meilleurs journalistes sur place, en Louisiane, pour enquêter.

Stay tuned.


4 commentaires à “True Detective”

  1. Ostarc écrit :

    Ah, vraiment rien à redire… c’est la description d’une scène digne des plus pures de Roy Anderson.
    Le Professore à moitié dévêtu, un peu hagard, la télé muette qui projette la lumière blafarde des interviews stupides de fin de match, l’ordinateur et son écran minuscule sur les draps, le son comme d’une boite de cachous, le corps dans une position inconfortable qui se relève brusquement, par moments, quand la scène devient silencieuse, et un fond de bière réchauffée sur la table de nuit…
    Bon d’accord, en principe à ce moment chez Roy Anderson, un personnage entre dans la chambre avec précaution, il transporte un grand crucifix emballé de papier craft, se dirige vers la salle de bain sans un mot et referme derrière lui.

  2. Ostarc écrit :

    Ah, vraiment rien à redire… c\’est la description d\’une scène digne des plus pures de Roy Anderson.
    Le Professore à moitié dévêtu, un peu hagard, la télé muette qui projette la lumière blafarde des interviews stupides de fin de match, l\’ordinateur et son écran minuscule sur les draps, le son comme d\’une boite de cachous, le corps dans une position inconfortable qui se relève brusquement, par moments, quand la scène devient silencieuse, et un fond de bière réchauffée sur la table de nuit…
    Bon d\’accord, en principe à ce moment chez Roy Anderson, un personnage entre dans la chambre avec précaution, il transporte un grand crucifix emballé de papier craft, se dirige vers la salle de bain sans un mot et referme derrière lui.

  3. Ludo Fulci écrit :

    Je « like », non pas la chronique, mais le commentaire du Commandant Ostarc.

  4. CineFast » True Detective saison 2 écrit :

    […] les clichés d’une région tout en l’esthétisant à mort : cette fois-ci, la Californie, comme True Detective première itération avait arraché les costumes folkloriques de la […]

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