dimanche 24 août 2008


Voyage au Centre de la Terre
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le cinéma n’est pas une science exacte, et encore moins un livre de recette (« Le Cinéma Américain en 10 Leçons ») dans lequel il suffirait de puiser. Non, au contraire, c’est une industrie de prototypes, qu’il faut à chaque fois réinventer.

Le hasard veut que nous soyons allés, Madame la Professore et moi-même, à deux heures d’intervalle, voir deux films surfant sur cette fausse bonne idée : Voyage au Centre de la Terre et Mes Amis, Mes Amours (je vous laisse deviner qui est allé voir quoi).

Dans tous les cas, voilà deux films qui appliquent une recette : film d’aventures familial (Voyage au Centre de la Terre) ou comédie romantique (Mes Amis, Mes Amours). On a mis les moyens, des producteurs de talent sont derrière (Emmerich, Farrugia), il y a de bons comédiens, et même un scénario.

Dans la cas de Voyage au Centre de la Terre, on procède même d’une mise en abîme originale : plutôt que d’adapter une fois de plus le livre de Jules Verne, on déplace le propos : Trevor, le héros, ne se remet pas de la mort tragique de son frère, spécialiste de la tectonique des plaques, parti trouver un passage jusqu’au centre de la terre. Il part donc à sa recherche, accompagné du fils de son frère, et d’une guide islandaise, qui a aussi perdu son père dans cette quête. Nous voila en terrain connu, un aventurier entouré de ses sidekicks traditionnels, la blonde sexy et l’emmerdeur ado, et dotés de conflits potentiellement riches pour le scénario. Autre idée rigolote : Trevor n’a qu’un guide sur lui : Voyage au Centre de la Terre, le livre ! Le film procède alors de cette ironie dramatique permanente : tout le monde connaît le livre, et on a le film avec James Mason vaguement en tête (mais si, les dinosaures, les champignons géants, ça y est, ça vous revient ?), et c’est parti pour deux heures de cinéma pop corn.

Sauf que.

Il ne suffit pas d’appliquer cette recette éprouvée et d’avoir mis 45M$ dans le bouzin. Il faudrait y mettre un peu de cœur, de talent, d’inspiration. Ainsi une scène a priori culte : nos héros trouvent une mine abandonnée au cœur du volcan : le héros, la blonde et le gosse montent à bord de chariots rouillés pour y descendre, ça vous rappelle quelque chose ? Normal, c’est décalqué plan pour plan d’Indiana Jones et le Temple Maudit.
Alors pourquoi ça marche chez Tonton Spielberg et pas ici ?

Déjà il manque le trio Harrison Ford – Cate Capshaw – Jonathan Ke Quan, autrement plus sexy que les olives en boîte Brendan Fraser – Josh Hutcherson – Anita Briem. Ensuite, il manque une dose de mauvais esprit : ici les dialogues sont raplaplas. Donc y’a des sous, des moyens, mais pas d’âme. Pas un grand gamin derrière qui a envie de construire son petit roller coaster personnel.

Il semble (je nai pas vu le film), que Mes Amis, Mes Amours soit affligé du même syndrome. Des romans qui marchent (Marc Levy), une adaptation qui ne fonctionne pas (La sœur Levy) ; je n’ai pas beaucoup de considération pour l’œuvre littéraire de Levy, mais il me semble que si ça marche, c’est qu’il y a quelque chose, au moins du charme, dans ses romans de gare. Si le film ne marche pas, malgré Lindon, malgré Forresti, c’est qu’il manque aussi ce supplément d’âme.

NB une autre explication potentielle pour Voyage au Centre de la Terre, c’est que c’est avant tout une démo pour les films en 3D. On sent pendant tout le film, par l’utilisation de certaines focales bizarres (le plan sur le mètre dépliable), qu’on veut nous en mettre plein la vue avec ce nouvel effet…


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