vendredi 28 juin 2024
Band of Brothers, troisième
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Séries TV ]
On devrait toujours revoir les œuvres. Le snobisme naturel du Professore avait boudé Frères d’Armes à sa sortie : trop américain, trop do-gooder. Revu un peu à l’arrache il y a quelques années, on y consacre cette fois-ci – pour de sombres raisons rôlistiques – plus d’attention.
Eh bien la bête tient non seulement le choc, mais révèle la face sombre que tout le monde avait vu, sauf le Ludovico…
Band of Brothers c’est noir, en effet. On y voit, comme dans le Soldat Ryan, des Américains tuer de sang-froid des prisonniers allemands (dont la fameuse scène des cigarettes). Mais aussi la connerie autoritaire du capitaine instructeur Sobel (formidable David Schwimmer), la lâcheté du Lieutenant Dike (Peter O’Meara), ou la fraternité relative. Dans l’épisode « La Dernière Patrouille » (s01e08), le soldat Webster (Eion Bailey), qui a sauté sur Sainte-Mère Eglise et fait Market Garden, est battu froid par ses frères d’armes parce qu’il revient de trois mois d’hôpital. Trois mois, c’est une éternité pour les gars qui ont fait Bastogne ; il faut avoir au moins perdu une jambe pour compter dans la Easy company.
Et si les effets spéciaux ont pris un coup de vieux, la réalisation est toujours formidable, totalement adaptée au propos : camera au point pour les scènes d’actions, long travelling quand il faut de l’émotion, etc.
Band of Brothers n’a pas vieilli d’un pouce.
lundi 24 juin 2024
Larmes
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
Samedi soir, le Stade Français jouait une demi-finale de Top 14 – la première depuis longtemps – contre l’Union Bordeaux Bègles. Il n’était pas favori et joua très mal pendant la grande totalité du match.
Pourtant, au courage, les hommes de Rory Kockott remontèrent la pente dans les dix dernières minutes, jusqu’à marquer un essai qui pouvait les amener en prolongation. La parole était à Joris Segonds, le buteur aux 77 % de réussite, qui devait transformer. Il ne transforma pas.
Le match était fini ; le Stade Français avait fait un beau parcours, mais n’irait pas en finale. Pour une fois, la télé s’attarda (on était sur Canal+, et pas France Télévisions).
Joris Segonds était en larmes et tous ses camarades, parisiens ou bordelais, vinrent le consoler. Personne, en réalité, ne lui en voulait. La transformation était bord de touche, dans un angle très difficile… Et de toute façon, il faut enlever ce poids sur les épaules du buteur : des fois ça passe, et des fois ça passe pas. Mais là, visiblement, ça ne passait pas. Tous ces mois d’effort pour échouer à deux points d’une finale…
Larmes de Joris Segonds, larmes de Federer, larmes de Sabine Lisicki face à Bartoli. Les acteurs peuvent pleurer ou nous faire pleurer. Mais rien ne peut remplacer l’authenticité du sport.
vendredi 21 juin 2024
Donald Sutherland
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens -
Pour en finir avec ... ]
La mémoire cinéphilique est trompeuse ; pour nous, Donald Sutherland faisait partie de ces grands acteurs avec de nombreux rôles majeurs à son actif, et qui continuait – bon an mal an, comme les acteurs de son âge – à mettre sa patte dans les films de la génération suivante (Hunger Games), ou à la télé (Dirty Sexy Money ou Les Piliers de la Terre…)
Retour à la réalité : IMdB nous informe que Donald a joué dans 199 films (ce qui est énorme), et pas beaucoup de chefs-d’œuvre (ce qui nous confond) : M.AS.H., de Robert Altman, Le Casanova de Fellini, Klute d’Alan J. Pakula, 1900 de Bernardo Bertolucci, Des Gens comme les Autres de Robert Redford…
Il a en revanche traîné sa très reconnaissable carcasse comme second rôle dans de nombreuses GCA : Les Douze Salopards, De l’Or pour les Braves, L’Aigle s’est Envolé, Backdraft, Alerte ! Space Cowboys, Le Droit de Tuer, L’Aigle de la Neuvième Légion, Moonfall, et même… Jappeloup avec Guillaume Canet !
Mais ce qui compte, ce n’est pas la réalité, c’est les souvenirs. Dans ses films, même moyens, il imposait son rire étincelant, sa stature imposante, son anticonformisme et parfois même, une étincelle de terreur …
Malgré ses yeux globuleux, il était beau.
vendredi 14 juin 2024
Rio Bravo, le livre
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
Très bon petit livre de Robin Wood, dans la collection du British Film Institute, où l’auteur retrace les connexions, les liens, les motifs qui irriguent Rio Bravo, mais aussi toute l’œuvre d’Howard Hawks.
Il repère par exemple – ce qui nous avait échappé – que Hawks utilise trois fois la même réplique dans trois films différents (Le Port de l’Angoisse, Seuls les Anges ont des Ailes, Rio Bravo…) : « Je suis une fille difficile à avoir. Il suffit de demander* »
Mais aussi des motifs récurrents, l’Ennemi Invisible (les nazis, la montagne, le clan Burdette…), la Femme (qui n’est jamais une ménagère ou une mère de famille, mais l’égale du protagoniste masculin**), l’Ami Encombré (l’alcoolisme de Dean Martin, l’aveugle de Seuls les Anges ont des Ailes, l’alcoolo du Port de l’Angoisse) ou le Sidekick Sympa et Ridicule (ici, Stumpy (Walter Brennan, qui prendra ce rôle dans beaucoup de Hawks)). Ce genre de connexions, vous le savez, ravit le CineFaster.
Comme le soutenait la Nouvelle Vague, Howard Hawks est un véritable auteur, même s’il s’en défendait. Comme le pense le Professore, Michael Bay est un auteur, même s’il s’en défend.
Rio Bravo, de Robin Wood
BFI : Les classiques du cinéma
* « I’m hard to get, Steve. All you have to do is ask me. »
Slim (Lauren Bacall) dans Le Port de l’Angoisse
** Et où l’inversion sexuelle joue à plein : une fille au caractère bien trempé (ici Angie Dickinson) prend les devants pour expliquer à ce penaud de John Wayne que « quand on le fait à deux, c’est mieux »
mardi 4 juin 2024
Love & Death
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Pendant un moment – la moitié de la série en fait – on a cru que David E. Kelley (Ally McBeal, The Practice, Big Little Lies) avait perdu la main, avec cette description caricaturale de bondieusards Texans des seventies. Ça sentait trop la reconstitution disco et le mépris de classe new-yorkais.
Et puis voilà, épisode 4, au mitan de la série, c’est la métamorphose splendide de l’héroïne, miraculeusement interprétée par Elizabeth Olsen, qui va devenir, c’est certain, une des plus grandes actrices américaines
Oui, la description caricaturale de ces hypocrites, god-loving texans avait du sens, pour faire contraste avec la suite : adultère, orgasme, et coups de haches.
Comment passe-t-on en effet d’une bonne chrétienne à une massacreuse de voisine ? David E. Kelley a l’élégance de ne pas répondre franchement à cette question. Il fait quelque part ce qu’il sait mieux faire : un film de procès. Nous ne sommes ni Texan, ni bondieusard, ni mère au foyer des 70s. Pourtant, nous comprenons cette femme (ces femmes et ces hommes) coincés dans le puritanisme et les exigences de leur micro-société. Le mensonge, l’adultère, l’obsession de paraître, d’être une bonne personne : David E. Kelley s’attaque, comme dans Big Little Lies – mais dans un autre milieu social – aux hypocrisies de l’Amérique. En cela, il offre à Olsen une incroyable palette de sentiments à incarner (la bêtise, le mensonge, la colère, la peur, etc.) et l’oppose, coup de génie, au menhir Jesse Plemons. L’acteur sait faire bien d‘autre choses, nous le savons, depuis que Coach Taylor lui a demandé de taper ce kick pour les Panthers**… Lui aussi l’incarne cet enfermement dans les valeurs sociales, la famille, la foi, le couple, jusqu’à l’absurde et à la tragédie. Il va ainsi, dans une scène destinée à devenir culte, répondre NON une dizaine de fois à l’avocat qui l’interroge, avec ce regard buté qui est sa signature. Ça a l’air simple, mais pourtant, dans les yeux de Jesse Plemons, il y a le résumé de toute cette tragédie sociale.
*Martha Marcy May Marlène, Godzilla, Wind River, Wandavision…
**Une carrière tout aussi impressionante au cinema (Battleship, The Master, The Program, Le Pont des Espions, Hostiles, Pentagon Papers, The Irishman, Killers of the Flower Moon…) qu’à la télé (Friday Night Lights, Fargo, Breaking Bad, Black Mirror…)
lundi 3 juin 2024
Le Deuxième Acte
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Chez Quentin Dupieux, il y a toujours des idées, de sorte qu’on est rarement mécontent d’être venu. Mais il y a aussi les bons crus et les vins de table.
Ici l’idée, c’est une mise en abîme. Des comédiens qui jouent des comédiens qui leur ressemblent, un peu. Lindon fait du Lindon, Seydoux du Seydoux… Ou au moins, l’idée qu’on s’en fait. Ça fonctionne : il y a un propos, Dupieux a quelque chose à dire sur l’époque comme d’habitude, mais voilà c’est trop long, même selon les standards Dupieusiens. 1h20 c’est court, mais si c’est du bavardage, c’est ennuyeux.
On a déjà compris, mais le film se traîne, à l’instar du plan final…
Pas grave, Quentin. A la prochaine !
vendredi 31 mai 2024
La Tragédie de Macbeth
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
On voit l’idée. Rendre hommage à la divinité tutélaire des cinéastes, le génie maudit castré par les producteurs, Mr Orson Welles lui-même, le formidable illustrateur du grand Will : Macbeth, Othello, Falstaff. On voit l’idée, donc : tirer de l’argent chez le grand méchant Apple et concrétiser une nouvelle fois le rêve d’Orson Welles, adapter Macbeth, version arty.
Avec des sous, mais dans le même esprit : décors minimalistes façon Chirico, noir et blanc classieux du chef op’ Bruno Delbonnel et acteurs AAA à tous les étages, Denzel Washington et Frances McDormand en couple-titre, Brendan Gleeson en Duncan, etc.
Ils sont parfaits les acteurs ; ils arrivent d’un geste à faire comprendre la poésie de Shakespeare, mais ce qui manque, c’est tout simplement du cinéma… On attend plus de Joel Coen, où est-il là-dedans ? Quel est son propos ? Son Macbeth ? Qu’a-t-il gardé ? Qu’a-t-il coupé ? Comment souhaite-t-il raconter son histoire, au delà de filmer des dialogues ? Ses choix de réalisateur restent invisibles.
C’est magnifique, mais c’est du théâtre filmé…
jeudi 23 mai 2024
Oppenheimer, deuxième explosion
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
La lecture, pendant les vacances, du livre de Virginie Ollagnier, Ils ont tué Robert Oppenheimer, a donné au Professore Ludovico (qui a aussi une chaire de Physique Nucléaire à l’Université de Bruyères-Le-Châtel) une brutale envie de revoir le film.
Même si la dernière heure nous avait plutôt convaincus, le Professorino et moi, pourquoi s’infliger trois heures de Nolan ?
Une fois qu’on connaît bien l’histoire, bizarrement, la tendance s’inverse : les deux premiers tiers sont intéressants, en ce qu’ils amènent brillamment tous les éléments du mythe prométhéo-Oppenheimerien (la pomme, le sexe, le communisme) et introduit remarquablement les protagonistes (l’homme, ses femmes, ses collègues, jaloux ou compatissants)
La troisième partie, bizarrement, fonctionne cette fois-ci un peu moins bien. La superposition des auditions d’Oppenheimer/Lewis Strauss, malgré les passages au noir et blanc, sont soudain moins clairs… que le livre d’Ollagnier.
Mais voilà, au cinéma, chaque perception est différente, et ce qui compte dans 99 % des cas, c’est la première fois où l’on reçoit le film. Tant pis si on est mal luné, si on sait tout sur Oppenheimer ou que l’on n’a jamais entendu parler de ce type, si on vient voir Cillian Murphy ou Florence Pugh… C’est comme ça qu’on est censés recevoir un film, tel quel, pas après avoir lu un livre ou vu le film plusieurs fois…
mercredi 22 mai 2024
Barbarella
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Brèves de bobines -
Les films ]
Il n’y a pas grand-chose à dire d’un film dont l’unique objectif semble être pour Roger Vadim de filmer sa femme dans toutes les positions possibles, en commençant par un strip-tease spatial. Jane Fonda, on la verra donc dans toutes les positions. Et comme par hasard, souvent humiliée, attachée, mordue. Puis comme c’est lassant au bout d’un moment, ce sera le tour d’Anita Pallenberg, autre top model des sixties.
Dans Barbarella, il n’y a pas de scénario, tout est idiot, et tout est moche. On retiendra juste que le grand méchant Durand Durand a donné son nom un groupe rigolo des années 80.
jeudi 16 mai 2024
Le Problème à Trois Corps
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Comme on dit, il n’y a pas de gens, il y a juste des systèmes. D’un côté, le système HBO, qui avec Weiss et Benioff* produit le coup de génie Game of Thrones, au niveau de qualité inégalé, tant sur le plan du scénario, des décors, et de la mise en scène, de la maturité générale du propos.
On prend les mêmes chez Netflix, et ça sort Le Problème à Trois Corps. Tout le contraire, en fait : immature, bizarrement adapté – paraît-il -du roman d’origine, et bourré d’erreurs à tous les étages. Erreurs de casting en veux tu en voilà (une actrice très jeune et très jolie en spécialiste des nanofibres absolument pas crédible, un acteur aimé et apprécié de Game of Thrones (John Bradley « Samwell Tarly ») dont on se débarrasse après trois épisodes), des astuces scénaristiques digne d’un film pour ado dans un film prétendument mature, des décors en CGI qui piquent les yeux alors que chaque épisode coûte 20M$…
Au milieu de tout ça, une ou deux fulgurances, deux ou trois acteurs impeccables (Liam Cunningham, Alex Sharp, Benedict Wong) et un personnage et demi (le scientifique malade, le flic bourru…)
Tout ça ne fait pas une série…
* Scénariste établi et respecté depuis longtemps aussi bien dans le blockbuster (Troie, Stay, X-Men Origins: Wolverine,) que dans le film sensible (La 25e Heure, Les Cerfs-Volants de Kaboul, Brothers)