lundi 22 février 2010


Un Conte de Noël (2)
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -Les films ]

Noël, c’est l’occasion de revoir Un Conte de Noël, l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur, film d’Arnaud Desplechin.

Pourquoi Noël ? Parce que le film en parle, et que c’est une fête de famille, et que Desplechin, comme à son habitude, fait sa fête à la famille.

Une famille un peu particulière, il est vrai. Le père, Abel, (Jean-Paul Roussillon, soixante-dix ans) est mariée à une « jeunette », Junon (Catherine Deneuve). Ils ont eu dans les années soixante un fils, Joseph, atteint d’une leucémie foudroyante. Ils ont fait un autre fils (Henri, formidable Mathieu Amalric) dans le seul but d’obtenir du placenta qui permettrait de sauver Joseph. Las ! Celui-ci meurt à 6 ans. Henri, « désormais inutile » (sic) car il y a Elizabeth, la sœur, et désormais l’aînée. Puis il y aura aussi Ivan, farfadet jazzy, gai et gentil (Melvil Poupaud)

Au début de cette histoire, un autre drame frappe la famille Vuillard : Junon est très malade. Elle est atteinte d’une maladie très grave, et seule une greffe – tout à fait incertaine – peut la sauver. Bizarrement, et c’est là toute l’incompréhension que peut susciter le film de Desplechin, Junon et son mari prennent cela avec une certaine légèreté, et, pour le moins, un sens de l’humour acéré.

Mais c’est ne pas comprendre que cette histoire est mythologique, et, pour une fois qu ça a un sens, une véritable tragi-comédie grecque. Comme chacun sait, les dieux descendent parfois de l’Olympe pour vivre parmi nous. Leurs aventures nous aident à comprendre nos propres vies, c’est le but aussi de ce « conte » de Noël.

Car au travers de cette histoire banale (la maladie, l’amour, les conflits familiaux), Desplechin va tisser une toile virtuose et inhabituelle.

Tout d’abord les dieux de cette histoire ne se comportent pas comme dans la vraie vie ; ils disent tout ce qu’ils pensent : « Je ne t’ai jamais aimé » dit la mère a son fils; « Ton fils est bancal » dit le père à sa fille. Le tout sans colère, et au milieu d’une phrase. Les dieux peuvent tout se permettre.

Servi par sa bande habituelle (et sûrement parmi les meilleurs comédiens français (Amalric, Hippolyte Girardot, Deneuve, Roussillon), Desplechin déroule ses thématiques : la bourgeoisie « éclairée », la famille, lieu de bonheurs comme de conflit, la folie, la maladie, la mort.

Mais au contraire de ses concurrents français (y’en a-t-il ?), c’est fait avec invention (faux raccords, flash-back théâtraux, plans face caméra, effet de caches façon cinéma muet, et surtout avec énormément d’humour.

La Professorinette ne s’y est pas trompée : on lui avait proposé de jeter un coup d’œil, elle est restée jusqu’au bout…


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